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Histoire à Dormir Debout

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Les aventures d'un jeune allumeur de réverbères amoureux de la Lune.

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Publié le 21 juillet 2011
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Langue Français

Extrait

Histoire à dormir debout
Il était une fois un allumeur de réverbères. Chaque jour, à la tombée de la nuit,
il passait dans la Ville et allumait, un à un, les réverbères aux coins des rues.
Ce faisant, il observait le ciel et toujours s'émerveillait qu'en même temps que
ses réverbères, de petites lumières s'allument là-haut. Il était naïf, avait de
l'imagination et aimait chanter, aussi chaque soir il inventait un nouvel air et
donnait une nouvelle raison à la présence de ces lumières mystérieuses. Parfois,
il s'imaginait que le ciel était une grande étendue d'eau sombre dans laquelle se
reflétaient ses réverbères. Parfois, il chantait la vie des réverbères célestes et de
leur allumeur à eux. Parfois, s'il était triste, il attribuait à chaque lumière un
amour impossible, un coeur brisé ou une mort tragique.
Toute la Ville écoutait ses chants. Les enfants du Bout, où il passait en dernier,
suppliaient chaque soir leurs parents d'attendre l'Allumeur pour aller se coucher,
car s'ils ne l'entendaient pas ils ne pourraient pas dormir. Bientôt, même les
adultes se mirent à croire que sans lui, personne ne trouverait le sommeil. L'on
y crut si fort que cela devint vrai : sans le Poète des Réverbères (car c'est ainsi
qu'on l'appelait) pas une âme ne sentait la fatigue dans toute la ville.
Mais le Poète, absorbé qu'il était par le mystère des lumières célestes, ne
remarquait rien et allumait les réverbères en se demandant ce qui pouvait bien
se passer là-haut.
Un jour, il vit une lumière qui surpassait toutes les autres en taille et en beauté.
Stupéfait, il s'interrompit en plein chant et fixa bouche bée la nouvelle arrivante.
Elle était diaphane, parfaite, magnifique, et elle courait dans le ciel avec tant de
grâce qu'une ballerine en eût pleuré d'envie. Il eu envie de lui parler, car au fond
de son être il savait qu'elle était bien plus qu'un réverbère, alors il se lança à sa
poursuite.
Dans les maisons, on se demanda ce qui avait bien pu se passer : pourquoi le
Poète ne chantait-il plus, tout à coup ? On passa la tête par la fenêtre, mais il n'y
avait plus que son allumoir, abandonné à terre : il suivait la grosse lumière.
La panique se propagea alors dans la ville, vite suivie du désespoir : comment
ferait-on pour dormir, sans le Poète des Réverbères et ses chants magiques ?
Cette nuit-là, naturellement, personne ne ferma l'oeil. Un mince espoir
subsistait que le Poète revienne au petit matin, quand les lumières célestes
auraient disparues, mais il n'en fut pas ainsi. Il courait si vite qu'il restait
toujours là où il faisait nuit, et voyait donc toujours la belle lumière, et il ne
pouvait pas s'en détacher car plus il la poursuivait, plus il l'aimait. Mais il ne se
rapprochait jamais d'elle, car elle courait aussi vite que lui.
Dans la ville, la situation était désespérée : on tombait de fatigue mais on ne
pouvait pas s'endormir. Finalement, en désespoir de cause, on trouva une
solution : à l'heure de dormir, on se frotterait du sable sur les paupières, pour
que celles-ci se ferment et qu'on puisse enfin trouver le sommeil ! Cela se
révéla efficace, si bien qu'on demanda au petit frère de l'Allumeur d'accomplir
cette nouvelle tâche. Mais le remplaçant de fortune ne chantait pas, ne parlait
pas et était âpre et désagréable, comme un vendeur de rue. Pour cela, on le
surnomma bien vite le Marchand de Sable.
Un an fut bientôt passé, et tout allait bien dans la Ville : tout le monde dormait
la nuit, tout le monde était frais le jour.
Et puis arriva un matin un étranger qui semblait familier. On s'attroupa autour
de lui et il se mit à chanter :
Petite lumière, tout là haut
Qui brille et me titille,
Qui es tu, qui es tu donc
Que fais-tu dans le ciel la nuit ?
Peut-être n'est tu qu'un réverbère
Comme ceux-ci que j'allume sur Terre ?
Peut-être as-tu ton allumeur,
Qui me ressemble un peu de coeur ?
Peut-être se demande-t-il aussi
Ce que je fais et qui je suis,
Et quels sont ces petites lumières
Que j'allume la nuit dans son ciel ?
Alors tout le monde sut : c'était le Poète des Réverbères.
Mais Poète, où étais-tu donc tout ce temps ? Pourquoi es-tu parti ? Cria
quelqu'un.
- Je suis tombé amoureux, répondit-il doucement.
- Amoureux, c'est merveilleux ! Déclara la foule, d'une seule voix. Mais qui est-
elle, où est-elle ?
- Je l'ai poursuivie jusqu'au bout du monde, mais en vain .. Elle ne m'aime pas
Alors la foule ne dit plus rien, et ils furent très triste pour lui. Mais il ne pouvait
pas reprendre son ancien travail : le Marchand de Sable était trop nécessaire
pour qu'on s'en débarrasse.
Le Poète devint berger. Il gardait les moutons dans les champs et les protégeait
des loups, du soir jusqu'au matin. Il restait allongé, à observer le ciel et les
lumières, et la plus belle de toutes qu'il aimait toujours autant. Il lui chantait de
nouvelles chansons, plus tristes, plus graves, mais aussi plus belles.
Chère lumière, du fond de ton édredon
Céleste, entends ma voix je t'en prie
Entends ma voix qui te supplie,
Et sors ton nez si mignon, et me réponds,
Car ma vie sans toi, O Beauté du Ciel
N'est qu'amertume, n'a plus de miel
Ni de douceur, ni de bonté ;
Vivre, sans toi, n'est pas assez,
Descends et apaise ma douleur
O toi qui règne sur mon coeur…
Et un soir qu'il s'endormit en chantant, la mélodie monta jusqu'à la lumière qui
ne l'avait jamais encore entendue et qui soupirait de solitude. Elle fut émue aux
larmes devant la tristesse et l'amour qui lui parvenaient. Se penchant un peu,
elle vit le Poète allongé dans un pâturage, et tout de suite l'aima tant il était
beau. Elle descendit à lui sur de petits rayons tout doux, s'allongea à ses côtés et
chuchota doucement :
- Qui es-tu, O toi qui chantes si bien ?
Le Poète s'éveilla et, percevant la présence lumineuse, fut rempli de joie.
- Je suis Endymion le berger.
- Et ton chant si doux et si triste, à qui s'adresse-t-il ?
- À toi.
Le silence tomba tandis qu'elle se pelotonnait dans ses bras. Mais il devait
savoir :
- Dis-moi, tu n'es pas un réverbère, je le sais ; mais qui es-tu ?
- Je suis la Lune, qui éclaire la Terre quand le soleil se repose.
- Je t'ai pourchassé si longtemps, et toujours tu t'enfuyais ..
- Je n'avais jamais entendu tes chants. C'est si haut, là où je vis... Mais
maintenant je suis là.
- Plus pour longtemps, répondit Endymion en désignant l'Est, où s'annonçait
l'aube.
- Je reviendrai demain, promit-elle.
- Non ! Ne pars pas, ne pars jamais..
Alors la Lune se pencha sur ses paupières et souffla, et il sortit de son corps, qui
resta endormi dans le pré. Il devint un rayon de lumière et retourna aux cieux
avec sa bien-aimée, où il se chargea d'allumer, chaque soir, les réverbères qu'on
nomme étoiles et qui ont inspiré plus d'un allumeur de réverbères depuis…
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