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Comment mesurer les « performances »

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A paraître ds revue Médiation et information (11/2008) Comment mesurer les « performances » des universités ? Quelques réflexions sur la mise en place d’indicateurs à l’université de Picardie-Jules Verne *Frédéric Lebaron CURAPP (UMR 6054 UPJV-CNRS) et IUF Les universités sont aujourd’hui soumises à une pression multiforme visant à l’objectivation quantitative de leurs « performances », selon le lexique qui s’est largement imposé dans le cadre de la stratégie de Lisbonne. Celle-ci vise à faire de l’Europe l’« économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Avec les notions de « pôle », d’ « excellence », de « compétitivité », d’ « attractivité », d’ « innovation », etc., le lexique des « indicateurs de performance » s’est très largement diffusé dans le cadre des réformes de l’enseignement supérieur et de la recherche qui, depuis le processus de Bologne initié en 1998-99, ont déjà très profondément transformé ce secteur. En reprenant les catégories analytiques du sociologue américain Robert K. Merton, cet article propose d’éclairer les logiques à l’œuvre dans le processus d’objectivation quantitative des performances des universités à la lumière des fonctions sociales « manifestes » et « latentes » de ces institutions. Devant la multiplicité de ces fonctions, on observe à quel point l’objectivation quantitative des « performances » est un processus inégal et sélectif qui tend principalement aujourd’hui à ...

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A paraître ds revue Médiation et information (11/2008) Comment mesurer les « performances » des universités ? Quelques réflexions sur la mise en place d’indicateurs à l’université  de Picardie-Jules Verne
Frédéric Lebaron *  C URAPP (U MR 6054 U PJV -C NRS ) et I UF  
Les universités sont aujourd’hui soumises à une pression multiforme visant à l’objectivation quantitative de leurs « performances », selon le lexique qui s’est largement imposé dans le cadre de la stratégie de Lisbonne. Celle-ci vise à faire de l’Europe  l’« économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Avec les notions de « pôle », d’ « excellence », de « compétitivité », d’ « attractivité », d’ « innovation », etc., le lexique des « indicateurs de performance » s’est t rès largement diffusé dans le cadre des réformes de l’enseignement supérieur et de la recherche qui, depuis le processus de Bologne initié en 1998-99, ont déjà très profondément transformé ce secteur. En reprenant les catégories analytiques du sociologue a méricain Robert K. Merton, cet article propose d’éclairer les logiques à l’œuvre dans le processus d’objectivation quantitative des performances des universités à la lumière des fonctions sociales   « manifestes » et « latentes » de ces institutions. Devant la multiplicité de ces fonctions, on observe à quel point l’objectivation quantitative des « performances » est un processus   inégal et sélectif qui tend principalement aujourd’hui à imposer la domination de critères de type « économiques », au détriment d ’autres mesures et, partant, d’autres catégories d’évaluation de l’activité universitaire. L’exemple de mise en œuvre locale de la politique des indicateurs présenté fait de plus apparaître les nombreuses limites d’un processus censé favoriser la transformation des comportements par la transparence et l’évaluation généralisées.  
                                                   *  frederic.lebaron@u-picardie.fr
 
La mise en place des « pôles de compétitivité » en 2004, le rôle croissant des conseils régionaux dans la définition d’une politique de recherche ciblée dans le cadre des « contrats de projet Etat-région », les réformes nationales visant, par de multiples moyens, à rapprocher l’enseignement supérieur et de recherche du tissu socio -économique ( LMD 1 , LPR 2 , LRU 3 …), mais aussi, plus largement, le nouveau cadre comptable des politiques publiques, qui, avec la LOLF 4  (2001), induit la généralisation d’une «  culture de l’objectif » et accentue la conversion au « new public management » ( NPM ) au sein des organisations publiques, la médiatisation accrue de palmarès et classements des universités, comme le classement de Shanghai: ces processus convergents semblent concourir à la nécessité d’une mesure stabilisée et fiable visant à légitimer l’investissement public (et, de plus en plus, privé, compte tenu du flou croissant des frontières entre public et privé, marchand et non-marchand 5 ) dans un secteur qui restait jusque là relativement rétif à la quantification systématique. (Cf. Encadré 1) Pour comprendre certaines des logiques présidant au processus en cours d’objectivation quantitative des performances des universités, il peut être utile, en prenant pour point de départ des catégories analytiques dues au sociologue américain Robert K. Merton 6 , de s’interroger sur les diverses fonctions sociales  remplies par les universités (plus largement les établissements d’enseignement supérieur), à condition d’entendre non seulement par là leurs fonctions « manifestes »,  officiellement définies (comme la transmission, la                                                    1  Licence-Master-Doctorat. 2  Loi de Programmation de la Recherche. 3  Libertés et Responsabilités des Universités. 4  Loi organique relative aux lois de finances. 5  A.Vinokur (dir.), Pouvoirs et financement en éducation. Qui paye décide ? , Paris, L’Harmattan, 2007.  6  R.K.Merton, Eléments de théorie et de méthode sociologique , Paris, Plon, 1965.
production et la valorisation de connaissances, ou encore la dynamisation de l’« économie de la connaissance », l’insertion professionnelle des étudiants, l’« égalité des chances »…), mais aussi leurs fonctions plus « latentes », comme celles qui visent à la reproduction de la structure sociale, l’intégration et la socialisation des jeunes scolarisés, la production de « bien-être » collectif, la contribution à la vie sociale, etc. On voit alors mieux, dans ce cadre, à quel point l’objectivation quantitative des « performances » est un processus très inégal et sélectif selon les fonctions considérées. Celles-ci apparaissent comme objectivement hiérarchisées, cette hiérarchie évoluant dans un sens déterminé: le processus d’objectivation en cours tend principalement aujourd’hui à imposer la domination de critères de type « économiques » aux établissements, au détriment d’autres mesures et, partant, d’autres catégories d’évaluation de l’activité universitaire.   Encadré 1 : Des politiques publiques tournées vers l’objectivation systématique des performances  Largement inspirée par la montée du « new public management » ( NPM ) dans la réforme de l’Etat 7 , et par l’impulsion de la nouvelle méthode de gouvernance européenne, notamment après le sommet européen de Lisbonne de mars 2000, l’objectivation quantitative des performances est incontestablement aujourd ’hui l’une des principales dimensions des politiques publiques en matière de recherche et d’enseignement supérieur. C’est, en particulier, dans le cadre communautaire que la mise en indicateurs  s’est imposée comme modalité essentielle de l’action publique.  La « stratégie de Lisbonne » repose ainsi sur la pratique du benchmarking , qui s’appuie sur les vertus intrinsèques de la comparaison et de la quête                                                    7   Sur l’introduction du NPM  et du management quantitatif dans le secteur éducatif, on se reportera à A.Vinokur (dir.), Pouvoirs et mesure en éducation . Numéro spécial hors-série n°1, Cahiers de la Recherche sur l’Education et les Savoirs, juin 2005 (textes téléchargeables sur le site de Foreduc : http://netx.u-paris10.fr/ foreduc.
indéfinie des « meilleures pratiques » dans le but de transformer de façon incitative l’action publique 8 . Le domaine de l’enseignement supérieur et, surtout, de la recherche est au cœur de cette stratégie, avec la volonté de construire une « économie de la connaissance » hautement compétitive, rendant possible la croissance, l’investissement, la création d’emp lois, etc. Les indicateurs associés sont de natures très diverses, mais convergent vers la nécessité d’une rentabilisation économique et plus précisément marchande de la recherche. Mesurés au niveau des différents pays, ces indicateurs peuvent au moins en théorie se décliner au niveau régional, voire à un niveau encore plus restreint. Ils constituent un cadre politique et cognitif prégnant, au sein duquel s’élaborent les stratégies nationales et, de plus en plus, régionales. Le cadre général des politiques publiques a été, parallèlement, profondément transformé, en France, par la promulgation de la LOLF  (2001), qui promeut une nouvelle culture administrative, la « culture de l’objectif », reposant sur elle aussi l’objectivation systématique des « performances » à travers le recours à des indicateurs.  Fondé sur la valorisation, directement issue du NPM , de la « transparence » et de l’ « évaluation » comme instrument de changement des comportements 9 , l’usage de ces indicateurs vise à couvrir l’ensemble des sect eurs de l’action publique, redéfinis autour de « missions » spécifiques. La mission interministérielle « Recherche et enseignement supérieur » comprend ainsi divers programmes, qui s’articulent autour de grands objectifs : en 2006, il s’agit de développer une recherche créative, et améliorer sa contribution à la croissance ; répondre aux besoins de qualification supérieure et améliorer la réussite à tous les niveaux de formation ; favoriser                                                    8 I Bruno, A vos marques, prêts… cherchez ! La stratégie européenne de Lisbonne vers un  . marché de la recherche , Bellecombe-en-Bauges, Croquant, 2008. 9  E.Arkwright, C. de Boissieu, J.-H.Lorenzi, J.Samson, « Modifier les comportements par la transparence et l’évaluation », chap. 4, in Economie politique de la LOLF , Rapport pour le Conseil d’analyse économique, Paris, Documentation française, 2007.
l’égalité des chances dans l’accès à l’enseignement supérieur ; développer la recherche industrielle et l’innovation au sein des entreprises.  L’un des effets de la LOLF est ainsi de tendre à rendre explicites les « fonctions-objectifs » de l’université, pour parler comme les microéconomistes, en objectivant les divers présupposés engagés usuellement dans la perception de l’enseignement supérieur et de la recherche.  En matière d’enseignement supérieur, la loi du 10 août 2007 (« Libertés et responsabilités des universités ») impose désormais aux établissements la publication dindicateurs: « Les établissements dispensant des formations sanctionnées par un diplôme d’études supérieures rendent publiques des statistiques comportant des indicateurs de réussite aux examens et aux diplômes, de poursuite d’études et d’insertion professionnelle des étudiants » (article 20).  
Un exemple de mise en œuvre « locale » de la politique des indicateurs, l’Université de Picardie -Jules Verne  La pression multiforme à la quantification ne s’impose pas de façon mécanique et uniforme « sur le terrain » local 10 . Elle est retraduite et négociée, sous diverses contraintes, notamment parce qu’elle modifie les équilibres entre les différents « acteurs » de la vie universitaire et de la recherche et met en cause la perception que ceux-ci ont de leur établissement. Elle survient dans un contexte politico-économique et scientifique local caractérisé par certaines spécificités disciplinaires, et par une position particulière, en termes de capitaux (politiques, économiques, scientifiques sociaux) dans l’espac e national des établissements d’enseignement supérieur et de recherche.                                                     10  Résultat banal de sociologie des politiques publiques, ce constat est peut -être ici d’autant plus important que la mise en œuvre d’une mesure nationale est  censée s’accompagner d’une application à tous les niveaux.  
L’université de Picardie -Jules Verne ( UPJV ), université provinciale pluridisciplinaire de taille moyenne, fortement soumise à la domination de la métropole parisienne et à l’attraction d’autres territoires proches, servira d’illustration, permettant d’essayer de mieux mesurer les effets des politiques publiques dans un contexte local spécifique 11 . (Cf. Encadré 2) Encadré 2 : une université pluridisciplinaire de taille moyenne  L’ UPJV a été créée après 1968 et a été surtout dirigée, depuis les années 1980, par des « scientifiques »  (médecins, biologistes, chimistes…). Elle est assez typique de ce que l’on peut appeler une université pluridisciplinaire en région, comme les universités de Reims, Poitiers, Limoges, etc. Dans la région Picardie (Aisne, Oise, Somme), elle n’a pour seule « consoeur » que l’université Technologique de Compiègne ( UTC ), dans l’Oise, qui est de beaucoup plus petite taille (quatre fois en nombre d’étudiants), et, su rtout, située sur un créneau spécifique, qui la rapproche des grandes écoles d’ingénieurs et lui donne, au passage, une position de force dans la relation avec les entreprises de haute technologie.                                                    11   L’enquête sur laquelle repose cet article s’appuie sur des observations directes au conseil scientifique de l’ UPJV , où j’ai été élu entre 2005 et 2008, et dans le cadre de la mise en place du s chéma régional de l’enseignement supérieur et de la recherche par le conseil régional, pour lequel j’ai exercé les fonctions de référent de l’axe prioritaire « Action publique, systèmes économiques, juridiques et sociaux » pendant deux ans. J’ai participé à plusieurs réunions et discussions menées sous l’égide de la direction de la recherche du Conseil régional. Des entretiens avec quelques acteurs -clés de la politique scientifique régionale, qui font l’objet du travail en cours d’étudiants en Master, ont é té conduits. Une analyse de divers documents (notamment statistiques) pertinents a été menée, notamment : le rapport de l’ AERES  sur l’ UPJV  rendu public fin 2007, les résultats d’une mission de l’ OST  sur la production scientifique (présentés courant 2007 au conseil scientifique), des enquêtes du BUIIO  sur l’insertion professionnelle des étudiants à différents niveaux, des données issues d’Apogée sur les étudiants (qui se sont traduites par le dépôt en 2007 d’un projet PIC -ETU  par le CURAPP  dans le cadre d’un  appel d’offre régional), des données issues de tentatives (passées) de mise en place d’observatoires de résultats.  
L’ UPJV  bénéficie d’un fort soutien du conseil régional, en  particulier depuis le dernier changement de majorité (2003). Mais elle est placée dans une situation de relative insécurité dans le contexte des « réformes » actuelles, du fait du faible investissement régional passé dans la recherche publique (la région Picardie se caractérise par un poids relatif important de la recherche privée) et de la concurrence d’autres établissements d’enseignement supérieur ( UTC , écoles de gestion, etc.), dans une région où le taux de scolarisation est faible et les catégories populaires surreprésentées. Elle pâtit dans certains secteurs disciplinaires de l’éloignement de nombreux enseignants-chercheurs résidant en Ile-de-France. En SHS , certains d’entre eux sont soumis à l’attraction des laboratoires de recherche parisiens. Université plutôt dirigée par des personnalités étiquetées « de gauche » (Jean-Pierre Cot, Dominique Taddéi, Maurice Roussel, et plus récemment Gilles Demailly, professeur de chimie, élu maire socialiste d’Amiens en 2008), l’ UPJV a un temps fait figure de « bonne élève » des réformes universitaires. Cela s’est traduit par le choix de la mise en place sans état d’âme de la réforme LMD , dans le cadre de la vague B . Mais la logique même des réformes a assez rapidement déstabilisé la configuration locale, en faisant apparaître des clivages marqués au sein du corps enseignant. Un mouvement étudiant, circonscrit aux SHS , s’est développé en 1998 contre le plan université 2000 et l’introduction du « 3-5-8 » ; en 2003, des protestations et grèves ont lieu contre la mise e n œuvre de la réforme LMD . En 2006, le mouvement anti-CPE  est particulièrement fort en SHS  (sur le campus), en science (« Saint-Leu ») et en droit-économie (« Pôle Universitaire Cathédrale »). En 2007, le mouvement anti-LRU  est l’un des plus importants en France, et polarise profondément le corps enseignant, notamment autour de la question des blocages de sites (le seul site qui n’est pas touché est celui de la faculté de médecine et de pharmacie). Le SNES up, longtemps le syndicat majoritaire chez les perso nnels enseignants, s’est re-structuré durant cette période, notamment à l’occasion
du mouvement anti-LMD ; ses listes remportent les élections de 2005 aux trois conseils et apparaissent alors comme porteuses d’une « alternative », plus critique sur les réfo rmes, à l’ancienne équipe de direction. En 2006, le président Georges Fauré, maître de conférences HDR  de droit privé, est élu avec le soutien du SNES up et écarte des vice-présidences la plupart des membres de l’ancienne équipe. Il présente des listes aux élections universitaires de 2008, en se séparant des listes issues du SNES up (qui s’est éloigné de lui, notamment à la suite de sa gestion du mouvement « anti-LRU »). Il remporte le scrutin dans le collège B  (39%), mais le perd dans le collège A  au profit d’une alliance regroupant des membres de l’ancienne équipe de direction. L’instabilité, la faible lisibilité de la « gouvernance » caractérisent ainsi la période, marquée en même temps par l’implantation rapide, et dans la douleur, des réformes de l’ensei gnement supérieur et de la recherche.  L’intérêt de cet exemple tient d’abord aux caractéristiques structurelles de l’établissement choisi : par sa proximité avec Paris, il attire des enseignants-chercheurs (en début de carrière de maître de conférences, o u à l’occasion du passage comme professeur) issus d’universités parisiennes, qui maintiennent parfois durablement leurs investissements professionnels dans la capitale et une certaine distance avec l’université picarde ; parallèlement, certains secteurs de l’établissement valorisent, de façon parfois extrêmement marquée, des pratiques souvent qualifiées de « localistes », particulièrement en matière de recrutement des enseignants-chercheurs. Du point de vue de son public, l’ UPJV est, une université à fort ancrage dans les catégories populaires, avec dans certains secteurs (sciences, économie), une forte proportion d’étudiants étrangers.  Parmi les universitaires, ce sont des agents aux caractéristiques particulières (ils sont par exemple, relativement plus souvent, engagés de longue date dans des fonctions « administratives ») issus des disciplines
localement dominantes (chimie, pharmacie, médecine…) qui exercent apparemment la pression la plus forte dans le sens de la mise en place d’une politique managériale, qu’ils associent souvent au soutien aux réformes néo-libérales et à un engagement plus assumé dans la logique des pôles (de compétitivité, d’excellence, etc.) 12 . Ils promeuvent une définition en apparence plus proche de la conception dominante de la « performance » universitaire, entendue notamment dans un sens « économique ». Mais, malgré cet engagement en apparence plus marqué de certains acteurs, la mise en place de la politique des indicateurs reste globalement peu développée, voire embryonnaire.
Que lle fonction globale pour les universités dans l’économie de la connaissance ? La mesure des performances des universités induit une soumission accrue à des critères d’évaluation « économiques » dans le contexte des politiques néo-libérales et de la domina tion d’une vision de plus en plus étroite de l’efficacité économique, exportée du secteur marchand 13  et qui tend à rapprocher symboliquement structures et pratiques d’une vision normative issue de celui-ci. Certes, la recherche du profit et la maximisation de la « valeur actionnariale » (encore sans signification concrète dans le contexte du « service public ») ne sont pas des objectifs affichés des établissements, même dans le contexte de leur autonomie budgétaire croissante. On sait néanmoins, avec l’exemp le récent des débats au sein de l’université de Paris 9 (Dauphine), que la question de l’équilibre budgétaire, liée à celle des ressources potentiellement accrues liées aux droits d’inscription, est un enjeu majeur des politiques d’établissement. La                                                    12 Cette politique managériale quantitative est depuis déjà quelques temps mise   en œuvre au sein des CHU , ce qui explique que les « hospitalo-universitaires » puissent apparaître, sur ce plan, comme faisant partie des disciplines coalisées plus favorables aux politiques d’inspiration managériale.  13   Sur la domination de critères d’évaluation des « performances » issus du secteur financier, voir
recher che de ressources va s’accompagner de l’objectivation de nouveaux critères de classement des établissements, engagés dans des logiques de concurrence plus marquées : progressivement, un ordre quasi-marchand se substitue symboliquement au « service public » caractérisé par la gratuité. Le budget global annuel d’un établissement pourrait ainsi rapidement devenir un indicateur sensible dans les comparaisons entre universités, notamment avec la mise en place de fondations, censées incarner l’implication du tiss us socio-économique dans le financement des établissements ; de même, la valorisation du patrimoine foncier et immobilier pourrait contribuer à une perception de plus en plus clairement « économique », sinon financière au sens le plus classique, de la gestion des « ressources » universitaires. L’attractivité socio -économique d’un établissement pourrait alors se mesurer de façon croissante à son budget et à son patrimoine. Ses stratégies seraient de plus en plus articulées autour d’objectifs de type financiers, ce qui les rapprocherait, par ruptures ou infléchissements symboliques successifs, du « modèle » de l’entreprise commerciale sur un marché concurrentiel 14 . Les autres mesures « économiques » qui s’imposent de façon beaucoup plus explicite pour l’instan t sont indirectement économiques » : l’insertion « professionnelle des étudiants fournit des informations sur la capacité d’un établissement à produire du capital humain ; le nombre de brevets déposés indique qu’il est performant sur le plan de la recherche appliquée tournée vers le secteur productif, donc qu’il participe réellement de l’économie de la connaissance ; le nombre de créations d’entreprises par des enseignants ou d’anciens étudiants peut donner une indication sur la contribution de l’établissement à l’innovation voire à la compétitivité économiques, deux catégories centrales du discours                                                    14  Sur la conception « symbolique » de la construction des marchés qui sous-tend notre analyse, cf. F. Lebaron, Les fondements symboliques de l’ordre économique , habilitation à diriger des recherches, université Paris 8, 2003.  
dominant qui soulèvent toutefois de nombreux problèmes en matière de mesure. A l’ UPJV , des enquêtes sont réalisées par le BUIIO 15  sur l’insertion professionnelle des étudiants, par exemple des licences professionnelles. Mais elles sont peu nombreuses et reposent sur des taux de réponse relativement bas. Elles sont très peu visibles et sont souvent considérées comme dangereuses dans le contexte de l’ UPJV , où elles sont perçues comme pouvant menacer la légitimité de nombreuses formations. De la même façon, le faible nombre de brevets déposés (qui représente un coût important pour l’établissement), même s’il est en augmentation, n’est évoqué qu’à l’occasion des bilans annuels ou quadriennaux effectués notamment dans le cadre du conseil scientifique.
La transmission de connaissances : réussite aux examens et diplômes, poursuite d’études  La transmission de « connaissances » (ou même de « compétences », selon un glissement de plus en plus fréquent) étant difficile à mesurer directement sans que soit mis en œuvre d’un système de tests cognitifs (par exemple sur le modèle de l’enquête PISA 16  au niveau de l’enseignement secondaire), qui n’est pas sans poser de nombreux problème s méthodologiques, l’une des modalités officielles d’évaluation de l’activité universitaire dans sa dimension pédagogique est aujourd’hui la réussite aux examens et diplômes, qui repose (à la base) sur les notes obtenues aux unités d’enseignement (ces informations étant renseignées de façon obligatoire dans le système informatique Apogée). Plus précisément, l’indicateur dominant ici est le taux d’obtention des différents diplômes (défini comme le rapport du nombre de diplômés sur le nombre d’inscrits).  
                                                   15   Bureau Universitaire d’Information, d’Insertion et d’Orientation.  16 PISA : Programme for International Student Assessment .   
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