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Description

Les Diaboliques
Jules Barbey d’Aurevilly
1874
Première préface aux Diaboliques
Préface de la première édition
Le rideau cramoisi
Le plus bel amour de Don Juan
Le bonheur dans le crime
Le dessous de cartes d'une partie de whist
À un dîner d'athées
La vengeance d'une femme
Les Diaboliques : Première préface
Première préface aux Diaboliques
A qui dédier cela? ...
J. B. d'A.
Voici (sauf modifications ultérieures) la Préface de mes Diaboliques.
POUR Quoi les Diaboliques?
Est-ce pour les histoires qui sont ici?
Ou pour les femmes de ces histoires?
Qui sait?
Les Histoires sont vraies. Rien d'inventé. Tout vu. Tout touché du coude ou du doigt.
Il y aura certainement des têtes vives, montées par ce titre de Diaboliques, qui ne
les trouveront pas aussi diaboliques qu'elles ont l'air de s'en vanter. Elles
s'attendaient à des inventions, à des complications, à des recherches, à des
raffinements, à tout le tremblement du mélodrame moderne, qui se fourre partout,
même dans le roman: quelque chose comme les Mémoires du Diable qui n'ont
donné à leur auteur qu'une peine du Diable. Mais les Diaboliques ne sont point des
diableries, ce sont des diaboliques: des histoires réelles de ce temps civilisé et si
divin que, quand on s'avise de les écrire, il semble que ce soit le Diable qui ait
dicté... Le Diable est comme Dieu. Le manichéisme qui est la souche de toutes les
grandes hérésies du Moyen-âge, le manichéisme n'est pas si bête! Malebranche
disait que Dieu se reconnaissait à l'emploi DES ...

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Nombre de lectures 173
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo

Extrait

Les Diaboliques
Jules Barbey d’Aurevilly
1874
Première préface aux Diaboliques
Préface de la première édition
Le rideau cramoisi
Le plus bel amour de Don Juan
Le bonheur dans le crime
Le dessous de cartes d'une partie de whist
À un dîner d'athées
La vengeance d'une femme
Les Diaboliques : Première préface
Première préface aux Diaboliques
A qui dédier cela? ...
J. B. d'A.
Voici (sauf modifications ultérieures) la Préface de mes Diaboliques.
POUR Quoi les Diaboliques?
Est-ce pour les histoires qui sont ici?
Ou pour les femmes de ces histoires?
Qui sait?
Les Histoires sont vraies. Rien d'inventé. Tout vu. Tout touché du coude ou du doigt.
Il y aura certainement des têtes vives, montées par ce titre de Diaboliques, qui ne
les trouveront pas aussi diaboliques qu'elles ont l'air de s'en vanter. Elles
s'attendaient à des inventions, à des complications, à des recherches, à des
raffinements, à tout le tremblement du mélodrame moderne, qui se fourre partout,
même dans le roman: quelque chose comme les Mémoires du Diable qui n'ont
donné à leur auteur qu'une peine du Diable. Mais les Diaboliques ne sont point des
diableries, ce sont des diaboliques: des histoires réelles de ce temps civilisé et si
divin que, quand on s'avise de les écrire, il semble que ce soit le Diable qui ait
dicté... Le Diable est comme Dieu. Le manichéisme qui est la souche de toutes les
grandes hérésies du Moyen-âge, le manichéisme n'est pas si bête! Malebranche
disait que Dieu se reconnaissait à l'emploi DES MOYENS LES PLUS. Le Diable
aussi.
Quant aux femmes de ces histoires, pourquoi ne seraient-elles pas les
diaboliques? N'ont-elles pas assez de diabolisme en leur personne pour mériter ce
doux nom-là?... Diabolique, il n'y en a pas une seule ici qui ne le soit à quelque
degré. Il n'y en a pas une seule à qui on puisse dire le mot de "mon ange" sans
exagérer. Comme le Diable qui était un ange aussi, mais qui a culbuté, si elles sont
des anges encore, c'est la tête en bas, le reste... en haut! Pas une ici qui soit pure,
vertueuse, innocente. Monstres même à part, elles présentent un effectif de bons
sentiments et de moralité bien peu considérable. Elles pourraient donc s'appeler
Diaboliques sans l'avoir volé. On a voulu faire un petit Musée de ces Dames, en
attendant qu'on fasse le Musée, encore plus petit, des Dames qui leur font pendant
et contraste dans la société, car toutes choses sont doubles. L'Art a deux lobes,
comme le cerveau. La Nature ressemble à ces femmes qui ont un oeil bleu et un
oeil noir. Voici l'oeil noir, dessiné à l'encre... de la PETITE VERTU. Oh! de la plus
petite qu'on ait pu trouver!
On donnera peut-être l'oeil bleu, plus tard, si on trouve du bleu assez, pur. Mais y en
a-t-il?En ce cas-là, après les DIABOLIQUES viendraient les CELESTES.
Fin de 1870. Décembre.
J. B. d'A.
Les Diaboliques : Préface de la première édition
Préface de la première édition
Voici les six premières!
Si le public y mord, et les trouve à son goût, on publiera prochainement les six
autres; car elles sont douze, comme une douzaine de pêches, - ces pécheresses!
Bien entendu qu'avec leur titre de Diaboliques, elles n'ont pas la prétention d'être un
livre de prières ou d'Imitation chrétienne... Elles ont pourtant été écrites par un
moraliste chrétien, mais qui se pique d'observation vraie, quoique très hardie, et
qui croit - c'est sa poétique, à lui - que les peintres puissants peuvent tout peindre et
que leur peinture est toujours assez morale quand elle est tragique et qu'elle donne
l'horreur des choses qu'elle retrace. Il n'y a d'immoral que les Impassibles et les
Ricaneurs. Or, l'auteur de ceci, qui croit au Diable et à ses influences dans le
monde, n'en rit pas, et il ne les raconte aux âmes pures que pour les en épouvanter.
Quand on aura lu ces Diaboliques, je ne crois pas qu'il y ait personne en disposition
de les recommencer en fait, et toute la moralité d'un livre est là...
Cela dit pour l'honneur de la chose, une autre question. Pourquoi l'auteur a-t-il
donné à ces petites tragédies de plain-pied ce nom bien sonore - peut-être trop -
de Diaboliques?... Est-ce pour les histoires elles-mêmes qui sont ici? ou pour les
femmes de ces histoires?...
Ces histoires sont malheureusement vraies. Rien n'en a été inventé. On n'en a pas
nommé les personnages: voilà tout! On les a masqués, et on a démarqué leur linge.
"L'alphabet m'appartient", disait Casanova, quand on lui reprochait de ne pas
porter son nom. L'alphabet des romanciers, c'est la vie de tous ceux qui eurent des
passions et des aventures, et il ne s'agit que de combiner, avec la discrétion d'un
art profond, les lettres de cet alphabet-là. D'ailleurs, malgré le vif de ces histoires à
précautions nécessaires, il y aura certainement des têtes vives, montées par ce
titre de Diaboliques, qui ne les trouveront pas aussi diaboliques qu'elles ont l'air de
s'en vanter. Elles s'attendront à des inventions, à des complications, à des
recherches, à des raffinements, à tout le tremblement du mélodrame moderne, qui
se fourre partout, même dans le roman. Elles se tromperont, ces âmes
charmantes!... Les Diaboliques ne sont pas des diableries: ce sont des
Diaboliques, - des histoires réelles de ce temps de progrès et d'une civilisation si
délicieuse et si divine, que, quand on s'avise de les écrire, il semble toujours que ce
soit le Diable qui ait dicté!... Le Diable est comme Dieu. Le Manichéisme, qui fut la
source des grandes hérésies du Moyen Age, le Manichéisme n'est pas si bête.
Malebranche disait que Dieu se reconnaissait, à l'emploi des moyens les plus
simples. Le Diable aussi.
Quant aux femmes de ces histoires, pourquoi ne seraient-elles pas les
DIABOLIQUES? N'ont-elles pas assez de diabolisme en leur personne pour mériter
ce doux nom? Diaboliques! il n'y en a pas une seule ici qui ne le soit à quelque
degré. Il n'y en a pas une seule à qui on puisse dire sérieusement le mot de "Mon
ange!" sans exagérer. Comme le Diable, qui était un ange aussi, mais qui a
culbuté, - si elles sont des anges, c'est comme lui, - la tête en bas, le... reste en
haut! Pas une ici qui soit pure, vertueuse, innocente. Monstres même à part, elles
présentent un effectif de bons sentiments et de moralité bien peu considérable.
Elles pourraient donc s'appeler aussi "les Diaboliques", sans l'avoir volé... On a
voulu faire un petit musée de ces dames, - en attendant qu'on fasse le musée,
encore plus petit, des dames qui leur font pendant et contraste dans la société, car
toutes choses sont doubles! L'art a deux lobes, comme le cerveau. La nature
ressemble à ces femmes qui ont un oeil bleu et un oeil noir. Voici l'oeil noir dessiné
à l'encre - à l'encre de la petite vertu.
On donnera peut-être l'oeil bleu plus tard.Après les DIABOLIQUES, les CELESTES... si on trouve du bleu assez pur...
Mais y en a-t-il?
Jules BARBEY D'AUREVILLY.
Paris, 1er mai 1874.
Les Diaboliques : Le rideau cramoisi
Le rideau cramoisi
Really.
Il y a terriblement d'années, je m'en allais chasser le gibier d'eau dans les marais
de l'Ouest, - et comme il n'y avait pas alors de chemins de fer dans le pays où il me
fallait voyager, je prenais la diligence de *** qui passait à la patte d'oie du château
de Rueil et qui, pour le moment, n'avait dans son coupé qu'une seule personne.
Cette personne, très remarquable à tous égards, et que je connaissais pour l'avoir
beaucoup rencontrée dans le monde, était un homme que je vous demanderai la
permission d'appeler le vicomte de Brassard. Précaution probablement inutile! Les
quelques centaines de personnes qui se nomment le monde à Paris sont bien
capables de mettre ici son nom véritable... Il était environ cinq heures du soir. Le
soleil éclairait de ses feux alentis une route poudreuse, bordée de peupliers et de
prairies, sur laquelle nous nous élançâmes au galop de quatre vigoureux chevaux
dont nous voyions les croupes musclées se soulever lourdement à chaque coup de
fouet du postillon, - du postillon, image de la vie, qui fait toujours trop claquer son
fouet au départ!
Le vicomte de Brassard était à cet instant de l'existence où l'on ne fait plus guère
claquer le sien... Mais c'est un de ces tempéraments dignes d'être Anglais (il a été
élevé en Angleterre), qui blessés à mort, n'en conviendraient jamais et mourraient
en soutenant qu'ils vivent. On a dans le monde, et même dans les livres, l'habitude
de se mo

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