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Description

" Chers lecteurs,

Si vous avez aimez l'univers d'Oregon, je vous propose de retrouver Kay et Jim aux prises avec Edward, leur premier stagiaire dans une nouvelle qui prolonge le voyage dans la Haute vallée de l'Umpqua.
Bonne lecture et respirez bien l'air des montagnes! "

Catherine Calvel.

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Publié par
Publié le 09 juin 2015
Nombre de lectures 7
Langue Français

Extrait

EDWARD
Edward avait balancé toutes ses maigres possessions dans son sac et avait tourné le
dos au foyer sans un regard en arrière. Il y avait séjourné pendant 18 mois, un record
dans sa jeune carrière. Cette fois-ci, il sentait bien qu'une sacrée chance se présentait à
lui: la première, de passer un mois dans un endroit sympa tranquille et la seconde, la
possibilité de monter à cheval. Son rêve, le seul l'unique rêve quand il eut abandonné
celui de retourner vivre chez ses parents. De toute façon, ses vieux, chaque fois qu'il les
appelait, ils reconnaissaient le numéro du foyer et refusaient de répondre. Faut dire
qu'ils les avait fait tourner méchamment en bourrique. Il avait même été trop loin mais
son vieux avait qu'à pas lui flanquer des tournées à lui décoller les oreilles. Finalement,
ils lui manquaient pas tant que ça, ses vieux.
Ed était incapable d'anticiper sur une longueur de temps au-delà d'une semaine voire
deux, alors un mois pour lui c'était l'éternité. Après ? On verrait. Il grimpa comme un
chef d'état en visite dans la voiture de Mouna et quand il claqua la portière, il mit aussi
une conclusion aux derniers mois de sa vie, sans se poser la moindre question sur son
nouvel univers.
Kyle Powers, le Patrouilleur, se retourna: « Ça va mon gars ? ». Il les appelait « mon
gars » ou bien « fiston », quel croulant. Mais Ed conserva par devers lui ses remarques
sur le vocabulaire démodé de Kyle Powers, d'ailleurs lui-même se savait en retard par
rapport aux gars de Portland. Sans parler de la Californie ou de New York.
Il se contenta d'un « Oui, m'sieur » bref et peu compromettant.
Mouna conduisait. Ses cheveux, aujourd'hui, étaient serrés sur sa tête en dizaines de
tresses qui lui tiraient les tempes et devaient lui donner un mal de tête du tonnerre.
Kyle Powers portait ses pantalons bruns, ses rangers, et un de ses polos kaki. Genre
armée. Ed cliqua sa ceinture, et renversa sa tête contre l'appui-tête. Il avait bien
l'intention de suivre toutes les consignes de sécurité pour arriver à la ferme. Après, il
envisagerait. Selon.
On était le 1O juillet, il faisait beau. La route défilait à vitesse régulière. Le gamin
sombra dans le sommeil au bout de vingt minutes. Il avait vécu ces derniers jours dans
un grand état d'énervement et il avait peu dormi.
Dans l'habitacle, le ronronnement du moteur faisait office de bruit de fond. Par les
vitres entrouvertes, le vent s'engouffrait et faisait cliqueter les petits pendentifs de
perles accrochés au rétroviseur.
Kyle vérifia d'un coup d'œil que le gosse dormait.
- Vous croyez qu'il va tenir le choc?
Mouna haussa les épaules:
- Il va tenter de passer les limites, c'est sûr. Mais il sera tout seul là haut, pas de copains. Pas de téléphone. A mon avis, il va se sentir très surveillé. Je ne dis pas qu'il
ne va pas chaparder deux trois bricoles et tenter d'échapper au travail, mais je pense
que la récompense des chevaux sera suffisante. Il ne faudra pas qu'ils hésitent à le
sanctionner. Le priver de cheval sera la meilleure des menaces et encore meilleure si
cela lui arrive une fois ou deux.
- J'en parlerai à Jim et à Kay.
- Vous avez les conventions et son programme scolaire pour le mois? demanda Mouna.
- Oui. J'espère que Ed tiendra ses promesses, parce que sinon nous ne pourrons pas
réitérer l'opération avec d'autres que lui. La fondation ne nous ouvrira plus de crédit et
le juge nous enverra promener, répondit Kyle. Arracher des crédits aux organismes
officiels, au conseil d'administration de la fondation occupait une grande partie de son
temps.
- Je pense que c'est avec lui que nous avons nos meilleures chances d'ouvrir le
programme dans de bonnes conditions et de le poursuivre. On va bien le surveiller.
Ed ne se doutait pas de tous les espoirs qui reposaient sur sa tête d'écureuil. S'il l'avait
su, il se serait pris pour l'empereur de Chine. Son séjour à Wasserfall devait en premier
lieu tenter de le rendre plus modeste en lui accordant une vraie place dans un groupe
d'adultes, une place d'enfant.
Ils firent une pause à Roseburg, achetèrent des sandwichs et un dernier Coca pour Ed.
Là-haut, il serait à l'eau fraîche et au sirop de framboises! Mouna prit de l'essence. Et
entama la dernière partie du voyage. Elle était franchement curieuse de monter à
Wasserfall. Depuis des années, elle travaillait avec Kay mais elle ne la côtoyait que
dans le cadre du centre, elle ne l'imaginait pas vivant dans une ferme, perdue au fond
d'une vallée.
Ed lui avait fait tout un tintouin après avoir vu l'exposition: et les chevaux, et la ferme,
et le camion... Elle en avait les oreilles rebattues. Le mouflet ne se doutait pas de ce qui
l'attendait: seul, paumé au milieu des vaches, sans ses activités habituelles, ses potes et
ses cigarettes. Elle en riait d'avance et souhaitait de tout son cœur que «ça» marche
pour Ed. Elle en aurait même fait une petite prière, mais bon fallait pas exagérer. Dans
le temps, Mouna avait été une de ces gosses là.
Kyle conduisait maintenant, le coude appuyé sur la portière. Mouna trouvait que le
boss se la jouait souvent: genre ancien marine décontracté mais musclé. Tiens, là par
exemple: il conduisait, les jambes décontractées, mâchant un chewing-gum, ses
lunettes de soleil opaques lui donnaient un air menaçant, les muscles souples sous la
peau sombre mais visiblement en état de fonctionner.
En fait, Mouna lui pardonnait facilement ses petits défauts tout comme il passait sur
ses coiffures afro, ses cheveux hérissés un jour, tressés le lendemain, ses jeans
moulants et ses rangers masculins. Mouna connaissait les limites. Maintenant.
Kyle conduisait et il se disait qu'ils allaient faire sensation en traversant la vallée, bien
joli si on ne les arrêtait pas deux ou trois fois en route. Discrètement, il avait demandé
à Jim d'avertir Tom, le représentant de la loi sur place de leur arrivée. On ne savait
jamais. La décontraction de Kyle, si elle n'était pas feinte, lui servait de bouclier.
Ils traversèrent Umpqua Station sans encombre. Ed, ouvrant un œil, eut le temps de se
rendre compte qu'il n'y aurait pas trop de ressources de ce côté-là, et se servant de
l'itinéraire que Jim leur avait tracé, ils montèrent à Wasserfall. Il était environ 4
heures de l'après-midi. La maison, les prés flambaient sous le soleil. Des chevaux
s'approchèrent des barrières, deux camions manœuvraient dans la cour. Ed
écarquillait les yeux: exactement ce dont il avait rêvé se produisait sous ses yeux. Des chevaux venaient à sa rencontre, ils avaient sûrement deviné son arrivée, des tas de
trucs intéressants avaient l'air de se passer. Et la maison.....Ed était trop jeune pour
être doté d'une culture western, mais il avait quand même quelques notions. Kyle
réussit à garer la voiture en faisant un élégant demi-tour dans la cour. Ed passa le nez
au dehors, embrumé de sommeil.
Et les chiens sortirent de divers endroits, au moins quatre ou cinq. Des chevaux, des
chiens, mieux que le meilleur de ses rêves. Ed se voyait plutôt en dresseur de tigres
mais là, dresseur de chevaux et de chiens, ça faisait.
Le garçon ouvrit la portière et reçu un des labradors sur l'estomac. C'était le plus vieux
de la bande. Il adorait les gosses et quand il en voyait un, il en faisait son cou-couche
panier. Ed entoura de ses bras maigres le cou du chien, poilu, rond comme un
tonneau. Et ils restèrent sans bouger, la truffe du chien contre le nez du gosse et
l'haleine chaude de Chef sur les joues.
- Bon, tu comptes camper là.
Kyle se tenait accoudé à la portière, les lunettes au bout du nez. «Descends donc voir,
fiston. T'auras moins chaud.»
Jim siffla le chien qui descendit lourdement des genoux du garçon et l'attendit assis
par terre devant la voiture.
Ed appliqua la règle n°1: il obéit et offrit son plus beau sourire, honnête et franc. Il le
réussissait fort bien grâce à un entraînement intensif devant un miroir.
De toute façon, le grand chien le protègerait, il le sentait. Il mit un pied à terre, le
labrador collé à ses mollets.
Les deux camions manœuvraient toujours à l'entrée de la cour, le long des rangées de
grumes. Le bruit des moteurs empêcha

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