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Le Maelstrom Copyright © 2006 Emmanuelle Boudaliez.

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Publié le 06 octobre 2011
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Langue Français
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Extrait

Le Maelstrom Copyright© 2006 Emmanuelle Boudaliez, Cette cr´eation est mise `a disposition selon le Contrat Paternit´e-NonCommercial-NoDerivs 2.0 France dis- ponibleenlignehttp://creativecommons.org/licenses/ by-nc-nd/2.0/fr/ ou par courrier postal a` Creative Commons, 559 Nathan Ab- bott Way, Stanford, California 94305, USA. ´Edition du 31 d´ecembre 2007 (www.shantighar.org) Agir, c’est d´evelopper l’ˆetre par l’acceptation de l’effort, de la souffrance, par le renoncement. Paul Ricœur Toute action qui n’est pas l’acceptation de la douleur n’est pas l’action. Paul Ricœur La crainte ne subsiste pas avec la charit´e et la charit´e parfaite chasse la crainte. I Jean (IV-18) Un incroyant qui aime est plus proche de la v´erit´e qu’un croyant qui n’aime pas. Gilbert Cesbron Sois prˆet a` mourir pour t´emoigner de ce qui donne un sens `a ta vie. M.K. Gandhi 2 Le Maelstrom Carte de Nedeleg Island Chapitre 1 James Larkin ´etait inquiet. Il l’´etait depuis quelques semaines et le fait d’ˆetre en mer n’arrangeait rien, loin de l`a. Jusqu’alors, il ne s’en ´etait ouvert a` personne, pas mˆeme a` son fid`ele second et ami. Il avait trop peur d’ˆetre accus´e de s´enilit´e pr´ecoce, de pusillanimit´e, d’incomp´etence. Puisque, apr`es le naufrage du Golden Star, on lui donnait une seconde chance en lui confiant le commandementduSaint-John,ilnepouvaitsepermettred’´emettrelamoindre objection, de faire la moindre erreur, de paraˆıtre ind´ecis. Et pourtant, Dieu savait par quelles affres il´etait pass´e quand Taylor´etait revenu bredouille, jour apr`es jour, de sa quˆete d’un ´equipage correct. Aucun marin n’´etait int´eress´e par ce voyage : d`es que les mots «passager», «enfants» ´etaient prononc´es, les candidatss’´evaporaient.Commentlesblˆamer?Lecapitainelui-mˆemenevoyait pas d’un bon œil ce voilier transform´e en pensionnat et en infirmerie d`es qu’ils seraientenmer.Peuavantled´epartcependant,l’´equipages’´etaitconstitu´e,par le bouche a` oreille. Ceux que ni le second, ni James Larkin n’auraient consid´er´e trois semaines plus tˆot furent accept´es de grand cœur. Il n’´etait plus possible de faire les difficiles. Il en allait de leur r´eputation. Ce fut ainsi que Burton, Owen, Smith, Evans, Jackson, Joyce et Stuart embarqu`erent sur le Saint-John, Owen, le dernier, la veille de l’appareillage. L’avenir dirait ce qu’ils valaient comme marins. A ces soucis inh´erents a` la charge d’un capitaine s’ajoutait le violent conflit qui avait secou´e la famille Le Quellec apr`es la proclamation des r´esultats et auquel il ne pouvait rester insensible puisqu’il l’engageait doublement, en com- mandant du voilier et en ami. Yannick et Gw´ena¨el, furieux et d´esesp´er´es de cette catastrophe tant redout´ee qui s’´etait abattue sur eux, avaient tr`es irres- pectueusementaccabl´eleursparentsdereprochescinglantsets’´etaientmontr´es odieux. Yves et Marie avaient courb´e la tˆete sous l’orage. Ils comprenaient leur col`ere. Ils avaient d´ej`a pr´esent´e leurs excuses qui ne r´eparaient en rien le mal qu’ils avaient involontairement fait, croyant avoir agi pour le mieux de leurs gar¸cons.L’attitudesombreetdigned’Emmanuelquineleuravaitfaitaucunre- procheetquiaucontrairelesavaientr´econfort´eslesavaitpein´esbiendavantage que les exc`es de langage de ses fr`eres. L’enfant´etait bless´e en profondeur, ils le savaient:`aladifficult´ederetrouverIsma¨eldansonnesavaitquellesconditions se greffait celle de devoir vivre plusieurs semaines avec des compagnons pour certains tr`es ind´esirables. Pour y r´epondre, Emmanuel demanda l’autorisation desejoindrea`l’´equipageavecYannick.Ceseraitunrem`edetr`esefficacecontre leur chagrin. Les parents n’´elev`erent aucune objection mˆeme si, au d´ebut des pr´eparatifs, il avait´et´e clairement´etabli qu’ils seraient des passagers. Accorder leur demande ´etait une mani`ere de faire amende honorable. James Larkin, qui 3 4 Le Maelstrom avait aussi son mot a` dire, accepta de grand cœur. Avec un ´equipage qu’il ne connaissait pas et dont certains membres lui paraissaient sujet a` caution, il appr´eciait de pouvoir compter sur deux sujets s´erieux. Lescotesˆ australiennesdisparaissaientdanslabrumeestivale.Denombreux bateaux croisaient a` l’entr´ee de la baie qu’ils avaient quitt´ee quelques heures plus tˆot. Droit devant, l’oc´ean ´etait d´esert. Grˆace a` une belle mer, des vents portants, le Saint-John portait toute sa toile pour ce premier jour de naviga- tion. Le capitaine, debout sur le pont, laissa errer son regard sur le pont avant de se poser sur le timonier `a quelques pas de lui. Emmanuel, l’œil riv´e au com- pas, semblait ne faire qu’un avec le bˆatiment qu’il gouvernait. Son batimeˆ nt. Quelle joie devait ˆetre la sienne d’ˆetre a` ce poste de responsabilit´e! James Larkin, une fois de plus, sentit son cœur battre plus fort en consid´erant ce tout jeune adolescent a` la personnalit´e d´ej`a si affirm´ee qu’il avait connu dans la fragilit´e de ses sept ans endeuill´es et solitaires. Le gar¸con ´evoluait dans la lignedesesd´ebuts,volontaire,avidedetoutd´ecouvrir,aussirigoureuxpourlui qu’indulgent pour autrui, attentif aux d´etresses secr`etes, une sensibilit´e avant d’ˆetre une intelligence. Il restait extrˆemement longiligne, tr`es grand pour son ˆage –il d´epassait Yannick–, avec une finesse et une grˆace que d’aucuns, d’un ton m´eprisant, qualifiaient d’«aristocratique» mais qui dissimulaient une ro- bustesse et une endurance a` toute ´epreuve. Qu’il en fuˆt conscient ou non –il ´etait probable qu’il ne l’´etait pas, n’ayant pas de temps `a perdre en futilit´es–, il ne se fondait pas dans la masse, il s’en d´egageait naturellement. Le capitaine, port´e `a la rˆeverie, songea a` ce pass´e inconnu, `a ces trois ann´ees, de bonheur sans doute, tragiquement achev´ees par ce qui aurait duˆ ˆetre un assassinat et qui n’avait ´et´e qu’un enl`evement suivi d’un abandon. D’ou` venait l’enfant? Etait-ce le fait qu’il futˆ m´etis qui lui avait valu cette condamnation a` mort? Il n’aurait sans doute jamais de r´eponse. Qu’en pensait-il? Il avait lu la lettre de Douglas. Il connaissait donc officiellement les circonstances de son arriv´ee sur le Lady Helena. Il savait que ses parents vivaient de par le vaste monde, sans doute bless´es, meurtris, bris´es par la mort de leur fils. Ou`? En Bretagne, l`a ou` il avait ´et´e abandonn´e? Ou dans quelque autre endroit? Comment le d´ecouvrir? Il n’avait jamais ouvert la bouche de ce sujet d´elicat. Or, le silence, chez lui, n’´etait jamais signe d’indiff´erence ou d’oubli, bien au contraire. D’au- tant plus que sa situation n’´etait pas de celles qui s’´evacuent par la seule force de la volont´e. Nul doute que certains jours, il devait ˆetre tr`es difficile de se trouver une vraie identit´e. Mais dans la vie courante, il se comportait de plus en plus comme un garc¸on normal : ne venait-il pas d’avouer, sans l’ombre de contrition, qu’il avait embarqu´e clandestinement Murali, son beau chat gris aux yeux bleus, auquel le liait une tendresse particuli`ere. James Larkin s’´etait amus´e de cette gaminerie qui ne prˆetait pas a` cons´equences et qui convenait mieux a` son ageˆ que ce comportement aust`ere qui restait pourtant le sien le plus souvent tant´etait puissante la force de l’habitude et de l’enseignement des ann´ees pass´ees. Si Isma¨el vivait toujours sur son ˆıle, s’il n’avait pas perdu la tˆete a` cause d’un isolement total, quelle allait ˆetre sa r´eaction en d´ecouvrant un homme presque fait l`a ou` il avait laiss´e un charmant bambin? Leur amiti´e r´esisterait-elle `a cette confrontation? Avecunpetitsoupir,JamesLarkind´etournalesyeux.Lepont´etait´etrange- ment d´esert apr`es l’animation du d´epart. Gw´ena¨el, solitaire et ne regrettant certainement pas de l’ˆetre, jouait aux osselets aux pieds du grand mˆat, tou- jours aussi blond, aussi boucl´e que lorsqu’il l’avait vu a` Ti-Ar-Mor pour la Chapitre 1 5 premi`ere fois. De temp´erament, il ressemblait bien plus a` Emmanuel qu’`a Yan- nick. C’´etait sans doute pour cela qu’il ne frayait pas avec l’unique survivant du groupe de ses camarades, tous dans leur cabine a` souffrir du mal de mer. Le capitaine avait appris par Yannick, toujours bavard, que le grand gar¸con maussade avait ´et´e la cause de la violente r´evolte d’Emmanuel le jour de la distribution des prix, bien plus que l’annonce de la pr´esence de Maximilien de Hautefort. Faire une croisi`ere avec le jeune noble n’offrait pas une perspec- tive idyllique mais elle ´etait acceptable. Par contre, devoir subir Dominique Williams plus de vingt-quatre heures dans un espace aussi restreint qu’un voi- lier ´etait un supplice aupr`es duquel ceux de l’enfer n’´etaient que de simples plaisanteries. James Larkin ne put s’empˆecher de taxer Yannick et Emma- nuel d’exag´eration. Qu’il y eutˆ inimiti´e pouvait se concevoir. Mais `a ce point! L’aˆın´e des Le Quellec, devant son scepticisme, se chargea de lui expliquer, bien en d´etail, toute la gen`ese de l’histoire : Dominique, orphelin, estimait que son ennemi poss´edait tout ce dont il ´etait d´epourvu, une famille riche, une vive intelligence, un aspect physique attrayant qui le rendait d’embl´ee sympathique au regard des autres. Aussi le musicien catalysait-il sa haine, son aigreur et sa jalousie. Le capitaine ´ecouta ce r´ecit sans rien manifester, Yannick ne semblant pas voir l’ironie de la situation qui, elle, n’´echappait pas a` l’adulte. Comme il ´etait faciledeporterdefauxjugementssurlespersonnes!Commecertainesd´etresses peuvent rester cach´ees! Cette conviction l’amena `a songer a` la famille Di Na- poli dont le Saint-John transportait en ce moment mˆeme l’unique rejeton, seul survivant de cinq enfants morts en bas ageˆ . Paolo, le p`ere, malgr´e ces coups du sort, rayonnait d’une joie communicative. Il avait connu les pires difficult´es, l’exil, la faim, la maladie, la mis`ere. Il s’´etait constamment relev´e, parcourant le monde avec sa femme, accroch´e `a la vie, batailleur dans la plus noble accep- tationduterme.Lecourageneluifaisaitjamais
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