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Contes et nouvelles , livre ebook

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Description

Extrait : "A la fin d'une journée d'automne, devant la maison du garde-général Wilhem Gulf, des filles et des garçons valsaient joyeusement ; des jeunes gens jouaient, l'un du violon, l'autre du cor. la forêt devenait encore plus silencieuse ; un vent léger, qui faisait de temps en temps frisonner le feuillage, avait cessé d'agiter les arbres ; le soleil ne laissait plus à l'horizon qu'un reflet de pourpre."

À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN :

Les éditions LIGARAN proposent des versions numériques de grands classiques de la littérature ainsi que des livres rares, dans les domaines suivants :

• Fiction : roman, poésie, théâtre, jeunesse, policier, libertin.
• Non fiction : histoire, essais, biographies, pratiques.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 29
EAN13 9782335121728
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0008€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

EAN : 9782335121728

 
©Ligaran 2015

Les Willis
À la fin d’une journée d’automne, devant la maison du garde-général Wilhem Gulf, des filles et des garçons valsaient joyeusement ; des jeunes gens jouaient, l’un du violon, l’autre du cor. La forêt devenait encore plus silencieuse ; un vent léger, qui faisait de temps en temps frissonner le feuillage, avait cessé d’agiter les arbres ; le soleil ne laissait plus à l’horizon qu’un reflet de pourpre, qui éclairait encore horizontalement la clairière dans laquelle on dansait, et colorait d’une vive teinte rose les visages des danseurs.
Après une valse finie, Anna Gulf prit la parole : Il n’est pas juste, dit-elle, que le pauvre Henry passe toute la soirée à souffler dans son cor, sans valser au moins une fois. Conrad va jouer seul quelque temps, et Henry pourra prendre part à la danse.
– Et pour le récompenser de la fatigue qu’il a prise à nous faire valser, ajouta la jolie Geneviève, nous déclarons qu’au mépris de tous les engagements pris d’avance, il a le droit de choisir celle de nous qui lui paraîtra la plus belle, et de valser avec elle deux fois de suite.
Anna Gulf devint toute tremblante ; elle devait épouser Henry ; c’était un projet dès longtemps formé entre les deux familles ; mais Henry, jusque-là, n’avait presque jamais paru distinguer la fille du garde-général.
Anna Gulf aimait Henry. Qui ne l’eût aimé ? C’était le plus beau et le meilleur garçon du pays ; pas un chasseur n’était plus adroit ni plus audacieux, et le prince avait promis de l’élever au grade de garde-général que son beau-père lui devait résigner lors de son mariage.
De son côté, Anna était une bonne et jolie fille, qui depuis la mort de sa mère était à la tête de la maison du garde-général, reste veuf avec deux enfants, Anna et Conrad. Pas une seule maison ne paraissait si propre et si bien tenue ; pas une, avec un revenu borné, n’offrait un tel aspect d’aisance et de bonheur. Anna était l’idole de son père et de son frère ; ils l’appelaient leur bon ange, et elle avait en effet quelque chose des anges ; son corps élancé et flexible, sa jolie tête un peu pâle, ses longs cheveux noirs appliqués en bandeaux sur son front, et ses yeux d’un bleu sombre pleins de tendresse et de mélancolie, semblaient, par un instinct secret, faire pressentir qu’Anna Gulf, ange du Ciel, n’avait été que prêtre à la terre, et qu’après avoir, comme une bienfaisante rosée, donné à tout ce qui l’entourait de la vie et du bonheur, elle déploierait ses ailes et retournerait dans sa céleste patrie, laissant au cœur de ceux qui l’avaient aimée cette amertume qui semble être une condition nécessaire de tout bon heur humain.
Henry, sans hésiter, vint prendre la main d’Anna, dont le cœur battait à peine tant elle était oppressée de crainte et de plaisir ; Conrad fit résonner l’archet, joua une valse composée par Henry, et les valseurs partirent.
Mais la lune commençait à monter derrière les arbres, et sa lueur blanche paraissait au-dessus de leurs cimes. Il y avait à cette heure tant de calme, tant de solennité dans le recueillement de la nature, que l’on cessa de valser, et que, rapprochés devant la porte de la maison où le vieux Gulf fumait tranquillement en regardant les jeunes gens, tous les danseurs se laissèrent aller à une conversation plus grave et plus intime. Tout à coup, Henry et Anna, qui étaient restés en arrière, s’approchèrent du vieillard, et Henry lui dit : – Mon père, nous nous aimons, donne-nous ta bénédiction. Tous deux s’agenouillèrent. Wilhem Gulf les bénit et demanda pour eux au ciel de plus puissantes bénédictions. Conrad vint serrer la main de Henry ; Henry donna à Anna Gulf un bouquet de bruyères qu’il avait à la main ; Anna entra brusquement dans la maison et se réfugia dans sa chambre, où elle put donner un libre cours aux larmes de bonheur qui l’étouffaient. De ce jour ils furent promis, et l’on s’occupa des préparatifs du mariage.
Mais un jour Henry arriva sombre et triste chez le garde-général et lui montra une lettre qu’il avait toute froissée ; un oncle mourant à Mayence le priait de venir lui fermer les yeux.
Anna lui dit : – Ne m’oubliez pas et revenez bien vite. – Elle ne dit pas un mot de plus, car elle l’eût prié de ne pas partir ; cette nouvelle lui avait serré le cœur ; les plus funestes pensées se présentaient en foule à son imagination ; le bonheur est une chose si fragile, il y en a si peu de réservé à l’homme, que ce qu’il en peut avoir lui semble toujours pris sur la part des autres ; qu’il se cache comme un voleur pour en jouir, et n’ose être heureux que tout bas.
Le père Gulf reçut la nouvelle sans s’émouvoir ; il dit à Henry : – Bon voyage, mon fils, et reviens auprès de moi aussitôt que tu te seras convenablement acquitté des devoirs que t’impose la nature. Quand pars-tu ?
– Je partirai cette nuit, dit Henry, pour joindre la voiture qui passe sur la route à huit lieues d’ici demain matin.
– Prends ta carabine, ajouta le vieillard.
Vers minuit, en effet, Henry se mit en route, le sac sur le dos et le fusil sous le bras ; il fit un détour, car, avant de quitter le pays, il voulait voir encore une fois la maison d’Anna et la lueur de la veilleuse qui brûlait dans sa chambre.
Comme il approchait, il cueillit quelques brins de bruyères blanches et en tressa une couronne pour l’appendre à la fenêtre de sa bien-aimée. Il écarta doucement les branches des coudriers qui entouraient la maison, et plaça sa couronne ; la veilleuse, à travers les rideaux, éclairait la petite chambre d’une lueur mystérieuse ; Henry rompit la branche de coudrier qui touchait de plus près la fenêtre et l’emporta.
Puis il partit lentement, se retourna quelquefois, s’arrêta longtemps à l’endroit où le détour du sentier allait lui cacher la maison éclairée par la lune et disparut.
Le lendemain matin, dès que le soleil glissa ses premiers rayons roses dans la petite chambre, Anna ouvrit sa fenêtre, ses cheveux étaient en désordre et sa robe froissée ; elle avait pleuré tout le soir, et s’était endormie de lassitude sans se déshabiller ; elle trouva la couronne blanche, la porta à ses lèvres et la serra sur son cœur.
À chaque relais, Henry envoyait une lettre ; mais quelque fut son chagrin, c’est pour celui qui reste que l’absence a le plus d’amertume ; et en peu de temps la pauvre Anna perdit la teinte rose de son visage ; il arriva un moment où les lettres devinrent plus rares, puis on n’en reçut plus du tout. Anna ne se plaignait pas, mais ses joues et ses yeux se creusaient, et elle pleurait en silence dans sa chambre ; elle devenait sombre et farouche, et fuyait même la société de son père et de son frère Conrad.
Enfin elle devint tout à fait malade ; Conrad avait écrit quatre fois à Henry sans en recevoir de réponse. Un matin il partit pour Mayence ; deux mois après, il revint sur un chariot, blessé, pâle ; au bout de quelques jours il mourut tué par Henry.
Voici ce qui était survenu.
En arrivant à Mayence, l’oncle s’était trouvé moins malade que Henry ne s’y attendait, sa ressemblance avec son père avait comblé de joie ce parent, qui attribua sa prochaine convalescence à l’arrivée de son neveu. Cet oncle était fort riche, et, de ses nombreux enfants, n’avait plus qu’une fille très belle qu’il imagina de faire épouser à Henry. Celui-ci n’osa refuser tout d’abord, prit du temps pour demander le consentement de sa mère, et lui écrivit de le refuser ; mais dans le temps que la réponse mit à venir, il s’était habitué à sa cousine et à la fortune, et il ne fut pas médiocrement enchanté, au lieu de la lettre qu’il avait demandée à sa mère, d’en recevoir une où elle lui peignait tous les avantages de l’union qu’il était à même de contracter. Il en vint, au milieu des plaisirs d’une grande ville, à oublier Anna, et à regarder les engagements sacrés qu’il avait pris avec elle, comme un jeu d’enfants auquel devait renoncer l’homme raisonnable.
Conrad était arrivé le jour du mariage de Henry avec sa cousine ; il avait fait de vifs reproches à son ancien ami, et, exaspéré de ne pouvoir le fléchir par la peinture de la tristesse et

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