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Description

Marie-Agnès Courouble ne se contente pas de s’élancer du Voilier Bleu. Elle voyage. Du Mexique à Phnom Penh, elle rêve, peut-être est-ce la forme d’écriture qui l’inspire le plus ?Ces courts récits aventureux, une marche brève vers l’essentiel, la crainte d’en dire trop, de se complaire dans un genre ou une situation. Elle raconte ses moments choisis comme elle regarde derrière sa fenêtre les nuages qui bougent, l’étonnement des arbres et les oiseaux au vol imprévu.

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9791095453062
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

le voilier bleu
Et autres voyages


Du même auteur :
Aux franges de l’éveil. Pierre Chave, Vence, 1987
(Avec des lithographies de Théo Tobiasse)
Mort derrière le mur. Albin Michel, Paris, 1993
Songe noir. Laure Matarasso, Paris, 1994
(Avec des eaux fortes et des aquarelles de Gérard Morot-Sire)
Ciel cassé. Editions Tipaza, Cannes, 1997
(Avec des lithographies de Gérard Eppelé)
L’Envers du monde. La pointe Badine, Nice, 1998
(Aves des eaux fortes de Michel Joyard)
Et si vous étiez Musset… Les Editions Varia
Montréal, 2000
Visages nus, Editions Mélis, Nice, 2000
(Préface d’André Verdet)
Sept heures d’absence. Les Editions Varia
Montréal, 2002
L’Homme de Berlin. Editions du Losange, Nice, 2006
Pour l’Amour de Chair. Editions du Losange, Nice, 2006
La femme clandestine. Editions du Losange, Nice, 2009
La mère de Pierre. Editions du Losange, Nice, 2010
Le Syndrome de Stockholm. Editions du Losange, Nice, 2011
Dance for love. Editions Sudarène, 2015
L’Homme de Berlin (réédition). Editions La Gauloise, Nice, 2016


Marie-Agnès COUROUBLE
Le voilier bleu
et autres voyages
Nouvelles
Les Editions La Gauloise
Série


Maquette de couverture INNOVISION
Crédit photos FOTOLIA
Tous droits réservés pour tous pays
Copyright 2017 – Les éditions La Gauloise
2474 avenue Emile Hugues, 06140 Vence
ISBN : 979-10-95453-80-2
ISSN : 2607-9666
Le Voilier Bleu


Le Voilier bleu
Et autres voyages
Le Voilier bleu
Le voyage au Mexique
Insipide
La femme penchée


LE VOILIER BLEU
-I-
Elle aurait voulu être un nuage.
Il y a longtemps.
Pour balancer ses fureurs au nez des indifférents, des tièdes. Ceux qui l’empêchaient de rouler sa vie comme elle l’entendait.
Ou pour s’étirer au ciel, bleu et blanc confondus en une mousse de bien-être, en une tendre confusion de clartés, d’espoirs, d’illusions...
Oui. Un nuage. Quand elle se croyait poète, qu’on riait de ses étourderies, de ses fougues, de ses bravades, de ses mots flèche.
Quand elle était désarmante. Que des jeunes gens appliqués lui faisaient une cour ennuyeuse.
Lilas vivait seule depuis des siècles. Quelques amants sans importance, un seul mari disparu, La solitude lui était revenue avec les bienveillances du recul, comme une routine aux distractions faciles. Plus Lilas vieillissait plus elle était libre. La fantaisie la reprenait comme un vice.
Chaque jour apportait sa découverte. Elle rattrapait le temps perdu, se nourrissait de merveilles, avalait jours et nuits comme un insecte curieux et affamé.
Ah non. Elle ne perdrait pas une miette de l’aube qui jaillit ou du crépuscule qui s’étouffe sur la mer, de la plage enivrée par le vent d’ouest, du port où le bruit des amarres enchante les soirées.
Elle se laissait ensorceler. Enfin sauvée des misères de la vanité, des futilités. Il lui aurait fallu un cahier ou quelques feuilles volantes pour noter les transes permises à son âge.
Aujourd’hui le ciel était vert, liquide et bruissant, il illustrait sa frénésie. Il ferait bon marcher sur la vieille digue dans cette ferveur printanière. Elle mettrait son chapeau, prendrait son sac rose, elle y fourrerait des croissants et s’assiérait comme chaque soir, sur le banc du petit port juste en face du voilier.
-II-
Chaque soir, Lilas finissait par le rejoindre, elle le gardait pour le dessert. Elle mijotait son plaisir, une aventure sans fin au bout d’une journée légèrement essoufflée, entre quelques courses absurdes, des repas qui n’en étaient pas et son désir de marcher sans but.
Parfois c’était dans la ville pimpante où les boutiques ne cessaient pas de lui plaire, certaines démodées, d’autres courageusement modernes. Elle n’y achetait rien. C’était son parcours, inutile, distrayant
Et puis elle allait jusqu’à la mer.
Longtemps elle la longeait dans une secrète extase. Jusqu’au port où la mer se ramassait comme pour tenir une promesse.
Là, elle surveillait le Voilier bleu.
Il lui appartenait.
Elle s’était laissée faire par sa coque marine, son mât vigoureux, le pont de bois solide et simple. Elle aurait voulu le caresser des doigts comme on caresse un homme.
Il était son plaisir. Son triomphe du soir.
Elle ne lui connaissait pas de propriétaire, Il était bien entretenu, vibrant au moindre vent. Son voilier appelait à des allégresses, des bohèmes, à de mystérieuses aventures qui étaient mieux que des voyages.
Il lui ressemblait.
Lilas s’asseyait sur le banc dans un geste furtif, un peu coupable. Comme une voleuse. Et elle partait en fraude pour une heure ou deux. Elle sortait du port, hissait la voile, s’éloignait vers l’horizon balayé de rose.
C’était sa victoire sur la vie. Sur les péchés quotidiens, les avatars de l’âge ou du souvenir. Toute amertume était chassée par ce rose qui n’en finissait pas de réinventer la mer.
Sans penser plus. Sans vouloir plus.
Rêver. Mourir de rêve.
Jusqu’à s’endormir sur le pont lisse.
Et puis laisser la voile flotter sans importance au gré du ciel.
Elle riait de sa folie mais chaque soir elle y revenait, la fignolait, l’enjolivait d’histoires brûlantes, d’imprudences et d’audaces. Elle s’attaquait à la mer, essuyait des tempêtes, traversait des ouragans. Elle se prélassait sur des plages interdites et soyeuses où son voilier agacé par un vent tiède, caracolait pour regagner l’horizon.
Son nom était un miracle qui l’avait reportée dans une autre vie, il y a longtemps. Aux rares moments heureux de son enfance, quand son nez s’écrasait contre la vitrine de jouets, fanfreluches, cadeaux à trois sous, coffrets en coquillages et inutiles petits plats de nacre.
La fabuleuse boutique de la rue principale : «Le Voilier bleu»...
Elle s’amusait à retrouver les détails, la moustache du vendeur, la main gantée de sa mère, les jolis bateaux de pacotille, les chouettes affreuses, les enfants criards armés de pelles rouges.
Chaque soir elle revoyait les belles maquettes lustrées, les mâts enduits de vernis qui avaient l’air de se balancer dans la vitrine, non, ils ne se balançaient pas maintenant elle le sait, elle compare avec la merveilleuse coque bleue, le pont mat, l’allure vaillante de son Voilier bleu.
Elle en avait désiré des coffrets de nacre, pour ses bijoux d’enfant, pour ses colliers de verroterie, ses petits bracelets et ses bagues du marché forain.
Elle les avait aimés en secret, ces ravissants destriers de coquillage qui frémissaient dans le soleil de la vitrine.
Déjà elle s’en allait très loin.
Et elle détestait les seaux de plage verts et jaunes, les balles de caoutchouc, les cordes à danser, les râteaux, les petites passoires ridicules, tout ce qui ressemblait aux jeux des filles obéissantes que leurs mères dominaient parfaitement.
«Prends une pelle pour construire un fort !»
«Oh ! Les jolies formes. Tu pourras jouer à la vendeuse.»
- Moi, avait-elle dit à sa mère, je n’en veux pas. Je veux un voilier de la vitrine. Le blanc. Celui qui brille.
Sa mère s’étonnait.
- Mon Dieu Lilas que tu es drôle ! Un voilier à mettre sur la cheminée comme un condamné !
Sa mère oubliait le rêve. Aujourd’hui elle se dit qu’elle était déjà captée par l’insolite. Elle s’évadait pour un rien. A dix ans elle s’écartait des «jeux normaux». Elle jouait à regarder la mer.
Elle jouait à avoir peur.
A aimer ce qui échappe. Un ballon qui s’envole. Elle se souvient d’un enfant qui l’implore...
- Rattrape-le Lilas ! Je t’en supplie...
Rattraper un ballon qui prend sa liberté ! Un ballon qui vire au ciel avec une telle grâce, qui va à la rencontre du vent comme j’aimerais !
Elle est déjà séparée de ce qui l’entoure. Elle n’aime que le burlesque. Elle aime les cirques. Sauf les chevaux obéissants et les singes, tous les animaux domptés.
Elle aime la femme qui s’élance d’un trapèze à l’autre, comme un cygne qui se balance au ciel du cirque, elle espère que la femme décide de ne plus revenir, de ne jamais redescendre, ou alors elle retombe, morte, Lilas se précipite, Lilas sanglote et lui propose de voler à sa place...
Les souvenirs étincellent dans sa mémoire, ils lui prouvent que sa vie s’est étouffée depuis.
Elle a perdu un temps précieux.
Ce soir comme tous les soirs, elle attend. Enfin un grand désir lui gonfle le cœur et les idées. Il peut donner un élan à la coque et au mât qui se dresse orgueilleusement devant elle.
Un pressentiment lui dit que cette nuit est importante. Elle est peut-être la dernière amarre qui retient le voilier au port.
Elle mange un croissant, sans faim. L’attente la nourrit. Quelque chose lui dit qu’à force de désirer l’impossible, il débarque.
-III-
Une Peugeot démodée vient se ranger le long du quai.
Affamée d’événements neufs, Lilas mange son croissant avec plus d’appétit.
Un homme jeune sort de la voiture. Tout de suite, elle remarque ses cheveux pâles comme ceux d’un Suédois. Elle détaille le sac de marin, la bouée, les amarres bien enroulées qu’il sort du coffre. Il sort aussi une longue planche, il l’installe. Il va monter sur le Voilier bleu.
Une passerelle, se dit Lilas.
L’ombre aux cheveux pâles évolue sur le pont. La nuit descend, les bruits sont chamarrés d’une douceur étrange. Dans une excitation folle, elle guette l’ombre. Si le voilier quitte le port, il n’y aura plus que le vide.
Elle scrute la nuit, cherche le vent.
Il ne peut pas s’éloigner à cette heure tardive, si solitaire.
Il ne peut pas me voler mon rêve.
Elle s’accroche désespérément. Il est son bien, sa chose. S’il prend la mer c’est avec elle.
D’un pas décidé Lilas avance sur le quai. Elle tient son sac rose contre elle, son chapeau est de travers, elle s’en fiche, elle osera.
- Monsieur, Monsieur !
L’ombre quitte l’avant

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