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Description

Mon métier de médecin est de proposer mes services à ceux qui viennent me demander des soins.
Certaines de ces rencontres m’ont particulièrement touchée, et j’ai eu besoin d’en transmettre la substance, dans le plus strict respect de la confiance qui m’a été donnée et du secret médical. J’ai voulu témoigner de ce que je voyais du monde par ma fenêtre.
Ce livre est aussi l’histoire d’un secret, de mon cheminement, et de la naissance d’une profonde amitié.

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Informations

Publié par
Date de parution 08 décembre 2022
Nombre de lectures 1
EAN13 9782312129969
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0200€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Lumière
Valérie Faidherbe
Lumière
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2022
ISBN : 978-2-312-12996-9
« There is a crack in everything,.
That’s how the light gets in »
Leonard Cohen
Avant-propos
Mon métier de médecin est de proposer mes services à ceux qui viennent me demander des soins.
Certaines de ces rencontres m’ont particulièrement touchée, et j’ai eu besoin d’en transmettre la substance, dans le plus strict respect de la confiance qui m’a été donnée et du secret médical. J’ai voulu témoigner de ce que je voyais du monde par ma fenêtre.
Ce livre est aussi l’histoire d’un secret, de mon cheminement, et de la naissance d’une profonde amitié.
Au commencement
Je suis née dans une grande ville grise, dont je sais les rues comme ma poche, et qui a la réputation d’être belle.
Tout près, il y a ces somptueuses montagnes vertes emplies de sources fraîches, de plantes et de bêtes de toutes sortes, où j’ai tant couru enfant que ma moelle s’en est imprégnée à jamais.
J’étais l’aînée de mes frères et sœur, et de toute une horde de cousins : observée avec une curiosité zoologique par les adultes, qui me regardaient grandir pour voir comment s’y prendre avec les suivants.
La tribu familiale se réunissait alors aussi souvent que possible là-haut dans la verdure, où j’ai passé chaque fin de semaine, chaque jour de vacances, depuis ma naissance. L’odeur des foins, les journées d’été dorées, écrasées de soleil, les chapes de neige impériales et silencieuses de l’hiver, les tremblants agneaux nouveau-nés que j’aidais à nourrir au biberon, le troupeau des chèvres que je menais brouter le long des chemins et dans les clairières jusqu’à la traite du soir, tout cela m’a construite. Et m’a laissé une profonde amitié pour les plantes et les bêtes, pour les rythmes et odeurs de la nature.
Dans la forêt lointaine
J’ouvre la porte de mon bureau, il s’élance vers moi, les bras ouverts, exultant, ça y est, Docteur ! On a retrouvé ma femme ! On l’a retrouvée ! Elle est vivante !
Et nous voilà tous les deux à rire ensemble, pleins d’un soulagement qui nous dépasse, la salle d’attente est médusée, je fonce prévenir Éric qui consulte dans le bureau d’à côté, on l’a retrouvée, elle est vivante !
Oh ce n’était pas la première fois qu’elle était partie sans prévenir, au hasard sur les chemins de son mal-être, cela durait parfois jusqu’à un jour ou même deux d’affilée, puis elle revenait.
Mais là rien, pas de nouvelles, pendant neuf jours.
Chaque nuit avait ajouté à l’angoisse, au poids de l’inquiétude.
L’attente. Les pieds dans les starting blocks de l’espoir, toujours prêts, et rien à l’horizon.
L’impression crescendo que peut-être il était arrivé quelque chose de terrible. Que peut-être, cette fois-ci, elle ne reviendrait pas.
Et puis le miracle : la revoilà !!!
Bon, elle était vivante, mais pas en très bon état : il a fallu trois mois d’hôpital pour la remettre sur pied. Nous étions tous si heureux de l’avoir récupérée, nous n’avons pas chipoté sur les détails !
Elle a pu nous raconter son périple, après tout cela.
Comme à chaque fugue, elle était allée sans trop savoir où ni pourquoi, suivant ses pieds qui se posaient l’un devant l’autre, poussée par l’aiguillon de sa souffrance.
Elle avait ainsi erré dans la ville, traversant les avenues ternes sans y penser, petite silhouette solitaire perdue dans la fourmilière, au pied des grands immeubles bariolés de panneaux publicitaires criards, sans voir les voitures qui se pressaient en klaxonnant, les piétons qui allaient et venaient, les enfants qui rentraient de l’école.
Elle avait poursuivi son parcours, et les rues étaient devenues plus étroites, plus calmes, avec des immeubles plus bas, de petites villas posées dans des jardins, des arbres. Puis ces rues, parfois barrées de routes où fusaient des véhicules hallucinés, s’étaient mises à sillonner des champs, elles se dépouillaient peu à peu des maisons, puis de l’asphalte, et étaient devenues des chemins qui l’avaient conduite jusqu’à une forêt, vers des sentiers de plus en plus évanescents.
Elle avait ensuite marché dans les bois, sur l’épais tapis roux des feuilles d’automne alourdies de brouillard, et les arbres élançaient leurs corps déplumés vers le ciel gris-noir de ses pensées. Par-ci par-là, au gré des clairières et des sous-bois, elle avait croisé des lépiotes, de vieilles souches couvertes de mousses, quelques amanites, un gros cèpe véreux au chapeau ramolli, qui surgissaient des brumes à son approche, dans un parfum d’humus et de lichens. Tout était calme, juste le lent battement de ses pas qui faisait chuchoter les feuilles, et parfois le craquement d’une branche morte.
Quand elle avait voulu rentrer chez elle, elle n’avait plus su où elle était. Autour d’elle il n’y avait rien qu’une ronde de formes indistinctes floutées de blanc. Elle était perdue dans la forêt.
Elle s’était assise au pied d’un arbre, puis elle s’était endormie, il faisait froid, elle s’était réveillée et c’était la nuit, elle était fatiguée, lassée, elle s’était dit qu’elle serait un de ceux qu’on retrouve au printemps, bouffés par les renards. Puis c’était devenu nébuleux, elle était allongée au pied de l’arbre, elle n’avait plus de forces, elle ne pouvait plus se lever, à quoi bon de toutes façons ; elle était engourdie, elle était les feuilles, l’arbre, la brume, elle voyait des champignons dans un nuage de fumée, des troncs fantomatiques qui tournaient lentement autour d’elle, elle ne pouvait plus bouger du tout, le froid la gagnait toujours plus profondément, de tout petits friselis de vent jouaient négligemment avec les feuilles et en déposaient parfois, de ci, de là, une sur sa jambe, son visage. Après, elle ne savait plus trop, ça avait fondu dans les heures grises et glacées…
C’est un promeneur, intrigué par un relief prometteur près d’un jeune chêne, qui en écartant précautionneusement l’amas feuillu où il pensait découvrir un champignon, eut la surprise de trouver une basket taille 38 pointée vers le ciel. Une basket habitée. Par une jeune femme ! Allongée et inconsciente !
Ce spécimen mycologique tout à fait exceptionnel avait quitté la forêt en grande pompe, escorté par les pompiers toutes sirènes hurlantes, dans un camion rouge vif dont les gyrophares vrillaient les brumes mouillées de la forêt de leurs éclats bleus métalliques.
En route, à fond les ballons, vers le monde des vivants.
Les endormis
Jeune interne au service de réanimation, j’ai côtoyé ces avatars silencieux flottant dans les limbes, dont le souffle était rythmé et soutenu par les respirateurs. L’équipe soignante essayait de les tirer du néant avec d’ingénieux tissages liquides et aériens de perfusions, d’oxygène.
Dans les quelques boxes, de pâles gisants luttaient, après avoir traversé de multiples opérations, essuyé des complications, été réopérés. Ils étaient venus s’échouer ici, muets et absents, nous abandonnant l’écorce vide de leur corps déshabité. La plupart n’y revenaient jamais.
C’est là que j’ai rencontré Jeanne, admise pour pancréatite.
Chez elle, pas à pas, sur la pointe des pieds, la vie est revenue.
Jeanne a repris conscience, ouvert ses grands yeux bleus. Souri.
Puis elle s’est mise à parler, à nous dire bonjour ou merci.
Ses mains ont commencé à bouger, sa tête, ses jambes. Son dos.
La voilà qui s’assied sur son lit, chaque jour un peu plus vaillante, qui nous raconte ses enfants, ses petits-enfants, qui demande de toutes petites haltères pour se rééduquer. Elle est rigolote, elle est chaleureuse, nous assistons à la vague de la force qui gagne du terrain peu à peu.
Dans la chambre à côté, il y a un patient encore entre deux eaux qui regarde le plafond toute la journée avec des yeux écarquillés et qui semble bredouiller « poissons, poissons », du moins c’est ce que nous pensons tous saisir sans voir ce qu’il cherche à nous dire. Jusqu’au jour où nous remarquons le rai de lumière qui fait jaillir sur tous les murs les ombres mouvantes et féériques des bulles de la perfusion qu’il traverse.
Pas très loin, le chef de clinique reproche à une jeune femme miraculée et qui va bientôt rentrer chez elle d’avoir mis du rose sur ses joues, il est pas content le chef, il peut pas juger médicalement si sa patiente est encore pâle ou non, avec ce maquillage, du coup la jeune femme en rougit, cela la rend encore plus vivante et jolie. Elle était arrivée blafarde, inanimée et défaite, perdue dans le naufrage d’un corps qui lâche prise après un accident de césarienne ; là nous faisons cercle autour d’elle, les mains jointes, contemplant sa jeunesse et sa vitalité. Ce maquillage qui ne permet pas d’examiner son teint, ce maquillage que le chef dit cachottier, est en fait un signe éclatant que la voilà rétablie assez pour être enfin à nouveau coquette et donc prête à rentrer chez elle !
Jeanne aussi est prête, nous en sommes heureux, et en partant elle fait un petit signe de la main, entourée par sa famille qui est venue la chercher.
La créature
D’aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu ce terrible décalage entre le dedans et le dehors.
Au dehors, je faisais tout mon possible pour me conformer à ce qui m’était demandé. J’observais avec attention les us et coutumes de ceux qui m’entouraient, et tentais de les imiter, voire de les comprendre, afin d’être acceptée parmi eux.
Mais même quand ça se passait bien au dehors, je ressentais un profond sentiment d’imposture.
Ce sentiment, j’ai mis des années à pouvoir en parler ; le secret qui me faisait baisser les yeux, ce n’est qu’aujourd’hui où j’écris ces lignes, un demi-siècle plus tard, que je puis l’évoquer.
Voilà .
Il y avait au-dedans de moi quelque chose qui bougeait, qui vivait.
Une créature.
Quelque chose qui vibrait en moi avec violence à tout ce que je vivais sans que je puisse rien en contrôler, qui jaillissait en moi, du cœur de mon être, de façon si animale, si primitive, avec une telle force que j’avais consta

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