Le Controle des jeunes deviants , livre ebook

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Les perceptions publiques de la jeunesse semblent se cristalliser autour de deux figures bien distinctes: d’un côté, une jeunesse ordinaire, dont on dit souvent qu’« il faut bien qu’elle se passe ». Elle est certes parfois turbulente, ou même politisée, mais ses désordres semblent transitoires et, du moins aux yeux d’une partie de la société, légitimes. De l’autre côté, une jeunesse menaçante, issue des classes populaires, qui met en échec les instances traditionnelles de socialisation et ne semble répondre qu’aux exigences de la rue, du quartier ou du gang. Si cette seconde figure n’est pas nouvelle, sa perception s’est sensiblement modifiée et le fossé s’est creusé entre les deux polarités. À la représentation des déviances comme des séquences prévisibles et presque inévitables de la vie des jeunes (hommes le plus souvent) d’origine populaire s’est substituée l’image de déviances ancrées, accompagnées de violences incontrôlées, menant de la petite délinquance à la grande criminalité, ou – ultime menace de notre époque – aux radicalisations les plus terrifiantes. Cet ouvrage met en lumière le fonctionnement des dispositifs de contrôle et les processus de typification qui contraignent en partie la jeunesse stigmatisée à ne pouvoir exister qu’à l’intérieur de cadres forgés pour elle. La multiplicité des territoires investigués, de la France au Brésil, en passant par le Québec et les États-Unis, permet de présenter une grande variété de cas et de dégager certaines tendances d’ensemble.
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Date de parution

03 novembre 2015

Nombre de lectures

0

EAN13

9782760634329

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

Sous la direction de Fabien Desage, Nicolas Sallée et Dominique Duprez
LE CONTRÔLE DES JEUNES DÉVIANTS
Les Presses de l’Université de Montréal
Mise en pages: Yolande Martel Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Vedette principale au titre Le contrôle des jeunes déviants (PUM) Textes présentés lors d’un colloque international tenu à Montréal les 27 et 28 septembre 2013. Comprend des références bibliographiques. ISBN 978-2-7606-3430-5 1. Délinquance juvénile – Prévention – Congrès. 2. Jeunes délinquants – Rééducation – Congrès. I. Desage, Fabien. II. Sallée, Nicolas, 1984-. III. Duprez, Dominique. IV. Collection: PUM. HV9058.C66 2013 364.36 C2015-941591-8 Dépôt légal: 4 e trimestre 2015 Bibliothèque et Archives nationales du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal, 2015 www.pum.umontreal.ca ISBN 978-2-7606-3430-5 (papier) ISBN 978-2-7606-3431-2 (PDF) ISBN 978-2-7606-3432-9 (ePub) Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
Remerciements
Cet ouvrage est issu d’un colloque organisé en septembre 2013 à Montréal, dans le cadre du groupe de recherche SPACECONTROL, financé par l’Agence nationale de la recherche (France). Ce colloque, organisé par la Chaire d’études de la France contemporaine du CERIUM, a notamment bénéficié de l’implication et de la compétence d’Adrien Jouan. Nous tenons ici à l’en remercier chaleureusement. Les auteurs tiennent également à remercier Bessie Lecomte pour son professionnalisme et son dévouement dans la relecture des premières versions des textes.
Le contrôle forme les jeunesses
Fabien Desage et Nicolas Sallée
Depuis une vingtaine d’années, dans de nombreux pays occidentaux, certaines des fractions les plus «désaffiliées 1 » de la jeunesse tendent à prendre le visage, dans les médias dominants comme dans l’espace politique, de nouvelles «classes dangereuses» (Chevalier, 1958). Sur fond d’une problématisation conjointe du thème de «l’insécurité» et de celui de «l’intégration» des minorités racisées 2 , se dessinent les contours – discursifs et symboliques – de figures stéréotypées: pour ne nous référer qu’aux trois principaux pays traités dans cet ouvrage, nous pourrions dire qu’à la figure québécoise du jeune Haïtien membre des gangs de rue semble faire écho la figure française du jeune Maghrébin délinquant des cités et celle, brésilienne, du jeune noir criminel des favelas. Plusieurs stéréotypes qui ne se recoupent pas totalement, mais renvoient à des groupes dont la déviance semble étroitement associée à l’âge et à une typification raciale/ethnique. Au point qu’en France, l’expression idiomatique «les jeunes», dans le contexte des quartiers périphériques des grandes villes, fonctionne désormais comme un raccourci (ou un euphémisme) de «jeunes hommes d’origine africaine aux comportements publics déviants».
Si la «jeunesse n’est qu’un mot», pour reprendre les propos célèbres de Pierre Bourdieu en 1978, soulignant par là l’hétérogénéité constitutive de ce groupe et les limites de toute lecture générationnelle du monde social, ses perceptions publiques semblent se cristalliser autour de deux figures bien distinctes: d’un côté, celle d’une jeunesse ordinaire, certes parfois turbulente, inquiétante (et inquiète), ou parfois même politisée (comme l’était la jeunesse québécoise du Printemps érable , en 2012), mais une jeunesse dont les désordres sont perçus comme transitoires et, aux yeux d’une partie au moins de la société, comme légitimes. Une jeunesse dont on dit parfois d’ailleurs, non sans condescendance, qu’«il faut qu’elle se passe»; ce qui, d’un point de vue biologique, ne manque jamais d’arriver. De l’autre côté, la figure d’une jeunesse menaçante, inscrite dans l’espace des classes populaires précarisées, mettant durablement en échec les instances traditionnelles de socialisation pour ne répondre – si l’on en croit de nombreuses interprétations politiques et médiatiques – qu’aux exigences normatives de la rue, du quartier ou du gang (Mucchielli, 2002). Une jeunesse emportée dans la spirale de la violence et de la délinquance, une jeunesse anxiogène (Bonelli, 2010). Si cette seconde figure n’est pas nouvelle, comme en témoigne le traitement médiatique, en France, dans les années 1960, du phénomène des «blousons noirs» (Bantigny, 2007), sa perception s’est sensiblement modifiée et le fossé semble s’être creusé entre les deux polarités esquissées supra 3 . À la représentation des déviances comme séquence prévisible et presque inévitable de la vie des jeunes (hommes le plus souvent) d’origine populaire – fracture dès lors relative et temporaire dans des trajectoires structurées par des devenirs professionnels et familiaux relativement stables et prévisibles – s’est substituée l’image de déviances ancrées, accompagnées de formes de violence incontrôlées, menant de la «petite délinquance» à la grande criminalité, ou, ultime menace de notre époque, aux «radicalisations» les plus terrifiantes 4 .
Interpréter et prévenir les déviances juvéniles
dans un contexte politique et économique marqué par un pessimisme croissant concernant la capacité des États à résoudre les problèmes sociaux et, parmi eux, les problèmes de délinquance et de criminalité juvéniles, ces éléments d’ordre symbolique alimentent une nouvelle «culture du contrôle» (Garland, 2001), mettant à mal la philosophie réhabilitatrice, aux accents paternalistes, qui avait présidé à l’adoption des premières législations spécifiquement dédiées aux mineurs dans la première moitié du XX e siècle – 1908 au Canada, 1912 en France et 1927 au Brésil. Certes, au tournant des années 1970 et 1980, de premières brèches ont été ouvertes au cœur de cette philosophie, quand fut intensément promue, à un niveau international, la thématique relative aux «droits de l’enfant» (Sudan, 1997). Si le légalisme des systèmes de justice des mineurs tendait alors à être renforcé, accompagnant la montée en charge d’une philosophie garantiste (Garapon, 1989), leur vocation fondatrice – et tournée vers la réhabilitation – était néanmoins préservée. Un changement de cap se produit, dans les années 1990, quand la focalisation sur le thème de l’insécurité légitime un renouvellement des interrogations sur ce qui constituait, d’un point de vue juridique, l’envers des «droits»: la responsabilité spécifique applicable aux mineurs (Mucchielli, 2008).
Sur fond d’injonctions à la systématicité des réponses apportées à toute forme «d’incivilités», se serait alors cristallisée, si l’on suit les analyses de David Garland (2001), une double philosophie: «actuarielle» d’un côté, centrée sur la gestion des risques, impliquant jusqu’aux collectivités et aux institutions civiles dans une vaste entreprise de responsabilisation face au crime et à la délinquance; et «punitive» de l’autre, permettant aux États d’affirmer et de réaffirmer leur souveraineté – fragilisée par ailleurs. Si cette double philosophie semble redessiner, à l’échelle mondiale (Muncie, 2005), les modalités de régulation des déviances juvéniles, elle épouse néanmoins des formes différentes selon les espaces nationaux: que l’on pense à la légitimité croissante, au Québec comme dans le reste de l’Amérique du Nord, des programmes de prévention précoce de la délinquance juvénile; à la création de nouveaux dispositifs d’encadrement et d’enfermement des jeunes, qui a redessiné le paysage de la justice des mineurs en France comme dans d’autres pays européens; aux discours politiques sur la «tolérance zéro», particulièrement prégnants en France et au Brésil, mais aussi en Australie, en Allemagne, en Argentine et en Irlande; ou encore au renforcement législatif, en Europe et en Amérique du Nord, de la responsabilité pénale applicable aux mineurs (Bailleau, Cartuyvels et De Fraene, 2009).
Ces reconfigurations et ces inflexions de politiques publiques ne nous disent rien, en soi, des appropriations pratiques et professionnelles spécifiques dont elles sont l’objet, et qui peuvent en moduler les effets 5 – nous y reviendrons infra . On ne saurait cependant en négliger les impacts sur le cadrage des représentations et des débats publics, indissociables des enjeux/débats qui ont agité, et qui agitent encore, les savoirs sur la délinquance et les déviances juvéniles. Les différentes «philosophies» pratiques présentées supra – paternaliste, garantiste, actuarielle ou punitive – sont toutes solidaires de conceptions savantes qui empruntent, suivant les périodes de l’histoire, à la médecine, la psychologie ou la sociologie, et plus généralement à la criminologie, ou aux criminologies. Au croisement des champs académique, professionnel, militant, administratif ou médiatique, ces savoirs circulent, se confrontent et se concurrencent, parfois aussi s’hybrident ou cohabitent, structurent des controverses et forgent des représentations, tout en définissant et légitimant des politiques publiques.
Quelques-unes de ces «liaisons dangereuses» entre approches savantes et approches politiques de la délinquance juvénile sont décryptées par Gérard Mauger (chapitre 1). Cherchant à dégager ce que l’émergence des paradigmes dominants de la délinquance juvénile – notamment ceux qu’il nomme, avec d’autres, les paradigmes multifactoriel, interactionniste et actionniste – doit non seulement aux transformations du champ académique, mais également aux transformations du champ politique, l’auteur cherche à esquisser «les grandes lignes de ce que pourrait être un paradigme commun, moins soucieux d’accentuer les clivages que d’identifier les perspectives similaires ou complémentaires».
Ces articulations entre transformations politiques et enjeux savants trouvent une résonance particulière dans les prises de position qui entourent la question de la prévention de la délinquance juvénile, étudiée par Karl Desmeules et Michel Par

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