Jacques le fataliste et son maître , livre ebook

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2012

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Roman dont l'écriture s'étendit de 1765 jusqu'à la mort du philosophe en 1784. Elle constitue, à ce jour, l’œuvre de Denis Diderot la plus adaptée, en totalité ou en partie.
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Publié par

Date de parution

03 octobre 2012

Nombre de lectures

349

EAN13

9782820628114

Langue

Français

Collection
«Roman»

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ISBN : 9782820628114
Sommaire


JACQUES LE FATALISTE
JACQUES LE FATALISTE
JACQUES LE FATALISTE ET SON MAÎTRE
Comment s’étaient-ils rencontrés ? – Par hasard, comme tout le monde. – Comment s’appelaient-ils ? – Que vous importe ? – D’où venaient-ils ? – Du lieu le plus prochain. – Où allaient-ils ? – Est-ce que l’on sait où l’on va ? – Que disaient-ils ? – Le maître ne disait rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut.
LE MAÎTRE. – « C’est un grand mot que cela.
JACQUES. – Mon capitaine ajoutait que chaque balle qui partait d’un fusil avait son billet.
LE MAÎTRE. – Et il avait raison. »
Après une courte pause, Jacques s’écria : « Que le diable emporte le cabaretier et son cabaret !
LE MAÎTRE. – Pourquoi donner au diable son prochain ? Cela n’est pas chrétien.
JACQUES. – C’est que, tandis que je m’enivre de son mauvais vin, j’oublie de mener nos chevaux à l’abreuvoir. Mon père s’en aperçoit, il se fâche. Je hoche de la tête : il prend un bâton et m’en frotte un peu durement les épaules. Un régiment passait pour aller au camp devant Fontenoy : de dépit je m’enrôle. Nous arrivons ; la bataille se donne…
LE MAÎTRE. – Et tu reçois la balle à ton adresse.
JACQUES. – Vous l’avez deviné ; un coup de feu au genou ; et Dieu sait les bonnes et mauvaises aventures amenées par ce coup de feu. Elles se tiennent ni plus ni moins que les chaînons d’une gourmette. Sans ce coup de feu, par exemple, je crois que je n’aurais été amoureux de ma vie, ni boiteux.
LE MAÎTRE. – Tu as donc été amoureux ?
JACQUES. – Si je l’ai été !
LE MAÎTRE. – Et cela par un coup de feu ?
JACQUES. – Par un coup de feu.
LE MAÎTRE. – Tu ne m’en as jamais dit un mot.
JACQUES. – Je le crois bien.
LE MAÎTRE. – Et pourquoi cela ?
JACQUES. – C’est que cela ne pouvait être dit ni plus tôt ni plus tard.
LE MAÎTRE. – Et le moment d’apprendre ces amours est-il venu ?
JACQUES. – Qui le sait ?
LE MAÎTRE. – A tout hasard, commence toujours. »
Jacques commença l’histoire de ses amours. C’était l’après-dîner : il faisait un temps lourd ; son maître s’endormit. La nuit les surprit au milieu des champs ; les voilà fourvoyés. Voilà le maître dans une colère terrible et tombant à grands coups de fouet sur son valet, et le pauvre diable disant à chaque coup : « Celui-là était apparemment encore écrit là-haut. »
Vous voyez, lecteur, que je suis en beau chemin, et qu’il ne tiendrait qu’à moi de vous faire attendre un an, deux ans, trois ans le récit des amours de Jacques, en le séparant de son maître et en leur faisant courir à chacun tous les hasards qu’il me plairait. Qu’est-ce qui m’empêcherait de marier le maître et de le faire cocu ? d’embarquer Jacques pour les îles ? d’y conduire son maître ? de les ramener tous les deux en France sur le même vaisseau ? Qu’il est facile de faire des contes ! Mais ils en seront quittes l’un et l’autre pour une mauvaise nuit, et vous pour ce délai.
L’aube du jour parut. Les voilà remontés sur leurs bêtes et poursuivant leur chemin. – Et où allaient-ils ? – Voilà la seconde fois que vous me faites cette question, et la seconde fois que je vous réponds : Qu’est-ce que cela vous fait ? Si j’entame le sujet de leur voyage, adieu les amours de Jacques… Ils allèrent quelque temps en silence. Lorsque chacun fut un peu remis de son chagrin, le maître dit à son valet : « Eh bien, Jacques, où en étions-nous de tes amours ?
JACQUES. – Nous en étions, je crois, à la déroute de l’armée ennemie. On se sauve, on est poursuivi, chacun pense à soi. Je reste sur le champ de bataille, enseveli sous le nombre des morts et des blessés, qui fut prodigieux. Le lendemain on me jeta avec une douzaine d’autres sur une charrette, pour être conduits à un de nos hôpitaux. Ah ! monsieur, je ne crois pas qu’il y ait de blessure plus cruelle que celle du genou.
LE MAÎTRE. – Allons donc, Jacques, tu te moques.
JACQUES. – Non, pardieu ! monsieur, je ne me moque pas ! Il y a là je ne sais combien d’os, de tendons et d’autres choses qu’ils appellent je ne sais comment. »
Une espèce de paysan qui les suivait avec une fille qu’il portait en croupe et qui les avait écoutés, prit la parole et dit : « Monsieur a raison. » On ne savait à qui ce monsieur était adressé, mais il fut mal pris par Jacques et par son maître, et Jacques dit à cet interlocuteur indiscret : « De quoi te mêles-tu ?
Je me mêle de mon métier ; je suis chirurgien à votre service, et je vais vous démontrer… »
La femme qu’il portait en croupe lui disait : « Monsieur le docteur, passons notre chemin et laissons ces messieurs qui n’aiment pas qu’on leur démontre.
Non, lui répondait le chirurgien, je veux leur démontrer, et je leur démontrerai. »
Et tout en se retournant pour démontrer, il pousse sa compagne, lui fait perdre l’équilibre et la jette à terre, un pied pris dans la basque de son habit et les cotillons renversés sur sa tête. Jacques descend, dégage le pied de cette pauvre créature et lui rabaisse ses jupons. Je ne sais s’il commença par rabaisser les jupons ou par dégager le pied ; mais à juger de l’état de cette femme par ses cris, elle s’était grièvement blessée. Et le maître de Jacques disait au chirurgien : « Voilà ce que c’est que de démontrer ! » Et le chirurgien : « Voilà ce que c’est que de ne vouloir pas qu’on démontre ! » Et Jacques à la femme tombée ou ramassée : « Consolez-vous, ma bonne, il n’y a ni de votre faute, ni de la faute de M. le docteur, ni de la mienne, ni de celle de mon maître : c’est qu’il était écrit là-haut qu’aujourd’hui, sur ce chemin, à l’heure qu’il est, M. le docteur serait un bavard, que mon maître et moi nous serions deux bourrus, que vous auriez une contusion à la tête et qu’on vous verrait le cul. »
Que cette aventure ne deviendrait-elle pas entre mes mains, s’il me prenait en fantaisie de vous désespérer ! Je donnerais de l’importance à cette femme ; j’en ferais la nièce d’un curé du village voisin ; j’ameuterais les paysans de ce village. Je me préparerais des combats et des amours, car enfin cette paysanne était belle sous le linge, Jacques et son maître s’en étaient aperçus ; l’amour n’a pas toujours attendu une occasion aussi séduisante.

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