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Ma vie d’enfantMaxime GorkiTraduit par Serge Persky1914Texte sur une seule page, Format PdfAvant-proposIIIIIIIVVVIVIIVIIIXXIXIIXIIIXIVMa vie d’enfant : Texte entierMAXIME GORKI――――――MA VIED’ENFANTMÉMOIRES AUTOBIOGRAPHIQUESTRADUIT DU RUSSE D’APRÈS LE MANUSCRITPARSERGE PERSKYCOLLECTION NOUVELLECALMANN-LÉVY, ÉditeursAVANT-PROPOSPar ses ouvrages antérieurs, on a pu se faire une idée, à peu près exacte, de la vie tourmentée, douloureuse, féconde que mena, dèsl’adolescence, le grand romancier russe.Tour à tour marmiton, boulanger, vagabond, débardeur, pèlerin, Maxime Gorki (de son vrai nom Alexis Pechkof) a connu tous lesmondes, côtoyé toutes les misères, subi toutes les privations, frôlé toutes les laideurs et senti toutes les beautés, jusqu’au jour où,désespéré, à vingt ans, il se tira dans la poitrine cette balle qui lui troua le poumon gauche, le laissant incurablement malade pour lereste de ses jours.Ce furent ensuite les liaisons avec de pauvres étudiants, avec ceux qui « se nourrissent, selon le mot de Turguenief, de privationsphysiques et de souffrances morales », ce furent enfin des années d’étude ardente, les premiers essais, la notoriété, la grande,l’universelle gloire.Tout cela, avons-nous dit, nous le savions sinon en détails, au moins en partie, par les œuvres où Gorki s’est mis en scène lui-mêmeet qui reflètent, sous les couleurs les plus variées, les différents milieux dans lesquels il a vécu.Mais les années de son ...

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Nombre de lectures 113
Langue Français
Poids de l'ouvrage 16 Mo

Extrait

Ma vie d’enfant
Maxime Gorki
Traduit par Serge Persky
1914
Texte sur une seule page, Format Pdf
Avant-propos
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
X
XI
XII
XIII
XIV
Ma vie d’enfant : Texte entier
MAXIME GORKI
――――――
MA VIE
D’ENFANT
MÉMOIRES AUTOBIOGRAPHIQUES
TRADUIT DU RUSSE D’APRÈS LE MANUSCRIT
PAR
SERGE PERSKYCOLLECTION NOUVELLE
CALMANN-LÉVY, Éditeurs
AVANT-PROPOS
Par ses ouvrages antérieurs, on a pu se faire une idée, à peu près exacte, de la vie tourmentée, douloureuse, féconde que mena, dès
l’adolescence, le grand romancier russe.
Tour à tour marmiton, boulanger, vagabond, débardeur, pèlerin, Maxime Gorki (de son vrai nom Alexis Pechkof) a connu tous les
mondes, côtoyé toutes les misères, subi toutes les privations, frôlé toutes les laideurs et senti toutes les beautés, jusqu’au jour où,
désespéré, à vingt ans, il se tira dans la poitrine cette balle qui lui troua le poumon gauche, le laissant incurablement malade pour le
reste de ses jours.
Ce furent ensuite les liaisons avec de pauvres étudiants, avec ceux qui « se nourrissent, selon le mot de Turguenief, de privations
physiques et de souffrances morales », ce furent enfin des années d’étude ardente, les premiers essais, la notoriété, la grande,
l’universelle gloire.
Tout cela, avons-nous dit, nous le savions sinon en détails, au moins en partie, par les œuvres où Gorki s’est mis en scène lui-même
et qui reflètent, sous les couleurs les plus variées, les différents milieux dans lesquels il a vécu.
Mais les années de son enfance restaient impénétrables et comme ensevelies dans une sorte de brume mystérieuse et troublante.
Souvent, cependant, les admirateurs, les amis avaient supplié l’écrivain de leur faire quelques confidences. Ils voulaient savoir par
quelle série d’épreuves cette âme était passée ; comment s’était formé cet autodidacte génial, à la fois tendre et violent, doux et
révolté.
Gorki s’était toujours montré rebelle à ces curiosités. Trop de souvenirs pénibles l’étreignaient à évoquer ces heures lointaines, à
mettre à nu tant de misères morales, à dévoiler tant de brutalités, à raviver tant de blessures encore saignantes.
Patiemment, durant des années, les amis revinrent à la charge et Gorki céda.
En hiver 1913, à Capri, gravement malade, appréhendant même une issue fatale, il se résolut à exhumer du passé les souvenirs
dormant sous la cendre des ans et à écrire ces mémoires, qui reconstituent la première partie, tout à fait ignorée, de sa vie.
*
**
La connaissance de cette existence d’enfant, de cette petite âme si sensible, en butte aux brutalités d’une tyrannique organisation
sociale, éclaire merveilleusement la figure du romancier, explique son inlassable amour de la liberté et de la justice, ainsi que sa foi
inébranlable en une régénération russe : amour et foi qui ont fait de sa vie d’homme et d’écrivain un apostolat et un sacerdoce.
Aucune lecture n’est plus émouvante à l’heure actuelle que le récit de cette formation initiale d’une âme de révolutionnaire russe.
SERGE PERSKI.
I
Près de la fenêtre, dans une petite pièce presque obscure, mon père, tout de blanc vêtu et extraordinairement long, est couché sur lesol. Les doigts de ses pieds nus, animés d’un mouvement bizarre, s’écartent l’un de l’autre spasmodiquement, tandis que les
phalanges caressantes de ses mains posées avec résignation sur sa poitrine restent obstinément contractées. Le regard joyeux de
ses yeux clairs s’est éteint ; le visage si bon d’ordinaire apparaît morne et la saillie de ses dents entre les mâchoires distendues
[1]emplit mon cœur d’un vague effroi .
En jupe rouge, à demi vêtue, ma mère s’est agenouillée près de lui et, au moyen d’un petit peigne noir dont j’aime à me servir pour
scier les écorces des pastèques, elle partage les longs et souples cheveux de mon père qui lui retombent obstinément sur le front.
Sans arrêt, d’une voix pâteuse et rauque, elle parle, et de ses yeux gris boursouflés de grosses larmes s’égouttent comme des
glaçons qui fondraient.
Grand’mère me tient par la main ; c’est une femme au corps grassouillet, surmonté d’une grosse tête aux yeux énormes sous lesquels
bourgeonne un nez comique et mou. Toute sa personne apparaît noire, flasque et étonnamment intéressante. Elle pleure aussi,
accompagnant d’une harmonie particulière et vraiment agréable les sanglots de ma mère. Secouée de frissons, elle me tire et me
pousse vers mon père, mais je résiste et me cache derrière elle, car je suis gêné et j’ai peur.
Jamais jusqu’à ce jour je n’avais vu pleurer les grandes personnes, et je ne parvenais pas à comprendre les paroles que me répétait
ma grand’mère :
— Dis adieu à ton père, tu ne le reverras plus jamais, il est mort, le pauvre cher homme ; il est mort trop tôt ; ce n’était pas son
heure…
Je venais de quitter le lit où une grave maladie m’avait retenu. Je cherchai à fixer mes souvenirs. Oui, durant les jours passés dans
ma chambre, mon père, je me le rappelai fort bien, m’avait tenu compagnie, me soignant et me distrayant et puis, tout à coup, il avait
disparu et la grand’mère, une personne étrangère, était venue le remplacer.
— D’où sors-tu ? lui demandai-je.
Cette personne répondit :
— D’en haut, de Nijni ; et puis, je ne suis pas sortie, je suis arrivée ! On ne sort pas de l’eau, on va en bateau. Ces propos me
semblaient bizarres, peu clairs et invraisemblables. Au-dessus de nous vivaient des Persans barbus au teint coloré, tandis que le
sous-sol était occupé par un vieux Kalmouk tout jaune, qui vendait des peaux de moutons. Et l’eau, que venait-elle faire dans cette
affaire ? Cette femme embrouillait tout ; mais ce qu’elle disait était drôle. Elle parlait d’une voix douce, gaie et chantante. Dès le
premier jour, nous fûmes amis, et à ce moment-là j’aurais voulu qu’elle quittât avec moi, et au plus vite, cette chambre lugubre.
C’est que ma mère m’impressionne ; ses larmes et ses gémissements ont éveillé en moi un sentiment inconnu jusqu’alors :
l’inquiétude. C’est la première fois que je la vois ainsi : en temps ordinaire, elle gardait une attitude sévère et parlait peu. Très
grande, toujours propre et bien arrangée, elle montrait un corps aux lignes nettes et des bras vigoureux. Aujourd’hui elle m’apparaît
comme boursouflée, les traits ravagés, les vêtements en désordre ; ses cheveux disposés sur sa tête en un casque volumineux et
blond retombent en mèches sur le visage et sur l’épaule ; une des nattes descend même effleurer la figure du père endormi. Je suis
dans la chambre depuis longtemps déjà, et pourtant ma mère ne m’a pas regardé une seule fois ; elle continue en geignant à lisser la
chevelure de son époux et les larmes l’étouffent par moment.
Soudain la porte s’ouvre ; des paysans sont là, accompagnés d’un sergent de ville qui crie sur un ton irrité :
— Arrangez-le et dépêchez-vous…
Sous l’effet du courant d’air qui s’était établi, un châle noir pendu devant la fenêtre se gonflait comme une voile. Je me souviens alors,
je ne sais pourquoi, qu’un jour mon père m’avait fait monter dans un bateau à voiles. Soudain, un coup de tonnerre avait retenti. Le
père s’était mis à rire, puis, me serrant avec force entre ses genoux, il s’était écrié :
— Ce n’est rien, Alexis, n’aie pas peur…
Tout à coup, ma mère se leva lourdement, mais aussitôt elle se rassit, puis s’allongea sur le dos et ses cheveux balayèrent le sol ; son
visage blanc et aveuglé par les larmes devint bleu ; les dents découvertes comme celles de mon père, elle proféra d’une voix
terrifiante ces quelques mots :
— Fermez la porte ! Faites sortir Alexis !…
Ma grand’mère me repoussa, se précipita vers l’ouverture et s’exclama :
— N’ayez pas peur, bonnes gens, laissez-nous ; allez-vous-en, au nom du Christ ! Ce n’est pas le choléra ; elle va accoucher ; d

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