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Strangers in the night. Short story. de Jean-François Dècle

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Description

STRANGERS IN THE NIGHT Nouvelle  de Jean­François Dècle Un soir, au coucher du soleil, assis près de son amie, au fond du verger, loin des importuns, il rêvait profondément. L'éclat rougeoyant du soleil couchant se reflétait sur la mer. Parfois il en était ébloui, suivant les méandres de la route qui les menait à une crique discrète. Leurs cheveux s'ébouriffaient au vent et les parfums du soir, mêlés aux effluves salées de la mer, leur rafraîchissaient le visage. Elle se rapprocha de lui et commença à lui caresser la nuque et les épaules nues. Tantôt les virages la faisaient se serrer contre lui, tantôt l'éloignaient. Mais bientôt elle résista aux mouvements de la route et ses doigts se crispèrent sur son épaule. Elle y posa la tête et lui enserra la taille. Elle lui demanda d'accélérer. Il accéléra. Tandis qu'il restait les yeux fixés sur la route, il commença à sentir l'impatience de son désir à elle et le frémissement qui précédait le sien. Il mit la radio, comme pour s'en échapper. C'était un slow de Bert Kaempfert que le chanteur des années soixante déroulait comme une berceuse. Il voulut changer de radio pour une musique plus percutante. Elle lui dit de laisser. Maintenant ses lèvres lui effleurent le cou. Il sourit, concentré sur la route qui n'en finit pas de se déhancher. Son corps épouse l'inclinaison de la voiture dans les virages, et les lèvres sur son cou, sur sa nuque, en suivent les balancements.

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Publié le 19 décembre 2012
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Langue Français

Extrait

STRANGERS IN THE NIGHT Nouvelle de Jean-François Dècle
Un soir, au coucher du soleil, assis près de son amie, au fond du verger, loin des importuns, il rêvait profondément. L'éclat rougeoyant du soleil couchant se reflétait sur la mer. Parfois il en était ébloui, suivant les méandres de la route qui les menait à une crique discrète. Leurs cheveux s'ébouriffaient au vent et les parfums du soir, mêlés aux effluves salées de la mer, leur rafraîchissaient le visage. Elle se rapprocha de lui et commença à lui caresser la nuque et les épaules nues. Tantôt les virages la faisaient se serrer contre lui, tantôt l'éloignaient. Mais bientôt elle résista aux mouvements de la routeet ses doigts se crispèrent sur son épaule. Elle y posa la tête et lui enserra la taille. Elle lui demanda d'accélérer. Il accéléra. Tandis qu'il restait les yeux fixés sur la route, il commença à sentir l'impatience de son désir à elle et le frémissement qui précédait le sien. Il mit la radio, comme pour s'en échapper. C'était un slow de Bert Kaempfertque le chanteur des années soixante déroulait comme une berceuse. Il voulut changer de radio pour une musique plus percutante. Elle lui dit de laisser. Maintenant ses lèvres lui effleurent le cou. Il sourit, concentré sur la route qui n'en finit pas de se déhancher. Son corps épouse l'inclinaison de la voiture dans les virages, et les lèvres sur son cou, sur sa nuque, en suivent les balancements. Puis elle se penche et pose la tête sur ses cuisses, sous le volant, tandis que ses bras lui enserrent complètement la taille. Il rit. Il lui dit d'attendre, qu'ils sont bientôt arrivés. Maintenant son désir est là, qui rayonne tout autour de son ventre. Elle lui a tiré le short et ses lèvres se promènent là, suivant les virages de la route. Il rit encore. Il a levé la main gauche du volant pour lui caresser les cheveux. Il sent dans tout son corps l'envahissement du désir. En riant, il lui dit d'arrêter ou qu'il va s'arrêter au prochain chemin. Elle lui dit de ne pas s'arrêter, et elle non plus n'arrête pas. Il résiste, écartelé entre le roulis de la voiture et le tangage du désir. Tous ses muscles se crispent. Elle sent dans son corps à elle cette crispation, et c'est du plaisir en elle de le sentir comme enchaîné au volant. Ce n'est pas un corps qu'elle caresse de ses lèvres, qu'elle comprime dans ses bras, mais toute une force désirante qui s'enrage à se contenir. Sa gorge à lui est desséchée. Sa langue en vain cherche à humecter des lèvres qui se tordent. Il crie maintenant . Arrête Cécile, on va se viander.Et Cécile halète, lèvres humides, sous le volant. Dans sa crispation à lui, son pied appuie de plus en plus sur l'accélérateur, et leurs corps réagissent comme des prolongements mécaniques de la voiture. Accélération, virage à gauche, virage à droite. Ils frémissent comme elle vrombit. Il ne peut plus lui dire quoi que ce soit. Tout va exploser en lui. Et quand la première secousse explose de lui, tout explose : son plaisir, et la voiture qui sort de la route et qui, ressaut après ressaut, est projetée dans la pente rocheuse jusqu'à s'immobiliser, tout en bas, désarticulée, sur le sable de la crique. Elle a bien placé la chaise roulante, dans le bas du verger, face au soleil qui se couche. Elle s'en est bien sortie, protégée par sa position sous le volant. Lui, très mal. Plusieurs mois de coma, un nombre incroyable de fractures, et une paralysie complète et définitive. Fonctions vitales préservées. C'est à dire que de l'extérieur, il n'y a que les paupières qu'on peut voir bouger. On pense qu'il entend, qu'il comprend même. On n'est pas sûr qu'il reconnaisse les gens. On lui parle. Beaucoup. Plus qu'à tout autre. Avec précaution, comme à quelqu'un dont on n'est pas certain qu'il vous entende. Il arrive même qu'on parle de lui, devant lui, à la troisième personne. Mais cela n'arrivait jamais à Cécile, qui lui parlait peu, mais toujours s'adressant à lui.
Elle remarqua qu'il avait ouvert les paupières. Il était maintenant réveillé. Elle demeura un moment assise dans l'herbe. Elle mit une musique douce. Puis elle se plaça à quelques pas devant lui, cachant le soleil qui déclinait en rouge. Lentementelle défit le nœud de son paréo qui tomba dans un mouvement de caresse. Elle se laissa regarder complètement nue devant lui impassible et absent. Elle s'agenouilla à côté de lui, lui caressa la nuque et le cou, puis posa sa tête sur ses cuisseset lui enserra la taille. Elle accompagnait en chantonnant la version orchestrale deStrangers in the night, dirigée par Bert Kaempfert lui-même. Elle donnait au fauteuil un balancement doux. Elle lui tira le short et ses lèvres s 'aventurèrent en caresses sur son ventre. Il ne se passa d'abord rien, sinon en elle, un flux énorme de désir. Elle ne vit pas les larmes glisser sur les joues mortes, mais elle sentit, du bout de ses lèvres, quelque chose qui frémissait en lui. Quelque chose de la vie qui revenait. Une forte émotion la gagna elle-même, qui accrut son désir. Elle devina les picotements des flux qui, partant du ventre, tentaient de s'étendreà tout le corps de l'infirme. La vie était là, bien là, comprimée dans ce corps enchaîné par la paralysie. Elle en était sûre. Et quand elle sentit son ventre s'inonder de plaisir, elle frémit elle-même de ses crispations. Elle resta un moment ainsi, la tête sur ses genoux. Puis elle se redressa, se rhabilla, le réajusta. Elle aperçut alors l'écoulement des larmes qui brillaient des derniers éclats du soleil. Elle les lécha, lui embrassa le front, le bout du nez, les lèvres. Elle le fixa et chercha dans son regard une trace de tout ce plaisir expulsé. Elle ne put rien voir. La nuit était tombée.
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