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Aughrus point , livre ebook

219

pages

Français

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2023

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L’Irlande est une île belle et sauvage. Ses filles lui ressemblent. Quand les circonstances obligent Ciara McMurphy à revenir sur ses terres natales, en tant que policière, elle replonge sans plaisir dans un monde qu’elle avait oublié. Celui des luttes indépendantistes. Celui de la violence et de la folie qui se danse. Celui où la mythologie celtique explique tout. Le silence de ceux qui détestent la Garda Síochána (police irlandaise) presque autant que les Anglais. Le vieux Zac McCoy et les hommes de son clan sont toujours là, à veiller sur leurs fantômes. La vengeance est-elle un hasard ? Gérard Coquet est le vrai nom du deuxième « clavier » de Page Comann avec Ian Manook. « Souviens-toi de Sarah » et « OUTAOUAIS » ont été signé sous ce pseudo. Son pays de prédilection est l’Irlande où il a séjourné à de nombreuses reprises et dont il s’est imprégné de la culture.
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Publié par

Date de parution

03 juillet 2023

EAN13

9782382112021

Langue

Français

AUGHRUS POINT
Gérard COQUET
AUGHRUS POINT
M+ ÉDITIONS 5, place Puvis de Chavannes 69006 Lyon mpluseditions.fr

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
© M+ éditions
Composition Marc DUTEIL
ISBN : 978-2-38211-202-1
22 Août 2001
Et tu redeviendras poussière
La dernière phrase du curé résonne encore dans l’église. Zack McCoy, seul au premier rang, regarde ses souliers. Le gauche n’est pas très bien ciré. Aujourd’hui, les yeux rougis et la gorge nouée, il en veut au monde entier. Dans son dos, le raclement des pieds de chaises sur les dalles lui rappelle que la cruauté des hommes ne mérite pas l’apitoiement.
Ça, c’est de lui.
Lorsque les croque-morts soulèvent le cercueil recouvert du drapeau du Conmhaicne Mara 1 , le vieil Irlandais décline à voix basse les alexandrins de Czeslaw Milosz que Jessica, sa fille, aimait réciter avant de s’endormir :
«   Je ne me souviens plus au coin de quelle route
Ma vie a déposé le fardeau de l’espoir   ;
Et j’ai tout vu mourir, la foi comme le doute
La tristesse du jour comme l’ennui du soir.   »
En écrivant ces lignes, le poète parlait de son pays, la Lituanie. Comment pouvait-il s’imaginer qu’un jour une Irlandaise se les approprierait pour décrire son île   ?
Zack McCoy soupire. Au bout du compte, les terres de souffrances se ressembleront toujours. Après avoir récupéré le registre des condoléances, il fend la foule amassée sur le parvis. Les hommes hissent le cercueil sur la charrette. Sentant le poids lui alourdir la croupe, le cheval s’ébroue dans un cliquetis de mors et de lanières. Le curé donne le signal. Lentement, la procession se dirige vers le cimetière d’Omey.
L’océan est à marée basse. Ce matin, la blancheur du ciel tire les yeux. Après la plage, une sente de sable et de rocaille sinue en direction des croix celtiques penchées vers l’ouest. La couleuvre humaine oscille entre les talus d’herbes laineuses et les éboulis, suit les paquets de crottin et les traces de sabots au milieu des ornières des roues. L’attelage s’arrête à proximité d’une tombe ouverte.
Les hommes défilent les uns après les autres et abandonnent un mot de compassion, une tape sur l’épaule, une formule de condoléances qui n’a pas d’importance. Zack les regarde tous, droit dans les yeux sans pourtant les voir. Raide de douleur, les mains jointes sur le pommeau de sa canne, il prie et jette au Seigneur toute la colère qui couve en lui. Les femmes restent en retrait.
L’une d’entre elles transgresse la coutume et s’avance lorsque les cordes cognent le cercueil. La tristesse de sa beauté sauvage le bouleverse. Elle continue, indifférente aux insultes de Fergus O’Brien. Le gars se débat au milieu des hommes qui tentent de le maîtriser. Chignon tiré en arrière, vêtue d’un uniforme de la Garda 2 , le visage plus livide qu’une laveuse de gué, Ciara McMurphy marmonne une prière, jette un coquillage au fond de la tombe et se recueille un moment avant de repartir.
Zack serre les poings et baisse le menton. Pour se retenir de pleurer, il lui tourne le dos. Pourquoi est-elle venue   ? Pourquoi braver le courroux de Fergus, la haine de tout un clan   ? En contrebas sur la côte, la houle venue du large vaporise les rochers d’écume. Les entablements de granit ne sont qu’ossuaires d’arêtes et d’os blanchis par le sel. Très loin vers l’horizon, les affleurements des hauts-fonds soulignent le ciel. Au premier plan, dans un tourbillon d’embruns, les rochers d’Aughrus Point.
Quand son esprit ordonne au vieux Zack de revenir sur Terre, il ne reste qu’un homme dans le cimetière. James O’Brien, l’oncle de Jessica. Le compagnon des premières luttes s’appuie sur le manche de sa pelle. En arrière-plan, sur la plage, la cohorte des vivants repart vers le village. Après l’heure de la tristesse, sonne celle de la Guinness.
–   On referme   ? demande James.
–   On y va.
Zack tire une autre pelle de la charrette et se crache dans les mains. Il sait que le bruit de la terre sur le cercueil de sa fille lui résonnera dans les oreilles jusqu’à la fin de ses jours.
 
Assis à la table de sa cuisine, Zack McCoy se sert un verre de whiskey et dénoue le lacet noir de sa cravate. Le visage fermé à double tour, il ouvre le registre des condoléances. Son index glisse sur les noms des présents et les quelques mots qu’ils ont gribouillés. Sur la deuxième page apparaît celui d’Eber Farrell, le druide de Galway. Il apprécie l’homme, son érudition, son calme. Sans qu’il s’en rende compte, son esprit divague vers un vieux souvenir. Où a-t-il bien pu ranger le livre que Farrell lui avait donné   ? Il se souvient d’un ouvrage malsain, un curieux mélange de magie noire, de fétichisme et de mythologie. Un traité obscur décrivant les arcanes diamantaires et la taille des pierres. Jessica, passionnée par ces sujets, a dû le planquer quelque part. Demain, il fouillera l’armoire de la grange. Et le doigt de Zack McCoy descend quelques lignes plus bas.
Art Grady. Le premier flic de Galway s’est donc déplacé lui aussi. Sacré culot tout de même   ! En indépendantiste forcené, McCoy voue une haine tenace aux forces de l’ordre. Même s’il n’est pas allé jusqu’au cimetière, Grady a eu les couilles d’assister à la messe d’enterrement. Ici, le gars n’est pas le bienvenu, surtout depuis que son vrai rôle dans la Garda Síochána s’est affiché à la une de The Independant . Dire qu’à l’époque, Eber Farrell s’était chargé des présentations. Un sacré moucheur ce Grady, à défaut d’être un type bien   ! Zack McCoy continue.
Suit le nom de Ler Manann, poseur de casiers à homards, garde-pêche sur le domaine de Ballynahinch et braconnier sur tous les autres lacs. Redoutable prédateur de saumons, il se vante de n’utiliser que deux mouches : des Ally Shrimp  rouges et des Steelhead Highlander aux couleurs du drapeau irlandais.
Robert Stampton, Ron Byrne, Dub Casey. La Garda de Clifden au grand complet   ! Le premier a pris les commandes du commissariat et pue l’Anglais à dix mètres. Les deux autres, des jeunots du coin, sont plus cons que des moutons. Le gros Casey roule des épaules, mais n’est pas mauvais bougre. Byrne, par contre, est un vicelard auquel la prudence recommande de ne pas tourner le dos.
Vient ensuite une liste interminable de noms que Zack McCoy parcourt sans les lire. Jusqu’au dernier. Culann Sparfel n’a rien écrit sous le sien. Zack McCoy l’a vu quitter le cimetière après les autres, la tête enfoncée dans les épaules. Ce Sparfel, le fils putatif d’Eber Farrell, traîne lui aussi une sacrée réputation de moucheur. Au début, en découvrant ce type haut et large comme un tronc d’arbre, McCoy imaginait un mercenaire, pas un pêcheur à la mouche. Sans qu’il se doute de rien, Jessica est tombée sous le charme du costaud, de son passé de soi-disant humanitaire au Kosovo. Zack McCoy a alors fermé les yeux, priant le ciel pour que cette idylle éloigne sa fille des sections encore armées de l’IRA.
Ça n’a servi à rien. Jessica est morte d’une balle dans la tête, sur le parking du terminal d’embarquement de Ringaskiddy. Avant-hier, avec James O’Brien, il a creusé sa tombe. Aujourd’hui, le Connemara l’a enterrée. McCoy referme le registre et vide son verre de Jameson. L’alcool lui pique les yeux. Maintenant, il est seul et déjà vieux.
«   Je ne me souviens plus au coin de quelle route
Ma vie a déposé le fardeau de l’espoir   ;
Et j’ai tout vu mourir, la foi comme le doute
La tristesse du jour comme l’ennui du soir.   »
Sa voix tremble quand il récite une nouvelle fois le poème de Jessica. Enfin, il pleure. Dieu lui laissera-t-il le temps de se venger   ?
 
 
«   Je suis le Rath de l’arbre assis,
Protégeant les cimes,
Forteresse dressée
Face aux pointes effilées
Des armées de la plaine.
Je suis la dernière gardienne,
À la frontière du monde,
Après moi, commence le dissous.
Je suis la charrue ouvrant le sillon d’un lac,
Terre sur le ciel retourné,
Soc de Samhain mêlant les mondes,
Tiré par le sorcier cornu.
La lande se déchire
Sur le miroir du Síth
Entrevu sous les tourbes.
C’est ici que Balor tomba
Le front percé par la pierre
Que Lug fit vrombir dans sa fronde.
Aujourd’hui, le sable couvre ses os
Mais le vent parfois découvre sa blessure
Où la vengeance, toujours, suppure.   »
 
Treize ans plus tard …
I
La douceur des pulls de l’île d’Aran
Ce dimanche matin, les rues de Clifden sont vides. La mauvaise saison piétine et les trottoirs luisent de la dernière pluie. Derrière sa vitrine, John Bradley contemple les rangées de pulls, implorant le ciel pour que le prochain bus en provenance de Galway ne soit pas vide de touristes. Il ne lui reste que le prix à afficher et c’est là tout son problème parce qu’un peu plus loin, chez Outdoor Shop , les trésors écrus du Connemara sont proposés à 25 €. Bon d’accord, c’est du made in China , mais à ce tarif, avec une saison qui dure moins de quatre mois, autant baisser le rideau tout de suite.
Désarçonné, le boutiquier soupire devant sa fiche cartonnée. Après réflexion, il opte pour 45 €, barre la somme et inscrit dessous, au feutre rouge, «   for sale   » 35 €. «   Comment bouffer sa marge en un coup de crayon   ?   »
–   Qu’est-ce que tu marmonnes   ?
John Bradley sursaute. La question, sortie de nulle part, lui frictionne le cou d’une fraîcheur désagréable. Dans l’entrée du magasin, la pluie dégouline du Barbour crasseux de Zack McCoy. Derrière lui, un chien de race indéterminée lève la patte contre un étalage de couvertures en mohair, se soulage d’un jet dégueulasse et renifle le fumet de son œuvre. D’

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