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L'Arbre et la racine... en même temps ! , livre ebook

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Description

« Je me souviens de ce moment où, à la Poste, je venais de retirer ce fameux et tout premier télégramme, de mon excitation mélangée à l'angoisse de l'inconnu, et aussi cette joie indéfinissable de pouvoir faire comprendre, en peu de mots, à tous ceux qui me connaissaient que je les quittais pour un ailleurs. Je me souviens de leurs regards, de leurs sourires, de leurs envies, comme autant de lueurs semblables à ces pierres précieuses que tu ne peux emmener avec toi. Alors, tu les saisis chacune dans ton coeur pour ne jamais les oublier. Je réalisais mon premier rêve ! J'allais être un marin ! » Happé par l'encre exaltante d'un narrateur attachant et pourvu de discernement, le lecteur embarque pour une croisière vers les quatre coins du monde. Mais ce périple ne sera pas composé que de la richesse des différences culturelles et du quotidien palpitant d'un marin aux aventures incroyablement intenses. Plus qu'un carnet de voyage, Matthieu partage ses océans de questions, se confie sur le naufrage de son coeur et souligne l'importance de la véritable amitié comme bouée de sauvetage. Malgré les écueils rencontrés dans les lagons les plus pacifiques, il ne jette jamais l'ancre et aspire à rencontrer l'amour réciproque en gardant toujours le cap de l'espoir à l'horizon... Empli d'humanité et d'exotisme, ce livre est un parfait bol d'air frais marin pour relativiser nos questionnements existentiels sur la quête du bonheur.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 mai 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782342166330
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

L'Arbre et la racine... en même temps !
Pasabaco
Société des écrivains

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


Société des écrivains
175, boulevard Anatole France
Bâtiment A, 1er étage
93200 Saint-Denis
Tél. : +33 (0)1 84 74 10 24
L'Arbre et la racine... en même temps !

Toutes les recherches ont été entreprises afin d’identifier les ayants droit. Les erreurs ou omissions éventuelles signalées à l’éditeur seront rectifiées lors des prochaines éditions.
 
Si même je sacrifiais tous mes biens, et jusqu’à ma vie, pour aider les autres, au point de pouvoir m’en vanter sans l’amour, cela ne me servirait de rien. L’amour est patient, il est plein de bonté, l’amour. Il n’est pas envieux, il ne cherche pas à se faire valoir, il ne s’enfle pas d’orgueil. Il ne fait rien d’inconvenant. Il ne cherche pas son propre intérêt, il ne s’aigrit pas contre les autres, il ne trame pas le mal. L’injustice l’attriste, la vérité le réjouit. En toute occasion, il pardonne, il fait confiance, il espère, il persévère. L’amour n’aura pas de fin. Les prophéties cesseront, les langues inconnues prendront fin, et la connaissance particulière cessera.
 
1. Corinthiens 13
La rencontre
J’arrivais tout droit de la rue du Gouverneur-Général-Félix-Éboué , lorsqu’à moins de cent mètres, je l’aperçus. Il était assis sur la pelouse de la Savane, adossé à l’un des nombreux palmiers, entouré d’enfants. Dès que nos regards se sont croisés, il n’a plus été possible de les détacher. J’avançais, magnétisé, absorbé par cette source oculaire, parmi la foule bruyante et colorée du carnaval, qui s’emparait des êtres tout entiers, véhiculant un parfum chaud et envoûtant tant sur les façades que sur les visages. Les enfants riaient en sautant autour de lui et de son panier rempli de sandwichs à je ne sais quelle garniture. Ses rastas lui tombaient sur les épaules. Il me souriait avec ses dents éclatantes nacrées d’ivoire. Sa peau d’ébène renvoyait le soleil autour de lui comme un disque d’or à dix-huit carats légèrement rougi par un rien de cuivre. Lorsque je fus arrivé à sa hauteur, je lui tendis la main. Il s’empressa de me la prendre entre ses paumes et me serra doucement de ses grands doigts de musicien.
— Je suis l’arbre et la racine en même temps, lui dis-je.
Il me regarda intensément avec un sourire éclatant et me répondit aussitôt :
— L’homme est le seul arbre qui peut planter ses racines où il veut !
Mon visage venait de se couvrir de larmes. Une vague d’émotion m’avait submergé. Impossible de lui résister. Je m’assis à ses côtés, sa main se posa sur mon épaule et il ajouta :
— Toi, tu viens de la Babylone , ton chemin est bientôt fini, prends un peu de repos.
L’animation bigarrée continuait ses activités autour de nous dans de joyeuses bousculades, et des grouillements d’hommes grimés en femmes affluaient de nulle part créant une cohue et disparaissaient tel un essaim d’oiseaux. Pourtant, là où nous nous tenions, le monde venait de s’arrêter. Le bruit de la population en liesse ne pouvait couvrir cet instant, et les cris des enfants joyeux s’ébattant autour de nous ne pouvaient nous gêner tant il y avait de l’intensité dans nos regards. Le ciel venait de s’ouvrir au-dessus de nous et un périmètre bien délimité s’était installé. Il roula un gros joint, l’alluma et me le tendit. La fumée de la ganja, douce et âcre à la fois, descendait dans ma gorge. En quelques secondes, les volutes eurent raison de mon esprit. Il me parla longtemps de moi, comme s’il me connaissait depuis toujours, de la route vers le ciel, des mirages de la grande Babylone, de nos espoirs, de notre avenir, de nos actes, de l’amour. Puis, il se leva et disparut ainsi que les enfants comme s’ils avaient été aspirés par les cortèges dans une immense cohue, dont l’attroupement bariolé envahissait la savane, tel un raz-de-marée de corps sautant et chantant. Je décidai de suivre ces gens déguisés dans les rues avoisinantes, plus au calme, tout près d’un cimetière longeant un petit cours d’eau qui me ramenait vers la mer. Des voitures calcinées jonchaient l’avenue, telles des statues d’un nouveau genre, conception d’un art déchiré entre la possibilité et l’impossibilité, le remplir et l’ôter… le vide et le plein… Dans cette chaleur, on pouvait sentir un immense désespoir tout autant que la joie de vivre de ce que le temps nous offre… À prendre comme autant d’eau à boire à la source… Peut-être ce désir de mourir et vouloir revivre juste après… Là, cachée au creux de notre estomac, cette envie de vomir… De hurler ce qu’il y a au plus profond de nous…
Je regardai la mer et son horizon, l’angoisse avait disparu. Je retrouvai la Savane où un ti punch s’imposait. Attablé à une des nombreuses gargotes, je sirotais mon rhum La Mauny, en prenant soin d’écraser les tranches de citron vert au fond de mon verre.
Mon esprit me ramena à l’époque où je vivais à Lyon . Un ami m’avait entraîné dans les quartiers du Vieux Lyon, au-dessous de Fourvière . Une communauté occupait un immense appartement. Il faisait beau, c’était l’été. En cette fin d’après-midi, je m’apprêtais à vivre l’une de mes plus grandes expériences. Les joints circulaient de bouche en bouche. Dès que l’un d’eux avait fini son existence, des mains agiles et expertes en roulaient un autre. Des joints en forme de moustaches, où deux cônes sont assemblés, en forme de pipe, où il faut une bonne aspiration. Quelques amphétamines firent leur apparition à la nuit tombée. La musique était bonne. Arlo Guthrie résonnait à travers les baffles de l’immense salon, quand un garçon hilare fit irruption dans la pièce :
— Voici des Treets !
Les Treets en question étaient du LSD en forme de bonbons. Mon ami ne prit pas de cette confiserie mais resta avec moi, pour surveiller mon état pendant mon transport céleste. La dragée se liquéfiait doucement sous ma langue. Alors que je tirais sur un énorme pétard, je commentai l’inefficacité du produit. Lorsque, soudain, mon corps tout entier se désintégra en une lumière liquide, chacun de mes membres fuyait mon corps vers un ailleurs que je ne pouvais retenir. Je regardai mes mains devenir un fluide et disparaître. Mes jambes, mon sexe et mon corps tout entier fuyaient eux aussi. Lorsque ma tête suivit ce chemin, je me retrouvai face à moi-même en lévitation. Je me contemplai et une force m’éjecta dans un espace semblable à celui de la galaxie. Une immense vis sans fin m’encercla d’une couleur rouge et bleu laissant assez d’espace pour contempler un infini tout aussi noir que lumineux. Des portes apparurent, mais une voix confiante me conseilla de ne pas les ouvrir. Docile, j’obéis à cette autorité invisible. À un moment, je fus ramené parmi les habitants du lieu. Un immense feu de la Saint-Jean illuminait le centre du salon. Les personnages assis encerclaient cette merveille. M’approchant devant eux, je leur dis :
— Je suis l’arbre et la racine… en même temps !
Une fille me serra la main et me dit :
— Tant mieux pour toi !
Je leur tournai le dos et rejoignis un aimable canapé. À peine m’étais-je assis que la force s’empara de moi et m’expédia de nouveau dans les cieux de la nuit pourtant ensoleillée de milliers d’étoiles. Il devait être dix heures, lorsqu’une douceur indéfinissable me déposa au centre de l’appartement. La plupart des hommes et des femmes avaient quitté les lieux. Mon ami dormait encore. Une fille me raconta combien elle avait mal vécu son voyage artificiel. Il m’était impossible de compatir, mon bonheur était immense, il se voyait. Certainement, je faisais des envieux. Je saluai mon gardien nocturne dès son réveil et quittai le quartier.
Je n’ai jamais repris de LSD, pourtant les occasions n’ont pas manqué, mais ce que j’avais vécu était si intense, si incroyable qu’il ne pouvait y avoir d’équivalent. Je n’avais pas encore vingt ans et, dix années après cette expérimentation, je me payais le plus grand come-back de ma vie avec cette rencontre à la savane de Fort-de-France.
Les rêves en mer
Les rêves sont des fenêtres sur nos vies passées ou à venir. Je n’ai jamais pris vraiment le temps de les étudier. Pourtant, plusieurs valent le détour.
Sissoko avait rejoint le Sénégal. Je partageais désormais ma cabine avec un autre Africain de l’Ouest. Je me suis toujours assez bien entendu avec les humains, pourtant avec lui pas de partage. Il faut dire que je lui avais soufflé une fille plus que ravissante en Équateur. Il avait du mal à accepter qu’une ébène puisse préférer un ivoire à sa place, ce qui l’avait rendu un tantinet jaloux. Plusieurs fois, lorsque nous attendions à la douche, il avait surveillé ma nudité pour voir si mon sexe était de taille égale ou non au sien. Comment une espèce de blanc-bec pouvait oser se mesurer à une créature africaine ?… De quoi bien rigoler. Une nuit, qui précédait l’arrivée de notre paquebot à Sainte-Lucie, l’ange des rêves m’emmena sur l’île en reconnaissance. Je volais au-dessus de la terre à très basse altitude, planant au-dessus d’un marché, puis au-dessus des tombes, des filles souriantes, du rhum, de l’herbe, de la mer et ce fut le réveil.
J’avais commencé très tôt. Dès cinq heures, je me trouvais en enfer. Ce lieu se trouvait à l’avant du navire prenant la place de quatre hauteurs de pont, juste derrière le puits à chaînes, bien en dessous de la ligne de flottaison. Lorsque l’on est en pleine mer, il arrive que l’on entende des voix… des chants… des appels… des cris… c’est pour cela que ce lieu se nomme l’enfer.
Mon travail était fini, je partageais un repas indonésien avec les Mauritaniens. Il y a deux temps de repas pour l’équipage, un pour

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