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Question jurassienne et idéologies langagières , livre ebook

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Description

Cette étude analyse, dans une approche sociolinguistique, les discours sur la langue du mouvement autonomiste jurassien durant les vingt années les plus chaudes de la lutte pour la création du 23e canton suisse. Elle explore l’hypothèse que les idéologies langagières présentes dans ce discours ont participé à la construction identitaire des Jurassiens séparatistes comme minorité linguistique francophone mise en danger sous la tutelle du canton de Berne à majorité germanophone. Un corpus varié a été dépouillé, constitué principalement de l’hebdomadaire autonomiste Le Jura Libre, des publications du Rassemblement jurassien (RJ) et de ses membres et de documents d’archives. Le cas du Jura démontre une nouvelle fois que les idéologies langagières ne portent pas tant sur la langue que sur la société, classifiant francophones et bilingues, créant une frontière symbolique imperméable entre Bernois et Jurassiens. Partageant ces idéologies avec d’autres minorités, le RJ se fait l’amplificateur d’idées reçues très traditionnelles sur le bilinguisme, l’excellence du français, la germanisation ou le déterminisme linguistique qu’il réinterprète et oriente dans un sens lui permettant de faire du français une arme symbolique. Cette position linguistique est poussée à son paroxysme jusqu’à devenir une véritable posture de combat politique dans le contexte de la Question jurassienne.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782889300631
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0165€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Couverture
4e de couverture
S ARA C OTELLI K URETH



Q UESTION JURASSIENNE ET IDÉOLOGIES LANGAGIÈRES
L ANGUE ET CONSTRUCTION IDENTITAIRE DANS LES REVENDICATIONS AUTONOMISTES DES MINORITÉS FRANCOPHONES (1959-1978)














© É DITIONS A LPHIL- P RESSES UNIVERSITAIRES SUISSES
© Éditions Alphil-Presses universitaires suisses, 2015

Case postale 5 2002 Neuchâtel 2 Suisse






www.alphil.ch

Alphil Diffusion
commande@alphil.ch


ISBN 978-2-88930-063-1


Ce livre a été publié avec le soutien du Fonds national suisse de la recherche scientifique dans le cadre du projet pilote OAPEN-CH.



Illustration de couverture : dessin paru dans le Jura Libre , le 21 août 1968, p. 1.

Responsable d’édition : Sandra Lena
En mémoire de Tante Paulette, Neuvevilloise et Jurassienne, qui aurait certainement encore trouvé quelques coquilles dans ce travail…
R EMERCIEMENTS
C ette thèse n’aurait jamais vu le jour sans l’aide financière très concrète du Fonds national suisse de la recherche scientifique (subside n° 117731) qui m’a permis de travailler trois ans à mi-temps à ce projet. J’ai aussi pleinement profité du soutien de mes deux directeurs, Andres Kristol et Marinette Matthey, qui ont relu, commenté et disséqué les pages qui suivent à plus d’une reprise. Je souhaite leur exprimer ici toute ma gratitude. Les nombreuses remarques très pertinentes des deux membres du jury, Alexandre Duchêne et Mari Jones, ainsi que la stimulante discussion lors du colloque de thèse, m’ont permis – je l’espère – de présenter ici une version plus aboutie de mon travail. J’ai été aidée de façon pratique par l’équipe des Archives cantonales jurassiennes et de la Bibliothèque cantonale jurassienne à Porrentruy, ainsi que celle du Fonds d’étude de la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel qui m’ont dégoté des livres et des articles que je croyais introuvables en Suisse. Mon travail a finalement beaucoup bénéficié de la gentillesse des nombreuses personnes qui m’ont ouvert leur porte et ont accepté de prendre le temps de partager leurs souvenirs. Je les remercie de leur accueil et de leur disponibilité.
Élaborer cette thèse s ’est avéré un cheminement sinueux, à la fois interminable et gratifiant. De la première ébauche du sujet sur une terrasse torontoise au point final dans une maisonnette altaripienne , bien des choses ont changé. Partie avec beaucoup de préjugés dans ce travail solitaire de longue haleine, j’ai toutefois eu la chance d’ être entourée et encouragée tout au long de mon périple. Sur ce chemin , les différents instituts où j’ai eu le plaisir de travailler ont représenté des jalons importants et je tiens ici à remercier l’ équipe du Centre de dialectologie , celle de l’Institut de langue et civilisation françaises de l’Université de Neuchâtel, la direction et le secrétariat du Sprachenzentrum de l’Université de Zurich et de l’EPFZ et Arielle au Centre de langues de l’UniNE. Merci de m’avoir aidée dans la mesure du possible à ménager du temps pour achever cette recherche.
Enfin j’aimerais, par ces quelques lignes, remercier du fond du cœur mes compagnes de route les plus fidèles : Dorothée, Christel, Anne, Suzana, Lili, Sabina, Lise-Marie, Brigitte et Aline. Sans leur soutien constant, je n’y serais jamais arrivée. J’aimerais aussi adresser un merci appuyé à Alexandre qui a toujours cru à mon projet. Je dois également beaucoup à mon équipe de relecteurs de choc – merci à Céline, Christel, Christelle, Delphine, Dorothée, Isabelle, Lili, Lise-Marie, Maud, Philippe, Pierre, Sophie et Suzana – qui ont traqué les coquilles, les s manquants et toutes les petites fautes que je ne voyais plus. Ma reconnaissance va aussi à mes parents et à ma famille qui m’ont soutenue durant ces années, par leurs attentions, leurs prières et leurs encouragements. Merci à la cellule de Saint-Blaise-Bôle pour son soutien patient et fraternel et merci à toutes les amies et tous les amis – trop nombreux pour être cités ici – qui ont dû me supporter. Pour finir, Pierre occupe bien sûr une place spéciale dans ma vie mais aussi dans l’achèvement de ce projet. Il m’a épaulée, poussée, encouragée, nourrie, choyée et divertie, suivant mes besoins et mes humeurs.
L ISTE DES ABRÉVIATIONS
ACCT
Agence de coopération culturelle et technique
ADIJ
Association pour la défense des intérêts économiques du Jura
AEEF
Association européenne de l’ethnie française
AFDJ
Association féminine pour la défense du Jura
AJE
Association des Jurassiens de l’extérieur
AIJLF
Association internationale des journalistes de langue française
AIPLF
Association internationale des parlementaires de langue française
ARSF
Association romande de solidarité francophone (fait suite, dès 1969, au GREF)
ASF
Association internationale de solidarité francophone
ASJL
Association suisse des amis du Jura libre
ASJLF
Association suisse des journalistes de langue française
AUPELF
Association des universités partiellement ou entièrement de langue française
CBO
Commission confédérée des bons offices
CMELF
Conférence des minorités ethniques de langue française
DFAG
Deutsch-freiburgische Arbeitsgemeinschaft
FD
Force démocratique (fait suite, dès le 26 mars 1974, à l’UPJ)
FDF
Front démocratique des Bruxellois francophones
GFFD
Groupement féminin de Force démocratique
GREF
Groupement romand de l’Association européenne de l’ethnie française
IJSLA
Institut jurassien des sciences, des lettres et des arts
MAJ
Mouvement autonomiste jurassien (nom donné au RJ et à l’UJ unifiés en 1993)
MNQ
Mouvement national des Québécois
MSJ
Mouvement séparatiste jurassien (premier nom du RJ jusqu’en 1952)
MUJ
Mouvement universitaire jurassien
NSH
Nouvelle société helvétique
OJF
Organisation internationale des jeunesses francophones
PQ
Parti québécois
RIN
Rassemblement pour l’indépendance nationale (parti indépendantiste québécois)
RJ
Rassemblement jurassien
SJE
Société jurassienne d’émulation
SSJB
Société Saint-Jean-Baptiste
UPJ
Union des patriotes jurassiens
UIJPLF
Union internationale des journalistes et de la presse de langue française (fait suite, dès 1972, à l’AIJLF)
I NTRODUCTION
L e 23 juin 1974, les mouvements minoritaires européens et québécois sont à la fête. Tous saluent l’espoir porté par l’acceptation des électeurs et électrices jurassiens de former le futur 23 e canton suisse. Les télégrammes arrivent à Delémont de partout pour féliciter le Rassemblement jurassien (RJ), le parti autonomiste, et célébrer « la libération du Jura » 1 . L’entrée en souveraineté de la République et Canton du Jura en 1979 et son acte de naissance lors du plébiscite d’autodétermination en 1974 représentent l’aboutissement de plus de vingt ans de combat et de désaccord entre une partie de la population jurassienne et le pouvoir cantonal bernois. Cette étude revient sur cet épisode conflictuel de l’histoire suisse et analyse en particulier les discours qui ont mené à la votation du 23 juin.
Partant de l’idée assez répandue au sein du grand public que la Question jurassienne n’est pas uniquement une question politique mais aussi une affaire de langue, je l’ai explorée à travers l’analyse des idéologies langagières qui se dégagent du discours autonomiste. La problématique centrale de ce travail repose ainsi sur l’importance symbolique de ces idéologies langagières pour les séparatistes au plus fort de la lutte pour la création du 23 e canton suisse. Dans les années 1960 et 1970, le RJ construit discursivement les Jurassiens 2 comme une minorité 3 linguistique francophone mise en danger par la tutelle du canton de Berne majoritairement germanophone. La recherche sur les idéologies langagières a montré depuis longtemps qu’elles ne portent jamais exclusivement sur la langue et, en effet, celles qui accompagnent ce discours minoritaire (mythifiant le français, dénigrant le suisse allemand ou mettant en garde contre le bilinguisme précoce) ont une portée sociale. Elles participent directement à la construction identitaire des autonomistes jurassiens – des vrais Jurassiens, selon ces derniers –, tout en s’insérant dans un faisceau d’autres arguments (historiques, économiques , régionalistes) comme de véritables armes de combat idéologiques.
Mon travail se place dans le sillage des études de plus en plus nombreuses depuis les années 1980 qui se sont penchées sur les minorités nationales et linguistiques, surtout dans le cadre de l’anthropologie linguistique et de certains courants de la sociolinguistique (voir 2.2.2.). L’exemple du Jura permet ainsi une nouvelle fois de s’interroger sur les liens entre langue et nationalisme, sur la définition des minorités linguistiques et sur l’importance accordée aux idéologies langagières dans le fait national. Le Jura offre un nouvel exemple de la façon dont une minorité nationale peut s’autodéfinir autour de discours communs, comme le décrit bien la notion de « communauté imaginaire » proposée par Benedict Anderson (2002). La langue commune, la diffusion des idées autonomistes dans un hebdomadaire de propagande lu par tous les séparatistes (2.4.1.1.), mais aussi le développement d’une littérature jurassienne (3.4.1 et 3.4.2.) permettent la construction et la reproduction 4 d’un peuple jurassien considéré comme purement francophone et qui aurait droit à un territoire cantonal comme les autres peuples suisses.
Dans la sociolinguistique suisse, tant la problématique liée à la Question jurassienne (2.1.2.2.) que la question plus générale des minorités linguistiques ont eu peu d’ écho jusqu ’ici. On ne décrit généralement pas la Suisse romande comme une minorité nationale et aucune étude suisse de sociolinguistique n’a considéré la Question jurassienne comme un exemple de construction minoritaire nationale et linguistique. En fait, très peu de sociolinguistes – et parmi eux aucun Suisse – ont fait du Jura leur terrain de recherche (2.1.2.2.). Ce travail entend donc répondre à un vide a

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