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Demain n'existe pas: Le traumatisme du déménagement

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Description

Réflexions étudiantes et anti-demainistes sur le déménagement

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Publié par
Publié le 28 mai 2011
Nombre de lectures 1 423
Langue Français

Extrait

Demain n'existe pas : Traumatisme du déménagement
Tancrède Bouglé
Quand on est étudiant vient toujours un moment où on doit finir par déménager, changer
de ville, changer d'orientation. On a du mal à s'imaginer à quel point c'est effrayant tant
qu'on ne le vit pas. Le point culminant de ce changement est le déménagement en lui-
même. Sur quelques jours l'endroit où vous avez passé des années va lentement perdre
sa substance pour redevenir ce bloc de papier peints froid que vous aviez eu en arrivant
avant de passer une partie de votre vie à vous l'approprier, une métamorphose à l'envers,
un papillon qui reviendrait à la chenille. Ces quatre (ou plus) murs qui ont accueilli tant de
choses et qui sont si vides à présent qu'on se demande comment ils peuvent tenir debout
si ce n'est par la force des souvenirs de deux ans de vie étudiante. Passer des journées
entières à détruire tout ce qu'on a construit, cette ambiance où ce vieux pull sur une
chaise équilibrait la composition avec cette vieille carte au dessus de là où était le bureau.
Les placards qui il y a encore une semaine étaient remplis de paquets de pâtes sont vides
de tout à part de ces quelques spaghettis laissés là moitié par solidarité pour le prochain
moitié par flemme de les remporter.
Le pire dans tout ça c'est le tri, quoi garder, quoi jeter. C'est affreux, un nombre limité de
cartons, peu de place dans la voiture parentale et une infinité de mémoires à emporter.
C'est vraiment la peine de garder cette place de ciné ? Ce flyer de soirée ? Toutes ces
petites merdes qu'on accumule sans vraiment s'en rendre compte mais qui, plus que le
reste, nous disent qui nous sommes. On doit classifier ce qui devrait être inclassifiable,
intangible. C'est plus que du papier et du plastique que l'on jette, c'est un pan de notre
existence, quelque chose qui ne reviendra jamais. Oui il y aura d'autres expériences
magnifiques, d'autres visages et d'autres lendemains moites et hagards à émerger de la
brume éthylique mais c'est ceux-là que j'ai vécu, je ne peux pas apprécier le bonheur futur
autant que je chéris le bonheur du passé. Il faut faire le deuil pour n'en garder que
l'essentiel. Qu'est-ce qui était dans le personnage temporaire de l'étudiant et qu'est-ce qui
est vraiment moi, l'essence de mon être.
Et puis il y a le reste, tous ce temps passé, ce qui restera dans cet appartement, les
souvenirs que je ne peux pas emporter, une nuit de hasards, des soirées à refaire le
monde avec des gens maintenant partis sur d'autres chemins, les hivers à pester contre la
chaudière en panne ou juste à rester chez soi à regarder des séries tandis que le monde
continue de s'agiter en dehors, tous ces instants tellement, tellement inutiles mais si chers
à nos cœurs, tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue.
Mais chers frères et sœurs sachez que ce n'est pas si grave, que les écailles de la
peinture du radiateur et les accrocs dans le papier peint ne sont que temporaires, futiles,
l'endroit doit continuer de vivre pour faire le bonheur d'autres qui l'apprécieront autant
peut-on espérer, que d'autres en profitent, nous ne faisions que passer. Car le plus
important c'est bien ce qui nous restera comment ce lieu nous a marqué dans ses
avantages et dans ses défauts, aussi chiants soient-ils comme mes plaques de cuisson
jouant à la roulette russe avec les plombs, tout ça continuera de vivre en nous, marquera
nos créations et notre futur n'en sera qu'une extrapolation. Malgré toutes les merdes qui
ont pu m'arriver, malgré ma tristesse d'avoir à le quitter, je tiens quand même à remercier
mon appartement pour tout ce qu'il a pu m'apporter, merci. Sincèrement, merci.
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