Discriminations et accès aux soins en Guyane française , livre ebook

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Cet ouvrage explore les discriminations liées à l’origine des gens dans le système de santé. À partir d’un terrain spécifique – la Guyane française, terre d’outre-mer au passé de colonie esclavagiste –, l’auteure, dont l’expertise dans ce domaine n’est plus à démontrer, étudie le décalage entre les cadres institutionnels et la réalité d’un contexte précis. Elle vient combler une brèche dans les savoirs lacunaires sur les pratiques discriminatoires dans les systèmes de santé et analyse les processus sociaux et politiques qui y conduisent. Immigration, culturalisme, racisme, inégalités sociales, droit aux soins : autant d’enjeux universels qui sont ici décryptés de façon limpide.
Estelle Carde, professeure au Département de sociologie de l’Université de Montréal, a suivi une formation en médecine et en sciences sociales. Elle travaille sur les inégalités sociales de santé en Guyane française, en France métropolitaine et au Québec.
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Date de parution

28 novembre 2016

Nombre de lectures

8

EAN13

9782760637184

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

Estelle Carde
DISCRIMINATIONS ET ACCÈS AUX SOINS EN GUYANE FRANÇAISE
Les Presses de l’Université de Montréal
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Carde, Estelle, 1967 Discriminations et accès aux soins en Guyane française (PUM) Comprend des références bibliographiques. ISBN 978-2-7606-3716-0 1. Services de santé - Accessibilité - Guyane française. 2. Discrimination dans les soins médicaux - Guyane française. I. Titre. II. Collection: PUM. RA472.F73C37 2016 362.109882 C2016-942098-1 Mise en pages et ePub: Folio infographie ISBN (papier): 978-2-7606-3716-0 ISBN (pdf): 978-2-7606-3717-7 ISBN (ePub): 978-2-7606-3718-4 Dépôt légal: 4 e trimestre 2016 Bibliothèque et Archives nationales du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal, 2016 www.pum.umontreal.ca Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC). Cet ouvrage a été publié grâce à une subvention de la Fédération des sciences humaines de concert avec le Prix d’auteurs pour l’édition savante, dont les fonds proviennent du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.
TABLE DES MATIÈRES
LISTE DES ACRONYMES
INTRODUCTION
CHAPITRE 1
Origines, soins et discriminations
Les «primo-occupants» et les autres
La «double appartenance»
Les écueils de la «départementalisation sociale»
Une transition épidémiologique inachevée
La «flambée» du VIH
Le défi spatial, du littoral à l’Intérieur
La «galère» des plus précaires
Le pluralisme médical
Lexique de démarrage
Une définition de la discrimination
Les discriminations selon l’origine
Discriminations et inégalités sociales en santé
L’étude des discriminations en terrain guyanais
La collecte des données
L’analyse des données
Les limites de la recherche
CHAPITRE 2
L’illégitimation
L’illégitime, l’étranger
Sur le terrain de l’accès aux soins
«Déferlante» migratoire et «décrochage» économique
Le contexte migratoire
Le contexte socioéconomique
Saint-Laurent du Maroni
Un «nous» plus guyanais que français
La maternité de Saint-Laurent du Maroni
L’impuissance des Guyanais
Le droit au séjour et la charité s’invitent sur la scène
La logique du droit au séjour
Le droit à la charité
La démultiplication des effets des discriminations
L’illégitime, minoritaire ethnoracial
Les catégories ethnoraciales en Guyane
Les Noirs marrons
Les Créoles
Représentations et pratiques
L’illégitimité du nouveau citoyen
Les Noirs marrons, de nouveaux venus
Les Créoles: une assimilation au long cours
De la guyanité à la créolité
Des Créoles (partiellement) maîtres chez eux
CHAPITRE 3
La différenciation
Adapter le système à la culture des Noirs marrons
Représentations: la différence culturelle des Noirs marrons
Le «formatage d’en haut»
Une incompréhension symétrique
La «passivité»
Le «racisme des Créoles» catalyseur des inégalités sociales
L’emboîtement des inégalités
Le culturalisme
Les déterminants socioéconomiques de l’accès aux soins
Les insuffisances du système de soins
Pratiques: du spécifique au discriminatoire
Le degré zéro des discriminations
La privation de l’universel
Les risques de l’offre dérogatoire
La réification des identités ethnoraciales
La «contrepartie»
Que faire alors du culturel?
L’autochtonie: l’intégration de ceux qui «sont d’ici»
Les Noirs marrons, des étrangers «d’ici»
Faciliter l’accès à la protection sociale et aux soins
La double altérité
Au-delà de l’opposition professionnels métropolitains-créoles guyanais
Le droit au cœur de l’identité
Deux – puis trois – postures professionnelles
Au-delà du «mythe» des Noirs marrons
CONCLUSION
RÉFÉRENCES
LISTE DES ACRONYMES
AMD (Aide médicale départementale)
AME (Aide médicale d’État)
ARH (Agence régionale d’hospitalisation)
CAF (Caisse d’allocations familiales)
CGSS (Caisse générale de sécurité sociale)
CMU (Couverture maladie universelle)
CMUc (CMU complémentaire)
CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie)
CPV (Centre de prévention et de vaccination)
DFA (Département français d’Amérique)
DOM (Département d’outre-mer)
DSDS (Direction de la santé et du développement social)
IDH (Indices de développement humain)
INED (Institut national d’études démographiques)
INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques)
JDN (Jugement déclaratif de naissance)
MIP (Maladie infectieuse et parasitaire)
MST (Maladie sexuellement transmissible)
OMS (Organisation mondiale de la Santé)
ONU (Organisation des Nations unies)
PASS (Permanences d’accès aux soins de santé)
PIB (Produit intérieur brut)
PMI (Protection maternelle et infantile)
RMI (Revenu minimum d’insertion)
RSA (Revenu de solidarité active)
UMP (Union pour un mouvement populaire)
VIH (Virus de l’immunodéficience humaine)


INTRODUCTION
Mai 2002, service de médecine de l’hôpital de Saint-Laurent du Maroni, en Guyane française. Nombreux, parmi les patients, sont des étrangers infectés par le VIH. Entre l’aide médicale d’État (AME), la couverture maladie universelle (CMU) et bien sûr les affiliations sur critère professionnel 1 , ils devraient tous bénéficier d’une couverture maladie, à un titre ou à un autre. Or on est loin du compte: beaucoup ne sont pas couverts à leur entrée à l’hôpital, et ne le sont toujours pas à leur sortie, malgré les efforts des assistantes sociales du service. Le même scénario se répète alors trop souvent: une fois rentrés chez eux, ils n’achètent pas les médicaments qui leur ont été prescrits puisqu’ils ne peuvent pas se les faire rembourser; leur état se dégrade rapidement et ils sont bientôt réadmis en catastrophe dans le service. Lors de ma prise de fonction comme interne de santé publique dans le service, le médecin-chef de service me confie un mandat qui tient en quelques mots: j’ai six mois pour mener l’enquête sur ce qui «ne marche pas» dans les ouvertures de droit à une couverture maladie.
Je pars alors à la rencontre de travailleurs sociaux, de soignants, de pharmaciens et d’agents administratifs pour les interroger sur l’accès aux droits et aux soins en Guyane. Deux premiers constats s’imposent rapidement. Tout d’abord, les difficultés pour accéder à une couverture maladie ne sont pas l’apanage des étrangers infectés par le VIH. Aux dires des professionnels, tous les étrangers y sont confrontés. Or, ajoutent-ils souvent, les étrangers sont nombreux, beaucoup trop nombreux, dans les services de soins. De la juxtaposition de ces deux affirmations naît une interrogation: y aurait-il un lien entre la présence jugée excessive des étrangers parmi les usagers du système de soins et leurs difficultés pour obtenir une couverture maladie?
Ensuite, on me parle d’étrangers, mais pas seulement. Il est aussi question de Noirs marrons, d’Amérindiens, de Créoles, de Hmong, de Chinois ou encore de Métropolitains, et chacune de ces catégories de patients est censée rencontrer des difficultés d’accès aux soins qui lui sont propres. L’utilisation de telles catégories de l’origine, ethniques et raciales, suscite en France métropolitaine un certain malaise ou du moins quelques précautions. Cette absence de censure ne manque donc pas de surprendre la Métropolitaine que je suis: comment ces catégories s’articulent-elles à celles de la nationalité, lors de l’accès aux soins? Les étrangers rencontrent-ils plus ou moins de difficultés, selon leur catégorie ethnoraciale? Certains Français sont-ils eux aussi confrontés à des difficultés en raison de leur faciès, de leur couleur de peau ou encore de leur patronyme?
Ces questionnements ne sont pas seulement ceux d’une interne en santé publique. Je suis alors aussi doctorante en sociologie et ma thèse porte sur les discriminations selon l’origine dans l’accès aux soins. J’ai déjà étudié, en France métropolitaine, les représentations sur «l’illégitimité» de la présence étrangère et les discriminations que ces représentations suscitent parfois. Faut-il voir dans les difficultés d’accès aux droits des nombreux étrangers présents en Guyane la reproduction, à grande échelle, de ce processus observé en métropole? Quant aux catégories ethnoraciales, leur banalisation en Guyane a l’avantage de faciliter l’étude de processus qui, en terrain métropolitain, restent généralement implicites: les discriminations fondées sur le rejet non pas de l’étranger, mais du minoritaire ethnoracial. La Guyane s’annonce comme un second terrain d’étude prometteur...
Et en effet, les processus d’illégitimation des étrangers et d’ethnici-racialisation s’y avèreront particulièrement flagrants. Mais si le terrain guyanais tient sa promesse, ce n’est pas seulement pour son «effet loupe» sur des processus moins discrets qu’ailleurs. C’est qu’il permet aussi d’étudier le déploiement de logiques discriminatoires originales. En effet, la plupart des travaux menés sur les discriminations selon l’origine décrivent des auteurs qui s’estiment «chez eux» et reprochent à leurs victimes de ne pas être «d’ici». Or en Guyane, certaines minorités ethniques et raciales sont territorialement «d’ici», mais sont perçues comme des nouvelles venues dans l’espace de la citoyenneté française, et à ce titre sont victimes de discrimination. Les discriminations peuvent même être le fait de professionnels qui, issus de la métropole, déclarent se sentir étrangers à cette société sud-américaine, donc ne pas être «chez eux». Parce qu’il redistribue les cartes des identités pour priver les majoritaires de l’atout de l’autochtonie et l’octroyer aux minoritaires, le terrain guyanais offre une lecture renouvelée du jeu discriminatoire.
Pour répondre à la question d’un médecin («Pourquoi mes patients ne peuvent-ils faire rembourser leurs traitements une fois qu’ils sont sortis de mon service?»), il m’a donc fallu quitter l

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