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Extrait de "Le Chardonneret" - Donna Tartt

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Description

Qui est Theo ? Que lui est-il arrivé à New York pour qu'il soit aujourd'hui, quatorze ans plus tard, cloîtré dans une chambre d'hôtel à Amsterdam comme une bête traquée ? Qu'est devenu le jeune garçon de treize ans qui visitait des musées avec sa mère et menait une vie de collégien ordinaire ? D'où vient cette toile de maître, Le Chardonneret, qu'il transporte partout avec lui ? À la fois roman d'initiation à la Dickens et thriller éminemment moderne, fouillant les angoisses, les peurs et les vices de l'Amérique contemporaine, Le Chardonneret laisse le lecteur essoufflé, ébloui et encore une fois conquis par le talent hors du commun de Donna Tartt.

Informations

Publié par
Publié le 23 mai 2014
Nombre de lectures 10 143
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Extrait

Donna Tartt
Le chardonneret
Traduit de l’anglais (ÉtatsUnis) par Édith Soonckindt
FEUX CROISÉS PLON
Pour Maman. Pour Claude.
I
L’absurde ne délivre pas, il lie. A C LBERT AMUS
1
Jeune homme au crâne
I
J’étais encore à Amsterdam lorsque j’ai rêvé de ma mère pour la première fois depuis des années. J’étais enfermé dans ma chambre d’hôtel depuis plus d’une semaine, craignant de téléphoner à qui conque ou même de sortir; mon cur s’emballait et s’agitait aux bruits les plus innocents : la sonnette de l’ascenseur, le cliquetis du chariot de minibar, jusqu’aux cloches des églises, la Westertoren, le Krijtberg, sonnant les heures, le liséré sombre de leurs résonances métalliques, incrusté d’une sinistre prophétie digne d’un conte de fées. Pendant la journée je restais assis au pied du lit et me forçais à décrypter les informations en néerlandais à la télévision (effort voué à l’échec puisque je ne connaissais pas un traître mot de cette langue), et, quand j’abandonnais, je m’asseyais près de la fenêtre et fixais le canal, mon pardessus en poil de chameau jeté sur les épaules  j’avais quitté New York à la hâte et les vêtements que j’avais emportés n’étaient pas assez chauds, même à l’intérieur. Audehors tout n’était qu’effervescentes réjouissances. C’était la période de Noël et des lumières clignotaient sur les ponts du canal le soir ;desdamenet desherrenaux joues rouges roulaient en ferraillant sur les pavés, leurs écharpes volant dans le vent glacial, des sapins arrimés sur le portebagages de leurs vélos. L’aprèsmidi, un orchestre amateur jouait des chants de Noël qui flottaient, minuscules et fra giles, dans l’air hivernal. Les plateaux chaotiques du service en chambre; trop de cigarettes; la vodka tiède du duty free. Durant ces journées agitées et confinées, 11
j’en suis venu à connaître le moindre centimètre de la chambre, tout comme un prisonnier en vient à connaître sa cellule. C’était ma pre mière fois à Amsterdam; je n’avais pratiquement rien vu de la ville et pourtant la chambre ellemême, avec sa beauté austère, emplie de courants d’air et briquée par le soleil, me donnait une impression aiguë d’Europe du Nord ; on aurait cru un modèle réduit des PaysBas : probité chaulée et protestante, mélangée au luxe grand teint des navires marchands en provenance de l’Est. Je passais un temps considérable à détailler deux minuscules peintures à l’huile dans des cadres dorés accrochées audessus du bureau, l’une représentant des paysans patinant sur un étang gelé près d’une église, l’autre des bateaux à voile fendant une mer hivernale houleuse : il s’agissait de reproductions décoratives, rien de spécial, même si je les étudiais comme si elles contenaient, de manière cryptée, la clé susceptible d’ouvrir le cur secret des anciens maîtres flamands. À l’extérieur, de la neige fondue tapotait les carreaux et pleuvinait sur le canal; en dépit des brocarts somptueux et de la moquette moelleuse, la lumière hivernale charriait néanmoins le souffle froid d’une année 1943 faite de privations et d’austérité, de thé sans saveur ni sucre et de ventre vide au coucher. Tôt chaque matin, et alors que dehors il faisait encore noir, je descendais à pied au rezdechaussée chercher les journaux avant que d’autres employés prennent leur service et que le hall commence à se remplir. Le personnel de l’hôtel se déplaçait sans bruit et en chuchotant, leurs regards glissant sur moi comme s’ils ne me voyaient pas vraiment, moi l’Américain de la 27 qui ne sortais jamais pendant la journée; je tentais de me rassurer en me disant que le responsable de nuit (costume sombre, cheveux en brosse, lunettes en écaille) ferait probablement son maximum pour prévenir tout problème ou éviter une histoire, ce qui était un peu rassurant au vu des circonstances. Les nouvelles duHerald Tribunen’offraient aucun éclairage sur ma situation, mais l’info était partout dans les journaux néerlandais, blocs denses de caractères étrangers suspendus de manière énigmatique et échappant à ma compréhension.Onopgeloste moord. Onbekende.Je remontais à l’étage et me remettais au lit (tout habillé tant il faisait froid dans la chambre), puis j’étalais les journaux sur le dessusdelit : photos de voitures de police, rubans délimitant la scène de crime, les légendes aussi étaient impossibles à déchiffrer, et, même si je n’y lisais pas mon nom, il était impossible de savoir si elles dressaient un portrait de ma personne ou si elles tenaient ces renseignements secrets. La chambre. Le radiateur.Een Amerikaan met een strafblad. L’eau vert olive du canal. 12
Parce que j’étais gelé, malade, et la plupart du temps désuvré (tout comme j’avais oublié de prendre des vêtements chauds, je n’avais emporté aucun livre), je passais l’essentiel de la journée au lit. La nuit semblait tomber au milieu de l’aprèsmidi. Je m’endormais souvent pour me réveiller à intervalles réguliers  dans le froissement des journaux en désordre et la plupart de mes rêves étaient troublés par cette même angoisse floue qui infiltrait ensuite mes heures de veille : procès, bagages éventrés sur le tarmac, mes vêtements éparpillés par tout et des couloirs d’aéroport sans fin où je courais vers des avions  sachant que je n’arriverais jamais à les prendre. La fièvre me causait quantité de rêves bizarres et des plus colorés, émaillés de suées où je me débattais en tous sens sans la moindre notion de l’heure, mais lors de la dernière et pire de ces nuits je vis ma mère, dans un rêve bref et mystérieux qui me fit davantage l’impres sion d’une visite surnaturelle. J’étais dans la boutique de Hobie  ou, pour être plus précis, dans un espace onirique hanté censé figurer une version sommaire de la boutique  lorsqu’elle est apparue tout à coup derrière moi, surgissant dans le reflet que me renvoyait un miroir. Son image me paralysa de bonheur; c’était elle jusqu’au plus infime détail et jusqu’au dessin de ses taches de rousseur; elle me souriait, plus belle et sans une ride, avec ses cheveux noirs et la drôle de manière qu’avait sa bouche de se relever vers le haut. Il ne s’agissait pas tant d’un rêve que d’une présence emplissant toute la pièce : une force bien à elle, une altérité vivante. Et j’avais beau le souhaiter de toutes mes forces, je savais qu’il m’était impossible de me retourner, que la regarder directement signifiait violer les lois de son monde et du mien ; elle était venue à moi de la seule manière qu’elle connaissait, et nos yeux se croisèrent dans le miroir pendant un long moment immobile; mais juste au moment où elle semblait sur le point de parler  avec ce qui semblait être un mélange d’amusement, d’affection et d’exaspéra tion  une vapeur ondula entre nous et je me réveillai.
II
Les événements auraient mieux tourné si elle était restée en vie. En fait, elle est morte quand j’étais enfant; et bien que tout ce qui m’est arrivé depuis lors soit ma faute, à moi seul, toujours estil que, lorsque je l’ai perdue, j’ai perdu tout repère qui aurait pu me conduire vers un endroit plus heureux, vers une vie moins solitaire ou plus agréable. Sa mort est la ligne de démarcation entre avant et après. Et même si c’est triste à admettre après tant d’années, je n’ai jamais rencontré 13
personne qui m’ait autant donné le sentiment d’être aimé. En sa pré sence, tout prenait vie; elle projetait autour d’elle une lumière théâ trale enchantée, si bien qu’à travers ses yeux le monde se parait de couleurs éclatantes  je me souviens, quelques semaines avant sa mort, d’un dîner tardif avec elle dans un restaurant italien de Greenwich Village, et comment elle avait agrippé ma manche alors qu’elle contemplait le spectacle presque douloureusement beau d’un gâteau d’anniversaire hérissé de bougies traversant la salle et dont les flammes tremblotantes formaient un cercle lumineux, flottant sur le plafond sombre, puis le gâteau resplendissant avait été déposé au milieu du cercle de famille et le visage d’une vieille dame était devenu béat tandis que des sourires jaillissaient tout autour d’elle et que les serveurs reculaient, les mains dans le dos  un repas d’anniversaire ordinaire comme on peut en voir dans n’importe quel restaurant fami lial de Manhattan, et je suis sûr que je ne m’en souviendrais même pas si elle n’était pas décédée si peu de temps après, ce qui fait que j’y ai repensé encore et encore après sa mort, et que j’y repenserai sans doute toute ma vie : ce cercle éclairé par les bougies, tableau vivant du bonheur quotidien et ordinaire qui s’est envolé quand je l’ai perdue. Et puis elle était belle. C’est presque secondaire; mais toujours estil qu’elle l’était. Quand elle a débarqué du Kansas à New York, elle a travaillé à mitemps comme mannequin, sauf qu’elle était trop mal à l’aise devant l’objectif pour exceller dans ce métier; ses atouts ne s’imprimaient pas sur la pellicule. Pourtant, elle était totalement ellemême : unique. Je n’ai pas le sou venir d’avoir jamais vu une seule autre personne qui lui ressemble. Elle avait des cheveux noirs, une peau claire qui s’ornait de taches de rousseur en été, des yeux bleus translucides et très lumineux; dans la barre oblique de ses pommettes il y avait un mélange excen trique de tribal et de crépuscule celtique, au point que les gens la pre naient parfois pour une Islandaise. En fait, elle était moitié irlandaise, moitié cherokee et venait d’une ville du Kansas près de la frontière avec l’Oklahoma; elle aimait me faire rire en se traitant de « plouc de l’Oklahoma » alors qu’elle était aussi racée, nerveuse et stylée qu’un cheval de course. Ce tempérament exotique ressort malheureusement de manière un peu trop sévère et ingrate sur les photos  ses taches de rousseur cachées par le maquillage, ses cheveux tirés en arrière sur la nuque en queuedecheval à la manière de quelque noble dansLe Dit du Genji sans que sa chaleur transparaisse le moins du monde, cette qualité joyeuse et imprévisible qui était ce que je préférais en elle. À voir comme elle se tient immobile sur les photos, il est clair qu’elle ne faisait pas du tout confiance à l’objectif ; elle a l’air vigilant du tigre qui 14
se cuirasse en vue de l’attaque. Dans la vie, elle n’était pas comme cela. Elle bougeait avec une rapidité saisissante, ses gestes étaient spontanés et légers, et elle était toujours perchée au bord de sa chaise, tel un oiseau des marécages long et élégant sur le point de s’envoler au moindre tressaillement. J’adorais son parfum au santal, âpre et inattendu, tout comme j’adorais le bruissement de son chemisier ami donné lorsqu’elle fondait sur moi pour m’embrasser sur le front. À lui seul, son rire suffisait à vous donner envie d’envoyer balader ce que vous faisiez pour la suivre dans la rue. Partout où elle allait les hommes la regardaient du coin de l’il, parfois d’une manière qui me déran geait un peu. Elle est morte par ma faute. Les autres ont toujours été un peu trop prompts à affirmer que non ; oui,ce n’est qu’un enfant, qui l’aurait cru, un terrible accident, quel manque de chance, ça aurait pu arriver à n’importe qui tout cela est tout à fait vrai et en même temps je n’en crois pas un traître mot. Ça s’est passé à New York le 10 avril, il y a quatorze ans. (Même ma main se dérobe en notant la date; j’ai dû appuyer pour l’écrire, juste pour que le stylo continue de courir sur le papier. Autrefois ce jour était tout à fait comme les autres, maintenant il ressort sur le calendrier tel un clou rouillé.) Si la journée s’était déroulée comme prévu, elle se serait fanée dans le ciel sans laisser de trace, avalée incognito en même temps que le restant de mon année de quatrième. J’en retiendrais quoi aujourd’hui? Peu de choses, voire rien. Mais bien sûr la texture de cette matinée est plus claire que le présent, jusqu’à la sensation trempée et mouillée qui émanait de l’air. Il avait plu durant la nuit, un terrible orage, les magasins étaient inondés et plusieurs stations de métro étaient fer mées ;nous étions tous deux plantés sur le tapis spongieux devant notre immeuble tandis que Goldie, son portier favori qui l’adorait, e avançait à reculons le long de la 57Rue avec le bras levé et sifflait pour arrêter un taxi. Les voitures passaient en trombe sous des gerbes d’eau sale; des nuages gorgés de pluie culbutaient bien audessus des gratteciel, s’ouvrant d’un souffle pour se transformer en pans de ciel bleu tandis que tout en bas, dans la rue, sous les gaz d’échappement, le vent offrait une sensation printanière humide et douce. « Ah, il est pris, chère madame », lança Goldie avec le grondement de la rue en fond sonore, s’écartant tandis qu’un taxi tournait au coin avec force éclaboussures et éteignait son voyant lumineux. C’était le moins grand des portiers : un petit bonhomme blême, mince et plein de vie, un Portoricain à la peau claire, ancien boxeur poids plume. Bien que l’alcool lui vaille un visage boursouflé (parfois il arrivait pour 15
sa veille de nuit en sentant le J&B), il était néanmoins maigre et nerveux, musclé et rapide, toujours le mot pour rire, en perpétuelle pausecigarette au coin de la rue, se balançant d’un pied sur l’autre et soufflant sur ses mains gantées de blanc quand il faisait froid, racon tant des blagues en espagnol et faisant éclater de rire les autres portiers. « Vous êtes très pressée ce matin? » demandatil à ma mère. Son badge annonçait un BURTD., mais tout le monde l’appelait Goldie à cause de sa dent en or et de son nom de famille, de Oro, qui voulait dire « or » en espagnol. « Non, pas du tout, pas de souci. » Elle avait l’air épuisée pourtant, et ses mains tremblaient en renouant son foulard qui s’était soudain défait et flottait au vent. Goldie avait dû le remarquer, parce qu’il jeta un coup d’il vers moi (appuyé, l’air évasif, contre la jardinière en ciment devant l’immeuble, je regardais partout sauf vers elle) avec un air de légère désapprobation. « Vous ne prenez pas le métro? me lançatil.  Oh,on doit faire des courses », répondit ma mère sans grande conviction lorsqu’elle se rendit compte que je ne savais pas quoi dire. D’ordinaire je ne faisais pas grand cas de ses vêtements, mais ce qu’elle portait ce matinlà (un imperméable blanc, un foulard rose vaporeux, des mocassins bicolores blanc et noir) est gravé avec une telle force dans ma mémoire qu’il m’est difficile à présent de me souvenir d’elle dans une autre tenue. J’avais treize ans. Je déteste me souvenir de notre maladresse l’un envers l’autre lors de cette dernière matinée où nous étions tendus au point que le portier le remarque; à n’importe quel autre moment nous aurions discuté de manière plutôt aimable, mais ce matinlà nous n’avions pas grandchose à nous dire car j’avais été temporairement exclu du collège. Ils l’avaient appelée à son bureau la veille et elle était rentrée à la maison silencieuse et furieuse; le plus terrible était que je ne savais même pas pourquoi j’avais été exclu, tout en étant sûr à soixantequinze pour cent que Mr. Beeman (en chemin entre son bureau et la salle des profs) avait regardé par la fenêtre sur le palier du deuxième étage juste au mauvais moment et m’avait vu fumer dans l’enceinte du collège. (Ou, plutôt, m’avait vu traîner avec Tom Cable pendant queluifumait, ce qui, dans mon établissement, était une infraction quasiment équivalente.) Ma mère détestait la cigarette. Ses parents  dont j’adorais entendre les histoires, et qui étaient décédés trop tôt pour que j’aie la chance de les connaître  étaient des entraî neurs de chevaux affables qui sillonnaient l’ouest du pays et gagnaient leur vie en élevant des chevaux de la race Morgan : bons vivants, 16
amateurs de cocktails et joueurs de canasta, ils assistaient chaque année au Derby du Kentucky et laissaient traîner, disséminés dans la maison, des étuis à cigarettes argentés. Puis un beau jour, à son retour des écuries, ma grandmère s’est pliée en deux et s’est mise à tousser du sang; le reste de l’adolescence de ma mère s’est déroulé avec des bonbonnes d’oxygène sous la véranda de devant et les stores de la chambre baissés. Mais  ainsi que je le craignais, et non sans raison  la cigarette de Tom n’était que la partie émergée de l’iceberg. Cela faisait quelque temps que j’avais des ennuis au collège. Tout avait commencé ou, plutôt, les problèmes s’étaient enchaînés, lorsque mon père était parti et nous avait laissés en plan, ma mère et moi, quelques mois aupara vant ;nous ne l’avions jamais beaucoup aimé, et ma mère et moi étions dans l’ensemble bien plus heureux sans lui, mais d’autres per sonnes avaient semblé choquées et affligées de la façon abrupte dont il nous avait abandonnés (sans argent ni pension alimentaire, et sans laisser d’adresse non plus), et les profs de mon collège de l’Upper West Side m’avaient tellement plaint, s’étaient montrés si soucieux de m’accorder leur compréhension et leur soutien qu’ils m’avaient offert  à moi qui étais déjà boursier  toutes sortes d’allocations spéciales, de délais et d’échéances supplémentaires, relâchant leur sévérité pen dant plusieurs mois, jusqu’à ce que je réussisse à m’enfoncer dans un trou très profond. C’est alors que ma mère et moi avions tous deux été convoqués par le collège. Le rendezvous n’était qu’à onze heures trente, mais, comme ma mère avait dû poser sa matinée, nous étions partis tôt pour le West Side afin d’y prendre le petit déjeuner (et, je savais que je n’y couperais pas, d’avoir une sérieuse conversation) et aussi pour qu’elle puisse acheter un cadeau d’anniversaire à une de ses collègues. Elle avait veillé jusqu’à deux heures et demie la nuit précédente, le visage tendu à la lueur de l’ordinateur pour rédiger des emails et essayer de s’avancer en prévision de son absence au bureau. « Jene sais pas vous, lança Goldie à ma mère sur un ton plutôt féroce, mais moi je dis que ça commence à bien faire, tout ce prin temps et cette humidité. De la pluie, et encore de la pluie.» Il frissonna, referma son col d’un geste théâtral et jeta un coup d’il vers le ciel. « Je crois que ça doit se lever cet aprèsmidi.  Oui,je sais, mais moi je suis prêt pourl’étéIl se frotta les. » mains. «Les gens quittent la ville, ils détestent, se plaignent de la chaleur, mais moi, moi je suis un oiseau des îles. Plus il fait chaud et mieux je me porte. Vivement l’été! »Le voilà qui applaudissait en descendant la rue à reculons. « Et je vais vous dire ce que j’adore, le 17
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