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Gide symphonie pastorale

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Extrait

André Gide
LA SYMPHONIE PASTORALE
(1919)
Table des matières
PREMIER CAHIER ..................................................................4 10 février 189. .............................................................................. 5 27 février. ................................................................................... 14 28 fév. ........................................................................................ 23 29 fév. ........................................................................................ 26 8 mars. ....................................................................................... 31 10 mars. ..................................................................................... 39 12 mars....................................................................................... 44 DEUXIÈME CAHIER .............................................................49 25 avril. ...................................................................................... 50 3 mai. ......................................................................................... 52 8 mai. ......................................................................................... 54 10 mai. ....................................................................................... 55 18 mai. .......................................................................................60 19 mai......................................................................................... 64 Nuit du 19 mai. .......................................................................... 65 21 mai......................................................................................... 65 22 mai. ....................................................................................... 66 24 mai. ....................................................................................... 66 27 mai. ....................................................................................... 66 28 mai. ....................................................................................... 67 28 au soir. .................................................................................. 67 29 mai. ....................................................................................... 69 30 mai. ....................................................................................... 73 À propos de cette édition électronique ................................... 75 
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À Jean Schlumberger
PREMIER CAHIER
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10 février 189.
La neige qui na pas cessé de tomber depuis trois jours, bloque les routes. Je nai pu me rendre à R où jai coutume depuis quinze ans de célébrer le culte deux fois par mois. Ce matin trente fidèles seulement se sont rassemblés dans la cha-pelle de La Brévine. Je profiterai des loisirs que me vaut cette claustration for-cée, pour revenir en arrière et raconter comment je fus amené à moccuper de Gertrude. Jai projeté décrire ici tout ce qui concerne la formation et le développement de cette âme pieuse, quil me semble que je nai fait sortir de la nuit que pour ladoration et lamour. Béni soit le Seigneur pour mavoir confié cette tâche. Il y a deux ans et six mois, comme je remontais de la Chaux-de-Fonds, une fillette que je ne connaissais point vint me chercher en toute hâte pour memmener à sept kilomètres de là, auprès dune pauvre vieille qui se mourait. Le cheval nétait pas dételé ; je fis monter lenfant dans la voiture, après mêtre muni dune lanterne, car je pensai ne pas pouvoir être de retour avant la nuit. Je croyais connaître admirablement tous les entours de la commune ; mais passé la ferme de la Saudraie, lenfant me fit prendre une route où jusqualors je ne métais jamais aventuré. Je reconnus pourtant, à deux kilomètres de là, sur la gauche, un petit lac mystérieux où jeune homme javais été quelquefois pa-tiner. Depuis quinze ans je ne lavais plus revu, car aucun devoir pastoral ne mappelle de ce côté ; je naurais plus su dire où il
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était et javais à ce point cessé dy penser quil me sembla, lors-que tout à coup, dans lenchantement rose et doré du soir, je le reconnus, ne lavoir dabord vu quen rêve. La route suivait le cours deau qui sen échappait, coupant lextrémité de la forêt, puis longeant une tourbière. Certaine-ment je nétais jamais venu là. Le soleil se couchait et nous marchions depuis longtemps dans lombre, lorsque enfin ma jeune guide mindiqua du doigt, à flanc de coteau, une chaumière quon eût pu croire inhabitée, sans un mince filet de fumée qui sen échappait, bleuissant dans lombre, puis blondissant dans lor du ciel. Jattachai le cheval à un pommier voisin, puis rejoignis lenfant dans la pièce obscure où la vieille venait de mourir. La gravité du paysage, le silence et la solennité de lheure mavaient transi. Une femme encore jeune était à genoux près du lit. Lenfant, que javais prise pour la petite-fille de la dé-funte, mais qui nétait que sa servante, alluma une chandelle fumeuse, puis se tint immobile au pied du lit. Durant la longue route, javais essayé dengager la conver-sation, mais navais pu tirer delle quatre paroles. La femme agenouillée se releva. Ce nétait pas une parente ainsi que je supposais dabord, mais simplement une voisine, une amie, que la servante avait été chercher lorsquelle vit saffaiblir sa maîtresse, et qui soffrit pour veiller le corps. La vieille, me dit-elle, sétait éteinte sans souffrance. Nous convîn-mes ensemble des dispositions à prendre pour linhumation et la cérémonie funèbre. Comme souvent déjà, dans ce pays perdu, il me fallait tout décider. Jétais quelque peu gêné, je lavoue, de laisser cette maison, si pauvre que fût son apparence, à la seule garde de cette voisine et de cette servante enfant. Toutefois, il ne paraissait guère probable quil y eût dans un recoin de cette
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misérable demeure, quelque trésor caché Et quy pouvais-je faire ? Je demandai néanmoins si la vieille ne laissait aucun hé-ritier. La voisine prit alors la chandelle, quelle dirigea vers un coin du foyer, et je pus distinguer, accroupi dans lâtre, un être incertain, qui paraissait endormi ; lépaisse masse de ses che-veux cachait presque complètement son visage.  Cette fille aveugle ; une nièce, à ce que dit la servante ; cest à quoi la famille se réduit, paraît-il. Il faudra la mettre à lhospice ; sinon je ne sais pas ce quelle pourra devenir. Je moffusquai dentendre ainsi décider de son sort devant elle, soucieux du chagrin que ces brutales paroles pourraient lui causer. Ne la réveillez pas, dis-je doucement, pour inviter la voi-sine, tout au moins, à baisser la voix.  Oh ! je ne pense pas quelle dorme ; mais cest une idiote ; elle ne parle pas et ne comprend rien à ce quon dit. De-puis ce matin que je suis dans la pièce, elle na pour ainsi dire pas bougé. Jai dabord cru quelle était sourde ; la servante pré-tend que non, mais que simplement la vieille, sourde elle-même, ne lui adressait jamais la parole, non plus quà qui-conque, nouvrant plus la bouche depuis longtemps, que pour boire ou manger.  Quel âge a-t-elle ?  Une quinzaine dannées, je suppose ! au reste je nen sais pas plus long que vous Il ne me vint pas aussitôt à lesprit de prendre soin moi-même de cette pauvre abandonnée ; mais après que jeus prié 
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