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Adrien le dernier berger des Pyrénées , livre ebook

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Description

Le paysage de nos vallées pyrénéennes au milieu du XXe siècle, reflétait l'harmonie d'un équilibre déjà réalisé au Moyen Âge. Des champs, des prés, des granges au-dessus des villages et des pacages de haute montagne composaient une mosaïque ordonnée, conquise, et entretenue dans l'espace montagnard. À partir de cette date, cet équilibre et cette économie basculent totalement. Les jeunes quittent les vallées pour les villes. Nous assistons à la fin d'une civilisation dont les derniers acteurs voient disparaître avec nostalgie les fondements de leur vie. Adrien Castéran, dernier berger de cette longue lignée, rassemble toutes les qualités et les valeurs de ces hommes qui ont façonné la montagne, attachés à leur terre, leur troupeau et leurs amis. Originaire du Nistos, dans le piémont, il va parcourir les montagnes de la vallée d'Aure et principalement celle de Cap de Long. Ces pages retracent sa vie, dans ses montagnes et dans les plaines gasconnes lors de la transhumance d’hiver au milieu de ses brebis en liberté. Ce récit apporte un témoignage de la vie des bergers et éleveurs de la vallée et du piémont.

Sujets

ART

Informations

Publié par
Date de parution 12 mai 2013
Nombre de lectures 46
EAN13 9782350683287
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

BERGERS PYRÉNÉENS

“La vie du berger n’est-elle pas le résultat du premier pacte que sa race ait fait avec la Terre”

Louis Ramond de Carbonnières


HISTORIQUE
Il y a 5000 ans, des hommes vivaient sur les bords de la Méditerranée avec leurs troupeaux, quelques cultures de céréales, de la vigne, des oliviers, et des fruits. Les montagnes étaient recouvertes par la forêt inhospitalière, mais plus fraîche que les plaines du Languedoc. Les préhistoriens pensent qu’à la suite d’une élévation de la température, les familles et les tribus s’installèrent peu à peu sur les Monts Pyrénées dans sa partie orientale. On peut imaginer aussi des rivalités tribales, des affrontements entre voisins qui poussent certaines populations à trouver un refuge. Les plateaux élevés de la Cerdagne offrirent, peut-être, à ces pionniers les premières terres à défricher. La conquête commença ainsi et le labeur quotidien des hommes pendant un millénaire permit une régression de la forêt au profit des pâturages et des cultures. Fortes de cet exemple, d’autres familles parties du piémont pyrénéen, gagnèrent le centre des vallées, et, brûlant les arbres, raclant la terre, firent émerger des parcelles de terrain où le groupe arriva à survivre. De proche en proche, d’Est en Ouest, il semble que la première colonisation des Monts Pyrénées se soit ainsi développée, échelonnée sur deux millénaires, époque allant du Néolithique à l’âge du Bronze qui arriva en Gaule vers 1700 avant J-C. Pour situer cette période dans le contexte de l’humanité, il faut se rappeler que les pyramides d’Égypte furent élevées en 2750 avant J-C avec une intelligence remarquable et que les Phéniciens sillonnaient les mers et faisaient du commerce dans toute la Méditerranée, exploitant déjà les fabuleux cèdres du Liban. Le Pharaon Snefrou, 2750 ans avant J-C célèbre l’arrivée de quarante navires venant du port phénicien de Byblos avec une cargaison de bois de cèdre. Que se passait-il dans le piémont pyrénéen ?
Les archéologues ont trouvé dans les grottes des vallées les objets de nos ancêtres relevant de l’âge de la pierre polie. Dans les grottes de Saint-Mamet, près de Luchon, en 1870 ils mettent à jour des silex, couteaux, grattoirs, pointes de flèches, haches polies… Les dolmens et les cromlechs sont nombreux dans les Pyrénées et leur construction date de la fin de l’époque néolithique. Ainsi, les anciens pasteurs ont laissé leurs traces dans les pâturages pyrénéens de haute altitude. Dans la vallée d’Hecho, située sur le territoire du Haut-Aragon à l’Ouest de Jaca, on a recensé près de 20 sites mégalithiques entre 1500 et 2000 mètres d’altitude. Des rites funéraires utilisant des grandes pierres sont représentés par les menhirs, alignements, dolmens, cromlechs. Cette partie Sud des Pyrénées, au climat plus doux, a permis une sédentarisation plus rapide des peuples. Comme le bronze avait été découvert en Asie mineure aux environs de 3500 ans avant notre ère, les peuples d’extrême Orient sont venus très tôt sur les côtes espagnoles pour rechercher les minerais à l’intérieur des terres et notamment vers les montagnes. Ces premiers pasteurs avaient besoin d’exprimer leurs croyances et c’est tout naturellement qu’ils ont découvert dans ces sites pyrénéens l’expression de la puissance divine. Dans leur esprit simple, ils ont adoré Dieu dans son œuvre pyrénéenne, choisissant les emplacements remarquables pour bâtir leurs monuments funéraires. Citons deux exemples : le premier se trouve sur la crête séparant la vallée d’Oueil et la vallée du Larboust, dans le lieu-dit “Montagne de l’Espiau”. Les archéologues ont découvert sur ce versant Sud, au-dessus des villages de Garin et Gouaux de Larboust des alignements, des cromlechs, des pierres sacrées. Ces bergers qui, depuis l’époque néolithique jusqu’à l’occupation celte ont enseveli leurs morts, devaient considérer les Hautes Montagnes de Luchon comme une fresque divine. Sur cette montagne de l’Espiau aux vastes pâturages inondés de soleil, ils procédaient au culte des morts. L’autel était placé au foyer d’une grande parabole de pics étincelants. Le deuxième, aussi caractéristique par son aspect sacré, est situé à 2000 mètres d’altitude dans la vallée d’Hecho en Aragon. Un superbe dolmen est installé au début du grand plateau “d’Aguas tuertas” long de deux kilomètres. Cet endroit de la montagne qui relie la vallée d’Hecho à la vallée d’Aspe, est constitué de deux immenses plateaux faisant fonction de col, la ligne de séparation des eaux se trouve entre les deux. Au nord s’élèvent des montagnes vertes et des roches rouges de l’époque primaire. Au sud, se dresse une forteresse calcaire du secondaire, finement ciselée, qui tombe en gradins. C’est un lieu géologique surprenant, où l’on devine la rencontre des deux continents ibérique et aquitain qui fit jaillir les Pyrénées. Dans ce temple de “l’altiplano”, les anciens bergers ont baissé la tête, salué et disposé le corps du défunt sous trois grandes pierres. Peut-être ressentaient-ils le même sentiment qu’a exprimé Louis Ramond de Carbonnières parcourant nos montagnes à la fin du XVIII e siècle, face au mont Perdu. “Tout était d’accord, l’air, le ciel, la terre et les eaux, tout semblait se recueillir en face du soleil et recevoir son regard dans un immense respect.”
Après une installation laborieuse, les populations sédentarisées subirent légèrement les influences venues des invasions qui vont se succéder : Ibères, Celtes, les troupes d’Hannibal le carthaginois et Vandales, Arabes… Sous la suzeraineté de la maison de Labarthe (1235-1398), le comte Bernard de Labarthe signe le statut des coutumes et privilèges du pays des quatre vallées : Aure, Magnoac, Neste et Barousse en l’an 1300. Citons le préambule : « Au nom de Dieu, de Jésus de la Sainte Trinité et de la Vierge Marie, ici commencent les coutumes liberté, franchises et usages donnés et attachés par les anciens seigneurs de la terre de Labarthe et vallée d’Aure, aux manants de la dite vallée et autre antiquité tenus, observés et mis en usage par les anciens habitants. » Il se compose de 53 articles. L’article 30 est très important pour la liberté des montagnards, contrairement à ce qui se pratiquait dans les autres seigneuries de la plaine. XXX item. À tout homme de la Terre et Val d’Aure es permès et pousca oun se boulhe en la Terra ab armes, ho sens armes, cassar, percar et prenne bestias saubatges et ausets sense pene ny ley. Ils pouvaient chasser et pêcher ! Incroyable privilège. Ils devaient par contre défendre les frontières sur les crêtes de séparation avec l’Aragon. Cette charte sera fondamentale jusqu’à la Révolution.
Au moyen âge, la vallée était dessinée, sculptée par l’homme, telle qu’elle est restée jusqu’au début du XX e siècle. Le défrichement était réalisé, les jardins, les champs, les prairies avaient leur place. Les bergers partaient l’été dans les estives avec les troupeaux. Le cycle, les frontières, les dates, les lois et règlements divers régissant la vie des bêtes au cours de l’année étaient fixés. Tout cet arrangement des terres prises sur la nature demeure dans les noms de lieux actuels ayant pour racine la conquête du sol. Essarts – escharte d’Agos, escharte de Loria près d’Eget… Artigues – Artigusse, Artigue-Longue etc… Courrège – Courrège de Frédancon… Usclat – Le Pic de Pouy Usclat en Barousse (Usclat = Forêt brûlée)… Germ – Village de Germ, Germ de Pladère, (aménagement de pacages)… Traigne – Saignée dans le bois pour faire descendre les arbres coupés. Ces travaux concernaient deux zones : l’une d’appropriation individuelle, l’autre de propriété communale. Les “communaux” jouent un rôle important dans le cycle des pacages. Tout là-haut, les estives nécessaires pour les pâturages d’été étaient élargies par les arbres et arbustes abattus. À partir du moyen âge, ces terres d’altitude furent convoitées et les bergers de la vallée défendirent leur terrain face aux Aragonais dont les troupeaux allaient tout naturellement chercher l’herbe tendre sur les flancs nord de la chaîne, en fin de saison. Après les affrontements, vint l’heure d

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