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Gide nouvelles nourritures terrestres

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Langue Français

Extrait

André Gide
LES NOUVELLES NOURRITURES TERRESTRES
(1935)
Table des matières
LIVRE PREMIER...................................................................... 3 
I.....................................................................................................4 II .................................................................................................. 14 III................................................................................................16 IV.................................................................................................22 
LIVRE DEUXIÈME ................................................................29 
LIVRE TROISIÈME ................................................................ 41 
I...................................................................................................42 II .................................................................................................. 47 III................................................................................................50 
LIVRE QUATRIÈME ..............................................................56 
I...................................................................................................57 II..................................................................................................66 
À propos de cette édition électronique ................................... 71 
LIVRE PREMIER
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I
Toi qui viendras lorsque je nentendrai plus les bruits de la terre et que mes lèvres ne boiront plus sa roséetoi qui, plus tard, peut-être me liras ;cest pour toi que jécris ces pages car tu ne tétonnes peut-être pas assez de vivre ; tu nadmires pas comme il faudrait ce miracle étourdissant quest ta vie. Il me semble parfois que cest avec ma soif que tu vas boire, et que ce qui te penche sur cet autre être que tu caresses, cest déjà mon propre désir. (Jadmire combien le désir, dès quil se fait amoureux, simprécise. Mon amour enveloppait si diffusément et si tout à la fois, tout son corps, que, Jupiter, je me serais mué en nuée, sans même men apercevoir.) La brise vagabondeA caressé les fleurs. Je técoute de tout mon cur, Chant du premier matin du monde. Ivresse matinale, Rayons naissants, pétales Tout poissés de liqueur Cède sans trop attendre Au conseil le plus tendre Et laisse lavenir Doucement tenvahir.
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Voici que se fait si furtive La tiède caresse du jour Que lâme la plus craintive Sabandonnerait à lamour.
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Que lhomme est né pour le bonheur, Certes toute la nature lenseigne. Une éparse joie baigne la terre, et que la terre exsude à lappel du soleilcomme elle fait cette atmosphère émue où lélément déjà prend vie et, soumis encore, échappe à la rigueur première On voit des complexités ravissantes naître de lenchevêtrement des lois : saisons ; agitation des marées ; dis-traction, puis retour en ruissellement, des vapeurs ; tranquille alternance des jours ; retours périodiques des vents ; tout ce qui sanime déjà, un rythme harmonieux le balance. Tout se prépare à lorganisation de la joie et que voici bientôt qui prend vie, qui palpite inconsidérément dans la feuille, qui prend nom, se divise et devient parfum dans la fleur, saveur dans le fruit, conscience et voix dans loiseau. De sorte que le retour, linformation, puis la disparition de la vie imitent le détour de leau qui sévapore dans le rayon, puis se rassemble à nouveau dans londée. Chaque animal nest quun paquet de joie. Tout aime dêtre et tout être se réjouit. Cest de la joie que tu appelles fruit quand elle se fait succulence ; et, quand elle se fait chant, oiseau.
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Que lhomme est né pour le bonheur, certes toute la nature lenseigne. Cest leffort vers la volupté qui fait germer la plante, emplit de miel la ruche, et le cur humain de bonté. Le ramier qui exulte parmi les branches,Les rameaux qui se balancent dans le vent,Le vent qui penche les barques blanches,Sur la mer luisant à travers les branches,Les flots dont la crête blanchit,Et le rire, et lazur et la clarté de tout ceci,Ma sur, cest mon cur qui se raconte,Qui ra-conte au tien son bonheur. Je ne sais trop qui peut mavoir mis sur la terre. On ma dit que cest Dieu ; et si ce nétait pas lui, qui serait-ce ?Il est vrai que jéprouve à exister joie si vive, que parfois je doute si déjà je navais envie dêtre, alors même que je nétais pas. Mais nous réserverons pour lhiver la discussion théologi-que, car il y a de quoi se faire beaucoup de mauvais sang là-dessus. Table rase. Jai tout balayé. Cen est fait ! Je me dresse nu sur la terre vierge, devant le ciel à repeupler. Bah ! Je te, reconnais, Phoibos ! Au-dessus du gazon givré tu répands ta chevelure opulente. Viens avec larc libérateur. À travers ma paupière fermée, ton trait dor pénètre, atteint lombre ; il triomphe, et le monstreintérieur est vaincu. Ap-porte à ma chair la couleur et lardeur, à ma lèvre la soif, et léblouissement à mon cur. De toutes les échelles de soie que
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tu lances du zénith à la terre, je saisirai la plus charmante. Je ne tiens plus au sol ; je me balance à lextrémité dun rayon. Ô toi que jaime, enfant ! je te veux entraîner dans ma fuite. Dune main prompte saisis le rayon ; voici lastre ! Dé-leste-toi. Ne laisse plus le poids du plus léger passé tasservir. Ne plus attendre ! Ne plus attendre ! Ô route encombrée ! je passe outre. Cest mon tour. Le rayon ma fait signe ; mon désir mest le plus sûr des guides et je suis amoureux de tout, ce matin. Mille fils lumineux se croisent et se viennent nouer sur mon cur. De mille aperceptions fragiles, je tisse un vêtement miraculeux. Le dieu rit au travers, et je souris au dieu. Qui donc disait que le grand Pan est mort ? À travers la buée de mon haleine, je lai vu. Vers lui se tend ma lèvre. Nest-ce pas lui que jentendais murmurer, ce matin : Quattends-tu ? Jécarte, de lesprit et de la main, tous les voiles, jusquà navoir plus devant moi rien que de brillant et de nu. Printemps plein dindolence, Jimplore ta clémence. À toi plein de langueur Jabandonne mon cur. Ma pensée indéciseFlotte au gré de la brise.
*
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