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Description

>Le MoineMatthew Gregory Lewistraduction : Léon de Wailly1796Texte sur une pageSomnia terrores magicos, miracula,sagae nocturnos lémures, portentaque… [Horace]Songes, terreurs magiques, miracles,magiciennes, spectres nocturnes etprésages menaçants.Imitation d’Horace Ep. 20-L. 1AVERTISSEMENT DE L’AUTEURLa première idée de ce roman m’a été suggérée par l’histoire de Santon Barsisa,relatée dans le Guardian. – La Nonne sanglante est une tradition à laquelle oncontinue d’ajouter foi dans plusieurs parties de l’Allemagne ; et j’ai ouï dire que lesruines du Château de Lauestein, où elle est censée revenir, se voient encore surles confins de la Thuringe. – Le Roi des eaux, de la troisième à la douzièmestance, est un fragment d’une ballade danoise ; – et celle de Belerma et Durandarteest traduite de quelques strophes qui se trouvent dans un recueil de vieille poésieespagnole, lequel contient aussi la chanson populaire de Gayferos et Melesindra,dont il est parlé dans Don Quichotte. – Voilà ma confession pleine et entière desplagiats dont je me sais coupable ; mais je ne doute pas qu’on n’en puissedécouvrir bien d’autres dont, en ce moment, je n’ai pas le moindre soupçon.PRÉFACE DE L’AUTEURIl me semble, ô livre vain et sans jugement ! que je te vois lancer un regard de désirlà où les réputations s’acquièrent et se perdent dans la fameuse rue appelée Pater-Noster. Furieux que ta précieuse olla podrida soit ensevelie dans un portefeuilleoublié, tu ...

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Nombre de lectures 80
Langue Français
Poids de l'ouvrage 22 Mo

Extrait

>
Le Moine
Matthew Gregory Lewis
traduction : Léon de Wailly
1796
Texte sur une page
Somnia terrores magicos, miracula,
sagae nocturnos lémures, portentaque… [Horace]
Songes, terreurs magiques, miracles,
magiciennes, spectres nocturnes et
présages menaçants.
Imitation d’Horace Ep. 20-L. 1AVERTISSEMENT DE L’AUTEUR
La première idée de ce roman m’a été suggérée par l’histoire de Santon Barsisa,
relatée dans le Guardian. – La Nonne sanglante est une tradition à laquelle on
continue d’ajouter foi dans plusieurs parties de l’Allemagne ; et j’ai ouï dire que les
ruines du Château de Lauestein, où elle est censée revenir, se voient encore sur
les confins de la Thuringe. – Le Roi des eaux, de la troisième à la douzième
stance, est un fragment d’une ballade danoise ; – et celle de Belerma et Durandarte
est traduite de quelques strophes qui se trouvent dans un recueil de vieille poésie
espagnole, lequel contient aussi la chanson populaire de Gayferos et Melesindra,
dont il est parlé dans Don Quichotte. – Voilà ma confession pleine et entière des
plagiats dont je me sais coupable ; mais je ne doute pas qu’on n’en puisse
découvrir bien d’autres dont, en ce moment, je n’ai pas le moindre soupçon.
PRÉFACE DE L’AUTEUR
Il me semble, ô livre vain et sans jugement ! que je te vois lancer un regard de désir
là où les réputations s’acquièrent et se perdent dans la fameuse rue appelée Pater-
Noster. Furieux que ta précieuse olla podrida soit ensevelie dans un portefeuille
oublié, tu dédaignes la serrure et la clef prudentes, et tu aspires à te voir, bien relié
et doré, figurer aux vitres de Stockdale, de Hookham ou de Debrett. Va donc, et
passe cette borne dangereuse d’où jamais livre ne peut revenir ; et quand tu te
trouveras condamné, méprisé, négligé, blâmé et critiqué, injurié de tous les lecteurs
de ta chute (si tant est que tu en aies un seul), tu déploreras amèrement ta folie, et
tu soupireras après moi, mon logis et le repos.
Maintenant, faisant l’office de magicien, voici la destinée future que je te
prophétise : dès que ta nouveauté sera passée, et que tu ne seras plus jeune et
neuf, jetées dans quelque sombre et sale coin, moisies et toutes couvertes de toiles
d’araignée, tes feuilles seront la proie des vers ; ou bien, envoyées chez l’épicier, et
condamnées à subir les brocards du public, elles garniront le coffre ou
envelopperont la chandelle.
Mais dans le cas où tu obtiendrais l’approbation et où quelqu’un, par une transition
naturelle, serait tenté de t’interroger sur moi et sur ma condition, apprends au
questionneur que je suis un homme ni très pauvre, ni très riche ; de passions fortes,
d’un caractère pétulant, d’une tournure sans grâce et d’une taille de nain ; peu
approuvé, n’approuvant guère ; extrême dans la haine et dans l’amour ; abhorrant
tous ceux qui me déplaisent, adorant ceux pour qui je me prends de fantaisie ;
jamais long à former un jugement, et la plupart du temps jugeant mal ; solide enjamais long à former un jugement, et la plupart du temps jugeant mal ; solide en
amitié, mais croyant toujours les autres traîtres et trompeurs, et pensant que dans
l’ère présente l’amitié est une pure chimère ; plus emporté qu’aucune créature
vivante ; orgueilleux, entêté et rancuneux ; mais cependant, pour ceux qui me
témoignent de l’affection, prêt à aller à travers feu et fumée.
Si encore on te demandait : « Je vous prie, quel peut être l’âge de l’auteur ? » tes
fautes, à coup sûr, l’indiqueront : j’ai à peine vu ma vingtième année, qui, cher
lecteur, sur ma parole, arriva lorsque George III occupait le trône d’Angleterre.
À présent donc, poursuis ta course aventureuse ; allez, mes délices… cher livre,
adieu !
La Haye, 28 octobre 1794.
M.G.L.
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
Le Moine : Texte entierSomnia terrores magicos, miracula,
sagae nocturnos lémures, portentaque… [Horace]
Songes, terreurs magiques, miracles,
magiciennes, spectres nocturnes et
présages menaçants.
Imitation d’Horace Ep. 20-L. 1
AVERTISSEMENT DE L’AUTEUR
La première idée de ce roman m’a été suggérée par l’histoire de Santon Barsisa, relatée dans le Guardian. – La Nonne sanglante
est une tradition à laquelle on continue d’ajouter foi dans plusieurs parties de l’Allemagne ; et j’ai ouï dire que les ruines du Château
de Lauestein, où elle est censée revenir, se voient encore sur les confins de la Thuringe. – Le Roi des eaux, de la troisième à la
douzième stance, est un fragment d’une ballade danoise ; – et celle de Belerma et Durandarte est traduite de quelques strophes qui
se trouvent dans un recueil de vieille poésie espagnole, lequel contient aussi la chanson populaire de Gayferos et Melesindra, dont il
est parlé dans Don Quichotte. – Voilà ma confession pleine et entière des plagiats dont je me sais coupable ; mais je ne doute pas
qu’on n’en puisse découvrir bien d’autres dont, en ce moment, je n’ai pas le moindre soupçon.PRÉFACE DE L’AUTEUR
Il me semble, ô livre vain et sans jugement ! que je te vois lancer un regard de désir là où les réputations s’acquièrent et se perdent
dans la fameuse rue appelée Pater-Noster. Furieux que ta précieuse olla podrida soit ensevelie dans un portefeuille oublié, tu
dédaignes la serrure et la clef prudentes, et tu aspires à te voir, bien relié et doré, figurer aux vitres de Stockdale, de Hookham ou de
Debrett. Va donc, et passe cette borne dangereuse d’où jamais livre ne peut revenir ; et quand tu te trouveras condamné, méprisé,
négligé, blâmé et critiqué, injurié de tous les lecteurs de ta chute (si tant est que tu en aies un seul), tu déploreras amèrement ta folie,
et tu soupireras après moi, mon logis et le repos.
Maintenant, faisant l’office de magicien, voici la destinée future que je te prophétise : dès que ta nouveauté sera passée, et que tu ne
seras plus jeune et neuf, jetées dans quelque sombre et sale coin, moisies et toutes couvertes de toiles d’araignée, tes feuilles seront
la proie des vers ; ou bien, envoyées chez l’épicier, et condamnées à subir les brocards du public, elles garniront le coffre ou
envelopperont la chandelle.
Mais dans le cas où tu obtiendrais l’approbation et où quelqu’un, par une transition naturelle, serait tenté de t’interroger sur moi et sur
ma condition, apprends au questionneur que je suis un homme ni très pauvre, ni très riche ; de passions fortes, d’un caractère
pétulant, d’une tournure sans grâce et d’une taille de nain ; peu approuvé, n’approuvant guère ; extrême dans la haine et dans
l’amour ; abhorrant tous ceux qui me déplaisent, adorant ceux pour qui je me prends de fantaisie ; jamais long à former un jugement,
et la plupart du temps jugeant mal ; solide en amitié, mais croyant toujours les autres traîtres et trompeurs, et pensant que dans l’ère
présente l’amitié est une pure chimère ; plus emporté qu’aucune créature vivante ; orgueilleux, entêté et rancuneux ; mais cependant,
pour ceux qui me témoignent de l’affection, prêt à aller à travers feu et fumée.
Si encore on te demandait : « Je vous prie, quel peut être l’âge de l’auteur ? » tes fautes, à coup sûr, l’indiqueront : j’ai à peine vu ma
vingtième année, qui, cher lecteur, sur ma parole, arriva lorsque George III occupait le trône d’Angleterre.
À présent donc, poursuis ta course aventureuse ; allez, mes délices… cher livre, adieu !
La Haye, 28 octobre 1794.
M.G.L.I
Il y avait à peine cinq minutes que la cloche du couvent sonnait, et déjà la foule se pressait dans l’église des Capucins. N’allez pas
croire que cette affluence eût la dévotion pour cause, ou la soif de s’instruire. L’auditoire assemblé dans l’église des Capucins y était
attiré par des raisons diverses, mais toutes étrangères au motif ostensible. Les femmes venaient pour se montrer, les hommes pour
voir les femmes : ceux-ci par curiosité d’entendre un si fameux prédicateur ; ceux-là faute de mei

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