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Les Aventures Singulières de René : "Un Retour Mouvementé"

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Description

René, docte médecin à la retraite, anime avec son ami Gilbert une soirée de gala au profit d'oeuvres sociales. Celle-ci est perturbée par des cris abominables tout droit sortis de l'enfer.

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Publié le 12 mars 2012
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Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Extrait

Un Retour Mouvementé
Intrigue relatée par Jean Paul POIRIER
Éditions de la Corne d’Or
 AVERTISSEMENT AU LECTEUR Une fois n’étant pas coutume , le lecteur sera sans aucun doute surpris de constater que René , pour brave qu’il soit , n’est pas toujours très audacieux .Mais la morale ne recommandet-elle point au Sage de laisser la Prudence prendre le pas sur la Témérité ? C’est en tous cas la conclusion que l’éditeur n’a pas manqué de tirer de cette nouvelle «Aventure Singulière » de René . L’ Éditeur .
 CHAPITRE 1 Le bruit des conversations se mit soudain à s’estomper parmi les convives venus en nombre à ce dîner dit «de gala» organisé par le Lions Club de Saint-Germain-en-Laye au profit de ses œuvres sociales , car des projecteurs venaient de s’allumer , mettant en évidence l’imposant piano demi-queue situé dans la pénombre à l’un des angles de la grande salle .Gilbert , qui jusqu’alors discutait en compagnie de ses amis à une table située au fond du restaurant , se leva solennellement et se dirigea vers l’instrument sous les ovations . Puis , s’installant avec la distinction qui sied à un pianiste chevronné , il prit la parole pour indiquer qu’il allait jouer son interprétation personnelle de « Nuages » (de Django Reinhart) en «si bémol» . C’était toujours avec une émotion non dissimulée que Gilbert interprétait ce classique de jazz car , à chaque fois , il ne pouvait s’empêcher de se remémorer les années de sa jeunesse , lorsqu’il lui était difficile de choisir définitivement entre «la pharmacie » et « la musique » . Finalement il s’était rangé à l’avis de ses proches et il n’avait pas eu motif de trop le regretter puisque , depuis lors , il avait pu grâce à ce «métier d’apothicaireassurer à sa famille une » existence aisée loin des vicissitudes de la vie de bohême coutumière aux artistes . Mais ce soir , devant ce public qui n’avait d’yeux et d’ouie que pour lui , Gilbert était particulièrement ému . Il se retrouvait plongé d’un seul coup dans l’ambiance de cette époque , hélas révolue , durant laquelle le quartier latin n’était baigné que par ces mélodies de jazz venues d’outre atlantique qu’il passait la majeure partie de ses nuits à interpréter .Au fur et à mesure que ses doigts expérimentés se déplaçaient avec une rare vélocité sur le clavier , l’assistance , impressionnée par sa virtuosité , retenait son souffle . Les spectateurs des premières tables pouvaient même percevoir le sentiment de bonheur intense qui illuminait le visage de Gilbert souriant de contentement en constatant que , malgré les années , il n’avait pas perdu « la main » . Dès la fin de ce premier morceau , un tonnerre d’applaudissements jaillit spontanément , témoignage de l’admiration du public et de la sympathie des amis de Gilbert venant lui exprimer leur regret de ne pas l‘entendre plus souvent .C’est alors qu’un vacarme se produisit à l’arrière de la grande salle du restaurant , en tous points semblable à celui provoqué par la chute malencontreuse d’ustensiles de cuisine , interrompant sur le champ les battements de mains et attirant la curiosité de tous les convives . En se retournant pour constater l’ampleur de la catastrophe , ils restèrent interloqués à la vue du singulier personnage qu’ils découvrirent pénétrant dans la salle de restaurant .
Coiffé d’un képi rouge surmonté d’une houppette noire , étriqué par une veste militaire bleu-horizon totalement boudinée et sur laquelle se trouvaient épinglées pas moins de quatre décorations multicolores , vêtu d’un pantalon sombre qui avait dû jadis appartenir à un « smoking » et dont les coutures semblaient vouloir craquer à chacun de ses mouvements , le visage emplâtré d’un grossier maquillage digne d’un clown sorti tout droit de Médrano , René (car c’était bien lui) venait de faire son «entrée en scène» en claquant avec force une paire de cymbales accrochées à ses mains . Rejoignant Gilbert sous le feu des projecteurs , il posa les cymbales sur le dessus de l’imposant piano puis apostropha ( plus qu’il ne s’adressa à ) l’assistance en ces termes :«Bonjour Mesdames , Mesdemoiselles , Messieurs . Merci d’être venus si nombreux à ce dîner spectacle organisé par le Lions Club de Saint-Germain-en-Laye au profit de ses œuvres sociales . Pour commencer , nous allons , mon ami et moi , vous interpréter une vieille chanson qui faisait jadis partie du répertoire des cabarets montmartrois : L’ Anatomie du Conscrit» .Puis , se tournant vers le pianiste , il s’adressa à lui avec emphase :« Maestro , quand vous voulez » . A ces mots , Gilbert commença à jouer une introduction musicale en do majeur et dès la fin de celle-ci fit signe à René qu’il pouvait commencer à chanter . Mais ce dernier , sans doute en proie au trac (malgré son apparente assurance) , se mit à démarrer la chanson en ... sol majeur , obligeant Gilbert à une transposition musicale non prévue lors de la sommaire répétition effectuée la veille chez lui . Le public fit à tout le moins semblant de ne pas s’apercevoir de ce malencontreux changement de tonalité et fixa son attention non seulement sur les paroles d’un autre âge de cette vieille rengaine mais surtout sur les mimiques de René s’efforçant d’imiter le jeu de scène des artistes de l‘ancien temps .Il faut reconnaître que René ne manquait pas de talent : adoptant les intonations d’un ancien maréchal des chaussées , faisant des gestes de pantomime dignes de Fernandel , il réussit à faire s’esclaffer de rire l’ensemble des convives qui ponctuèrent la fin de la chanson par un tonnerre d’applaudissements .Comblé par une telle marque de gratitude , René poursuivit son numéro en interprétant ensuite diverses œuvres de sa composition , toutes magistralement accompagnées par Gilbert . Le public put ainsi découvrir notamment « Mademoiselle Touche à Tout », « Les Voyelles du Pont du Pecq » , « Tango Anniversaire » , «Travailler , ça n’vaut pas la peinechansons remarquables » qui resteront à n’en point douter gravées pour toujours dans la mémoire des auditeurs présents . Mais un incident imprévu vint soudain perturber le bon déroulement du spectacle donné par René et son ami Gilbert : Des cris épouvantables éclatèrent brusquement au dehors , couvrant le bruit du piano et la voix de René qui , de surprise , s’interrompit immédiatement , dressant l’oreille , et faisant signe à Gilbert d’arrêter de jouer .
 CHAPITRE 2 Afin que le lecteur comprenne bien le déroulement des faits relatés dans les pages qui vont suivre , il est ici nécessaire de préciser que l’hostellerie réputée où les évènements se déroulaient était (et est encore) située en pleine forêt de Saint -Germain-en-Laye . Ce soir là il régnait une température quasi-estivale ; toutes les porte-fenêtres vitrées du restaurant étaient donc restées ouvertes afin de laisser pénétrer un peu de la fraîcheur nocturne . Pour entrer dans la grande salle à manger et en sortir , tout le monde passait par l‘extérieur en empruntant le jardin , au lieu de traverser de l’intérieur les diverses pièces en enfilade de l‘hostellerie .Or à cette heure tardive le jardin lui-même se trouvait dans la pénombre , faiblement éclairé par des lampadaires disséminés le long des allées , ses arbres centenaires et ses buissons ornementaux se confondant avec les bois et les futaies de la forêt qui l’entourait .L’éclairage de la salle à manger contrastant avec l’obscurité du dehors avait attiré bien évidemment bon nombre d’insectes en tous genres qui bruissaient au dessus des têtes des convives et se permettaient parfois d’aller examiner le fond de leurs assiettes . Certaines élégantes aux bras dénudés avaient même dû faire montre de prudence pour éviter d’être piquées par des guêpes attirées par les bonnes odeurs des victuailles . Mais jusqu’alors personne n’avait attaché une importance particulière à cette présence virevoltante propre aux soirées d’été en raison d’une part de la qualité des mets servis , d’autre part de l’intérêt hautement artistique du récital donné par René et son ami Gilbert .Bien que de par moment chacun pouvait percevoir de curieux bruits venant du fin-fond de la forêt voisine , témoignant de la présence proche d’animaux , d’oiseaux et de vent dans les feuillages , ces derniers n’avaient jusqu’alors perturbé aucun des dîneurs ni troublé leur tranquillité . C’est donc avec une inquiétude non dissimulée que tous les visages se tournèrent vers les porte-fenêtres de la salle à manger et se mirent à scruter le jardin d’où semblaient provenir ces cris épouvantables . Or la lune dissimulée par les arbres ne permettait pas de distinguer quoi que ce soit dans l’obscurité quasi-totale du dehors . Et au bout d’un moment , n’ayant «de visu» rien remarqué de suspect à l’extérieur, les dîneurs commencèrent à s’interroger mutuellement sur ce qu’ils avaient cru entendre , émettant pour la plupart l’idée qu’il devait s’agir de cris d’animaux , ou plus précisément d’oiseaux , mais en aucun cas d’appels humains de détresse .René , quelque peu courroucé que l’attention du public ne fût plus portée dorénavant sur lui , se mit alors à forcer la voix pour couvrir le brouhaha des conversations et indiquer que , malgré l’incident , le spectacle continuait . Puis , accompagné au piano par son ami Gilbert , il entonna une nouvelle chanson complètement burlesque « Avec mon bouquet de Résédas » qui réussit à faire se taire les conversations et attira de nouveau sur sa personne l’intérêt des convives .
A peine en eût-il terminé le dernier couplet qu’il fut une nouvelle fois interrompu avant même le refrain final par… un nouveau cri épouvantable qui provoqua une véritable frayeur dans l’assistance . Cette fois-ci , il fallait en avoir le cœur net : de quoi s’agissait-il ? Certains téméraires se levèrent alors brusquement de table et sortirent dans le jardin par la porte-fenêtre ouverte afin de rechercher la cause et l’origine de ces bruits abominables . René lui-même , toujours prompt à porter secours , s’empressa de courir à leur suite , bousculant au passage une table qui faillit basculer sur les genoux de deux femmes restées assises . De surprise , en voyant leur table tituber dangereusement après le passage de René , elles se levèrent précipitamment en faisant dégringoler leurs chaises, provoquant un surcroît de remue ménage à l’intérieur même de la grande salle du restaurant .Dehors des recherches inorganisées et désordonnées commencèrent dans le jardin jusqu’à la lisière de la forêt dont l’hostellerie n’était séparée que par une clôture de grillage . En raison de la quasi-pénombre quelques empressés s’entrechoquèrent sans se voir , d’autres crurent déceler quelque chose et appelèrent « à la rescousse ». Mais au bout d’un moment il fallut se rendre à l’évidence : les lieux étaient comme à l’accoutumée , rien d’anormal ne s’y trouvait .Revenant les uns après les autres dans la salle du restaurant , bredouilles mais satisfaits d’avoir fait montre d’esprit civique , les audacieux chercheurs en conclurent que les bruits surprenants qu’ils avaient entendus devaient provenir du plus profond de la forêt dans laquelle ils n’avaient pu , en raison de la clôture , s’aventurer .L’un d’entre eux estima qu’il fallait toutefois (et à tout le moins) prévenir la police . Mais à la réflexion , que pouvait-on bien lui signaler ? Des cris anormaux sans aucune victime ? Cela ne paraissait pas raisonnable , pire cela risquerait de provoquer le soupçon des représentants de la loi sur le taux d’alcoolémie des convives devant reprendre leur voiture pour rentrer chez eux après la « soirée » . René lui-même , dont l’esprit cartésien est , de commune réputation , un gage de clairvoyance , n’ayant rien remarqué dans le jardin et le parking du restaurant en déduisit qu’ilne pouvait que s’agirde cris stridents d’oiseaux nocturnes sans aucun doute effrayés par la lumière vive des phares des voitures circulant sur la route traversant la forêt . Et il l’affirma haut et fort à tous ceux qui daignaient l’écouter .Convaincus par cette ô combien rassurante déduction , les convives ne s’inquiétèrent donc pas plus avant et la suite du dîner de gala se poursuivit dans la bonne humeur , avec un public qui ne cessait de rire devant les bouffonneries de René tout en s’émerveillant devant la virtuosité de son pianiste (et ami) Gilbert . L’entier répertoire des chansons de René y passa , ainsi que certains sketchs parlés de sa composition dont l’un surtout , intitulé «Complexe » , surprit Le sincèrement l’auditoire par la qualité de ses jeux de mots dignes de Raymond Devos .Puis , après des ovations finales qui lui allèrent droit au cœur René remercia Gilbert de l’avoir si bien accompagné , rangea sa singulière tenue de comique troupier , remit le costume de ville qu’il portait avant son «entrée en scène» et regagna fatigué mais heureux sa voiture garée dans le parking du restaurant afin de pouvoir rapidement prendre chez lui un repos bien mérité . Mais il ne pouvait savoir , en cet instant , que le trajet du retour , cette nuit là , en pleine forêt , allait lui réserver de bien désagréables surprises !
 CHAPITRE 3 Quelques minutes après avoir quitté son ami Gilbert , René , confortablement installé au volant de sa voiture , s’estimait très satisfait (comme à son habitude) du succès qu’il avait une fois de plus remporté . Mais il se sentait complètement épuisé par l’effort qu’il avait dû fournir pour donner cette représentation et il conduisait prudemment car il sentait peu à peu la torpeur l’envahir insidieusement malgré le courant d’air frais provoqué par les fenêtres entrouvertes de son véhicule . Ses yeux peinaient à rester ouverts , ne distinguant qu’avec difficulté le tracé de la route, pourtant rectiligne, dans le noir devant lui . Les rayons blafards de la lune étaient cachés par les feuillages des arbres de la forêt qui bordaient la chaussée de chaque côté , la recouvrant par endroits comme en un long et sombre tunnel . Soudain il ne vit arriver qu’au dernier moment les lumières aveuglantes des phares d’une autre automobile le croisant à vive allure . Totalement ébloui , il réussit cependant à éviter par réflexe le choc frontal en donnant un brusque coup de volant à droite , mais il faillit bien se retrouver dans le fossé . Tout en maugréant contre ce chauffard , René se rendit compte que le trajet de retour allait s’avérer au dessus de ses forces . Pourtant , vingt ans auparavant , il n’aurait rencontré aucune difficulté pour donner une telle représentation jusqu’à une heure tardive de la nuit et rentrer ensuite chez lui . Mais aujourd’hui , à l’évidence , les années ne l’avaient pas épargné ; il n’était plus aussi résistant qu’auparavant .Craignant d’avoir un accident et puisque ses yeux ne restaient entrouverts qu‘avec peine , ne valait-il pas mieux s’arrêter de conduire et dormir un moment , le temps de reprendre quelque force pour seulement ensuite reprendre tranquillement la route sans risque de s’endormir au volant ?. Il n‘en était plus à une demi heure près , d’autant que Claude , son épouse ô combien attentionnée , devait vraisemblablement être déjà couchée à cette heure et dormir profondément . Aussitôt pensé , aussitôt fait : avisant dans la pénombre sur le côté droit de la route une aire d’arrêt d’autobus , René s’y gara précautionneusement , arrêta le moteur de son véhicule , inclina le siège sur lequel il était assis et ferma les yeux avec le soulagement de pouvoir enfin se laisser aller à une douce somnolence . Puis , bercé par la fraîcheur nocturne qui pénétrait par les vitres entre -ouvertes , il s’endormit immédiatement profondément, et quelques instants seulement ensuite , il se mit à rêver : il chantait cette fois-ci devant un public enthousiaste retenant son souffle , accompagné au piano par son fidèle ami Gilbert , sur la prestigieuse scène du théâtre de «l’Olympia» noir de monde .
En sentant tous ces visages tournés vers lui , mais qu‘il ne pouvait guère voir derrière les feux de la rampe de projecteurs , René rayonnait de joie : il avait eu mille fois raison de ne pas se plier aux modes musicales passagères et éphémères programmées jours après jours par la radio et la télévision ; il existait bien encore de nos jours des personnes sensibles à la qualité artistique des chansons à texte et des sketchs humoristiques du « music-hall » de sa jeunesse . Gilbert , avec son imposant piano à queue , redoublait d’une virtuosité qui émerveillait une assistance lassée des synthétiseurs électroniques aux accords pré-programmés . Le spectacle se déroulait sans aucun incident , minutieusement réglé d’une main de maître par René qui avait tout prévu dans le moindre détail : ses mimiques , ses intonations de voix , les arrêts et reprises de Gilbert , devant un public qui réagissait à la minute près comme l’avait espéré René . Mais , au moment où il s’y attendait le moins , un fracarme épouvantable se produisit d’un coup au fond du théâtre , interrompant le spectacle et provoquant la panique parmi les spectateurs . Tous se levèrent précipitamment de frayeur et tentèrent , dans la pénombre de la grande salle de spectacle , de regagner en même temps la sortie , provoquant une gigantesque pagaille qui cloua sur place d’étonnement René .Ne comprenant pas l’origine de ce bruit particulièrement horrible qui avait mis fin prématurément à sa belle représentation , René resta quelques minutes totalement désemparé devant le spectacle de désolation que lui offrait dorénavant son cher public . Puis il sentit peu à peu venir à lui une furieuse envie de …. faire quelque chose .Son esprit cartésien venant à sa rescousse , il voulut tout d’abord découvrir d’où provenait réellement ce tapage qui avait tant effrayé l’assistance et l‘avait fait s‘éparpiller comme une volée de moineaux devant l‘orage .Sautant de toute la hauteur de la scène au risque de se rompre le cou , il entreprit de traverser à contre-courant des spectateurs , en jouant des coudes, les gradins de la grande salle du théâtre , puisque le « bruit » avait semblé provenir du fond de celle-ci . Effectivement , au moment précis où il parvenait à la dernière rangée de fauteuils , le vacarme épouvantable reprit de plus belle avec une telle intensité qu’il dut se boucher les oreilles des deux mains pour éviter de devenir complètement sourd . C’était donc bien là , derrière le plus élevé des gradins , que se situait la cause de la panique des spectateurs et de la fin prématurée du récital ! . Mais les lieux étaient totalement sombres , et René n’arriva pas à distinguer autre chose que … lemurconstituant le fond de la salle du théâtre . Or comment était-il possible qu’unmurpuisse émettre un tel bruit ? . N’y avait-il pas , tapi dans l’obscurité , quelque chose ou quelqu’un ?Scrutant alors avec une minutie renforcée l’espace situé entre la dernière rangée de fauteuils et le mur , René sentit d’un seul coup ses cheveux se hérisser sur la tête en découvrant que c’était lemurlui-même qui bougeait.
Et non seulement il bougeait mais , comme René le regardait fixement , il se mit à glisser vers lui lentement . Tétanisé à la vue de cette haute et impressionnante paroi qui s’avançait ainsi vers lui , René mit un bon moment à réaliser qu’en réalité ce n’était pas le mur lui-même mais unegigantesque silhouettes’en détachant qui se mouvait dans l’obscurité .N’étant pas homme à rester sur place sans réagir devant l’adversité , il prit son courage à deux mains et voulut s’approcher de cetteforme vivanteavec le dessein d’en mieux discerner les contours . Or à l’instant précis où il faisait un nouveau pas en sa direction , elle se mit à émettre de plus belle son épouvantable hurlement , glaçant d’effroi le sang de René dans ses veines .Cette fois-ci , la panique remplaça la curiosité scientifique . René se mit à rebrousser chemin en dévalant à pleine vitesse l’allée en pente qui l’avait conduit du devant de la scène au dernier gradin de fauteuils . Dans sa précipitation , il glissa malencontreusement sur la moquette , sentit ses jambes se projeter en avant et se fit la réflexion qu’il allait se faire très mal au postérieur en retombant sur le sol . Et au moment de l’impact , il se retrouva allongé sur … le siége de sa voiture ! .Autour de lui la forêt faiblement éclairée par les rayons de la lune était calme et rassurante , avec ses bruits habituels de frémissements de feuilles , de craquements de branches et de chants d’oiseaux nocturnes .« Quel étrange rêve ! » se dit alors René qui , malgré son sommeil quelque peu agité , se sentait dorénavant en pleine forme et «d’attaque» pour reprendre sans plus tarder la route avant les premières lueurs de l’aube .Mais il faut croire que le ciel n’était pas cette nuit là avec lui , car René était loin de s’imaginer lecauchemarqu’il allait cette fois-civivre réellementavant de pouvoir regagner sa demeure .
« René , en comique troupier »
« Gilbert , au piano »
 CHAPITRE 4 Tout en songeant à l’étrange rêve qu’il venait de faire , René s’apprêtait à reprendre sa route pour rentrer chez lui . Il remonta le siège avant de sa voiture , boucla sa ceinture de sécurité et commença à faire tourner la clef de contact . Il eut alors l’impression que quelque chose devait être cassé dans son moteur , car au lieu du bruit coutumier du démarreur , il entendit un fracas épouvantable à mi -chemin entre un couinement de bielle coincée et un grincement de roulement à bille rendant l’âme .« Sacrebleu » se mit immédiatement à maugréer René ; «C’est bien ma veine! . Me voilà en panne » . Son véhicule , bien que d’un âge respectable , étant révisé régulièrement par un garagiste consciencieux au delà de tout soupçon et pour la dernière fois la semaine passée , René en déduisit que cela ne devait pas être bien grave . Un coup d’œil sous le capot laisserait sans aucun doute apparaître le fil débranché coupable d’une telle déficience passagère .Sortant de sa voiture pour aller prendre dans le coffre arrière la lampe « torche» qu’il conservait à portée de main à toutes fins utiles (et qu’il se louait présentement d’avoir eu la présence d’esprit de ne pas remiser à un autre endroit) , René fut interrompu dans son mouvement par … ce même fracas épouvantable qui retentit de nouveau avec une intensité redoublée non loin de lui . A vrai dire , en l’entendant cette fois-ci plus distinctement , René reconnut le bruit singulier qui avait interrompu sa belle représentation au dîner de « gala » du Lions Club . Mais , maintenant , ce bruit était très proche et non plus dans le lointain de la forêt comme cela avait été le cas lorsque lui-même et tous les convives l’avaient distinctement perçu alors qu’ils se trouvaient dans l’hostellerie .De quoi pouvait-il bien s’agir ? Manifestement ce n’était pas un cri d’oiseau nocturne . Ce n’était pas non plus un bramement de cerf ou un grognement de sanglier . C’était en outre bien trop puissant pour avoir été émis par une voix humaine . Et d’où cela pouvait-il bien provenir ? L’endroit où René s’était garé pour pouvoir somnoler à son aise était bien dégagé sur le côté de la route nationale traversant la forêt , à deux pas de la «Maison de la Légion d’ Honneur» (pensionnat réputé pour les jeunes filles de bonnes familles) . Il était donc hautement improbable que ce bruit abominable provienne de cet établissement scolaire distingué . En revanche , il y avait tout lieu de penser qu’il se produisait derrière les arbres situés à moins de dix mètres devant lui . C’est alors qu’il sembla à René que quelque chose venait de bouger à travers les feuillages constituant la lisière de l’aire de stationnement d’autobus où il s’était stationné .
Voulant en avoir le cœur net , René récupéra sa lampe «torche » dans le coffre de sa voiture , l’alluma , puis en dirigea le faisceau lumineux vers les arbres . Mais il ne put malgré toute l’attention qu’il porta distinguer autre chose que l’agitation coutumière des branchages frémissant sous l’effet du vent .«J’ai eu la berlue» songea-t-il alors . «Il n’y a rien par là» . Quelque peu inquiet de ne pas comprendre ce qui se passait , il abandonna cependant toute envie de percer le mystère , remontant dans son véhicule avec le dessein de quitter rapidement les lieux pour retrouver l’ambiance sécurisante de sa confortable demeure .Lui seul saurait que , pour une fois , il n’aurait pas fait montre d’un grand courage en laissant l’angoisse de l’inconnu prendre le dessus sur sa raison et en prenant la poudre d‘escampette . Mais ne dit-on pas que « Prudence est mère de Sûreté » ? Or avant même avoir pu démarrer , l’effroyable bruit envahit de nouveau la voiture aux vitres baissées , pénétrant avec force dans les oreilles et le cerveau de René qui crut y discerner comme une protestation désespérée d’un être en proie à une douleur extrême .Plus qu’impressionné par ce vacarme incompréhensible qui semblait sortir tout droit de son cauchemar , René vit revenir brusquement à lui le souvenir des légendes de son enfance et tous les vieux démons que par maturité il avait depuis lors refoulés dans son inconscient . A coup sûr il ne pouvait s’agir que d’un monstre , de ceux qui avaient toujours vécu au plus profond de cette forêt (dont il n’avait d’ailleurs visité qu’une infime partie à l’occasion de ses promenades dominicales ) . Seul , en effet , un monstre pouvaithurlerde cette manière . En outre Dieu seul savait si , avec les dernières calamités météorologiques qui avaient déraciné la plupart des arbres multi -centenaires en ouvrant le sol , des animaux féroces vivant jusqu’alors cachés dans les bois en fuyant le regard des humains ne s’étaient pas rapprochés des routes en quête d’un territoire plus hospitalier. En tous cas , René n’en menait pas large en entendant une fois de plus cetteabominationsonore dont il n’arrivait pas à comprendre l’origine . Et sa crainte se mua en véritable panique lorsqu’il jeta instinctivement un coup d’œil dans son rétroviseur , au moment où il mettait son moteur en marche . Car ce qu’il entrevit distinctement , dans les premières lueurs de l’aube , fut unegigantesque forme bestiale, d’au moins un étage de hauteur , sortir vivement de derrière les arbres et s’avancer agressivement vers sa voiture en hurlant sans discontinuité .A cette vision surgissant à n’en point douter de l‘enfer , René , en proie à une peur incontrôlable , enclencha d’instinct la marche avant de son véhicule, vira pour sortir de l’arrêt d’autobus et rejoignit dans un crissement de pneus la route nationale .Ce n’est que plusieurs minutes après , en retrouvant son calme , qu’il s’aperçut avoir oublié dans sa précipitation d’allumer les lanternes de sa voiture .
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