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Phénixmag spécial nouvelles n°1

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Description

Ellea Ticémon : Le Samhain des Dryades - Loïc Duret : La Lettre
Anthelme Hauchecorne : Primal - Meddy Ligner : Comme un caméléon -
Alain Fillion : La Peur Blanche - Annette Luciani : Jeux Interdits

Informations

Publié par
Publié le 17 mars 2011
Nombre de lectures 251
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Extrait

Hors Série SPECIAL NOUVELLES
LOIC DURET ALAIN FILLION ANTHELME HAUCHECORNE MEDDY LIGNER ANNETTE LUCIANI EILLEA TICEMON
Phenix Mag - Nouvelles Hors Série N° 1 - mai 2006
SOMMAIRE
E l l e a T i c é m o n L e S a m h a i n d e s D r y a d e s I l l u s t r é p a r C h a r l i n e    5
L o ï c D u r e t L a L e t t r e I l l u s t r é p a r S o p h i e L e t a 12
A n t h e l m e H a u c h e c o r n e P r i m a l I l l u s t r é p a r A n n i c k d e C l e r c q 19
CMoedmdmyeLi gunne rc a m é l é o n I l l u s t r é p a r I s a b e l l e K l a n c a r 25
 
A l a i n F i l l i o n L a P e u r B l a n c h e I l l u s t r é p a r M i c h è l e L a f r a m b o i s e 3 2
A n n e t t e L u c i a n i J e u x I n t e r d i t s I l l u s t r é p a r S o p h i e L e t a 3 8
 
I l l u s t r a t i o n d e c o u v e r t u r e : A n n i c k d e C l e r c q
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Fidèle à sa ré-putation, Phénix pu-blie des nouvelles. Depuis ses débuts en 1985, Phénix a publié des centaines de nouvelles. Des nouvelles de science-fiction, de fantastique, de fantasy. Francophones ou en traductions, des auteurs débutants ou confirmés. Des centaines de plumes sont passées entres ses serres. Dans ce premier Hors Série Nouvelles, vous avez un éventail de ce qui sera présenté dans les prochains numéros. N’hésitez pas à nous faire part de vos commentai-res, de vos avis, de vos suggestions. Le prochain numéro est déjà en préparation et les illustrateurs y seront également de qualité, comme dans celui-ci. Dans quelques temps, tous les textes et illustrations présents dans les Phénix Mag seront publiés sur la Yozone.
Phenix Mag Hors Série n°1, mai 2006. 3, rue des champs - 4287 http://www.phenixweb.net - bailly.phenix@skynet.be. Directeurs de publication et rédacteur en chef : Marc Bailly Ont collaborés : Marc Bailly, Charline Benard, Annick Declerck, Véronique De Laet, Loïc Duret, Alain Fillion, Anthel-me Hautecorne, Isabelle Klancar, Michèle Laframboise, Sophie Leta, Meddy Ligner, Annette Luciani, Ketty Steward, Ellea Ticémon Les textes et dessins restent la propriété de leurs auteurs.
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EillEa Ticemon Fantasy
Eilléa Ticemon réunit sous ce pseudonyme un couple atypique (et fier de l’être!) composé d’une fan d’écriture de 26 ans, diplômée en psychologie et en lettres, et d’un fan de jeux de rôles de 30 ans, diplômé en informatique. L’un imagine depuis son plus jeune âge, l’autre rêve d’écrire. Ils ont donc tenté d’unir leurs passions respecti -ves, afin de voir à quoi ce mélange détonnant aboutirait... Seul l’avenir le leur dira. D’ici là, ils continueront à tenter d’atteindre leur rêve, tout en travaillant pour vivre, et en puisant leur bonheur dans leurs deux lutins coquins...
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Orathen, vêtu de son capuchon marron défraîchi par les ans, saisit une noix dans l’écuelle ébréchée jonchant la sombre table en bois. D’une voix solennelle, il prononce des paroles mystérieuses venues du fond des âges. La com -munauté irlandaise silencieuse contemple le druide du village accomplir ce rituel annuel. Nul habitant ne manque, du nourrisson gazouillant au vieillard voûté. Au centre de la majestueuse clairière trône le chêne millénaire, planté là, vaillant conquérant du temps et des éléments. Trois jours déjà de festivités joyeuses et gargantuesques. Samhain demeure l’une des coutumes ancestrales encore respectée de la religion celte. Au fil des ans, Orathen observe avec tristesse cette dernière s’effriter. Mais la fête réunit toujours le village, ravi de célébrer la fin de l’été et le début de l’hiver en ce 31 octobre. Les festivités s’étalent les trois jours précédant et suivant Samhain. Sept jours et sept nuits durant, l’esprit communautaire réapparaît, les tensions s’apaisent, l’harmonie re -vient entre les Hommes. Au même moment, au même lieu, dans la dimension féerique, la liesse est aussi de mise. Tous les êtres de la Seely Court, enjoués, se sont réunis. Avant de laisser la place pour l’hiver à l’Unseely Court jusqu’à Beltaine, le 1° mai, ils célèbrent l’achèvement de leur saison. Les tournois ludiques, aux so -norités étouffées par le brouhaha ambiant, abondent en tous lieux. Comme chaque année, les tuatha de Dannan vantent leur glorieuse prouesse passée de ce Samhain où ils éradiquèrent les sombres fomoriens. Les sylphes portent sur la brise les murmures de Dame Nature. Les jeunes dryades jouent à cache-cache dans les feuillages. Les lutins du pe -tit peuple jouent des tours. Les on -dines créent dans le décor des arches d’eau plus somptueuses les unes que les autres. Chacun vaque aux joies variées de voir réunis les membres de la Seely Court. Les sept sœurs Dalwen n’ont pas été à la hauteur des espérances pla -cées en leurs pouvoirs. Bien que for -mant la septième génération de la septième sorcière de la dynastie Dalwen des dryades, leurs pouvoirs prometteurs semblent pour partie bridés par leur jeunesse et leur manque d’expérience. Aucun doute possible sur leur développement à venir. Les prochains Samhain seront leur heure de gloire. D’ici là, les sept sœurs n’ont plus qu’à regarder l’habileté de la caste des sorcières des autres races, et en tirer leçon. Les hobgobelins présentent déjà une avance non négligeable. Ils remporteront sans nul doute la victoire. La huitième sœur, la plus jeune, comme à son habitude, se fait discrète. Timide, elle s’assied sur un rocher, envieuse des pouvoirs des êtres faëriques alentours. Son regard ne sait plus où se poser tant l’explosion de magie se montre riche en cet équinoxe féerique annuel. Frelyane sait qu’elle n’a pas été voulue. Elle ne devrait pas exister. Elle n’est qu’une erreur. Il ne devait y avoir que sept sœurs sorcières. Mais elle est arrivée, à la surprise de sa famille hébétée. Frelyane ne s’est pas inscrite au tournoi. Elle pourrait représenter la synthèse ultime, se voir dotée des pouvoirs réunis de ses sept sœurs. Tout au contraire, Dame Nature n’a jugé bon de lui en offrir aucun. Lors des entraînements dans sa communauté, l’une de ses sœurs se camoufle toujours pour jeter un sort à sa place. Nulle dryade n’est dupe, mais aucune n’a le coeur de le lui dire. Frelyane aime
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ses sœurs autant qu’elle en est appréciée. Cependant, elle ne se trouve aucune utilité dans son monde. Elle n’y a pas sa place. Elle ne possède que les compétences partagées par toute dryade, mais aucune spécificité magique. Une sorcière sans pouvoir n’en est pas une... Tandis qu’Orathen repose sur la table la bière et l’hydromel consacrés comme il se doit, les murmures réappa -raissent, vite supplantés par des discussions bruyantes, des enfants slalomant entre les jambes adultes, et des jeux organisés. Soucieux, il examine l’envol des oiseaux, et le vent se lever. La brise agite la bourse ceinturée par une corde à son capuchon. A l’intérieur, les runes s’entrechoquent dans un cliquetis de galets. D’un geste machinal, Orathen plonge sa main parmi les runes. Il dépose sur la table celle se glissant entre ses doigts, et constate qu’An -guz, la rune des présages, se trouve renversée. Cela n’annonce rien de bon. Dans un souffle inquiet, il mur-mure « Quelque chose se prépa -re… » Les êtres faëriques nont la tête qu’à leurs divertissements. Après les ma -ges, et avant les cavaliers, se déroule la finale de la caste des sorcières. Les représentantes des diverses espèces retiennent leur souffle tandis que la championne des hobgobelins expé -die en un sort son adversaire brow -nie au tapis. Il lui a suffi pour cela de faire apparaître un bol de crème et de bon lait agrémenté de quel -ques gâteaux. La gourmandise de la sorcière des brownies piquée au vif, cette dernière s’est ruée dessus. Bon -ne perdante, elle félicite la sorcière des hobgobelins d’un hochement de tête agrémenté d’un large sourire, et lui passe elle-même autour du cou le médaillon de la sorcellerie qui se transmet à travers la caste lors de chaque Samhain. Mais tandis que chacun est affairé à ses plaisirs, Frelyane remarque l’égarement des sylphes. Ces dernières ne semblent soudain plus contrôler les airs, dont le souffle se lève. Soudain, les feuilles des arbres s’agitent violemment. Le ciel se teinte d’un gris sombre. En un instant, les cavaliers qui s’apprêtaient à entamer un gai combat s’immobilisent, ainsi que l’assemblée. Soudain, les feuilles des arbres s’agitent violemment. Le ciel se teinte d’un gris sombre. En un instant, les mères serrent contre elles leurs petits, les pères cherchent leurs enfants, et les autres observent Orathen. Ils n’ont pas le temps de l’interroger qu’un fracassant éclair zèbre le ciel dans un tonnerre tonitruant. La communauté paniquée se met alors à courir, affolée, vers le village. Orathen demeure immobile face à la table encore assombrie par la luminosité ambiante, dos au chêne. Ils n’ont pas le temps de s’interroger qu’un fracassant éclair zèbre le ciel dans un tonnerre tonitruant. La communauté, pétrifiée, ne comprend pas le dérapage en ce jour de Samhain. Le ciel s’obscurcit encore, et le jour encore précoce semble disparaître. Les familles ont regagné leurs demeures. Orathen, toujours immobile et inquiet, attend. Le ciel s’obscurcit encore,
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et le jour encore précoce semble disparaître. En un souffle glacial, la température chute. Des grondements sourds commencent à se faire entendre. Sans qu’aucun être de la Seely Court ne s’y attende, surgit de l’horizon un cavalier monté sur un destrier aussi noir que lui. Les mors semblent composés d’ossements, les brides de peau scarifiée. Une épée à la main, il se précipite vers la clairière. En un souffle glacial, la température chute. Des grondements sourds, tel un galop pesant, commencent à se faire entendre. Orathen, courageux, se réchauffe au mieux sous son capuchon. Il sort de la manche sa main glacée pour poser son sac de runes sur la table. Il entame son tirage en croix. Première rune, à gauche, le passé. Hagalaz. La rupture. Avant que l’assemblée n’ait le temps de réagir, le cavalier psalmodie une incantation dans une langue guttu -rale très ancienne. Au moment où les premiers êtres de la Seely Court tentent une attaque, ils se trouvent pour la plupart pétrifiés en statue de glace. La grêle subite surprend Orathen alors qu’il place la seconde rune, à droite, celle du présent. Teiwaz, renversée. Le guerrier, négatif. Les ondines, daoines sidhes, et autres créatures des eaux, ainsi que celles immunisées contre les sorts aquatiques, se regardent, hagar-des, les unes les autres. Frelyane se trouve toujours debout, incrédule, au milieu de ces statues parmi les -quelles elle reconnaît ses sœurs. En une fraction de seconde, le sombre cavalier prononce une seconde in -cantation, toujours dans cette lan -gue mortuaire. Sans doute un très ancien langage de l’Unseely Court. Les êtres épargné ’ont pas le temps s n de riposter ’ils s’effondrent au sol, qu emportés par un sort de sommeil. Frelyane, sidérée, toujours immo -bile, subsiste malgré tout, immuni -sée contre les attaques. Après un large bâillement, Orathen pose la troisième rune, en bas, les fondements. Gebo. L’association. Lorsque le cavalier constate que Frelyane se tient toujours debout, il lève son épée en fer non forgé et s’avance vers elle. Cette dernière se met à courir vers le vieux chêne. Le cavalier, invoqué grâce à un sort puissant par Trockein, un gobelin ambitieux, et ses alliés, la suit dans le calme, conscient de sa large supériorité. A quelques envolées de là, l’Unseely Court, s’apprêtant à prendre ses droits pour l’hiver, est en effervescence. Certains ont fait part au couple royal de rumeurs selon lesquelles Trockein tenterait de s’emparer du trône. Bien entendu, il s’avé -rait introuvable. De surcroît, un certain nombre de membres de l’Unseely Court semble manquer à l’appel tandis que tous se tiennent prêts à reprendre les terres pour leur saison, l’hiver. Derrière Orathen, les feuilles du chêne frémissent tandis qu’il sort de sa bourse la quatrième rune, le futur immé -diat. Algiz. La protection. Frelyane escalade le vieux chêne sans oser regarder derrière elle, tentant de se camoufler en lui, comme toute dryade digne de ce nom. Aucun pouvoir ne s’est développé jusqu’à présent chez elle… Comment combattre un ennemi aussi
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coriace ? Le sombre cavalier laisse faire sa proie, se plaisant à ce petit jeu. Il sait qu’il aura le dessus. Il ne reste qu’une dryade vaillante de la Seely Court. Cel ’ è e plus facile encore qu’il ne le pensait. Trockein s’en montrera ravi. Un macabre a sav r sourire aux lèvres, il approche du vieux chêne. Trockein quant à lui, accompagné de sa troupe, amorce son approche du palais de l’Unseely Court. Plus que quel -ques minutes. Le cavalier créé par l’association de leurs pouvoirs à tous, doté de puissantes incantations plus anciennes que l’Unseely Court elle-même, doit être en train d’achever les dernières créatures immunisées contre les deux violents sorts. L’épée irrégulière de fer non travaillé représente la seule arme mortelle pour les êtres faëriques. Néanmoins, lever une armée entière de cavaliers se serait avéré une prouesse bien plus périlleuse encore que de se procurer ces grimoires oubliés par le temps. Et le combat devait avoir lieu pour Samhain. Seule cet équinoxe de ma -gie pouvait permettre le contrôle de tous les membres de la Seely Court, et le renversement du roi en place de l’Unseely. Au moment où Trockein se réjouit déjà de sa victoire, le sombre cavalier se plante, im -mobile, face à l’arbre. Dédaigneux du chêne, il attend le moment propice pour frapper au bon endroit et toucher l’ultime dryade, qui fi -nira bien par se fatiguer. Plus angoissé que jamais, Orathen plon -ge sa main parmi ses pierres si précieuses. Alors qu’il s’apprête à sortir la cinquième rune de sa bourse, celle à placer au centre de la croix, représentant la synthèse de la situa -tion, il entend dans son dos un long grince -ment émaner du chêne. L’écorce du chêne frémit, esquissant un léger mouvement. Un très large et toujours sordide sourire aux lèvres décharnées derrière son heaume, le cavalier lève la lame discontinue de son épée en fer et frappe un grand coup. Orathen, sans même jeter un œil à la der -nière rune, se retourne avec empressement. Une profonde entaille semble blesser le chê -ne, laissant échapper le fluide vital dans des à-coups de sève rougeoyante. L’atmosphère se fait plus pesante encore. L’atmosphère se fait plus pesante encore. Le cavalier, le torse bombé dans une posture fiè -re, attend de voir tomber la dryade. La main toujours sur la garde de son épée plantée dans l’arbre, il s’étonne de ne pas voir apparaître, puis disparaître le corps de la sorcière dans un fluide lumineux, comme à chaque mort d’un membre de la Seely Court. Pris d’un doute, il tente d’ôter la lame en fer du chêne, mais n’y parvient pas malgré ses efforts. Appuyant un bras sur la garde, incrédule, il regarde de côté son épée. Trockein ne sait pas tout. Il ignore que sa créa -tion possède un pouvoir ultime, interdit depuis bien longtemps dans la dimension féerique. Le sort de mort, oublié par les siècles, pouvant détruire un être faërique. Las de se débattre en vain avec son épée face à lui, il débute son incanta -tion. Frelyane, terrifiée à l’idée d’un sort encore pire, dans lequel elle croit entendre un mot proche de « mort », souhaite tenter de s’échapper au plus tôt. Elle entame une descente discrète de sa branche située au-dessus du cavalier. Malheu -reusement, celui-ci a le temps d’ hever son incantation. ac Le druide retourne, terrifié, la dernière rune. La branche glisse sous les pas de Frelyane, qui tombe. Le cavalier fait volte face, hébété. Une goutte de sueur perle au front d’Orathen. Il expire, puis, dans un geste ferme, retourne la dernière rune. Ayant à peine le temps de comprendre, la sombre créature voit fondre sur elle la dryade maladroite. Frelyane, sans le
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vouloir, le pousse sur la lame irrégulière de l’épée. Odin. L’inconnaissable. Dans un profond soupir de soulagement face à cette rune d’avenir, il voit tout à coup les noirs nuages bas fondre comme neige au soleil, et laisser place à un ciel radieux. Dans un profond soupir de soulagement, Frelyane voit tout à coup les noirs nuages bas fondre comme neige au soleil, et laisser place à un ciel radieux. Le charme rompu, avec la disparition du cavalier et de sa monture, tous les membres de la Seely Court reviennent à eux. En parallèle, l’ensemble de l’Unseely Court, affolée par le péril d’un déséquilibre trop important en ce Samhain, encer -cle puis se saisit de Trockein et ses compères. Mieux vaut ignorer le sort qui leur est désormais réservé. Les villageois sortent de leurs maisonnettes, s’interrogeant du re -gard les uns les autres, à la réappa -rition du soleil. Ils s’en retournent surpris et penauds à la clairière. Caressant l’écorce du chêne, Frelyane le remercie de s’être ainsi offert à la lame de son ennemi pour la sauver. Comme toute dryade, à défaut d’avoir ceux d’une sorcière, elle a le pouvoir de guérir les végé -taux. D’un geste rapide, se voulant le moins douloureux possible, elle ex -trait l’épée. Elle passe avec douceur sa main sur l’écorce, dont la blessure disparaît, laissant une cicatrice. Arrivée à destination, la commu -nauté observe le druide, dans un silence monastique. Un homme s’approche, et lui demande : « Que s’est-il passé ? » « Quelque chose d’important. De très important. » répond-il, la voix grave et le regard absent. Revenant à la réalité d’un mou -vement de tête, Orathen remarque les regards inquiets de tous. Les rassurant d’un léger sourire énig -matique, il les tranquillise en ajou -tant un : « Mais maintenant tout est fini. » Regardant le vieil arbre marqué d’une large cicatrice verticale re -présentant Isa, la rune de l’immo -bilisation, il ajoute : « L’équilibre est revenu. L’équili -bre est revenu. » Un apaisement passe sur l’ensemble des visages, soulagés d’un péril dont ils ignoraient tout, si ce n’est sa présence. Lentement, les convives se réinstallent autour des tables, et reprennent les festivités délaissées précipitamment. Passant sa main sur l’écorce du chêne, Orathen murmure : « L’équilibre est revenu. Son gardien a veillé sur nous. » Passant sa main sur l’écorce du chêne, Frelyane murmure : « L’équilibre est revenu. Son gardien a veillé sur nous. » La Seely Court se réunit bientôt autour de Frelyane, attendant en silence une explication. Elle prend la parole en le -vant la lame mortelle, et demande à ce que tous la fassent disparaître au plus vite et au plus profond de la terre. Dans un murmure ambiant cédant sa place à un brouhaha de conversations, tous se questionnent les uns les autres,
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tentant de pronostiquer des réponses. Frelyane serait donc la plus douée de toutes les sorcières de la Seely Court ? Pour -quoi ne pas avoir participé au tournoi alors ? De qui venait l’attaque ? Qui a été transformé en statue de glace ? Qui a été endormi ? Pourquoi une dryade ? La communauté n’a pas le temps de trouver les réponses que le trou gigantesque est creusé. Frelyane y place en pro -fondeur l’épée, tenue avec précaution par la garde. Le moindre contact s’avèrerait mortel. Plus vite encore qu’elle ne l’a creusé, lassemblée rebouche le trou. Envahis par le soulagement, tous les êtres réunis en oublient de demander des réponses, et se ruent joyeusement sur Frelyane, la congratulant à qui mieux mieux. Des théories se trouvent échafaudées avant même qu’elle puisse se justifier. Un futur mythe naît, agrémenté de détails plus saugrenus et mirifiques les uns que les autres. La sorcière des hobgobelins lui passe autour du cou son médaillon. Ses sœurs se jettent sur elle, l’étouffant de leurs marques d’affection. Ses parents la regardent avec une fierté non dissimulée pour la première fois, répétant sans fin des « Nous savions que Frelyane irait loin... » à qui voudrait l’entendre. Personne ne souhaite vraiment savoir ce qu’il est advenu. Chacun se crée sa propre histoire, la partageant avec les autres, et n’écoute pas même Frelyane, qui tente en vain d’expliquer qu’elle ne possède aucun pouvoir, qu’elle n’est pas une sorcière. Lui coupant la parole, sa mère la sermonne « Pouvoir ou non, il se trouve que tu es la meilleure sorcière. » Frelyane demeure la première sorcière des dryades sans pouvoir apparent. Pourtant, elle représente l’incarnation de la meilleure des sorcières… Le plus grand pouvoir pour un être faërique ne serait-il pas, simplement, d’être immunisé contre toute magie ? D’aucuns, inspirés par les fées, prétendent que la récompense de la patience est la patience elle-même. Dorénavant, les dryades affirment que le plus grand pouvoir peut se trouver de n’en avoir aucun, mais d’y être immunisé. Et chaque Samhain à venir, ils pourront couper la parole aux tuatha de Dannan en exhibant fièrement la rune Isa sur le tronc du vieux chêne, en se vantant d’avoir mis en échec la plus grande tentative de bouleversement d’équilibre qu’ait connu la Seely Court depuis sa création. Grâce à la dryade Frelyane, la sorcière sans pouvoir.
© Ketty Steward
L’illustratrice:CHARLINE
Née en1981en Normandie,Charline est entrée en Fantasy sur les traces de Brian Froud et Alan Lee, qu’elle découvre à13ans,et qui signent ce qui res tera son livre de chevet:« Les Fées ». De Patrick Woodroffe,autre influence majeure,elle a gardé un sens poussé du détail et des créatures à la fois étranges et inquiétantes. Aujourd’hui,Charline s’applique à suivre petits les « cailloux blancs » qui la mèneront,pas à pas,vers la réalisation de sa passion.
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