130 pages
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Loin sous les ravenales , livre ebook

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Description

Annick de Comarmond Loin sous les ravenales   Roman   GAGNANT PRIX LITTÉRAIRE 2010 DU VOYAGE EXTRAORDINAIRE   Éditions Les Nouveaux Auteurs 16, rue d’Orchampt 75018 Paris www.lesnouveauxauteurs.com     ÉDITIONS PRISMA 13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com     © 2010 Editions Les Nouveaux Auteurs – Prisma Presse Tous droits réservés ISBN : 978-2-819502-06-7 À Léonie Haudecœur Princesse de l’île rouge Qui a inspiré ce livre Chapitre 1 Tsy antenain-tsy andraina, toy ny tantely am-body vintanina . (Ni espéré, ni attendu, comme du miel trouvé au pied d’un arbre) Proverbe malgache J’ai rêvé de Madagascar. Je me voyais quittant de nuit Tananarive en voiture et prendre la route de l’est. Mon rêve était aussi interminable que la route : des montées, des descentes, les tournants sinueux dans la montagne Mandraka. Nous devions être en saison chaude car toutes les vitres de ma voiture étaient baissées et parfois je respirais l’odeur âcre et si caractéristique d’un fatapera (*) , ce brasero sur lequel tout Malgache fait sa cuisine. J’arrivai au pont de la rivière Mangoro que je traversai dans un infernal cliquetis de traverses en fer s’entrechoquant ; puis la ligne droite, la seule du trajet qui annonce l’arrivée à la petite ville de Moramanga. Et à nouveau les virages, certains très amples et d’autres plus serrés.

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Date de parution 22 octobre 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9782819502067
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Annick de Comarmond
Loin sous les ravenales
 
Roman
 
GAGNANT
PRIX LITTÉRAIRE

2010
DU VOYAGE
EXTRAORDINAIRE
 
Éditions Les Nouveaux Auteurs
16, rue d’Orchampt 75018 Paris
www.lesnouveauxauteurs.com
 
 
ÉDITIONS PRISMA
13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex
www.editions-prisma.com
 
 
© 2010 Editions Les Nouveaux Auteurs – Prisma Presse
Tous droits réservés
ISBN : 978-2-819502-06-7
À Léonie Haudecœur
Princesse de l’île rouge
Qui a inspiré ce livre
Chapitre 1

Tsy antenain-tsy andraina, toy ny
tantely am-body vintanina .
(Ni espéré, ni attendu, comme du miel
trouvé au pied d’un arbre)
Proverbe malgache

J’ai rêvé de Madagascar.
Je me voyais quittant de nuit Tananarive en voiture et prendre la route de l’est. Mon rêve était aussi interminable que la route : des montées, des descentes, les tournants sinueux dans la montagne Mandraka.
Nous devions être en saison chaude car toutes les vitres de ma voiture étaient baissées et parfois je respirais l’odeur âcre et si caractéristique d’un fatapera (*) , ce brasero sur lequel tout Malgache fait sa cuisine.
J’arrivai au pont de la rivière Mangoro que je traversai dans un infernal cliquetis de traverses en fer s’entrechoquant ; puis la ligne droite, la seule du trajet qui annonce l’arrivée à la petite ville de Moramanga.
Et à nouveau les virages, certains très amples et d’autres plus serrés. Dans mon rêve, je ne croisais aucun autre véhicule, aucun piéton marchant sur le bas-côté : j’étais absolument seule.
Je quittai enfin la route principale pour aborder la partie la plus difficile de mon trajet : la piste défoncée qui menait à Berano. Les ornières étaient remplies d’eau et des centaines de grenouilles dérangées dans leur baignade nocturne se hâtaient d’en sortir. Quelquefois un hérisson traversait à petits pas rapides. Un oiseau de nuit hululait dans le lointain.
Le rêve semblait n’aller nulle part, il s’enlisait dans la boue. Pourtant de manière inattendue, au détour d’un virage le panneau apparut.
Berano - SGB - Propriété privée
L’aube se leva. La piste était devenue plane et lisse. Dans la pâle clarté du matin, je distinguais les arbres immenses qui bordaient le chemin. La voiture avançait sans heurt et mon cœur battait plus fort.
Un dernier virage, un pont… et le portail. Il était ouvert. L’usine était devant moi. Elle fonctionnait puisque j’entendais le cliquetis des machines et voyais la fumée s’échapper de la haute cheminée. À ma droite, l’allée bordée de novembriers* qui menait à la petite maison de bois, une maison toute simple comme en dessinent les enfants : un carré percé de deux fenêtres et d’une porte, le tout surmonté d’un toit à deux pentes d’où émergeait une cheminée en briques. Un magnifique ravenale*, l’arbre du voyageur, planté tout près du perron dépassait largement la toiture et couronnait la modeste silhouette de la « case » d’un majestueux éventail.
Cependant, quand je voulus descendre de voiture, je m’éveillai.
Curieux comme ce rêve m’a secouée, débloquée, désinhibée — je ne sais quel mot choisir — mais depuis j’autorise mes souvenirs à remonter à la surface. Et c’est vraiment l’expression qui convient : des boîtes, libérées brusquement d’une force qui les maintenait au fond de l’eau, s’envolent plus ou moins lentement vers la surface et en libèrent d’autres, coincées sous les premières.
Je ferme les yeux et j’ouvre mentalement mes boîtes. J’essaie de le faire dans l’ordre chronologique ; ce n’est pas facile. Tandis que je détaille le contenu de l’une d’entre elles, je vois du coin de l’œil le contenu d’une deuxième boîte, voire d’une troisième : sans cesse je dois veiller à me concentrer sous peine de partir dans toutes les directions. Si je me livre au jeu des souvenirs, ce n’est pas par sentimentalisme, c’est une thérapie ; et si je veux qu’elle soit efficace, je ne peux pas me permettre de laisser ma mémoire voguer à sa guise d’un souvenir à l’autre…
Le premier, le tout premier souvenir : la descente d’avion, mon bras sur la passerelle et des odeurs nouvelles, indéfinissables, et aussi la moiteur de l’air.
Non, ce n’est pas le tout début de l’histoire : le premier maillon de la longue chaîne qui aboutirait à Madagascar, c’était ce coup de fil de ma mère.
Il me semble encore voir le rayon de soleil qui barrait en diagonale mon bureau couvert de copies d’élèves pendant que je bavardais avec elle. Avais-je la prescience de l’importance de cet appel pour me souvenir de ce détail ? J’avais coincé le téléphone avec mon épaule et tout en discutant avec elle, je griffonnais quelques appréciations dans les marges.
Elle me parlait de la banque ou des impôts, je ne sais plus. Elle m’appelait souvent depuis la mort de mon père, cinq ans auparavant, et se reposait beaucoup sur moi pour tout ce qui était administratif. J’essayais de l’aider du mieux que je pouvais mais, ce jour-là, avec ce maudit paquet de copies à terminer, je n’étais pas très attentive.
— Hélène, tu m’écoutes ?
— Oui, maman !
— Je t’appelais aussi pour tout autre chose. Tu te souviens de mon grand-oncle Charles ?
— Euh…
— Mais oui, Charles Berthier, le frère de mon grand-père Jules, qui est parti à Madagascar au début du siècle…
Le nom m’était vaguement familier, mais j’écoutais toujours d’une oreille distraite : je tentais d’évaluer le temps qu’il faudrait pour terminer mes corrections. Sur le moment, j’étais persuadée que ma mère allait me raconter une histoire de famille sans beaucoup d’intérêt.
— Eh bien ce Charles, décédé dans les années cinquante, avait un fils prénommé Émile. Figure-toi, Hélène, qu’Émile est mort et un notaire de Nice m’a appelée à l’instant pour me dire que je suis son unique héritière ! Tu te rends compte ! J’ai pris rendez-vous pour demain à 16 h 00. J’ai pensé qu’on pourrait y aller ensemble, puisque tu ne travailles pas le vendredi après-midi.
Un oncle de Madagascar, c’est encore plus passionnant qu’un oncle d’Amérique ! Du coup, j’avais abandonné mes corrections tandis que quelques clichés défilaient dans ma tête : plages de sable blanc, cocotiers, couchers de soleils cramoisis, forêt tropicale dense traversée par des rivières peuplées de crocodiles, lémuriens qui se déplacent en dansant.
— Pas de problèmes, maman ; je passerai te chercher vers trois heures. Mais que faisait-il à Madagascar, ton grand-oncle ?
— En fait, je n’en sais trop rien ! Il y est parti pour travailler dans les chemins de fer ; puis il est revenu en France se choisir une épouse. Au grand désespoir de la famille, il y est retourné comme prospecteur cette fois et, me semble-t-il, a eu un ou deux fils.
— Et tu ne sais pas s’il cherchait de l’or, des pierres précieuses ou tout autre chose ?
À nouveau des clichés très romanesques ont surgi : un homme — Charles bien sûr — au milieu d’une rivière, de l’eau jusqu’aux mollets, faisait tournoyer une batée en forme de chapeau chinois…
— Non, je me souviens seulement de deux courriers de Charles que mes parents avaient reçus. À l’époque — je devais avoir dix ou douze ans — je collectionnais les timbres et j’avais été ravie de récupérer ceux très exotiques qui se trouvaient sur les enveloppes. Je suis à peu près certaine qu’il ne s’agissait que de faire-part de naissances, mariages ou décès, je ne sais plus…
— S’il avait eu des enfants, tu n’hériterais pas de lui…
Et je poursuivais mon petit film : l’homme s’immobilisait au-dessus de son chapeau chinois, l’expression de son visage changeait et, d’une voix étranglée, il appelait sa femme : « Viens voir ! je crois que j’ai trouvé quelque chose ! » et au milieu de la boue brillait une poudre d’or !
— Encore une fois, Hélène, les dernières nouvelles ne datent pas d’hier ! Entre ces deux lettres dont je me souviens et le coup de fil du notaire, plus rien, sinon que ma mère m’a dit à deux ou trois reprises : « Sais-tu que tu as un cousin et sans doute plusieurs à Madagascar ? » et qu’une vague tante ou cousine m’a signalé un jour le décès du grand-oncle. Mais comme je ne le connaissais pas je n’y ai pas vraiment prêté attention…
— Ce serait merveilleux que tu hérites de quelques pépites d’or, ou de diamants, ou encore d’émeraudes... On peut toujours rêver ! Le plus probable c’est que le grand-oncle te lègue sa collection de sagaies indigènes !
Le lendemain, à 16 h 00, très ponctuel, maître Laiguillon, le notaire, nous reçut. Son étude était installée boulevard Victor-Hugo dans l’un de ces immeubles majestueux de la fin du XIX e siècle : pièces de vastes dimensions, plafonds hauts, moulures, cheminées de marbre. Cependant l’ameublement était ultra moderne et assez prétentieux : du verre, de l’aluminium et des teintes claires pour les tentures et les coussins, le tout luxueux et destiné à en mettre plein la vue aux clients, ou du moins à justifier des honoraires que l’on pouvait imaginer assortis au décor.
Le notaire nous fit prendre place dans son bureau et nous regarda, me sembla-t-il, d’un air pensif et quelque peu navré :
— Mesdames, j’ai reçu il y a une quinzaine de jours un coup de fil de maître Raza… fin… drai… be, un collègue notaire à Antananarivo qui m’a appris le décès de M. Émile Berthier, dont vous êtes l’unique héritière.
— Mais pourquoi ? s’exclama ma mère. N’avait-il pas d’enfants ?
— Émile Berthier était le fils unique de Charles Berthier. Il avait bien eu une sœur mais elle est morte en bas âge. Émile lui-même n’avait qu’un seul fils, Bertrand, disparu huit mois avant le décès de son père. De ce fait, vous héritez de tous ses biens. Il a été relativement facile de vous retrouver car Émile Berthier aimait la généalogie et avait dressé cet arbre.
Il nous tendit un long papier rempli de noms d’une écriture minuscule et très régulière.
Je regardai le document avec attention.
— Mais comment connaissait-il mon existence, demandai-je étonnée, en voyant que j’étais mentionnée.
— Mon collègue malgache m’a communiqué une lettre d’une dénommée Louise Mineur, née Berthier, qui se trouvait dans les papiers du

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