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"Les réputations" de Juan Gabriel Vasquez - Extrait

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Description

Célèbre caricaturiste politique colombien, pouvant faire tomber un magistrat, renverser un député ou abroger une loi avec pour seules armes du papier et de l'encre de Chine, Javier Mallarino est une légende vivante. Certains hommes politiques le craignent, d'autres l'encensent. Il a soixante-cinq ans et le pays vient de lui rendre un vibrant hommage, quand la visite d'une jeune femme le ramène vingt-huit années en arrière, à une soirée lointaine, à un "trou noir". Qu'avait fait ce soir-là le député Adolfo Cuéllar et qu'avait vu exactement Javier Mallarino? Deux questions qui conduisent le dessinateur à faire un douloureux examen de conscience et à reconsidérer sa place dans la société.Juan Gabriel Vásquez poursuit dans ce magistral roman son exploration du passé, des failles de la mémoire et du croisement de l'intime et de l'Histoire. Mais il livre surtout une intense réflexion sur les conséquences parfois dévastatrices de l'effacement des frontières entre vie privée et vie publique dans un monde où l'opinion et les médias détiennent un pouvoir grandissant.Juan Gabriel Vásquez, né à Bogota en 1973, a fait des études de lettres à la Sorbonne, puis a vécu en Belgique et à Barcelone. Son premier roman, Les Dénonciateurs, lui a valu une reconnaissance internationale immédiate. Histoire secrète du Costaguana a obtenu le prix Qwerty du meilleur roman en langue espagnole ainsi que le prix Fundación Libros y Letras de la meilleure œuvre de fiction, et Le Bruit des choses qui tombent le prix Alfaguara 2011.Traduit de l'espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon.Après avoir passé quelque temps en Amérique latine et travaillé dans l'édition, Isabelle Gugnon se consacre exclusivement à la traduction d’auteurs de langue espagnole, parmi lesquels Rodrigo Fresán, Carmen Posadas, Tomás Eloy Martínez. Elle traduit également des livres de science-fiction et d'heroic fantasy destinés à la jeunesse.

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Publié le 19 août 2014
Nombre de lectures 20
Langue Français

Extrait

JUAN GABRIEL VÁSQUEZ
LES RÉPUTATIONS
r o m a n
TRADUITDELESPAGNOL(COLOMBIE) PARISABELLEGUGNON
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
Face au parc Santander, Mallarino se faisait cirer les chaussures en attendant d’aller à la cérémonie qui aurait lieu en son honneur, quand il eut tout à coup la certitude d’avoir vu un caricaturiste mort. Le pied gauche dans l’empreinte en bois de la caisse du cireur, le bas du dos bien calé contre le coussinet du siège pour empêcher sa vieille hernie de se manifester, il avait tué le temps en parcourant les tabloïds locaux, dont le papier de mau vaise qualité noircissait les doigts et dont les gros titres en capitales rouges évoquaient des crimes sanglants, des secrets d’alcôve ou des extraterrestres enlevant des enfants dans les quartiers sud de la ville. La lecture de la presse à sensation lui procurait une sorte de plaisir coupable qu’il ne s’autorisait que lorsque personne ne le regar dait. Mallarino songeait aux heures qu’il avait perdues là, abandonné à un délassement blâmable sous les parasols aux couleurs timides, quand il leva la tête et détourna les yeux des caractères d’imprimerie comme on le fait pour mieux sonder sa mémoire. Il eut soudain l’impression de voir pour la première fois les grands immeubles, le ciel
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toujours gris, les arbres qui craquelaient le bitume depuis des temps immémoriaux. C’est alors que c’était arrivé. La scène dura une fraction de seconde : la silhouette traversa la Carrera Séptima en costume sombre, coiffée d’un chapeau à large bord, le nœud papillon défait, puis tourna à l’angle de l’église San Francisco et disparut. Pour ne pas la perdre de vue, Mallarino se pencha en avant et retira son pied de la caisse au moment précis où le cireur approchait son chiffon du cuir du soulier, laissant une trace oblongue de cirage sur sa chaussette : un œil noir qui le scrutait d’en bas, aussi accusateur que les yeux miclos de l’homme. Mallarino, qui n’avait jusqu’alors vu le cireur que du haut de son siège – les épaules de son bleu de travail constellées de pellicules fraîchement tombées, le crâne dégarni par une impitoyable calvitie –, découvrit son nez sillonné de veinules, ses petites oreilles décollées, sa moustache blanche et grise comme la fiente des pigeons. « Excusezmoi, lui dit Mallarino. J’ai cru voir quelqu’un. » L’homme reprit son travail et continua d’appliquer le cirage par petites touches adroites sur l’empeigne de la chaussure. « Dites, je peux vous poser une question ? – Allezy, monsieur. – Vous avez déjà entendu parler de Ricardo Rendón ? » En bas, un silence s’installa, le temps qu’une ou deux incertitudes traversent l’esprit du cireur. « Non, ça ne me dit rien, monsieur. Si vous voulez, tout à l’heure, on pourra demander aux collègues. » Les collègues. Deux ou trois d’entre eux commençaient
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déjà à mettre de l’ordre dans leurs affaires. Ils pliaient leurs sièges, leurs chiffons et leurs peaux de chamois, rangeaient leurs brosses aux soies ébouriffées et leurs boîtes de cirage bosselées dans des caisses en bois et, au milieu du vacarme de la circulation du soir, l’air résonnait d’un cliquetis métallique et des couvercles en aluminium refermés avec force. Il était seize heures cinquante. Depuis quand les cireurs du centreville avaientils des horaires fixes ? Mallarino les avait dessinés plus d’une fois, sur tout au début de sa carrière, lorsque gagner le cœur de Bogotá, s’y promener à pied et s’y faire cirer les chaus sures était une manière de prendre le pouls de cette cité électrique, de se sentir le témoin direct des sujets qu’il traitait. Tout avait beaucoup changé : Mallarino avait changé, les cireurs aussi. Il n’allait presque plus en ville et avait pris l’habitude de regarder le monde sur des écrans et dans les pages des journaux, de laisser la vie venir à lui au lieu de la poursuivre jusque dans ses recoins les plus secrets, à croire qu’il estimait que son mérite l’y autorisait et qu’à présent, après tant d’années, c’était à la vie de venir le chercher. Les cireurs n’occupaient plus leur lieu de travail – deux mètres carrés d’espace public – en vertu d’un pacte d’honneur, mais de leur appartenance à un syndicat : le paiement d’une cotisation mensuelle, la possession d’une carte dûment plastifiée qu’ils exhibaient à la moindre provocation. Non, la ville n’était plus la même. Pourtant, quand Mallarino constatait ces change ments, au lieu d’être nostalgique, il éprouvait la curieuse envie d’arrêter la progression du chaos, comme s’il pouvait stopper sa propre entropie intérieure, la lente oxydation
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de ses organes, l’érosion de sa mémoire reflétée dans la mémoire érodée de la ville : le fait que, par exemple, plus personne ne sache qui était Ricardo Rendón, mort depuis soixantedixneuf ans, qui venait de passer devant lui, à pied. Comme tant d’autres personnalités, le plus grand caricaturiste colombien avait été englouti par l’insatiable faim de l’oubli.Moi aussi, un jour on m’oubliera, songea Mallarino. Alors qu’il retirait son pied de l’empreinte et y plaçait l’autre, tout en secouant le journal (d’un habile tour de poignet) pour qu’une page froissée reprenne son aspect d’origine, Mallarino se répéta à part soi :Oui, moi aussi on m’oubliera. Mais pas avant des années. « Et Javier Mallarino ? » s’entenditil dire à cet instant. Le cireur mit un moment à se rendre compte que la question lui était adressée. « Oui, monsieur ? – Javier Mallarino, vous savez qui c’est ? – Oui, l’humoriste qui dessine dans les journaux, répon dit l’homme. Mais il ne vient plus par ici. Il s’est lassé de Bogotá, en tout cas, c’est ce qu’on m’a dit. Ça fait longtemps qu’il vit en dehors de la ville, dans la mon tagne. » On se souvenait donc encore de cela, ce qui n’avait rien de surprenant : il avait déménagé au début des années 1980, avant que n’explose la vague de terrorisme, à une époque où les gens n’avaient aucune raison de vouloir quitter la capitale, si bien que la nouvelle avait fait le tour du pays. S’attendant à ce que le cireur dise quelque chose, lui pose une question ou lâche une exclamation, Mallarino étudia la peau de son crâne, une zone dévastée avec quelques
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cheveux parci parlà, des taches qui trahissaient des heures passées au soleil : des parcelles cancéreuses en puis sance, l’endroit où une vie commençait à s’éteindre. Mais l’homme n’ajouta rien de plus. Il ne l’avait pas reconnu. Dans quelques minutes, Mallarino allait recevoir l’ultime consécration, l’orgasme qui correspondait à un long coït de quarante ans avec son métier, et il accepterait cet hommage sans pouvoir s’empêcher de trouver surprenant qu’on ne le reconnaisse pas dans la rue. Ses caricatures politiques l’avaient élevé au rang que Rendón occupait au début des années 1930 : celui d’une autorité morale pour la moitié du pays, d’ennemi public numéro un pour l’autre moitié et, aux yeux de tous, d’homme capable de faire abroger une loi, contrarier le jugement d’un magistrat, renverser un maire ou menacer sérieusement la stabilité d’un ministre avec pour seules armes du papier et de l’encre de Chine. Pourtant, dans la rue, il n’était personne,il pouvait conti nuer de n’être personnecar les caricatures, contrairement aux chroniques d’aujourd’hui, n’étaient pas assorties de la photo de leur auteur : pour le commun des lecteurs, elles arrivaient toutes seules, sans rapport avec celui qui les avait faites, comme une averse, comme un accident. L’humoriste. Oui, c’est ce qu’était Mallarino.L’humoriste a ses humeurs, avait écrit un jour, dans le courrier des lecteurs, un politicien blessé dans son amourpropre. Ses yeux se posaient à présent sur la population du centre : le vendeur de billets de loterie assis sur le muret de pierre, l’étudiant qui attendait un minibus à destination du nord de la ville et qui se retournait par instants pour observer pardessus son épaule, le couple immobile au milieu
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du trottoir, homme et femme, tous deux employés de bureau, tous deux vêtus de bleu marine et d’une chemise blanche, qui se tenaient par la main sans se regarder. Tous auraient réagi en entendant son nom – avec admiration ou répulsion, jamais avec indifférence –, bien qu’incapables d’identifier son visage. S’il commettait un crime, nul ne serait en mesure de le désigner dans la rangée des suspects habituels : oui, j’en suis sûr, c’est lui, le numéro cinq, le barbu, le mince, le chauve. Pour eux, Mallarino ne présentait aucun signe particulier, et les quelques lecteurs qui l’avaient rencontré au fil des ans avaient manifesté leur surprise : je ne vous imaginais pas chauve, ni mince ou barbu. Sa calvitie était de celles qui n’attirent pas le regard ; quand il croisait quelqu’un qu’il n’avait vu qu’une seule fois, Mallarino entendait souvent les mêmes commentaires déconcertés : « Vous avez été toujours été comme ça ? » ou : « C’est bizarre, je ne l’avais pas remar qué quand nous nous sommes rencontrés. » C’était sans doute dû à son expression, qui happait l’attention comme un trou noir happe la lumière : ses yeux aux paupières tombantes derrière ses lunettes, empreints d’une sorte de tristesse permanente, ou sa barbe dissimulant son visage comme le foulard d’un horslaloi. Une barbe qui avait un jour été noire et qui, bien que toujours abondante, grisonnait à présent : un peu plus à hauteur du menton et sous les pattes, un peu moins sur les côtés du visage. Peu importait : elle le camouflait encore et Mallarino restait difficile à identifier, un être anonyme dans les rues populeuses. Cet anonymat lui procurait un plaisir puéril (semblable à celui d’un enfant qui se cache dans des pièces
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interdites) et rassurait Magdalena, qui avait été sa femme en des temps désormais lointains. « Dans ce pays, on tue des gens pour moins que ça, lui disaitelle lorsqu’un de ses dessins étrillait un militaire ou un narcotrafiquant. Je préfère que personne ne sache qui tu es ni comment tu es. Je préfère que tu puisses aller acheter du lait sans me faire un sang d’encre si tu as du retard. » Il balaya du regard l’univers du parc Santander à la tombée du soir. Il ne lui fallut qu’un court instant pour apercevoir trois personnes lisant le journal, son journal, et il songea que toutes trois jetteraient bientôt ou avaient déjà jeté un œil sur son nom écrit en caractères d’impri merie, puis sur sa signature, la majuscule bien dessinée qui s’égaillait ensuite en un désordre de courbes et finissait par se désintégrer dans un coin, triste sillage d’un avion en chute libre. Tout le monde connaissait l’espace que sa caricature avait toujours occupé : très exactement au centre de la première page de la rubrique « Opinion », l’empla cement mythique consulté par tous les Colombiens quand ils veulent détester leurs hommes politiques ou découvrir pourquoi ils les aiment, le grand divan collectif d’un pays passablement malade. C’était la première chose qui attirait le regard quand on arrivait à cette rubrique. Le filet noir, les traits fins, la ligne de texte ou le court dialogue sous l’encadré : la scène qui sortait chaque jour de sa table à dessin et était encensée, admirée, commentée, mal inter prétée, récusée dans une colonne de ce même journal ou d’un quotidien concurrent, dans le courrier offusqué d’un lecteur en colère ou lors d’un débat à une émission de radio matinale. C’était un pouvoir terrifiant, oui. Il fut un
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temps où Mallarino l’avait désiré plus que tout au monde ; il avait travaillé dur pour le détenir ; il en avait tiré du plaisir et l’avait minutieusement exploité. Et voilà que, maintenant, à soixantecinq ans, la classe politique qu’il avait si souvent attaquée, harcelée et méprisée du fond de sa tranchée, dont il s’était moqué sans égards ni respect pour les liens d’amitié ou de sang (une attitude qui lui avait fait perdre beaucoup d’amis et l’avait même brouillé avec plusieurs membres de sa famille), cette classe politique avait décidé de mettre en marche la gigantesque machine colombienne de la flagornerie afin, pour la première et peut être la dernière fois de son histoire, de rendre hommage à un caricaturiste. « Une occasion pareille ne se renouvellera pas », lui avait dit Rodrigo Valencia, directeur depuis trente ans du journal pour lequel travaillait Mallarino, quand il l’avait appelé, messager diligent, afin de lui toucher mot de la visite officielle qu’il venait de recevoir, des éloges qu’il venait d’entendre, des intentions que venaient de lui communiquer les organisateurs de l’événement. « Une occasion pareille ne se renouvellera pas et ce serait bien bête de refuser. – Qui a dit que j’allais refuser ? lâcha Mallarino. – Personne. Enfin, si, moi. Parce que je vous connais, Javier. Et eux aussi, du reste, sans quoi ils ne se seraient pas d’abord adressés à moi. – Ah, je vois. C’est vous qui négociez, vous qui devez me convaincre d’accepter. – Plus ou moins », répondit Valencia. Il avait une voix gutturale et profonde, de celles faites pour commander avec naturel ou dont on accepte sans
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broncher les exigences. Valencia le savait et était rodé dans l’exercice consistant à choisir les mots qui convenaient le mieux à ses intonations. « Ils veulent que la cérémonie ait lieu au théâtre Colón, Javier, imaginez un peu. Vous n’allez pas laisser passer ça, ne soyez pas idiot. Je ne pense pas à vous, je me fiche pas mal de vous, vous savez. Je pense au journal. » Mallarino poussa un soupir agacé. « Eh bien, je vais y réfléchir. – Pour le journal, dit Valencia. – Rappelezmoi demain, on en reparlera, répondit Mal larino avant d’ajouter : Ce sera dans la salle Foyer ? – Non, Javier, c’est ce que je me tue à vous faire com prendre. Ce sera dans la grande salle. – Dans la grande salle, répéta Mallarino. – C’est ce que je vous dis, mon vieux, c’est du sérieux. » On le lui confirma par la suite – théâtre Colón, dans la grande salle, c’était du sérieux –, et il douta que l’endroit puisse convenir : là, sous la fresque des six muses, derrière le rideau où Ruy Blas, Roméo, Othello et Juliette avaient partagé le même espace halluciné, sur la scène où s’étaient déroulées sous ses yeux d’enfant tant de féeries, de Marcel Marceau àLa vie est un songe, allait être montée la comédie en trompel’œil du fils préféré, du citoyen d’honneur, de l’illustre compatriote dont la veste avait des revers suffi samment larges pour y épingler autant de médailles que possible. Voilà pourquoi il avait décliné l’offre du ministère de mettre à sa disposition une Mercedes noire blindée aux vitres teintées, d’après la description téléphonique que lui en avait faite une secrétaire à la voix chevrotante, qui devait
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passer le prendre chez lui, dans la montagne, et le déposer devant les marches du théâtre, juste sous la marquise en fer forgé, comme une jeune demoiselle arrivant au bal où elle va rencontrer son prince charmant. Dans l’aprèsmidi, Mallarino avait gagné le centre au volant de sa vieille Land Rover, qu’il avait laissée dans un parking à l’angle des rues 5 et 19 : il voulait se rendre à pied à son apothéose, comme n’importe quel quidam, apparaître soudain au coin d’une rue et sentir que sa simple présence ébranlait l’air, éveillait les langues, faisait tourner les têtes ; en agissant ainsi, il voulait démontrer qu’il n’avait rien perdu de sa vieille indépendance : il avait encore assez d’autorité pour prendre les siens pour cible, et ni le pouvoir ni les hommages ou les Mercedes blindées aux vitres teintées ne changeraient quoi que ce soit à cette réalité. À présent, sur la chaise du cireur, tandis que la brosse allait et venait sur ses souliers (si vite qu’elle avait pris l’apparence d’une épaisse ligne brune, comme les pales des ventilateurs deviennent des cercles blancs à force de tourner), Mallarino se surprenait à se poser une question qui ne lui était pas venue à l’esprit avant qu’il ait gagné le centreville : qu’aurait fait Rendón à sa place ? S’il lui était arrivé la même chose, qu’aurait fait Rendón ? Auraitil reçu cet hommage avec satisfaction, l’auraitil accueilli avec résignation ou cynisme ? L’auraitil refusé ? Ah, mais Rendón l’avait refusé à sa manière : le 28 octobre 1931, il était entré dans l’épiceriecafé La Gran Vía, avait commandé une bière et fait un dessin avant de se tirer une balle dans la tempe. Soixantedixneuf ans plus tard, personne n’avait encore pu expliquer le pourquoi de son geste.
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