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Moi, 34 ans, Asperger et amoureux , livre ebook

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Description

Moi, 34 ans, asperger et amoureux
Alec Nortan
Roman de 210 100 caractères, 37 100 mots, 175 pages en équivalent papier.
Hervé a le syndrome d’Asperger, une forme d’autisme qui le met en grande difficulté lorsqu’il doit interagir avec d’autres personnes.
Luc a été gravement brûlé au visage et fuit les autres pour éviter le regard qu’ils portent sur lui et ses cicatrices.
Leur rencontre était impossible, mais le destin fait se croiser ces deux écorchés de la vie. Chacun avec ses problèmes pourrait devenir la planche de salut de l’autre.

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: Éditions Textes Gais

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Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9791029403408
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Moi, 34 ans, asperger et amoureux
 
 
Alec Nortan
 
 
 
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Au cours de sa vie, chaque personne fait des milliers de rencontres. Certaines sont éphémères comme une personne à qui l’on demande son chemin, d’autres durent toute la vie. Chacune d’entre elles, si brève ou si longue soit-elle peut changer notre vie, en bien ou en mal.
Des rencontres, j’en ai peut-être fait deux cents. En comptant large. Très large. Pourtant, à trente-quatre ans, je devrais en avoir fait bien plus. Ce n’est pas faute de ne pas le vouloir, au contraire. Quant aux rencontres réellement importantes, je peux les compter sur mes dix doigts. La dernière remonte à deux ans. Il s’appelle Pascal, et il a changé ma vie en mieux. En beaucoup mieux, même. Nous nous sommes connus par internet, une méthode avec laquelle je me sens plus à l’aise. Petit à petit, nous avons appris à nous connaître, et il a pris de plus en plus d’importance dans ma vie. Ce n’était pas toujours facile pour lui, mais il faisait des efforts pour accepter mes difficultés, et pour la première fois de ma vie, j’ai découvert ce que pouvait être la vie de couple. Pas encore au point d’emménager ensemble, mais assez pour que ça s’en approche.
Seulement voilà, il m’a quitté, six mois plus tard. Il n’y a pas eu de cris ni de bagarre, mais ça m’a quand même dévasté. Mes problèmes avaient fini par l’user. Il ne les supportait plus. Je ne lui jette pas vraiment la pierre. Vivre avec quelqu’un comme moi n’est pas toujours facile, loin de là. Il a fait tout ce qu’il a pu, mais cela n’a pas suffi.
Cette séparation m’a fait comprendre une chose : je finirai ma vie seul. Ce n’est pas une exagération, c’est simplement un constat. Même moi j’ai parfois du mal à me supporter, c’est pour dire.
Mon problème ? Disons, pour faire simple, que je ne sais pas interagir avec les gens. Ça peut paraître anecdotique dit comme ça, mais quand on ne maîtrise pas le sarcasme, le second degré, les sous-entendus, le langage corporel, bref tout ce qui fait une conversation « normale   », interagir avec un autre être humain s’avère périlleux. Si, en plus, on ne supporte pas le bruit ni les contacts physiques, cela devient carrément l’enfer. Les problèmes commencent dès qu’il faut dire bonjour…
Quand j’annonce que je suis autiste, pour éviter les situations trop embarrassantes, on me répond en général :
— Pourtant ça ne se voit pas.
Ou bien :
— Ça se soigne ?
Ou encore le plus courant :
— Génial. Tu sais compter les cartes ?
Non, je ne suis pas Rain Man, et tous ceux qui souffrent du même problème que moi – le syndrome d’Asperger – n’ont pas un don extraordinaire. Ça ne se soigne pas non plus. Ça serait comme demander à un unijambiste si ça se soigne ? Non, ça fait partie de moi. Et le fait que ça ne se voit pas est l’une de mes pires difficultés. Un unijambiste n’a pas à expliquer qu’il n’a qu’une jambe. Une canne blanche ou un chien suffit généralement pour qu’un aveugle soit identifié comme tel.
Moi, je dois me justifier.
Heureusement, je vois depuis des années, une fois par mois, un psychologue spécialisé dans les troubles autistiques, et notamment le syndrome d’Asperger, pour essayer de surmonter mes difficultés, pour m’apprendre toutes ces règles sociales qui m’échappent totalement.
Justement, c’est à cause de lui que je suis ici.
Il fait beau. La rue est calme. Malgré l’heure – celle de la pause déjeuner – il n’y a que quelques passants. Ceux-ci marchent sur les trottoirs d’un pas décidé, ne faisant pas attention à moi sauf pour me contourner. Je reste immobile, presque plaqué contre le mur de l’immeuble en pierre blanche noircie par les années de pollution. Le trottoir est à peine assez large pour que deux personnes se croisent avant de faire place à une longue ligne ininterrompue de voitures garées l’une derrière l’autre, puis aux deux voies de circulation. De l’autre côté se trouvent en miroir la même file de voitures garées, le même trottoir étroit, et les mêmes façades sales.
Le quartier est pourtant touristique, mais cette rue est un peu trop à l’écart des principaux axes ainsi que des monuments pour attirer du monde. S’il fallait lui appliquer un dicton, ce serait « pour vivre heureux, vivons cachés ». C’est peut-être pour ça qu’elle me plaît. Parce qu’elle est cachée. Comme moi. C’est en tous cas l’une des principales raisons qui font que je me tiens ici en cet instant.
L’autre raison, c’est le petit restaurant en face de moi. Je l’observe depuis un moment déjà. La devanture n’est pas très étendue, mais une grande baie vitrée en occupe presque toute la largeur. Sur la vitre est écrit en lettres bleues : « Restaurant Le Marmiton – Cuisine traditionnelle ». Le texte n’est pas tout à fait centré. Il est trop haut d’une dizaine de centimètres, et le r et le m de Marmiton sont légèrement trop serrés. Il y a aussi le premier t de Restaurant qui n’est pas tout à fait droit.
Je suis certain que personne ne remarque ces imperfections, mais à moi, elles me sautent aux yeux. Je me demande si je n’aurais pas dû choisir un autre endroit.
Pourtant, ce choix a été longuement réfléchi et a fait l’objet d’âpres négociations avec mon psy. L’intitulé de l’exercice est simple : aller manger au restaurant. Mais il me connaît trop bien pour se limiter à cette seule consigne. Sans autre indication, j’aurais choisi le plus mauvais restaurant de la ville, dans un quartier désert, pour être certain qu’il y ait le moins de clients possible. J’y serais même sans doute allé vers deux heures, quand tous les NT ont fini de manger – NT, c’est le raccourci pour neurotypiques, les gens « normaux », quoi, par opposition aux Aspies, le petit nom des personnes ayant le syndrome d’Asperger – histoire de mettre toutes les chances de mon côté de ne voir personne d’autre que le serveur, ce qui est déjà largement suffisant à mon goût.
Sentant donc que s’il me laissait faire, je choisirais un restaurant vide, ce qui, je le reconnais, aurait quelque peu fait perdre de son intérêt à l’exercice, mon psy a bataillé ferme jusqu’à ce que nous trouvions un compromis acceptable (plus pour lui que pour moi) d’un restaurant pas trop fréquenté et à une heure « normale   » pour manger.
C’était il y a deux jours, et depuis deux jours, j’angoisse. Ce matin encore je me suis levé la boule au ventre et ai failli éclater en sanglots à l’idée même de prendre mon petit-déjeuner seul chez moi, ce repas me rappelant douloureusement l’épreuve à venir du repas suivant. Encore au moment de partir, au lieu d’ouvrir le verrou, j’ai failli lui donner un tour de plus et aller me cacher dans ma chambre sous ma couette.
Mais je suis là, devant le restaurant. À l’intérieur, je suis une masse gélatineuse informe montée sur un marteau-piqueur. J’estime mes chances de m’enfuir avant l’heure fatidique à une sur deux.
Je regarde ma montre.
Midi cinquante-huit.
La réservation qu’a faite mon psy – une de ses ruses déloyales pour m’empêcher de me défiler – est pour treize heures. Il sait très bien que je ne supporte ni le retard (ni l’avance), ni que l’on m’annule un rendez-vous sans me prévenir, et que par conséquent, je n’imagine même pas le faire à d’autres.
Cinquante-neuf.
Il est trop tard pour appeler le restaurant et annuler la réservation. Je réprime le sanglot que je sens monter, et me dirige vers la droite pour traverser sur le passage piéton. Il n’y a pas de voiture, mais je ne traverse jamais en dehors.
Comme à chaque fois que je suis nerveux, je suis tenté de reprendre mes vieilles habitudes. En l’occurrence, il s’agit de ne pas marcher sur les bandes blanches. J’ignore d’où ça m’est venu, mais il m’a fallu de longues séances et beaucoup d’exercices pour réussir à passer outre.
Je me mords la lèvre et fixe mon regard droit devant moi afin de ne pas voir sur quoi je pose les pieds. Je parviens sans encombre de l’autre côté de la rue et parcours la distance jusqu’à l’entrée du restaurant.
Midi cinquante-neuf.
Treize heures.
Le cœur battant, je pousse la porte du restaurant et pénètre dans mon pire cauchemar : un lieu public fréquenté.
 
 
 
2
 
 
Le petit garçon qui rangeait les feutres qu’il venait d’utiliser pour son dessin ressemblait à n’importe quel autre enfant de cette classe de maternelle, si ce n’était qu’il mettait dans ce simple geste une application totalement inutile aux yeux de sa maîtresse. Hervé déposait les feutres tous dans le même sens, bouchons en bas, l’un après l’autre, en les classant par couleur, comme un arc-en-ciel auquel des teintes auraient été ajoutées, comme le marron et le noir. Il s’évertuait ensuite à les faire tenir bien droits, jusqu’à ce qu’aucun ne penche d’un côté ou d’un autre.
La maîtresse était exaspérée par cette manie qui prenait un temps insupportable, mais elle n’intervint pas. Au début de l’année scolaire, la mère du petit était venue la voir, et lui avait parlé de difficultés que rencontrait son fils. L’enseignante l’avait écoutée poliment, persuadée que la mère inventait une maladie afin que son enfant soit mieux surveillé que les autres. En général, les parents se limitaient à lui dire que leur enfant nécessitait beaucoup d’attention, et elle les rassurait. Après tout, elle faisait ce métier depuis plus de quinze ans, et savait comment s’occuper de ces enfants. De temps à autre, un parent insistait, inventant parfois une pseudo-maladie, pour justifier cette demande. Elle se contentait d’acquiescer. Il y avait bien sûr parfois un enfant avec un réel besoin particulier, et dans ces cas, elle faisait ce qui était nécessaire.
Cette mère avait évoqué l’autisme de son fils, et en bonne professionnelle, l’enseignante l’avait rassurée. Puis lorsque la mère était partie, elle s’était intéressée à cet enfant. Il ne semblait pas différent des autres enfants. Il était plus timide, sans aucun

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