129 pages
Français
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres
129 pages
Français
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

Un prêtre mariéJules Barbey d’Aurevilly1864DÉDIÉÀMARIE-ANGE SOUKHOWO-KABYLINNNÉE DE BOUGLONCe livrequi plaisait à son âme religieuse,et que j’écrivais sous ses yeux purs, fermés, hélas !avant d’en voir la fin. J. B. D’AIntroductionI.II.III.IV.V.VI.VII.VIII.IX.X.XI.XII.XIII.XIV.XV.XVI.XVII.XVIII.XIX.XX.XXI.XXII.XXIII.XXIV.XXV.XXVI.XXVII.XXVIII.XXIX.Un prêtre marié : Introduction..................................................................................................J’étais avec Elle, ce soir-là... Elle avait (comme elle l’a souvent) ce médaillon monté en broche, que je crois parfois, sans le lui dire,quelque talisman enchanté.Nous étions assis sur le petit balcon, en face de la Seine, près du pont aux quatre statues, par lequel elle me regarde, tous les jours,venir vers cinq heures et qu’elle a nommé son pont des Soupirs. Nous avions roulé à cette place aérienne deux de ces fauteuils qu’onappelle assez drôlement des ganaches, peut-être parce qu’on devient bête, à force de se trouver bien dedans. Toutes les voluptésnous émoussent. Et là, dans ces délicieuses gondoles de soie rose et blanche (c’est la plus convenable couleur pour des ganaches),nous causions, appuyés contre cette rampe en fer qui a porté et rougi tant de coudes nus dans les soirées d’été, lorsqu’elle reçoit etqu’on s’en vient, du fond du salon brûlant, boire deux gorgées d’air de rivière à ce frais balcon presque suspendu sur les ...

Informations

Publié par
Nombre de lectures 37
Langue Français
Poids de l'ouvrage 14 Mo

Extrait

Un prêtre marié
Jules Barbey d’Aurevilly
1864
DÉDIÉ
À
MARIE-ANGE SOUKHOWO-KABYLINN
NÉE DE BOUGLON
Ce livre
qui plaisait à son âme religieuse,
et que j’écrivais sous ses yeux purs, fermés, hélas !
avant d’en voir la fin.
J. B. D’A
Introduction
I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
VII.
VIII.
IX.
X.
XI.
XII.
XIII.
XIV.
XV.
XVI.
XVII.
XVIII.
XIX.
XX.
XXI.
XXII.
XXIII.
XXIV.
XXV.
XXVI.
XXVII.
XXVIII.
XXIX.
Un prêtre marié : Introduction..................................................................................................
J’étais avec Elle, ce soir-là... Elle avait (comme elle l’a souvent) ce médaillon monté en broche, que je crois parfois, sans le lui dire,
quelque talisman enchanté.
Nous étions assis sur le petit balcon, en face de la Seine, près du pont aux quatre statues, par lequel elle me regarde, tous les jours,
venir vers cinq heures et qu’elle a nommé son pont des Soupirs. Nous avions roulé à cette place aérienne deux de ces fauteuils qu’on
appelle assez drôlement des ganaches, peut-être parce qu’on devient bête, à force de se trouver bien dedans. Toutes les voluptés
nous émoussent. Et là, dans ces délicieuses gondoles de soie rose et blanche (c’est la plus convenable couleur pour des ganaches),
nous causions, appuyés contre cette rampe en fer qui a porté et rougi tant de coudes nus dans les soirées d’été, lorsqu’elle reçoit et
qu’on s’en vient, du fond du salon brûlant, boire deux gorgées d’air de rivière à ce frais balcon presque suspendu sur les eaux.
Pauvre rampe, autour de laquelle j’ai enroulé bien des rêves, morts là, tordus, dans la volupté ou dans la souffrance, et qui pour moi,
seul, y sont encore comme de beaux serpents pétrifiés ! Elle posait alors, sans le savoir, sur ces serpents invisibles un de ses bras
dans sa manche de dentelles foisonnantes, rattachées au-dessus du coude par des nœuds de ruban cerise qui retombaient à flots le
long de ce bras, non de reine, mais d’impératrice ; et l’air du soir agitait les rubans vermeils, comme des banderoles de victoires !
J’ai oublié ce que je lui disais. Mais mes yeux, qui m’ont souvent joué des tours perfides, ne s’allumaient point à mes paroles. Ils
reflétaient probablement, les misérables ! tout ce que je ne disais pas, car j’étais fasciné, mais non par elle.
« Savez-vous que c’est fort impertinent — interrompit-elle avec une langueur jalouse — de me dire tout cela depuis une heure, sans
me regarder une seule fois ?... »
Qu’elle me dictait un beau mensonge ! J’avais les yeux sur son sein rond et hardi comme l’orbe d’un bouclier d’amazone, et qui
respirait, avec la majesté d’un rythme, dans les baleines et les ruches de son corsage. Mais elle avait raison : ce n’était pas elle que
je regardais ! C’était le médaillon qui m’ensorcelait tout bas et auquel le mouvement du sein, sur lequel il était posé, semblait
communiquer la vie. On aurait dit qu’il respirait aussi, au milieu de son cercle d’or.
« Savez-vous, me dit-elle encore, que si ce n’était pas là un portrait de femme morte, et de femme morte il y a déjà longtemps, je
jetterais d’ici dans la Seine ce médaillon qui m’intercepte à vous, et que vous regardez à m’impatienter ?
— Alors, lui répondis-je en riant, mais, au fond, sérieux sous mon rire, je regarderais peut-être la Seine. Qui sait si ce médaillon n’est
pas comme la bague charmée qu’on trouva sous la langue de cette belle Allemande qu’aima si follement Charlemagne, même après
qu’elle eut cessé d’exister ? Turpin, effrayé de cet amour pour un cadavre, jeta la bague dans le lac de Constance. Est-ce pour cela
qu’il porte le nom de Constance ? Mais Charlemagne aima le lac, comme il avait aimé la jeune fille.
— Vous m’aimez donc pour mon portrait ?... répliqua-t-elle avec la colère voilée de dépit.
— Sait-on jamais pourquoi l’on aime ?... » répondis-je avec une profondeur vague et menaçante, conformément au précepte de
Figaro : il faut les inquiéter sur leurs possessions !
Mais l’inquiétude qu’elle allait avoir devait être terriblement bizarre.
Ce n’était, comme elle disait, qu’un portrait, ancien déjà, un simple médaillon, comme on en portait beaucoup alors : car il fut un
temps, si on se le rappelle, où les femmes eurent la douce fureur de mettre en bijoux leurs grands-pères, leurs tantes, leurs frères et
leurs enfants, et d’étaler en espalier, sur leur personne, tous leurs médaillons de famille, relégués depuis des siècles dans de vieux
tiroirs.
C’était une gouache un peu passée. Sur un fond gris poussière, une tête de très jeune fille, en robe d’un gris bleuâtre, largement
sillonné de céruse, à la manière des gouaches. Voilà tout... mais c’était une magie ! La tête de la jeune fille, qui sortait de tous ces
tons gris, comme une étoile sort d’une vapeur, était un de ces visages qui nous brisent le cœur de ne pouvoir sortir de leur cadre !
Elle était belle et elle avait l’air malheureux, mais c’était d’une beauté et d’un tel malheur, qu’on se disait : « C’est impossible ! ce
n’est pas la vie ! cette tête-là n’a jamais vécu ailleurs que dans ce médaillon. C’est la pensée d’un génie, cruel et charmant, mais ce
n’est qu’une pensée ! »
Et de fait, pour mieux montrer sans doute que cette jeune fille n’était qu’une chimère, sortie d’un pinceau idolâtre, l’étonnant rêveur,
qui l’avait inventée, n’avait attaché aux diaphanes épaules qui soutenaient un frêle cou de fleur qu’une robe sans date, de tous les
temps et de tous les pays — et comme si ce n’était pas assez encore, il avait accompli sur elle toute sa fantaisie, une fantaisie
étrange et presque sauvage, en lui traversant le front d’un ruban rouge très large, qu’aucune femme assurément n’aurait voulu porter,
et qui, passant tout près des yeux, donnait une expression unique à ces deux yeux immenses : le croira-t-on ? navrés et pourtant
suaves ! Je ne puis dire le charme incompréhensible de tout cela. On m’appellerait fou. Ce ne serait pas une idée neuve !
« Si un simple portrait agit sur vous ainsi, reprit-elle après un silence, qu’aurait fait donc de vous la femme de ce portrait, si vous
l’aviez jamais connue ?...
— Elle a donc existé ? m’écriai-je.
— Certainement, fit-elle nonchalamment. Elle a existé. C’est toute une histoire. Et même, ajouta-t-elle avec l’aplomb (un peu pédant,
je l’avoue) d’un vieux moraliste, une histoire qui devient chaque jour de plus en plus incompréhensible, avec nos mœurs ! »Que voulait-elle dire ? Cingler ma curiosité, sans nul doute. Elle s’était arrêtée... pour prendre le plus bel air de sphinx qu’une femme,
assise dans une ganache, ait jamais pris devant une autre ganache, emplie d’un curieux. Elle avait l’intention féroce, et elle savait
bien qu’en ce moment-là le silence était sa meilleure manière de me dévorer.
« Et la savez-vous, cette histoire ? lui dis-je presque avec flamme, car j’étais trop intéressé par ce qu’elle venait de m’apprendre pour
faire du machiavélisme avec elle. Je me souciais bien de Machiavel !
— Mais, quand je la saurais, fit-elle, croyez-vous que je vous la dirais ? Vous n’êtes pas déjà si aimable ! Il faudrait être sotte vraiment
pour s’exposer à augmenter vos distractions, en vous intéressant à une femme dont le portrait seul vous fait rêver... près de moi. Et
puis elle est un peu longue, cette histoire, et le vent devient bien frais sur la rivière. Je ne me soucie pas du tout d’attraper une
extinction de voix pour vous faire plaisir.
— Si ce n’était que cela, nous pourrions rentrer, dis-je modestement sans appuyer, car la curiosité m’avait rendu insinuant comme
l’ambre de son collier et souple comme sa mitaine.
— Mais ce n’est pas que cela — fit-elle mutinement. Ce balcon me plaît et j’y veux rester ! »
Evidemment elle était outrée. Et elle avait raison ! J’étais un impertinent avec ma rêverie, qui n’était pas pour elle ! Je lorgnai encore
du

  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • Podcasts Podcasts
  • BD BD
  • Documents Documents
Alternate Text