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La dictature de la cravate

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Description

Au même titre que la religion ou les extra-terrestres pourquoi demain ne pourrait pas être une illusion? Nous n'en avons jamais vu la couleur après tout, chaque fois que nous sommes censés être demain nous sommes aujourd'hui. Un tiers nihiliste, un tiers existentialiste et un tiers hédoniste, pourquoi il est temps d’arrêter d’être l'esclave d'un hypothétique futur.

Informations

Publié par
Publié le 27 septembre 2011
Nombre de lectures 149
Langue Français

Extrait

La dictature de la cravate
Demain n’existe pas
Tancrède Bouglé
Et c'est le moment où on réalise que ce qui peut nous arriver de mieux, et bah en fait, on
en veut pas. Je ne parle pas de gagner au loto ou de se marier avec Kate Winslet (la
version photoshopée de la dernière pub lancôme) mais de ce qui peut nous arriver de
mieux dans la logique des choses. Pour la plupart d'entre nous c'est:
*Une famille
*Un pavillon de 150m
2
en banlieue résidentielle, clone de celui du voisin
*Un job à 35h la semaine en costume cravate
Je critique pas la famille, si on a la chance de tomber sur les bonnes personnes et que ses
enfants ne tournent pas émo, c'est même très bien. Mais honnêtement, qui rêve d'être
comptable? Est-ce qu'il y a une majorité de la population dont le rêve le plus intime soit de
pouvoir mettre une cravate et de rentrer à la maison en mode « Bonjour chéri! Mais
monsieur, je ne vous connais pas. Oups, désolé, j'ai confondu nos deux maisons »
Qui veut ça? Je sais pas mais on rêve tous d'autre chose. Qui a ça? Presque tout le
monde. Ira-t'on jusqu'à dire que la cravate est un instrument petit bourgeois à tendance
fascisante? Pour tout vous avouer, c'est pas passé loin. Mais. La cravate et le costume qui
va avec ne sont désespérants que dans la mesure où ils relèvent d'une soumission, de
l'auto-annihilation de toute trace d'imagination qui aurait réussi à survivre et à prospérer à
travers les études. Dis-je que les enfants ont plus d'imagination? Non, c'est con un enfant
sinon on leur demanderait pas de trouver la carte dans Dora mais d'en faire une analyse
topographique, de définir là où il y a le plus de chipeur et de définir les caractéristiques
sociologiques des populations locales. Faut pas déconner non plus. Mais c'est un peu
comme si on pouvait acheter un pack « vie » avec la baraque, le boulot à salaire médian,
le prêt sur trente ans qui va avec la baraque et en bonus la cravate offerte. Activités
sportives en option, télé offerte et bonheur dans la limite des stocks disponibles.
Dépéchez-vous, il n'y en aura pas pour tout le monde. Là normalement c'est le moment où
je sors ma chapka, mon portrait de Lénine et où je crache sur les grands méchants riches
qui oppressent le monde. Mais non, même pas. La seule différence c'est qu'ils ont un
pavillon plus grand et quelqu'un pour le nettoyer à leur place. A part ça, la même chose
pour tout le monde, école, bac, études avec pour objectif de faire au moins aussi bien que
les parents. Il y a donc plus plus de pression chez les riches. C'est normal, c'est dans le
pack spécial riche et c'est fourni avec la femme de ménage. Mais si c'est pas la
bourgeoisie qui profite de la dictature cravatesque, qui est-ce? Bah heu, comment vous
dire ça. Ah oui voilà, absolument personne. On a réussi à créer un système où tout le
monde est esclave, où personne n'est réellement heureux. La preuve? On est pas les
premiers consommateurs d'antidépresseurs pour rien.
Avant au moins, yavait un mec au dessus qui pouvait jouir de quelques privilèges (encore
que c'était compensé par le fait qu'ils se battaient et qu'ils offraient protection) et donc il y
avait bien quelqu'un qui faisait office de gigantesque marionnettiste. Mais ce temps est fini.
Avant on aurait pu visualiser des chaînes de dépendance où les places étaient fixes et où
on pouvait remonter la chaîne jusqu'en haut, c'est à dire Dieu (je fais pas de prosélytisme,
je parle de la monarchie de droit divin). Maintenant c'est magique, il n'y a personne qui
tient les ficelles, c'est comme si on avait fait un gigantesque nœud et donc, tout tient en
l'air sous forme d'une grosse boule de fil sans qu'on sache trop comment. Je pense qu'il
faut visualiser un lapin qui se sortirait du chapeau tout seul en se tirant par les oreilles.
Donc en gros ça tient mais on sait pas trop comment, sûrement parce que tout le monde a
peur de ce qui se passerait si tout se cassait la gueule, si la boule d'interdépendances
retombait par terre et que tout le monde perdait les petits privilèges qu'il a pu accumuler
au cours de sa vie. Encore une fois c'est la peur des conséquences, de l'effet qui viendrait
de la cause. L'angoisse est la force assez puissante pour annuler la gravité qui ferait
tomber la boule et déferait les nœuds. Il faudra bien finir par s'avouer que demain n'existe
pas. Il n'y a que comme ça que nous pourrons vivre libres.
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