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Phénixmag spécial nouvelles n°3

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Description

Salomé Dust : Des Gardénias pour Cléo - Sylvain Lasjuilliarias : Oculus - Joël Verbauwhede : Halloween chez Audrey - Cédric Vincent : Le Téléportheur

Informations

Publié par
Publié le 18 mars 2011
Nombre de lectures 243
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Extrait

Hors Série SPECIAL NOUVELLES
SALOME DUST SYLVAIN LASJUILLIARIAS JOEL VERBAUWHEDE CEDRIC VINCENT
  HorsPhenix Mag - Nouvelles 3 Série N° - septembre 2006
SPECIAL NOUVELLES N°3
SOMMAIRE
S a l o m é D u s t D e s G a r d é n i a s p o u r I l l u s t r é p a r A n n i c k d e C l e r c k     5
S y l v a i n L a s j u i l l i a r i a s O c u l u s I l l u s t r é p a r A l b e
r t F o o l m o o n 17
C l é o
J o ë l V e r b a u w h e d e H a l l o w e e n c h e z A u d r e y I l l u s t r é p a r A n n i c k d e C l e r c k e t S o p h i e L e t a 31
Cédric Vincent L e T é l é p o r t h e u r I l l u s t r é p a r A l b e r t F o o l m o o n
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SPECIAL NOUVELLES N°3 E D I T O Voici déjà le troisième numéro de Phénix Mag Spécial Nouvelles. Troisième numéro et quatre nouvelles présentes ici. Deux auteurs que vous connais-sez déjà car publiés dans le n°2 et deux nouveaux. Sylvain Lasjulliarias commence un cycle de nou-velles de science-fiction que vous retrouverez très ré-gulièrement dans ces pages, Salomé Dust nous offre une nouvelle fantastique, Joël Verbauwhede vous présente une histoire d’Halloween en avant-première (une suite est déjà prévue) et Cédric Vincent vous raconte les affres d’un savant et de ses expériences. Toujours aussi à l’honneur, les illustrateurs qui font un travail remarquable. Et n’oubliez pas de venir visiter notre site internet qui va bientôt subir plein de changements :
http://www.phenixweb.net
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Phénix Mag Hors Série n°3, Septembre 2006. 3, rue des champs - 4287 Racour - Belgique. http://www.phenixweb.net - bailly.phenix@skynet.be. Directeur de publication et rédacteur en chef : Marc Bailly. Ont collaboré : Marc Bailly, Annick Declerck, Véronique De Laet, Christophe de Savoie, Salomé Dust, Albert Foolmoon, Josèphe Ghenzer, Isabelle Klancar, Michèle Laframboise, Sylvain Lasjuilliarias, Sophie Leta, Virginia Schilli, Joël Verbauwhede, Cédric Vincent. Les textes et dessins restent la propriété de leurs auteurs.
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SPECIAL NOUVELLES N°3
SPECIAL NOUVELLES N°3
salome dust Fantastique
Née en septembre 1976, je vis dans un hameau retiré de l’Aveyron, en France. Très tôt, je tombe amoureuse des auteurs fantas -tiques du dix-neuvième (Stoker, Le Fanu, Wilde…) puis, pour les plus « contemporains », de Lovecraft. Je me plais à rêvasser à ces atmosphères gothiques et surannées. Je commence tout d’abord à rédiger des poèmes où apparaissent spectres et vampires que j’essaie de faire danser au rythme des rimes. Puis, poussée par l’envie de raconter des histoires, j’essaie le format nouvelle… Marier beauté et épouvante, voilà ce que je tente de faire avec mes nouvelles et mes poésies.
Parutions prochaines (2006) : - Coprophanaeus (fanzine français) : «Du côté de Vayre». - Horrifique (spécial femme de l’étrange) : «Le bois des femmes mortes». - Horrifique (fanzine canadien) : «Sous le sable». - Le calepin jaune (fanzine français des littératures du dix-neuvième) : «Bergville». - Nocturne : «Les solitudes» (été 2006) - La Mare Galeuse : «Phénix Maf n°2» (2006)
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l divaguait de tombes en tombes, absorbé par la densité du silence. Son corps déambulait sans but, son esprit errait de sombres pensées en pâles réminiscences. Introspection dans sa propre mémoire où il soulevait lourdement la pierre du sépulcre de ses souvenirs et de ses amours mortes.   Ivenait de placer une dernière fleur sur le tombeau de celle qu’il avait tant aimé, mais aurait voulu déposer un dernierl baiser sur son front diaphane qui ne renfermerait plus jamais aucun rêve. Il ne pouvait le concevoir, il n’arrivait même pas à l’imaginer. Jamais plus elle ne poserait ses petits pieds de sucre blanc sur les parquets dorés de l’opéra. Ses petits pieds qu’elle n’aimait pas, meurtris par des années d’entraînement. Jamais plus elle ne soupirerait de plaisir lorsqu’il lui ferait envoyer un odorant bouquet de gardénias jusqu’à sa loge, aussi blancs et éthérés que l’étaient les tulles vaporeux de sa robe de ballerine. Jamais plus elle ne lui dirait « Pour toujours ».  Non, « Toujours » avait failli, s’était éteint avec son souffle léger un soir d’hiver ; « Toujours » s’était brisé et « Jamais » avait vaincu. « Jamais » avait jeté la dernière poignée de terre sur le cercueil d’acajou et avait probablement ri - de son profond rire guttural - des idéaux fragiles des jeunes amants. Raphaël sentit les larmes monter et brûler ses yeux asséchés par le froid. - Cléo, murmura t-il dans un sanglot étouffé.  Les pierres moussues se couvraient lentement de neige cendreuse, fardant les stèles et les fleurs racornies d’une délicate poudre blanche.  Quelques cèdres centenaires étendaient leurs branches protectrices, peut-être dans l’espoir de soustraire aux regards du Ciel l’inévitable corruption qui rongeait les corps assoupis sous les dalles de granit. Ces hommes, ces femmes dont les yeux ne se rouvriraient plus sur une nouvelle aurore. Ces gens qui avaient ri, pleuré. Qui avaient aimé et s’étaient déchi -rés.  Voilà tout ce qu’il restait d’eux, de leurs amours, de leurs passions, de leurs désirs et de leurs tristesses… Des os mous -sus de vert de gris où s’entremêlaient terre et racines.  Une rafale plus violente déstabilisa son haut de forme qui tomba à terre dans un bruit creux puis roula jusqu’au seuil d’un imposant mausolée. Il resserra sa redingote contre son torse, s’avança puis se pencha pour ramasser son chapeau.  Il s’aperçut soudain qu’il y avait une espèce d’ouverture basse et assez large au pied du caveau. Elle était pourvue de fins barreaux métalliques, comme pour en empêcher toute intrusion. Intrigué, il releva les yeux vers le monument.  C’était un étonnant tombeau de forme octogonale. Deux grands piliers en gardaient la large entrée. Sur chacun d’entre eux, un sablier était artistiquement gravé. Le premier était bordé d’ailes de colombes et le second, d’ailes de chauves-souris. Le sommet formait un dôme de cuivre arrondi dont la base était sculptée de nombreux hiboux et chouettes qui semblaient guetter de leurs grands yeux de granit l’horizon blanc.  Il frissonna dans le soir naissant. Quelle étrange sépulture. Mais son intérêt s’était éveillé et il aurait aimé en savoir un peu plus sur les excentricités de la famille qui avait fait ériger un tel monument.  Du regard, il inspecta le cimetière afin de vérifier qu’il n’était pas observé. Nulle âme ne venait en troubler la quié -tude… Nulle âme qui ne fût déjà enterrée.  Il se pencha à nouveau et scruta l’obscurité opaque. Des relents d’humidité et de terre montèrent à ses narines. L’écho de gouttes d’eau tombant au sol se répercutait jusqu’à lui. Il n’arrivait pas à discerner la crypte, la lumière extérieure était trop blanche et les ténèbres assoupis, trop noirs.  Soudain, il lui sembla apercevoir un objet qui dégageait une douce lueur. Quelque chose qui n’aurait pas du être là, dans cette crypte. Il ferma un œil, colla son nez contre les barreaux glacés. Ses yeux s’écarquillèrent alors que sa vision s accoutumait aux ombres immobiles.  Il sentit son cœur se soulever puis accélérer ses battements.  Luisant dans la pénombre, de fines ballerines gisaient sur les dalles de grès.  Il se releva tout à coup, la gorge sèche, le souffle court, aussi abasourdi que s’il avait aperçu un spectre valser dans les ténèbres du sépulcre.  Car ces chaussons, il les avait vu mille fois, objets de la passion de Cléo pour la danse. Indissociables du souvenir de sa douce fiancée, il ne pouvait concevoir qu’ils furent déposés ici, hors de son tombeau.  Une main sur son front, se sentant défaillir, Raphaël se demanda un instant s’il ne perdait pas l’esprit. Cléo lui man -quait trop, il ne pouvait vivre sans elle et cette absence inconcevable à son coeur devait se répercuter sur ses capacités mentales. Il se pencha à nouveau, pensant avoir eu une hallucination.  Mais les ballerines gisaient toujours dans la sourde obscurité. Leurs épais rubans de soie trempaient dans une fine flaqu d’ au grisâtre. e e Comment avait-on osé profaner le tombeau de sa fiancée ? Comment avait-on extrait ce dernier objet de la couche où elle reposait pour toujours ?  Furieux, il se dirigea vers l’entrée imposante et s’appuya sur le chambranle de la porte.  Il se jeta sur celle-ci, tambourinant du pied et des poings sur l’épais linteau de bois.  Malgré toute la rage qui emplissait en cet instant son esprit, Raphaël ne put faire bouger d’un pouce la lourde entrée condamnée.
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 Accablé, il se laissa glisser au sol et se mit à sangloter. Tout d’abord doucement, puis ses larmes semblèrent ne plus jamais vouloir arrêter de jaillir de ses yeux qu’il recouvrait de ses mains gracieuses. De lourds spasmes soulevèrent sa poitrine et il pleura ainsi longtemps, à genoux sur les dalles de granit.  Il pleura sur la vie gâchée de Cléo, il pleura sur sa solitude et sur les instants de bonheur qu’ils ne vivraient pas. Le cimetière s’emplit de l’écho de ses sanglots où se mêlait parfois le souffle du vent.  Enfin épuisé, il se releva lentement. Son visage était en feu, ses membres ankylosés. Jamais il ne s’était laisser aller ainsi, même lorsqu’il avait appris la disparition de Cléo, il y avait quelques semaines de cela… Une éternité lui semblait-il. Il se sentait vidé d’avoir tant pleuré, les larmes versées semblaient s’être directement écoulées de son âme - trop lourde - à ses yeux, ne demandant qu’à jaillir pour enfin l’apaiser un instant. Pour enfin passer du désespoir, intolérable, à la tristesse.  Il se releva soudain et partit en direction du tombeau de Cléo, à la recherche d’une quelconque profanation. Mais après avoir fait plusieurs fois le tour de la simple dalle de pierre ornée d’un magnifique bouquet de gardénias, il dut se résoudre à l’idée que la tombe n’avait apparemment pas été outragée.  Raphaël se dirigea d’un pas vif vers l’entrée du cimetière, à la recherche du gardien. Il devait savoir à qui appartenait cet intrigant mausolée. Qui s’était emparé des ballerines de Cléo et dans quel but.  Il n’était pas tout à fait dix-neuf heures, il avait encore une chance de le trouver. Du coin de l’œil, il aperçut un vieil homme tenant un bouquet flétri de chrysanthèmes qui avaient du être jaunes, mais qui inclinaient misérablement leurs corolles flétries aux teintes à présent ocres. Il s’apprêtait à les jeter dans un grand bac à déchets… Restes d’ultimes adieux, résidus de souvenirs où gisaient pêle-mêle des angelots brisés, des fleurs séchées, des crucifix rouillés et des couronnes mortuaires tordues. - Monsieur, appela Raphaël. Monsieur, vous êtes bien le gardien de ce cimetière ?  Le vieil homme tourna sa face burinée vers Raphaël. Ses petits yeux se perdaient sous les plis boursouflés des cernes. Sur son crâne rond, ses fins cheveux blancs clairsemés s’agitaient frénétiquement dans le vent. Raphaël songea soudain que cet homme ressemblait à un pissenlit en fin de floraison et s’imaginait la chevelure se déracinant par mèches de la tête sphérique pour aller tourbillonner dans l’air furibond. - Oui, c’est moi. Que puis-je pour vous, jeune homme ?  Sa voix était rauque mais douce. - Excusez-moi de vous déranger, mais j’ai besoin d’un renseignement. J’aurai voulu savoir à qui appartient ce caveau là-bas, fit-il en lui désignant le mausolée.  Le vieil homme suivit des yeux la direction que Raphaël lui indiquait. Il se retourna pour jeter le bouquet qu’il avait à la main et sortit une cigarette de la poche de sa chemise. - Et bien, vous n’avez qu’à regarder l’inscription qui est gravée sur la pierre…  Raphaël se sentit stupide, il n’y avait même pas pensé. - Oh… Oui. Bien sûr, je suis désolé, bégaya t-il en faisant volte face afin de revenir sur ses pas. - Mais je crains que vous ne trouviez pas de réponse à votre question, continua le gardien, une lueur amusée dans les yeux.  Raphaël se retourna vers l’homme-pissenlit, surpris. - Comment ça ? - Ben, il n’y a aucune inscription sur ce caveau, ni nom, ni date. Voilà plus de quarante ans que je travaille ici et je n’ai ja -mais su qui était la famille qui y était enterrée… À vrai dire, je n’ai même jamais vu qui que ce soit y déposer des fleurs. - Mince, c’est dommage. J’aurai besoin de ce renseignement, c’est très important pour moi. C’est dommage et c’est …  étrange. - Oui, étrange, poursuivit le gardien en opinant du chef, les yeux tournés vers le mausolée. Il tourna tout à coup son visage vers Raphaël qui sentait que cet homme en savait plus long qu’il n’en disait. Le gardien sembla hésiter un instant, puis reprit :  - Vous savez, gardien de cimetière, c’est un drôle de métier. Il s’en passe parfois des choses bizarres dans ces en -droits… - Vraiment ?  - Oui, des vertes et des pas mûres…   - Mais vous… Vous n’avez jamais entendu dire, par exemple, que l’on ai subtilisé des objets d’une tombe afin de les y déposer dans une autre ? - Houlà. Et si encore il n’y avait que ça. Le gardien enfonça son regard pénétrant dans celui de Raphaël… Jeune homme, quel que soit votre problème, je vous suggère de laisser les morts régler les leurs entre eux.  N’y tenant plus, Raphaël exulta : - Mais, les ballerines avec lesquelles ma fiancée a été enterrée gisent à présent dans ce mausolée, là-bas. Je sais que ce sont les siennes, j’en suis persuadé ! Je suis certain que quelqu’un a profané sa tombe mais je ne sais de quelle manière ! Je vous en prie, se radoucit-il, il faut que vous m’aidiez. Le vieux gardien cligna des yeux puis aspira une longue bouffée de tabac :
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- Tout d’abord, je tiens à vous dire qu’aucune tombe n’a été profanée ici. Je les surveille de bien assez près pour être sûr de ce fait. Que les ballerines de votre défunte fiancée ne se trouvent pas à la place qu’elles devraient garder pour toujours, cela ne m’étonne pas outre mesure… Les morts eux-mêmes ne restent pas toujours en place… Après, en ce qui concerne ce mausolée là-bas, il est un vrai mystère pour moi et il le fut aussi pour l’homme à qui j’ai succédé dans la tâche de gar -dien. Lui non plus n’avait jamais vu qui que ce soit s’y recueillir, lui non plus ne savait pas à qui il appartenait, mais une chose est certaine, il s’en est passé de drôles à ses abords. - Dites-moi, il faut que je sache, le supplia Raphaël. - Et bien… Parfois, tard dans la nuit, des lueurs étranges s’agitent à l’intérieur. Au début, j’ai pensé à des feux follets… Mais c’est différent, elles sont verdâtres et immobiles… Et puis, un soir, mon ancien collègue me raconta quelque chose… Quelque chose de terrible… Depuis, je peux vous assurer qu’à la nuit tombée, je ne traîne pas dans le coin. Le visage du gardien semblait s’être parcheminée de rides à ce souvenir, puis, se ferma. - Vous voulez bien me dire… S’il vous plaît…  - Bien. Comme vous voulez. Mais je vous en supplie, ne cherchez pas à en savoir davantage… Laissez dormir les morts… Ce ne sont que des ballerines après tout. - Très bien, je vous écoute. - Venez, nous serons mieux chez moi, j’ai terminé ma journée, j’ai hâte de rentrer au chaud. Et je ne veux pas que des oreilles indiscrètes entendent ce que je m’apprête à vous raconter. Raphaël fit des yeux le tour du cimetière. Il n’y avait personne. Il suivit le vieil homme jusqu’à sa petite maison qui jouxtait l’entrée du cimetière.  C’était une maison chiche en meubles, mais agréable avec son plancher de chêne aux lames épaisses et sa petite che -minée de pierre noircie de fumée. Le gardien invita Raphaël à s’asseoir dans un large fauteuil au velours pourpre élimé, se pencha vers l’âtre afin d’en ranimer les braises ténues. Une fois que les flammes commencèrent à lécher les bûches, il installa une chaise à ses côtés, puis continua son récit. - Bien… Par où commencer ? Je ne suis plus tout jeune et les souvenirs se font de plus en plus vagues à mon âge. Oui, j’en étais à Simon, l’ancien gardien.  Raphaël se cala dans son fauteuil, avide d’en apprendre un peu plus. Bien qu’il ait promis au vieil homme de ne pas tenter quoi que ce soit, il savait au fond de lui qu’il ne pourrait tenir parole. Tant que les ballerines n’auraient pas rejoint le tombeau de Cléo, il n’aurait plus jamais l’esprit en paix. Ses yeux semblaient brûler de la même ardeur que la vive flamme du foyer qui les réchauffait en cet instant. Le gardien dût s’en rendre compte, car il hésita un instant, puis continua : - Vous l’aimiez vraiment beaucoup, n’est-ce pas ? - Plus que ma vie. Et comment ne pas l’aimer davantage que la vie misérable et sans teinte qui était la mienne avant que je ne la rencontre ? Elle était ma lumière. Son amour était la seule chose qui donnait une raison à mes réveils, un sens à mes pas. A présent, je ne sais plus pourquoi je m’éveille encore, je ne fais qu’errer dans la vie, telle une ombre qui aurait perdu le corps qui justifiait sa présence…  Ces derniers mots furent soufflés plus que dits. Le vieil homme, compréhensif, laissa s’écouler quelques secondes, puis reprit : - Pourtant, vous êtes là, vous n’êtes pas une ombre. Il vous faudra apprendre à survivre, puis un jour, vous réappren -drez à vivre. Nous perdons tous des êtres chers et lorsqu’ils s’en vont, ils emportent tous une part de nous-mêmes dans la tombe. Mais nous, nous sommes toujours là, jusqu’à ce que le moment soit venu pour nous d’en faire de même. Ne vivez pas avec les morts, la vie est courte, vous partirez bien assez tôt.  Après ces quelques mots réconfortants, le gardien poursuivit : - Simon travaillait donc ici depuis presque vingt-six ans lorsqu’il me prit comme apprenti.  C’était un homme extrêmement dur, mais très humain. Assez introverti toutefois… Oui, avare en paroles. Pourtant, un matin, alors que je vidais le bac à ordures, je le vis s’avancer vers moi, le visage livide, les yeux hagards. Jamais je ne lui avais trouvé une si mauvaise mine.  Lorsqu’il arriva à ma hauteur, il me demanda si je n’avais rien vu d’anormal en cette matinée. - Anormal ? dis-je en haussant les épaules. Je pensais tout de suite à quelques voleurs de statuettes ou à quelques pro -fanateurs qui se seraient introduits dans le cimetière à la nuit tombée. Cela nous était déjà arrivé de retrouver quelques tombes salies d’inscriptions haineuses ou dont on avait brisé les effigies. - Non, me répondit-il, je veux dire étrange, quelque chose de pas… normal quoi. Là, je saisis ce qu’il entendait par là. Cela ne faisait pas longtemps que j’étais embauché ici, mais j’avais déjà eu quelques drôles d’expériences qui m’avaient confrontées à l’ « anormal », comme le disait Simon. Je me souvenais notamment d’un soir où, alors que je faisais le tour du cimetière, vérifiant que tout allait bien, j’entendis un son étrange, profond. Comme un râle d’angoisse. Puis, cet inquiétant bruit fut remplacé par des grattements, au début frénétiques, mais qui s’espacèrent puis s’éteignirent rapidement. Saisi d’effroi, je me rendis compte que ces bruits provenaient du sol, d’en dessous. Vous savez, bien que ce soit fort rare, il est arrivé que nous enterrions des gens encore vivants et que les pauvres bougres, à leur réveil, constatent qu’on avait précipité les choses. Imaginez l’horreur de cette situation : enterré six pieds sous terre dans
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un endroit sombre et exigu, avec votre seul souffle pour compagnie. Une abomination.  Je me dirigeais donc vers ce qui m’avait semblé en être la source, mais il s’agissait d’une très ancienne tombe dont les inscriptions en étaient presque effacées. Il ne pouvait s’agir de quelqu’un qui avait été enterré récemment. Rien qu’à re -penser à cette histoire, j’ n frissonne  e encore.  Le vieux gardien se perdit un instant dans la contemplation des flammes qui dansaient sur son visage, lui donnant l’air d’un lutin malfaisant. - Oui, où en étais-je… - Simon qui vous demandait s’il y avait eu quelque chose qui sortait de l’ordinaire. - Ah oui, merci. Donc non, ce matin là, je n’avais rien constaté d’étrange. Simon me regarda d’une curieuse façon. Je sentis mon cœur accélérer sa cadence, son regard en disait si long. - Martin, je veux que tu fasses très attention, à la nuit tombée, je ne veux plus que tu traînes par ici. Dès que tu as fini ton boulot, dès dix-neuf heures, rentre chez toi. Il y a des choses dans ce cimetière qui ne devraient pas exister… Hier, j’ai vu… J’ai vu…  Ses yeux larmoyaient sous l’émotion. Je n’osais dire un mot, suspendu à ses lèvres. Simon poursuivit en chuchotant. - Quand tu es parti, hier soir, je suis rentré directement chez moi – il habitait à l’époque la maisonnette où nous nous trouvons aujourd’hui – j’ai allumé une lampe à gaz et j’ai pris ma pipe, m’apprêtant à la fumer tranquillement. Je jetais de temps en temps un œil distrait sur la fenêtre qui donne sur le cimetière, la nuit était opaque, mais je distinguais encore le contour des tombes et des cyprès. Lorsque tout à coup, je vis ces drôles de lumières vertes dont je t’ai déjà parlé, du côté du mausolée anonyme. Je ne m’inquiétais pas plus que ça, j’étais juste un peu intrigué. Mais soudain, un horrible cri étouffé me retourna le cœur. On aurait dit celui d’un gros animal ou d’un homme qui aurait été bâillonné. C’était un cri de désespoir, de pur désespoir. J’en eus l’âme retournée. Puis, les choses se sont précipitées. J’ai d’abord vu la porte de ce satané caveau s’ouvrir en grand, éclairé de l’intérieur par cette horrible lumière verte. Un homme, il me sembla, esquissa son ombre trapue sur le seuil, il s’affaissa lourdement puis se mit à ramper… Il rampait comme un ver sur les dalles de granit et des grognements inhumains montaient de sa gorge. Je restais figé par la terreur, cette chose nétait pas humaine, j’en suis certain… On aurait dit un cadavre qui aurait recouvré un semblant de vie. Et cette chose souffrait, j’en suis sûr aussi. Cette chose souffrait mais je ne pouvais lui venir en aide, j’étais trop effrayé, trop abasourdi. Soudain, je me jetais sur ma lampe et l’éteignis, de peur que cette chose rampante ne se traîne jusqu’à moi. Puis, une seconde ombre apparut sur le seuil, beaucoup plus massive, beaucoup plus assurée. Elle se jeta sur la misérable créature rampante qui se mit à gémir d’une façon pitoyable et la traîna jusqu’au mausolée, l’obligeant à s’y engouffrer de force. Il y’eut comme un bruit de bataille, très brève, j’avais de plus en plus de mal à distinguer la scène qui se jouait sous mes yeux. La porte se referma enfin et le silence revînt dans le cimetière.  Simon finit ainsi son récit, mais plus jamais il n’en reparla. Très vite, il devînt taciturne, rechignant à la tâche. Il ne voulu plus s’approcher du mausolée anonyme et décida de trouver un nouvel emploi, ce qu’il fit rapidement. Je ne l’ai plus jamais revu et depuis, je le succède dans cette étrange tâche.
 Sans même avoir pris le temps de se dévêtir, Raphaël s’affala sur son lit. Toutes ses pensées tourbillonnaient dans sa tête enfiévrée par cette étrange journée. Dans son esprit tanguaient le vieux gardien, le mausolée anonyme et les chaussons de Cléo et se mêlaient à ces images des ombres voûtées aux allures inquiétantes, des pierres tombales fracturées et des fleurs séchées.  Il sombra enfin dans le sommeil, à bout de force, à bout de nerfs.  Lorsqu’il s’éveilla, la lune était encore haute dans le ciel. Il cligna des yeux, se demandant un instant où il pouvait être, puis, réussit à remettre ses idées en place. Il se sentait comme un homme qui se serait un peu trop grisé d’alcool la veille.  Il vivait dans un petit deux-pièces sans charme qui donnait sur une grande avenue. Son logement était mal isolé et manquait de clarté. Des livres traitant de médecine, d’anatomie et de chimie étaient dispersés un peu partout dans la piè -ce. Cela faisait des semaines qu’il n’en avait pas ouvert un seul. Cela faisait des semaines qu’il ne s’était pas même présenté en cours, néanmoins personne ne s’était inquiété de la disparition soudaine de ce jeune étudiant effacé et solitaire.  Il se leva lentement, un tremblement léger agitait ses membres. Toutefois, ses yeux sombres trahissaient sa détermina -tion. Le jeune homme s’emmitoufla dans une lourde et chaude redingote puis sortit.
Le cimetière était d’un calme pesant, oppressant. La lune dispensait assez de lumière pour permettre à Raphaël de dis -tinguer les stèles et les croix. Il s’était engouffré dans le renfoncement d’un petit mausolée qu’il avait jugé bien placé, entre l’entrée du cimetière et le mausolée anonyme. De là où il se trouvait, il distinguait aisément la petite masure du gardien d’où luisait, à une des fenêtres, la lueur chiche d’une lampe à huile. Ses pieds étaient glacés, ses membres engourdis par le froid. Une chouette brisait parfois le silence accablant de son hululement lointain. Il attendit des heures et des heures dans l’air glacé, guettant le tombeau anonyme, cillant à peine, résolu.
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 Pourtant, alors que l’aube naissait doucement, encore frileuse, il n’avait encore aperçu quoi que ce soit ni constaté quelque évènement sortant de l’ordinaire.  Il rentra chez lui, rompu de fatigue et s’endormit jusqu’au soir où il repartit en direction du cimetière, se préparant à une nouvelle veillée.  Les jours et les nuits se succédèrent ainsi durant des semaines. Raphaël ne dormait quasiment plus, se nourrissait à peine. Seule l’idée de sortir les ballerines de Cléo de cet odieux caveau rongeait son esprit, l’obsédait. Il sentait, sans rien pouvoir y faire, que son esprit basculait lentement dans une folie diffuse et sournoise qui grignotait lentement sa raison. Seule cette volonté de rendre ses derniers objets à la morte l’animait, le maintenait en vie.  Néanmoins, une nuit, alors qu’il sentait cette détermination qui lui avait parue inébranlable, défaillir, il discerna de petits bruits qui progressaient sur l’allée caillouteuse. Se camouflant du mieux qu’il le put, il tendit l’oreille, le cœur pal -pitant de peur et d’espoir.  Non loin de lui, un vieil homme avançait péniblement vers l’entrée du mausolée. Ses pieds traînaient sur le sol irrégu -lier, il s’aidait d’une fine canne et portait un costume aussi sombre que la nuit.  Puis, arrivé au seuil, le vieil homme tourna soudain sa face ravagée vers Raphaël, puis extirpa quelque chose d’une de ses poches, probablement une clé et s’engouffra dans le caveau.  Raphaël, terrifié, n’osait esquisser un mouvement. Cet homme pouvait-il l’avoir remarqué. Impossible, il faisait trop noir, il était trop bien dissimulé. Et ce visage… On aurait dit celui d’un lépreux, quelle horrible apparition. Le jeune homme mit une main sur sa poitrine qui se soulevait trop vite, un léger étourdissement le fit tanguer un instant. Il respira longuement, tentant de reprendre ses esprits. L’homme était entré dans le caveau, il allait pouvoir en savoir un peu plus sur le vol des ballerines et ce, fût-ce au péril de sa vie.  Il prit le chemin du majestueux mausolée, décidé, puis frappa du poing contre la lourde porte.  C’était une chose extrêmement incongrue de frapper ainsi à la porte d’une tombe comme s’il s’apprêtait à rendre une simple visite de courtoisie.  Il entendit, le cœur battant, de petits pas se répercuter sur les parois de marbre, puis le vieil homme ouvrit.  Raphaël eut un mouvement de recul, abasourdi par le faciès dévasté de cet homme. Sa peau était si tendue sur son petit crâne qu’elle se craquelait par endroits, laissant apparaître une chair à vif, rouge et desséchée. Ses petits yeux ternes et pâles, voilés par la cataracte, ne semblaient rien voir. Sa petite voix, désagréable, rompit le silence : - Entrez, dit-il sèchement. - Je viens pour… commença Raphaël, soudain peu sûr de lui. - Oui, je sais, le coupa t-il avec rudesse. Ses fins doigts noueux ne cessaient de s’agiter au bout de ses mains qu’il n’arrê -tait pas de lever et d’abaisser en un geste étrange. Il poursuivit : entrez, nous allons régler cette affaire ensemble.  Raphaël, profondément troublé, suivit le vieil homme dans la tombe. La lourde porte claqua dans un bruit sourd der -rière lui, le faisant sursauter.  A l’intérieur, une immense bibliothèque occupait tous les pans de mur. Elle était garnie de reliures anciennes et déga -geait une entêtante odeur de moisissure.  Raphaël hésita, puis demanda soudain, tentant de donner un semblant d’assurance à sa voix qui chevrotait : - Vous avez quelque chose ici qui ne devrait pas être en votre possession. - Oui, j’avais bien compris la raison de votre venue, répondit le vieil homme, un ironique sourire au coin de ses lèvres craquelées. Suivez-moi.  Tandis que l’étrange homme progressait dans le mausolée, les doigts s’agitant sans cesse en un tic étrange et sans un regard pour Raphaël, celui-ci fût saisi d’une impression d’irréalité, il se demanda s’il n’était pas en fait en train de rêver ou pire, s’il n’était pas déjà mort sans s’en apercevoir et s’imagina que cet homme n’était qu’une âme errante chargée de mener les défunts vers l’autre monde.  Le petit homme arriva à une lourde porte, l’ouvrit sans hésitation, puis s’engouffra dans un sombre et étroit escalier qui descendait en colimaçon. - En enfer, soupira Raphaël, il me mène en Enfer… - Mais non, jeune homme, je ne vous mène pas en Enfer. Vous vouliez les ballerines, je vais vous les rendre, venez.  Le jeune homme serra les poings, retenant la colère et l’aversion qui montaient en lui en une onde de feu qu’il sentait destructrice.  Ils descendirent ensemble en silence et arrivèrent à la crypte qu il avait aperçue quelques jours plus tôt par la mince ouverture.  Dans un coin, un simple lit et une lampe à huile composaient le mobilier de cet insolite domicile. A même le sol, des alambics et des athanors, dans lesquels d’étranges liquides palpitants s’éparpillaient de ci de là, achevant d’en agencer le décor.  Mais surtout, les ballerines de Cléo étaient là, fragiles bouts de tissus imbibés d’eau. Raphaël, ému, se dirigea sponta -nément vers elles, s’apprêtant à les récupérer. - Tout ça pour ça, sexclama le vieil homme… Des chaussures !
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SPECIAL NOUVELLES N°3
Raphaël, furieux et n’y tenant plus, se retourna vers le cynique : - Mais qui êtes vous ? Et comment avez-vous osé les voler ? Je reprends ce qui lui a appartenu et monte tout de suite prévenir les autorités. Vous êtes un malade, un fou !  Il sentait à nouveau le flot de la colère l’envahir, l’enhardir. Malgré l’aspect repoussant de cet homme, il n’avait plus peur. Il se sentait prêt à affronter des hordes de démons pour le repos de l’âme de sa belle. - Ce que je suis, ricana l’énigmatique homme… Ce que je suis ? Allez mon petit, prenez vos chaussures et disparais -sez… Mais sachez une chose, vous auriez pu retrouver bien plus qu’une paire de chausses mitées. Bien, bien plus.  Raphaël s’empara des ballerines et les posa contre son cœur tels des oisillons transis de froid. Puis il releva son fin visage vers le vieil inconnu :  - Vous n’avez pas honte, profaner une tombe et vous approprier les objets qui ont tant comptés dans la vie de nos morts ?  Non, je n’ai pas honte, ricana le vieil homme. Je suis même plutôt fier, voyez-vous, car plus que ces objets, qui ne sont, -dans le fond, rien d’autre que des objets, je peux réanimer les souvenirs que l’on croyait à jamais disparus et faire naître de la matière inerte une nouvelle étincelle de vie.  Raphaël, tout à coup intrigué, demanda : - Que voulez-vous dire par là ? - Ce que je veux dire, c’est que vous auriez pu la retrouver, elle, votre fiancée, votre Cléo…  Mais vous navez aucune ambition. Si ces ballerines vous contentent, retournez les mettre dans la tombe où elles pour -riront et se désagrégeront, comme le fait en ce moment le corps votre chère amie… Nous aurions pu l’éviter, tous les deux. Nous aurions pu léviter.  Raphaël, à la fois terrifié et abasourdi par la hargne et les propos de l’homme, resserra ses bras autour de ses épaules, reculant jusqu’à l’une des parois. - Vous êtes fou ? Vous êtes complètement fou. Je ne comprends rien à ce que vous racontez. Éviter qui ? Éviter qu’elle ne meure ? Éviter qu’elle disparaisse à tout jamais de ma vie ? - Non, pas éviter qu’elle ne meure… Pour l’instant, personne n’a réussit à échapper à la mort… La retarder, oui, oui… Certains esprits brillants l’ont pu, marmonna t-il, une lueur étrange dans les yeux, mais hélas, nous devons tous mourir. Affreux constat, n’est-ce pas ? Nous devons tous mourir. En revanche, il se peut que l’on puisse la faire revenir d’entre les morts… Que l’on évite la corruption et là, peut-être pourra t-elle revivre à jamais, loin du regard implacable de la fau -cheuse.  Raphaël, tremblant, observait le vieil homme d’un air terrifié, mais une lueur malsaine d’espoir dansait à présent dans ses yeux. Il observa à nouveau les alambics, les livres dispersés : - Vous êtes… Vous êtes…  - Nécromancien, oui. Nécromancien et alchimiste, ajouta t-il non sans morgue. Je suis capable de faire revivre les morts, je suis capable de vivre des siècles. Je vis d’ailleurs déjà depuis fort longtemps, jeune homme. Il s’approcha de Ra -phaël, et poursuivit, tout à coup sur le ton de la confidence : - Mais hélas, mon temps va bientôt venir. J’ai réussi à retarder le processus de vieillissement comme aucun homme n’a réussit à le faire jusqu’ici, j’ai réussi à leurrer la mort. Mais voyez mon visage, voyez mon corps, fit-il en lui tendant ses bras chétifs et maladifs. Je me désagrège, je m’affaisse, ma chair se corrompt et tout cela s’est passé si vite, j’ai tellement peur de mourir. Je ’ i lus beaucoup de temps, et, et… na p  Raphaël n’écoutait qu’à peine le vieil homme, ne songeant qu’à une chose. Cet homme se disait nécromancien, cet homme pouvait faire revenir les morts à la vie. Sa logique n’osait y croire, tentant de le raisonner, pourtant son cœur s’em -ballait, son âme s’illuminait d’une nouvelle flamme. Revivre les morts…Se pouvait-il que cet homme puisse réanimer sa Cléo. Il aurait tout donné pour la sentir une dernière fois contre lui. Il regarda les ballerines humides et les trouva soudain bien dérisoires. Ces ballerines n’avaient aucune valeur sans la femme qui les avait fait danser, les avait en quelque sorte, animées.  Le nécromancien, s’apercevant du changement qui s’était opéré sur les traits du visage du jeune homme poursuivit, satisfait : - Oui, nous pouvons changer cette fatalité si vous le désirez. C’est à vous de voir, je vous donne ce soir une chance de retrouver votre amour perdu. Laisserez-vous passer cette aubaine ou jugez-vous votre amour assez fort pour tout sur -monter, même la mort ?  Raphaël, écartelé entre le blasphème et le besoin de revoir Cléo, ne réussit à articuler un mot. - Bien, continua le nécromancien. Je vous laisse réfléchir à tout ceci. Revenez demain, à la même heure, le temps nous est compté à présent. Mais n’oubliez pas, pas un mot de tout ceci, à qui que ce soit et surtout, ce sera votre ultime chance de la voir à nouveau en vie, votre ultime chance. Revenez demain à la nuit tombée et amenez avec-vous ces ballerines qui vous tiennent tant à cœur.
 Lorsque Raphaël rentra chez lui, ce matin là, il ne réussit pas à trouver le sommeil. Il était hanté par la proposition
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