Banquise , livre ebook
166
pages
Français
Ebooks
2018
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2018
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Publié par
Date de parution
11 octobre 2018
EAN13
9782759227211
Langue
Français
Poids de l'ouvrage
3 Mo
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Date de parution
11 octobre 2018
EAN13
9782759227211
Langue
Français
Poids de l'ouvrage
3 Mo
Banquise
Une histoire naturelle et humaine
Alain Bidart Fabrice Genevois
Préface de Jean-Louis Étienne
© Éditions Quæ, 2018
ISBN (papier) : 978-2-7592-2720-4 ISBN (PDF) : 978-2-7592-2721-1 ISBN (epub) : 978-2-7592-2722-8
Éditions Quæ RD 10 78026 Versailles Cedex
www.quae.com
Pour toutes questions, remarques ou suggestions : quae-numerique@quae.fr
© F. Genevois
Quand je serai petite, Je partirai en voyage avec mon sac de plumes. Je choisirai d’aller loin Là-bas où il fait blanc sur la banquise.
© S. Crimmin
Remerciements
Nos missions dans les mers encombrées de banquise en tant que guides-conférenciers eurent été impossibles sans la confiance et le soutien d’organisations spécialisées. Fabrice Genevois tient à remercier la compagnie Quark Expeditions, précurseur dans le domaine des croisières-expéditions sous les plus hautes latitudes et pionnière dans l’utilisation de brise-glace à des fins touristiques. Pour sa part, Alain Bidart remercie Ponant, croisiériste français aux destinations polaires nombreuses et variées.
Lors de la rédaction de cet ouvrage, nous avons bénéficié de l’expertise et des conseils avisés de David Gremillet (Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive, Montpellier) sur les mergules nains, de Christophe Barbraud (Centre d’études biologiques de Chizé) sur les manchots empereurs, de Katya Ovsyanikova (Top Predator Alliance) sur les cétacés associés à la banquise, ainsi que de Nikita Ovsyanikov (Polar Bear Expert Group/UICN), de Rémy Marion (Pôle d’Actions) sur les ours polaires et de Véronique Véto, docteur en chimie-physique, responsable éditoriale aux éditions Quæ.
Pour illustrer cet ouvrage, nous avons fait appel à de nombreux amis et collaborateurs qui nous ont gracieusement faits bénéficier de leurs talents de photographes. Qu’ils en soient ici chaleureusement remerciés. Parmi eux, André Ancel, Samuel Blanc, Samantha Crimmin, Nicolas Dubreuil, Anita Klaussen, David Merron, Raphaël Sané, Bruno et Dorota Sénéchal et Jens Wikström méritent une mention spéciale.
Notre reconnaissance va à Catherine Jalouneix, des éditions Quæ, pour ses conseils avisés et sa patience admirable dans les fastidieuses tâches de relectures et de corrections. Clarisse Robert (Pagissime) a apporté un soin particulier à la mise en page. Remercions enfin vivement M. Gendillou et Sylvie Blanchard pour leur relecture très fine du texte.
© F. Genevois
Préface
Par le hublot du petit avion sur ski qui m’amenait au nord de l’île d’Ellesmere, j’aperçus pour la première fois la banquise de l’océan Arctique : un chaos à perte de vue. Quel choc ! Le pilote se posa sur un timbre-poste de surface plane ; je descendis avec mon traîneau et, sans tarder, l’avion décolla. Je me trouvais brutalement seul face à des barrières de blocs de glace amoncelés. Le froid extrême s’est vite emparé de mon corps. La marge de manœuvre était très étroite et je n’avais pas d’autre alternative que de m’engager dans le labyrinthe de cet océan de tempête gelé. Tel fut mon premier contact avec la banquise et le froid extrême, brutal, intense, sans répit ni repli possible.
Poussée par le courant de dérive transpolaire et le vent, la banquise traverse l’océan Arctique et s’écrase sur la côte nord du Groenland et du Canada. Dans cet affrontement titanesque, les plaques gelées entrent en collision, se chevauchent, s’érigent les unes contre les autres. Ailleurs, la banquise se fracture créant des chenaux d’eau libre éphémères qui émettent soudain des rideaux de vapeur d’eau. L’eau de l’océan, à – 1,8 °C, s’évapore : elle est chaude, comparativement aux très basses températures, – 35 °C, jusqu’à parfois – 45 °C, de l’air.
Au printemps 1986, j’ai tiré mon traîneau pendant 63 jours sur cette croute de glace piégeuse jusqu’à 90 ° de latitude nord, ce point immatériel où passe l’axe de rotation de la Terre. Aucune marque n’indique que vous avez atteint le pôle Nord géographique. En effet, la banquise dérive et se renouvelle sans cesse. Après deux journées de blizzard, bloqué sous la tente, j’avais reculé de 16 km !
En Avril 2002, je me suis installé sur l’axe de rotation de la Terre à bord du Polar Observer , un module pyramidal de ma conception. Ce qui m’a le plus étonné et empli de joie pendant ces trois mois de dérive, c’est la délicate présence de la vie dans ce désert de glace d’une implacable sévérité. Ma première surprise fut la visite, à proximité du pôle Nord, de trois bruants des neiges qui ont fait escale à côté de ma cabane polaire, picorant les miettes du chien qui m’accompagnait. D’où venaient–ils, où allaient-ils ? Dans tous les cas, ils avaient effectué au minimum entre 800 km et 1 000 km en vol battu depuis la côte la plus proche : le Groenland, l’île Ellesmere, l’archipel François-Joseph, la Sibérie ? Comment ces petits oiseaux de 35 g, qui se nourrissent de graines, avaient-ils eu l’audace de s’engager dans une traversée de l’océan glacial Arctique où ils ne trouveraient pas de nourriture à leur goût ? Avaient-ils été emportés par de forts vents ? Ils sont restés quelques heures à refaire leurs réserves et ils sont repartis. J’étais un repaire coloré sur ce désert blanc.
Je découvrais aussi que sous mon « radeau de glace dérivant », se développait une riche vie micrométrique à l’origine du réseau alimentaire polaire. Soumise à la puissante tectonique de la banquise, une plaque de glace se renversa non loin de moi, découvrant sa face océanique recouverte d’un tapis d’algues vertes. Parmi les activités que l’on m’avait confiées, je faisais deux prélèvements de plancton par semaine jusqu’à 100 m de profondeur à travers un trou dans la banquise que j’entretenais régulièrement. Je me souviens d’une heureuse émotion quand j’aperçus pour la première fois une fine couche de copépodes qui tapissaient le filet.
À partir de début juin, la mer ne gèle plus, la dérive du Polar Observer s’accéléra ; il m’est arrivé de parcourir jusqu’à 25 km par jour.
La banquise, j’ai aussi bataillé avec elle dans l’hémisphère sud, à bord d’ Antarctica (aujourd’hui Tara ). Partis de Hobbart, nous faisions route vers l’Antarctique en direction de la mer de Ross que nous devions traverser pour atteindre le pied du volcan Erebus. Au dixième jour de mer, un pétrel des neiges venu à notre rencontre tourna autour du bateau, signe que la banquise n’était plus très loin. Nous étions le 20 décembre 1993 et nous arrivions un peu tôt en saison, la débâcle n’avait pas réellement commencé. La mer de Ross était encore très encombrée par des plaques de glace très compactes, soudées. Pour se frayer un chemin nous lancions Antarctica à l’assaut de ce pack très serré, les deux moteurs en avant toute. L’étrave arrondie s’élevait sur la glace qui cassait sous son poids. Il fallait souvent s’y reprendre plusieurs fois. On finit cependant par atteindre l’eau libre au pied de l’Erebus en empruntant le sillage d’un brise-glace américain qui ouvrait la route à un tanker qui ravitaillait en fuel la base McMurdo.
La banquise, un nom cher à mon cœur. Sur ce cocon de glace chaotique tissé par l’océan pour s’isoler de la glaciale nuit polaire, j’ai longuement marché, résisté aux morsures du froid, aux tentations de l’abandon pour enfin atteindre le pôle. Cette banquise, je l’ai rêvée, elle m’a porté, je l’ai parfois détestée quand elle me refusait le passage. En m’imposant ses rudes lois implacables, je dois à la banquise d’avoir fait émerger une confiance dans mon aptitude à mener des projets engagés et d’avoir orienté ma vie. Puisse le lecteur, confortablement installé dans un fauteuil, partager à la lecture de ce livre la fascination et l’émerveillement que j’ai pu ressentir en découvrant la banquise. Bon voyage !
Jean-Louis Étienne
© F. Genevois
© A. Bidart
Le paysage blanc
© F. Genevois
© D. Merron
© F. Genevois
Sous les hautes latitudes des deux hémisphères, la mer se pare chaque année de son grand manteau blanc, comme un long baiser glacé offert aux premiers frimas de l’hiver. De liquide, la mer devient solide en surface et n’ondule plus sous l’effet de la houle. Elle coagule et devient banquise , univers étroitement associé aux régions polaires dans l’imaginaire collectif. Si le froid en est l’unique responsable, les modalités d’apparition de cette croûte gelée varient selon les circonstances. Comme un insecte qui entame une lente métamorphose et se libère péniblement de ses mues, elle passe par différents stades, parfois laborieux.
Au maximum de son extension, la banquise est un carcan qui fige les océans polaires sur des millions de kilomètres carrés. Air et mer deviennent deux mondes à part. Mais qui a dit que la banquise était plate, et monotone ? Façonnés par des forces colossales engendrées par les vents et les courants marins, des reliefs variés modèlent sa surface. Les plaques s’entrechoquent, la banquise se lamente, on croirait presque qu’elle est vivante, qu’elle respire…
Au printemps, le retour de l’astre solaire amorce invariablement le déclin saisonnier de cet univers en perpétuel mouvement et qui semble indestructible : c’est la « débâcle ». Non sans avoir lutté, la banquise baisse les armes dans une lente agonie. L’océan liquide finit toujours par dicter sa loi.
En Antarctique, sa victoire est souvent totale et les poches de résistance sont localisées. Dans l’Arctique, la situation est bien différente. Centrée sur le pôle Nord géographique, une vaste surface gelée résistait naguère à la fonte estivale, mais les dernières décennies confirment une tendance alarmante liée au réchauffement climatique : la banquise estivale perd chaque année un peu plus de terrain et les modèles prédisent sa disparition totale à l’horizon 2030.
Ce constat inquiétant préoccupe les biologistes car, contrairement à une idée reçue, la banquise n’est pas un désert dénué de vie. À y regarder de plus près, c’est même tout le contraire. Un cortège d’organismes, des plus petits aux plus grands, est étroitement lié à ce milieu apparemment host