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La parole est un jeu d'enfant fragile , livre ebook

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Description

C’est par la parole que l’on se fait comprendre, mais c’est aussi et surtout par elle que l’on comprend ce qui se passe en soi et qu’on le transforme. Mais que faire quand le langage et la communication ne sont pas en place comme chez l’enfant, ou sont stériles comme c’est parfois le cas chez l’adulte ? Comment le discours parvient-il à retrouver prise sur l’affect ?À travers des exemples tirés de sa pratique de psychanalyste d’enfants et d’adultes, mais aussi en s’appuyant sur son travail de linguiste, Laurent Danon-Boileau s’efforce de creuser les voies qui conduisent au cœur de la parole et permettent de comprendre ce qui la vivifie. Laurent Danon-Boileau est psychanalyste (membre de la SPP), thérapeute au Centre Alfred-Binet, professeur de linguistique à l’université Paris-V et chercheur au Laboratoire d’études sur l’acquisition et la pathologie du langage de l’enfant (CNRS). Il a notamment publié Des enfants sans langage.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 septembre 2007
Nombre de lectures 2
EAN13 9782738191670
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0950€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

© O DILE J ACOB, SEPTEMBRE  2007
15, RUE S OUFFLOT , 75005 P ARIS
www.odilejacob.fr
EAN 978-2-7381-9167-0
Le code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5 et 3 a, d'une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration, « toute représentation ou réproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo
Préambule

Comment la parole parvient-elle à saisir et à communiquer nos manières de ressentir, de penser, de vivre nos états du cœur et du corps ? Quel est le ressort mystérieux qui, dans le partage avec autrui, permet de modifier l’intensité de ces états ? Cette double interrogation nous conduit au vif du langage, là où s’expriment nos sensations, nos affects, nos désirs, la représentation que nous en avons en même temps que nous les éprouvons, et notre souci de les aménager. Car, avant d’être un moyen d’échanger des idées, la parole est un moyen d’agir sur soi, de transformer, de symboliser et d’élaborer ce qui agit et s’agite en nous. Par le dialogue avec autrui, puis dans le dialogue de soi à soi. Et ce travail, les phrases prononcées dans la vie de tous les jours aussi bien que dans l’espace singulier de la cure analytique, en garde la trace.
Reste que le lien entre le langage comme instrument de communication et comme processus psychique n’a rien d’évident. Certes, le malaise de l’un peut entraver l’usage de l’autre. Comme thérapeute au contact d’enfants qui souffrent d’un trouble du langage et de la communication, j’ai pu constater que la dimension (auto)thérapeutique de la parole, sa fonction symbolique, pouvait être atteinte quand l’instrument neurologique sur lequel elle repose était trop gravement en souffrance. Mais à niveau de trouble langagier comparable, l’effet psychique qu’un enfant peut tirer de l’échange oral avec autrui est d’une variété presque infinie. Et, à l’inverse, l’aisance dans l’usage de la parole ne garantit pas une heureuse élaboration des conflits internes. Ni chez l’enfant, ni chez l’adulte. Car la symbolisation peut tirer parti du langage, mais elle ne naît pas avec lui.
Avant le langage, le sujet dispose d’autres moyens de construire une harmonie relative dans le jeu des forces qui animent ses mouvements internes. Le recours à l’échange d’affect, tout comme le jeu, permet une première organi-sation du monde intime et prépare l’avènement ultérieur d’un langage heureusement habité. Ce premier mouvement d’organisation, c’est ce que la psychanalyse française nomme « symbolisation primaire 1  ». Assurément, une bonne symbolisation primaire est une condition favorable à l’établissement ultérieur d’un langage disposant d’une capacité de « symbolisation secondaire » pleinement déployée. Toutefois un trouble de la symbolisation primaire n’interdit pas tout accès à la symbolisation que permet le langage. Lorsqu’un sujet a échoué pour partie à organiser par le jeu et l’échange de mimiques un premier niveau de travail symbolique, cela ne signifie pas pour autant que son langage restera sans effet sur ses mouvements et ses états internes. Même quand la symbolisation primaire est pour partie empêchée, même quand la parole demeure erratique, le langage parvient à faire œuvre de symbolisation secondaire. Une symbolisation secondaire singulière, assurément, mais incontestable.
Il est donc difficile de savoir ce qui donne au langage d’un individu sa véritable puissance de symbolisation. Pour aborder la question, on dispose de différents angles d’approche. Dans ce qui suit, je me suis efforcé de travailler en remontant de l’outil au processus, en me penchant sur la matérialité de la symbolisation, si l’on veut. Tout d’abord la matérialité qu’elle revêt dans le jeu de l’enfant, c’est-à-dire la manière dont il le pratique ; puis la matérialité de son langage et la manière dont il le met en œuvre ; enfin les traces grammaticales observables dans le langage de l’adulte. Chaque fois, j’ai tenté de mesurer des différences de qualité entre les traces pour les rapporter à des différences de mise en œuvre du processus. Au niveau du langage, les traces matérielles sont particulièrement révélatrices, car dans les énoncés d’un sujet, les formes qu’il emploie manifestent la manière dont il s’appuie sur l’appareil à langage pour déployer les mouvements de son processus psychique.
Assurément, mettre ainsi en relation des traces matérielles et des processus psychiques conduit à rapprocher des domaines et des perspectives disciplinaires très éloignées. On court le danger d’encourager une certaine confusion. Mais comme la parole est à la fois un instrument et un processus, et puisque, par ailleurs, elle ne nous est accessible que par des énoncés qui, pour leur analyse, réclament un traitement linguistique, il est difficile d’éviter de croiser ces différentes préoccupations. Face à un enfant qui ne parvient pas à parler et à communiquer, comment ne pas se poser la question des troubles instrumentaux ? Troubles relatifs au langage, bien sûr, mais relatifs aussi, en deçà du langage, à ce qui permet (ou au contraire entrave) l’usage du jeu et de l’échange mimique avec autrui. Et comment ne pas chercher, en retour, les effets de ses éventuelles difficultés sur l’ensemble de sa manière d’être et de son processus psychique ? Comment enfin ne pas tenter d’analyse linguistique précise des expressions et des formes qu’il emploie, ne fût-ce que pour comprendre pourquoi il peut parfois user de tours « compliqués » alors que d’autres, que l’on jugerait naïvement plus simples, semblent lui être par moments inaccessibles ?
Quand un sujet se coupe de tout ce qu’il peut ressentir, sa parole ne devient pas simplement abstraite. Elle devient déshabitée, inerte, et perd toute puissance de symbolisation. Pour qu’elle reste vivante, il faut que les effets de la sensation et de l’émotion trouvent à se lier à la trame de son discours sans en rompre le fil. Dans les bons cas, c’est le rôle assumé par l’affect, lointain avatar de ce que le corps éprouvait avant la naissance du langage, avant même les effets civilisateurs de l’échange mimique avec la mère. Dans les moins bons cas, quand le clivage demeure et que la communication parvient à s’établir malgré tout, cette dernière se fige. Qu’elle s’exprime alors par le geste ou par la parole, elle semble dépourvue d’auteur, décontenancée.
Il est essentiel que ce que l’on ressent puisse imprimer sa marque au langage que l’on tient. C’est ce qui fait sa force. Dans ce qui suit, je vais être attentif à l’examen des traces qui le manifestent, comme à ce qui advient de l’échange quand le lien ne s’établit pas.

1 - La symbolisation primaire permet au sujet de différencier, en lui, ce qu’il considère comme bon et plaisant, et ce qui, au contraire, lui apparaît comme mauvais. Son vecteur essentiel est l’affect. Elle se fait dans le jeu et l’échange mimique avec autrui. Il faut toutefois attendre la symbolisation secondaire que permet le langage pour que la différence entre intérieur et extérieur, représentation fantasmatique et réalité, se trouve stabilisée. Grâce au langage, le sujet peut exprimer à autrui des désirs et des craintes qui se rapportent à des objets absents. Pour marquer cette absence, il lui faut évidemment disposer de la forme grammaticale qui permet de le marquer. Il s’agit de la négation. Ainsi, par exemple, l’enfant qui souhaite la présence de sa mère, mais qui constate qu’elle n’est pas là peut dire « Maman pas là ». L’expression de son regret prend la forme d’une négation (« pas là ») qui souligne que sa mère, dont il souhaite la présence et forme la représentation, n’est pas là dans la réalité ici et maintenant. Ce faisant, il souscrit au principe de réalité qui distingue entre ce que l’on désire et ce que l’on perçoit.
Première partie
Le corps aux origines de la communication et du langage
Chapitre 1
Le langage, l’affect et le corps

L’affect sur le bout de la langue
En analyse, la parole est un processus psychique qui permet au sujet de réorganiser les conflits dont il est le siège par un travail sur la pulsion. Au cours de la séance, le style du patient porte la marque de ce travail. Les infléchissements de son langage permettent d’apprécier la valeur de ses mouvements internes comme la relation qu’il construit avec l’analyste à un moment donné de la cure. Toutefois, même si la manière de dire d’un sujet peut se laisser appréhender au détour d’une formule, c’est finalement le déploiement des énoncés dans leur flux, leur agencement d’ensemble comme effet d’un processus adressé, qui intéressent le psychanalyste. Et c’est là que se marquent les modulations de l’affect.
Comme tel, l’affect n’est assurément pas un concept linguistique. Et pourtant, ce constat d’évidence ne signifie nullement que l’analyse des énoncés ne puisse pas permettre de suivre et d’apprécier ses effets dans la langue. Pour une part non négligeable, ce qui régit le choix d’une forme grammaticale plutôt qu’une autre, c’est l’affect. Et même si le processus échappe irréductiblement au linguiste, même s’il demeure une réalité hors du champ de sa discipline, il a quelque chose à dire de la manière dont l’affect informe le discours. Car c’est dans la grammaire qu’il fait trace. La grammaire est l’affect sur le bout de la langue, si l’on veut.
Partons de la fameuse formule que Freud, dans son article sur la (dé)négation, place dans la bouche d’un patient : « Vous allez dire que c’est ma mère, mais ce n’est pas ma mère. » Comparons-la avec un énoncé proche mais légèrement modifié qui sera

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