En passant par les Urgences
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Description

Les urgences sont pour les patients comme des carrefours dans leur vie, menant vers un destin bon ou mauvais. Drôles, cruelles, touchantes, ces anecdotes, rigoureusement vraies, vous font partager le quotidien d'un service d'urgences de Lorraine. La vie est plus fragile, mais aussi plus joyeuse et plus forte qu'on peut l'imaginer. Du côté des soignants, cette expérience simplifie, et transforme, la vision du monde.


Enfin, il vous sera conté ce qu'il vaut mieux faire, ou ne pas faire, si vous devez vous rendre aux urgences.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 novembre 2016
Nombre de lectures 4
EAN13 9782958579203
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

En passant par les Urgences
 
Dr Anne-Marie PUYHARDY
 
 
 
Aphorisme :
 
En cas d’urgence, il est important de garder son calme et de se concentrer. Si ce n’est pas urgent, il y a encore moins de raison de se précipiter.
Le plus logique est donc de garder son calme tout le temps !

 
Comment sauver une vie
 
Il y a du monde, beaucoup de monde. La salle d'attente est pleine et on entend râler les impatients. La secrétaire essaie de faire repartir un jeune homme en béquilles :
« Monsieur, on ne fait pas les suites de soins des entorses aux Urgences. »
 
Je m'interpose : quiconque passe notre seuil doit être examiné. Une règle qu'il est tentant de contourner en cas d'affluence.
 
Plus tard, au calme, le jeune homme montre une jambe restée violacée quinze jours après une chute. Il dit en rigolant :
 
−J'ai cru mourir en montant chez vous !
 
 
Je le regarde. La rampe d'accès a une pente faible, adaptée aux fauteuils roulants et aux personnes âgées. Le gaillard devant moi a l'air jeune, sportif…
 
− En montant la rampe, vous étiez essoufflé ?
− Plutôt, oui.
− Vous arrivez à marcher avec votre cheville ?
− En fait, non. J'ai trop mal. Ce week-end j'ai même fait un malaise dans les toilettes !
− Ecoutez, ce n'est pas vraiment normal. Votre histoire de cheville s'est peut-être compliquée et en attendant d'en savoir plus vous ne bougez pas de ce brancard. Même pour aller aux toilettes , ai-je dit après réflexion.
 
Je n'ai pas dit « je pense qu'un gros caillot n'attend qu'un petit mouvement de votre part pour se détacher et obstruer complètement vos artères pulmonaires ». Mais j'y pensais fortement et çà s'est vérifié au scanner.
 
Est-ce qu'un gaillard de cet âge peut s'essouffler en montant une faible pente ? Est-ce qu'un malaise dans les toilettes n'est pas un indice de gravité et considéré comme tel lorsqu'un témoin alerte, par exemple, le SAMU ?

On n'imagine pas les efforts que les gens font dans ces endroits. Ou le nombre de vieillards qui chutent en s'y rendant, parce qu'ils sont mal réveillés, parce que c'est mal éclairé, parce que leurs traitements sont trop forts pour eux et qu'ils titubent sous l'effet d'un somnifère …C'est très simple : rien de plus dangereux que de se rendre aux toilettes.
 
Et rien de plus dangereux que renvoyer un malade sans l'avoir examiné. Cet épisode a eu deux effets positifs : premièrement, j'étais sûre d'avoir sauvé un jour quelqu’un, ce qui est une satisfaction morale : ça rend service les jours où le métier vous sort par les yeux. Deuxièmement, on ne m'a plus refusé de scanner ; du moins tant qu'il y a eu des radiologues à l'hôpital, mais ceci est une autre histoire.

Comment ne pas sauver une vie
 
− Il y a un monsieur qui est là avec sa femme. Il veut te voir. Il dit qu’il veut déposer plainte, parce qu’il a été mal soigné ici. C’est toi qui t’es occupée de lui, me dit-on à l’accueil.
 
Je cherche un lieu paisible pour cet entretien. Le bureau commun des médecins étant d’un désordre effrayant, il reste le petit réduit, sans fenêtre à l’époque, qui sert de box de consultation d’appoint.
 
− Bonjour madame, monsieur, asseyez-vous. On me dit que vous avez été mal soigné, et que vous voulez déposer plainte.
− Vous ne vous souvenez pas de moi ? 
 
En toute honnêteté, non.
 
− C’était il y a combien de temps ? Je n’ai pas une très bonne mémoire.
− C’était il y a un mois ! Vous m’avez laissé sortir de l’hôpital avec une phlébite !
− Je vous ai laissé sortir sans traitement ?
− Sans traitement, rien ! J’ai fait un malaise quelques jours après, et on a dû appeler le SAMU ! J’ai été hospitalisé en réanimation ! Maintenant, j’ai des séquelles…  
 
Je suis désolée. Comment ai-je pu faire une chose pareille ? Et je ne me souviens toujours de rien.
− Monsieur, je suis désolée. Si vous permettez, je vais rechercher votre dossier, nous l’examinerons ensemble pour comprendre ce qui s’est passé. 
 
− Pourvu que ce dossier n’ait pas en plus disparu  me dis-je en allant le récupérer.

Il était bien là.
 
Je le ramène. La première chose évidente, c’est que le double carbone qu’on utilisait en ce temps-là, pour le remettre au patient en fin de consultation, est toujours accroché.
Je relis ce que j’ai écrit, l’histoire reprend forme dans mon esprit : le patient est arrivé en toute fin d’après-midi pour douleur du mollet. Il est descendu en radiologie pour rechercher une phlébite ; mes dernières notes sont : « si phlébite confirmée : faire ceci, dans le cas contraire : faire cela… »
Et puis rien. Aux environs de 20 heures.
 
− Vous aviez pu faire votre examen en radiologie ?
− Oui ! On m’a dit que j’avais bien une phlébite, et que je pouvais y aller…
− Et vous êtes allé où ?
− Chez moi ! 
 
Il me raconte son passage en réanimation. Il a eu l’impression de mourir. Le séjour a été long et pénible. On lui a dit qu’il aurait des séquelles… 
 
Je suis vraiment désolée. Cet homme a risqué sa vie parce que ni moi, ni le radiologue, n’avions été suffisamment clairs pour lui dire que s’il y avait une phlébite, il faudrait aussitôt un traitement.
 
Il était tard, il était fatigué, il est tout simplement rentré chez lui, puisqu’il « pouvait y aller. »
 
Le collègue qui a pris ma suite n’a pas vu, parmi vingt dossiers semblables, que celui-ci n’était pas conclu. La secrétaire le lendemain a fait son travail, et rangé le dossier. Et moi je n’ai pas pris de nouvelles…
Je suis, sincèrement, désolée pour cet homme.
 
− Je suis désolée de ce qui vous est arrivé. Je comprends que vous êtes en colère, et que vous souhaitez déposer plainte. Je ferais peut-être la même chose à votre place. 
 
Il n’a jamais déposé plainte.
 
J’apprendrai plus tard que, si des malades portent plainte, même dans des circonstances très graves, ce n’est pas seulement parce qu’une erreur ou une faute a été commise, mais parce que, également, ils n’ont pas reçu les explications, les excuses ou très simplement le respect auxquels ils ont légitimement droit.
 
J’ai compris par contre pourquoi H., mon collègue, appelait toujours vers 23 heures, pour prendre des nouvelles des patients qu’il nous avait laissés. Ça m’agaçait un peu, je trouvais qu’il ne nous faisait pas confiance. Il avait raison.
 
En ce temps-là, les « transmissions » ne se faisaient pas de manière rigoureuse entre les médecins.
− Tu m’as laissé quoi ?
−Trois personnes en radio. Deux pour des radios de membres, et une pour une phlébite. 
 
Nous partions vers vingt heures, il y avait dans la soirée moins de médecins et davantage de patients ; tout ce monde était fatigué, bien sûr.
 
Aujourd’hui l’informatique nous signalera en rouge si un dossier n’est pas conclu. Ça améliore sûrement quelque chose.
 
Mais c’est H. qui avait raison.
 
...

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