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Autour des îles bretonnes , livre ebook

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Description

Je rêve à cette tournée extraordinaire des îles que je fais depuis un mois. Comme une eau-forte vigoureuse se profilent les traits durs de Sein et d’Ouessant, Bréhat se dresse avec ses rochers rouges, le dragon de l’île de Batz siffle à mes oreilles, les pierres druidiques des Glénans se lèvent pour m’écraser... Mais Groix, prise de pitié, me cache au creux de ses sillons, sous une jonchée de bluets et de coquelicots, Belle-Isle me jette le parfum de ses fleurs et les jolies patriciennes des îles d’or me tendent leurs lèvres à baiser ! Je rouvre les yeux. Le beau rêve est fini ! Finie aussi l’excursion des îles bretonnes, si étrangement pittoresques !... ».


Ainsi achève Th. Caradec son ouvrage, paru initialement dans la première moitié du XXe siècle, d’une découverte des îles bretonnes, encore « sauvages » et bien éloignées du continent à tous points de vue.


Légendes, mœurs et coutumes, souvenirs et anecdotes historiques jalonnent ce périple enchanteur.


Un ouvrage à lire et relire pour s’imprégner de ce que pouvaient être ces îles et leurs habitants voici 50 ou 100 ans. Peut-être une façon plus « humble » de les aborder, avec cet ouvrage, sorte de guide touristique hors du temps, mais qui vous donnera certainement un goût supplémentaire pour apprécier et méditer la Bretagne au fil de ses îles...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 3
EAN13 9782824050546
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

isbn
Tous droits de traduction de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Conception, mise en page et maquette : © Eric Chaplain Pour la présente édition : © EDR/EDITIONS DES RÉGIONALISMES ™ — 2011/2014 Editions des Régionalismes : 48B, rue de Gâte–Grenier — 17160 CRESSÉ ISBN 978.2.8240.0316.0 (papier) ISBN 978.2.8240.5054.6 (numérique : pdf/epub) Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.
THÉOPHILE CARADEC
Autour des Îles BretonnesPAYSAGES, CONTES, LÉGENDES COMMERCE, INDUSTRIE, PÊCHEURS DE SARDINES
THONIERS, HOMARDIERS
LETTRE-PRÉFACE
atz, Molène, Ouessant, Groix, Sein, Bréhat, la jolie croisière d’été, cher Monsieur, et avec quel mélange de plaisir et d’envie je vous ai suivi en imagination dans votre « épBvotre livre, je sentais comme une bouffée d’air salin qui entrait avec elles dansreuves » de péripleAutour des îles bretonnes !Chaque fois que le courrier m’apportait un paquet d’ mon étroit cabinet de la rue d’Alésia. En vérité M. d’Arsonval m’apparaît à cette heure comme un bien pauvre écolier : c’est à peine s’il peut emmagasiner dans une bouteille trois ou quatre cents mètres cubes d’oxygène, et vous faites tenir toute la mer de Bretagne sous la couverture d’un in-18 ! Par quelle magie ? Simplement, comme on cause, en nous contant vos impressions de pérégrin. Car elles sont vôtres, ces impressions. Çà et là, dans une page ou deux, j’ai bien cru retrouver l’écho d’un verbe étranger. Vraie surprise chez un écrivain si personnel et qui, d’habitude, ne s’embarrasse guère de l’opinion d’autrui, qui, dans ses déplacements, n’emporte pour tout bagage qu’un cahier de papier blanc, des yeux vierges et un esprit sans prévention. Et voilà bien sa grande vertu. Tout lui est nouveau de ce qui chante, pleure ou rit sous le soleil. Il e découvre aux moindres choses une poésie insoupçonnée. Il ose encore — au XX siècle — nous parler des coquelicots, des bluets et des pâquerettes. Ses afféteries mêmes ont comme un air de naïveté. Le lecteur ne songe point à sourire, tant il est charmé, séduit et comme entraîné de la première ligne à la dernière par la vivacité et la grâce familière du récit. Et jamais mieux qu’ici cette grâce et cette vivacité ne s’employèrent à la peinture des souples, mouvants et capricieux paysages de la côte armoricaine. Ces petites îles de la Manche et de l’Océan sont proprement des microcosmes et l’on peut s’y croire à volonté et selon les jeux de la lumière au bord de quelque calanque méditerranéenne ou sur les brumeux confins du monde boréal. Je me souviens encore d’un de mes amis, peintre d’histoire à ses heures, qui avait campé son chevalet, à Bréhat, devant un bloc de roches rouges trempant dans une mer du plus parfait indigo et qui, dans ce décor paradoxal, trouvait tout naturel d’évoquer le radieux fantôme de Cléopâtre. Il y eût pu aussi bien, dans le blafard crépuscule d’un soir d’automne, loger une rockeriede pingouins ou de phoques à crinière. La mer de Bretagne est femme ; elle n’est jamais la même deux jours de suite ; on songe devant elle au mot de Claudien :dulce monstrum... Vous l’avez bien compris, cher Monsieur. La mer de Bretagne !.. Il n’y a pas une ligne de votre livre où l’on ne sente passer son frisson, sa grisante haleine iodée. Elle est — plus encore que ces îles où vous nous promenez — votre personnage principal, le protagoniste du grand drame eschylien qui se joue à la pointe avancée du vieux continent et dont vous nous avez conté tant de pages émouvantes. Merci de tout cœur, cher Monsieur, et pour m’avoir communiqué ces belles pages devant qu’elles ne s’éparpillent aux brises de la publicité et pour m’avoir donné l’occasion d’en dire à cette place tout le plaisir qu’elles m’avaient causé.
Charles LE GOFFIC.
I. — BRÉHAT
De Paimpol au Passage de l’Arcouet u sortir de Paimpol, une belle fille, coiffée d’une capeline mauve, marche sur la route poussiéreuse. diraitAdétachée d’un tableau de Rubens. Avec ses joues hautement colorées, dans la splendeur de ses formes rustiques, on la — La route de l’Arcouet, s’il vous plaît, mon enfant... Elle roule vers moi ses yeux noirs, refoule sous le dôme de sa coiffure ses cheveux en désordre fou, puis me dit : — En suivant la ligne télégraphique, vous arriverez. tout droit au Passage, monsieur... De cette indication, je n’ai cure... Dût le trajet être doublé, j’aime mieux tirer des zigzags à travers champs, côtoyer les sentiers ombragés, me griser de l’odeur des blés mûrs et des sarrasins en fleurs. En ce moment, la fête des fleurs bat son plein. Coquelicots, bluets et pâquerettes emplissent les guérets, Le long des gerbes serrées, courent de longs frissons d’amour et, dans la mêlée des herbes, il me semble entendre la musique des baisers... Mais non, ce sont les ailes vibrantes des papillons argentés. Parfois, un pétale de coquelicot, comme une goutte de sang, s’envole dans le rayonnement solaire, et parfois comme une neige blanche, des pâquerettes radieuses, tombe au pied des froments dorés. Toutes ces fleurs embaument le miel. Ils y trouvent leur joie, ces frelons et ces abeilles qui, bourdonnant, se glissent dans les calices pour en aspirer la sève parfumée. , Heure charmante, heure exquise qui fait battre la charge au cœur et met le sang en folie ! Tout doucement, par un chemin de paradis, on arrive à la cale. Ah ! quelle belle journée d’août ! La mer, toute proche, luit comme un champ de lin. Voici qu’à la surface triomphe tout un archipel de roches idéales. Sous la caresse de la lumière limpide, ces récifs semblent posés au ras de l’eau... Leur transparence irisée est celle de bulles de savon... Et je me souviens de ceskaegaardde Norwège, de ce semis d’îles que, suivant une légende scandinave, Dieu avait créé en secouant l’index de sa dextre. Entre toutes ces îles éparpillées, une surtout est royale. C’est Bréhat. En approchant, des détails charmants se précisent : des falaises drapées de bruyères roses ou cachées sous la chevelure des lierres vivaces, un jet hardi de pins clairsemés dont les troncs penchés évoquent la poussée des grands vents d’hiver. Longtemps, par une mer plate, nous restons devant le mirage fuyant de Bréhat. — Allons, Nicolas, dit un de Paimpol, f... la godille et l’aviron dehors, ou nous n’accosterons jamais ! Nicolas est le patron de laPerle. Unfier luron, qui subit les fatalités du sort ! Sa pipe, sa pipe toute courte, affleurant sa bouche embroussaillée, le console des choses et des vents contraires. En vain, essaieriez-vous de faire passer sur sa face rocailleuse un frisson, d’impatience et comme une esquisse de contraction... D’un ton imperturbablement calme, il vous répondra cette simple phrase : Memes tra, memes tra, aotrou !(La même chose, la même chose, monsieur !) Nicolas a pour compagnon et associé un gâs sans pareil de l’Arcouet à Perros. Toujours riant, derrière ses grandes dents jaunies par la chique..., il aide à la manœuvre avec, dans sa vareuse, un petit chien outrageusement laid sous sa frisure noire, mais l’œil si humain ! Le matelot — entre les deux âges — on l’appelleTonton Henri ;le caniche répond au doux nom deFidèle. Tout en godillant, Tonton Henri me conte des histoires de vieux marin..., il jette dehors une mimique expressive pour me reproduire ses traversées pénibles d’hiver, alors que le vent secoue la barque comme un pin de là-haut et mue le chenal en une coulée d’écume. Il s’interrompt pour me dire : — Regarde, au large, monsieur, v’là que « s’amène » une risée ! Sur l’immense plaine, unie comme un miroir de Venise, des ondulations courent. Nous sentons
la caresse d’un souffle chaud. La voile, très lasse, palpite, un moment, comme une grande aile d’oiseau blessé. La quille s’anime, pousse de l’avant. Tout autour, l’eau chante. Puis, la risée file un peu plus loin réveiller les Océanides endormies, ce pendant que nous autres retombons dans le calme bleu.
BRÉHAT
Encore quelques minutes, et nous voici au Port-Clos. Sur la cale, un homme est en faction. Sa face rubiconde resplendit comme le soleil suspendu là-haut. Il rit du front, des joues, des yeux et de la bouche. Par ses lèvres charnues, en signe de contentement, file jusqu’à la mer un jet de salive limpide. — C’est bien vous, le monsieur docteur annoncé de Brest ? fait-il. — Comme vous le dites, mon, ami... Et vous êtes bien Gallou, n’est-ce pas ? En réponse, il m’étale sa main velue où serpentent les grosses veines bleues du travailleur... Sapristi ! sa pression va me réduire les phalanges en miettes ! Je refoule en dedans une grimace de douleur, car j’ai pour principe que, pour approcher du cœur de ces simples, il faut s’adapter à leur rudesse expressive, se donner tout à eux, comme ils se livrent tout à vous. Mon guide me conduit par des sentiers fleurant bon le sureau... Des grains de pollen, porteurs d’amour, voltigent dans les vapeurs dorées. Les feuilles chantent. Des coqs dressent leur cocarde rouge au milieu des bluets. Des volées d’oiseaux s’éparpillent dans les blés où monte, en longues ondulations, une houle gracieuse et souple. Je laisse délicieusement entrer en moi ces frémissements et ces murmures. De cette poésie des choses ambiantes, Gallou ne paraît pas autrement ému. À la fois boucher et hôtelier, notre homme a eu la gloire — et il s’en prévaut ! — de fonder la premièrehostelleriede l’île :l’Hôtel du Perroquet gris. Son métier de marchand de soupe, il l’exerce avec le même désintéressement que mettait le Ragueneau deCyranoà vendre ses petits pâtés. Gallou héberge-t-il un homme de plume ou un « peintre pour bateau », comme il dit, il ne se connaît plus, déserte ses casseroles et passe son temps à régaler son hôte d’histoires truculentes, léguées par les mères-grands, ou de contes grassouillets entendus jadis aux veillées d’hiver. Par ces procédés aimables et délicats, l’hôtelier duPerroquet griss’est fait toute une clientèle d’amis reconnaissants. Sur les panneaux de la salle à manger, entre des œuvres inavouables, rayonnent des légendes de petits marins et de petites « marines » aux yeux éveillés et aussi de délicieux clairs de lune, des levers de soleil radieux sur des rochers rouges.
Gallou, dans sa collection d’antiquités, compte un crâne et un fémur princier... À l’heure mystérieuse où les ombres mauves s’épandent sur l’île, il vous découvre son trésor et vous dit : — « Aspectez » les restes de messire Edmond, comte de Kent ! — Gallou, une histoire tourne autour de ces vieux débris. Contez-nous cela. Lui ne se fait pas prier : — C’était vers 1428. La reine d’Angleterre avait expédié des troupes en Bretagne, à seule fin de mater ces têtes de Bretons, dures comme leur granit. Le chef de la petite armée était messire comte de Kent. Il descendit dans l’île Bréhat, mit le siège devant le château, s’en empara, le pilla et le démolit. Il brûla toutes les maisons et fit une fricassée de moines. Ces bons religieux étaient grands mangeurs de berniques. Les quantités énormes, trouvées autour de leurs dépouilles, aidèrent à les conserver. Le comte de Kent ne jouit pas de son triomphe. Peu de temps après, au siège de Bréhat, il fut atteint d’un coup de trait et succomba. — Gallou, qu’est-ce qui vous prouve que le crâne, dévotement tenu dans vos mains, était celui de Kent ? Regardez bien ce trou au milieu du crâne, monsieur. Il correspond exactement au coup de trait énoncé dans l’ouvrage de dom Morice. — Gallou, mon ami, vous mourrez dans la peau d’un archéologue... Vous seriez maintenant le plus aimable des hommes si vous m’indiquiez comment attendre l’heure d’entrer en conversation avec votre divin pré-salé. — L’église est toute proche, monsieur. Allez la visiter. Peut-être aurez-vous des surprises ? J’entre. Les piliers granitiques du sanctuaire, dédié à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, mordent directement la roche, comme les colonnes ioniques d’un temple païen. La chaire repose sur les robustes épaules de saint Samson, qu’il faut se garder de confondre avec le Samson du Nouveau-Testament. Deux objets retiennent l’attention : un tableau de 1714, représentant des captifs d’Afrique agenouillés aux pieds de Notre-Dame de la Mercie ; un lutrin, pris dans un débarquement en Angleterre, et donné par l’amiral Cornic. Gallou, déserteur de son rôt, est venu me rejoindre. Derrière un confessionnal, il me montre l’endroit où, sous une dalle, dormait depuis des siècles la dépouille de Kent. Le crépuscule se fait triste et noir. Le vent souffle rageusement et la mer délire. Au plus haut du ciel, des escadrons de nuages livides courent vers quelque charge héroïque... Un temps tragique... un temps de choix pour visiter le cimetière. Bréhat a deux champs de repos : l’un pour les gens morts de maladies ordinaires, l’autre pour les cholériques. Le premier a la coquetterie d’un jardin... Je remarque une belle pyramide de granit, élevée par la population au vicaire Laurent Guillon. La mémoire de cet homme de bien est à ce point vénérée que, de tous les points de l’île, on vient faire accomplir aux enfants retardés le tour du monument. L’autre cimetière abrite les cholériques, les naufragés et les « étrangers ». On entend ici par étrangers tous ceux qui sont nés sur le continent. En ce lieu retiré, les tertres gazonnés disparaissent sous les fougères, les gueules de loup et les coquelicots. Singulière ironie du sort ! La femme qui, en 1832, avait donné ce champ, mourut la première du choléra et inaugura le cimetière. Au centre, un Christ squelettique étend ses bras sur une croix mangée par les vers. Lugubre sous ce crépuscule tombant en voile de deuil, il me rappelle les crucifiés, aux chairs tourmentées, de Ribera et de Goya. Un vieux de la côte, dont toute la vie de misère est plaquée sur la figure, prie au pied de la croix. Me voyant regarder l’Homme divin, il me dit : — Malheur ! Malheur à ceux qui ont soustrait cette croix au couvert de l’église pour l’exposer aux injures du temps ! Vieillard, les choses elles-mêmes ont leur destinée ! Ce Dieu, mourant dans la tourmente des éléments, a une grandeur tragique toute autre que sous le porche du sanctuaire. De tels propos ne sont pas d’une gaieté folle... Il est temps de s’arracher à cette conversation
macabre. L’hôtel duPerroquet grisà deux pas. Gallou nous sollicite et le rôt, doré à point, est nous convie. Au pré-salé, notre hôte a donné pour compagnes une cotriade exquise et des pommes de terre d’un fondant délicieux... Il n’y manque que l’hydromel des vieux dieux celtiques ! *** Je suis monté à la montagne Saint-Michel par une rampe fleurie de fenouils très grands, très majestueux, et de serpolets tout petits, tout gracieux. Là où, sous la Révolution, furent brûlées les statues des saints et des saintes de l’Église, l’herbe est comme mangée, du moins Gallon le dit. La vue, du plateau, est splendide. Ardentes épousailles de la mer et des terres... la mer jetant aux falaises de la côte son écume blanche et les falaises tendant leurs guirlandes d’ajoncs aux baisers de l’éternelle amante. Dans la partie nord, pointe la chapelle de Lanrou. Son clocher sert « d’amer » aux navigateurs et, dans les grandes tempêtes, les gens de foi ont, tout en priant, les yeux fixés sur lui. À l’horizon, les ruines d’un moulin sont d’un romantisme délicieux. À ses ailes détoilées — qui sait ? — peut-être furent pendus, en 1571, les Bréhantins accusés de félonie par les Anglais, car ils étaient félons, paraît-il, ceux qui défendaient leur sol contre l’envahisseur pillard et assassin. Pas de mal qui ne serve à bien ! Les Malouins, indignés de cet acte de cruauté, arrivèrent à la rescousse et, de concert avec leurs voisins, jetèrent à la mer l’ennemi séculaire. Les souvenirs légendaires accourent ici de tous côtés. Vers le sud, tout un éparpillement, toute une poussière de poussières nommées ou innomées. Voici l’île Saint-Mandez, où il me tarde d’aller tirer de leur sommeil les vieilles traditions, revivre e quelques heures la vie simple et studieuse des moines du VI siècle. À la pointe de Berlau, sur une roche abrupte, Gallon me montre des traces très vagues de mains et de pieds. « Ici, me dit-il, Maudez atterrissait quand il venait de son île, évangéliser les Bréhantins hérétiques. Nos gens firent d’abord au saint un accueil plutôt frais. Même, ils lui cherchèrent noise. Les polissons du pays poursuivaient le missionnaire à coups de pierres ou s’amusaient à détacher et mettre en pièces son canot. On lui refusait le lit qu’on accorde aux vagabonds de passage. Lui, n’en avait cure. Il s’installait, tant bien que mal, dans un creux de roche, et on vous montre encore leGwele sant Maudez,(le lit de saint Maudez) où, face à la grande mer, il dormait tout son saoul sous la pâle clarté des étoiles bretonnes. « Le diable lui-même vint jouer sa partie dans ce charivari. Un jour, il apparut à Maudez et lui dit que, s’il rejoignait son île dans une auge de pierre, il croirait en sa puissance. Le saint entra en prières ; puis, s’étant levé, il souleva l’auge comme un fétu de paille, la mit à flot, s’y embarqua et, sans rames ni godille, cingla vers son île ! « À cette vue, le diable ne demanda pas son reste et détala. Les Bréhantins, témoins du miracle, se jetèrent à genoux sur le rivage et, pendant que le saint s’éloignait, ils lui criaient dans le vent leur repentance, le suppliant de ne pas leur tenir rigueur et de revenir leur porter le Verbe ». Pour rejoindre le nord de l’île, je saute dans une de ces embarcations, à voiles blanches, qui croisent entre la pointe et les îles. La côte se révèle sous des aspects nouveaux. La chapelle Saint-Michel monte la garde sur la falaise... Entre les roches rosies par les bruyères en plein épanouissement, s’arrondissent des baies pailletées de sable blanc, sur lequel, par places, des algues délicates jettent un tapis vert. On débarque à la cale de l’ancien bateau de sauvetage. Quel changement de paysage ! L’herbe est rase, si rase que les dents des moutons s’usent à la brouter. Les rares arbustes sont couchés et rebroussés par le vent. Les figuiers royaux du centre de l’île sont représentés ici par des moignons tordus et rabougris. Devant des logis en torchis, suant la misère, seulement quelques tristes soucis et quelques résédas sauvages. Les oiseaux eux-mêmes, les moineaux piailleurs et effrontés, les martinets si vifs, dont le vol capricieux et lecuicuicme réjouissaient aux abords du village, ont fui à tire-d’aile cette tant région déshéritée. Plus on avance et, plus ce caractère de désolation grandit. Dans un lointain vaporeux, les rochers rouges, une des curiosités de l’île, dressent leurs silhouettes tragiques. Autour de nous,
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