Philosophie de la connaissance , livre ebook

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Que signifie connaître ou savoir? Cette redoutable question née avec la philosophie elle-même reste toujours cruciale aujourd'hui. Et, comme le montre la longue histoire de la théorie de la connaissance, de Platon et Aristote aux théoriciens cognitivistes contemporains, on y a répondu diversement. À chaque époque, des penseurs ont contribué magistralement à développer cette discipline, que ce soit par des analyses poussées et souvent techniques ou par les débats suscités par leurs arguments. Chacun des dix-neuf chapitres de cet ouvrage expose en détail une pensée qui a fait date et la situe dans le contexte qui l'a vue naître.
Robert Nadeau a fait carrière au Département de philosophie de l'Université du Québec à Montréal, où il a fondé et dirigé pendant vingt-cinq ans le Groupe de recherche en épistémologie comparée.
Avec les textes de Richard Bodéüs, Yves Bouchard, Josiane Boulad-Ayoub, Sébastien Charles, François Duchesneau, Yves Gingras, Sandra Lapointe, Georges Leroux, Iain Macdonald, Mathieu Marion, Martin Montminy, Robert Nadeau, Claude Panaccio, Dario Perinetti, Claude Piché, David Piché, Pierre Poirier, Serge Robert et Alain Voizard.
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Date de parution

03 août 2016

Nombre de lectures

66

EAN13

9782760636620

Langue

Français

Sous la direction de Robert Nadeau
PHILOSOPHIES DE LA CONNAISSANCE
Les Presses de l’Université de Montréal VRIN
Mise en pages: Yolande Martel Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Vedette principale au titre: Philosophies de la connaissance (PUM) Publié à l’origine dans la collection: Mercure du Nord. Québec: Presses de l’Université Laval, 2009. Publié en collaboration avec: Vrin. Comprend des références bibliographiques et un index. ISBN 978-2-7606-3660-6 1. Théorie de la connaissance. 2. Philosophie – Histoire. I. Nadeau, Robert. II. Collection: PUM. BD143.P45 2016 121 C2016-940567-2 Dépôt légal: 3 e trimestre 2016 Bibliothèque et Archives nationales du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal, 2016 www.pum.umontreal.ca ISBN 978-2-7606-3660-6 (papier) ISBN 978-2-7606-3661-3 (PDF) ISBN 978-2-7606-3662-0 (ePub) ISBN 978-2-7116-8419-9 (Vrin) Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).

Table des matières

Introduction
1. De l’objet sensible à l’objet intelligible: les origines de la théorie de la connaissance chez Platon
Georges Leroux
2. La théorie aristotélicienne de la connaissance
Richard Bodéüs
3. La connaissance intellectuelle des réalités matérielles selon Thomas d’Aquin
David Piché
4. Le savoir selon Guillaume d’Ockham
Claude Panaccio
5. Descartes et le fondement de la vérité
Josiane Boulad-Ayoub
6. Leibniz critique de Locke sur l’entendement humain
François Duchesneau
7. Le tournant humien
Dario Perinetti
8. Berkeley ou l’immatérialisme comme réponse au scepticisme
Sébastien Charles
9. L’origine, l’étendue et les limites de la connaissance a priori selon Kant
Claude Piché
10. Hegel et la force infinie du savoir
Iain Macdonald
11. L’épistémologie de Russell: de la logique mathématique aux vertus épistémiques
Mathieu Marion
12. Husserl sur le psychologisme, la logique et la théorie de la connaissance
Sandra Lapointe
13. Schlick et l’avènement de l’empirisme logique
Robert Nadeau
14. Sur la notion de schème conceptuel: Kuhn, Davidson et Quine
Alain Voizard
15. Logique de la découverte et naturalisation de la connaissance: l’épistémologie historique d’Imre Lakatos
Serge Robert
16. Les théories sociologiques de la connaissance
Yves Gingras
17. Le contextualisme épistémologique
Martin Montminy
18. La normativité en épistémologie contemporaine
Yves Bouchard
19. Unité et diversité du cognitivisme en théorie de la connaissance
Pierre Poirier
Liste des contributeurs


Introduction
Les Européens, et plus globalement les Occidentaux, ne sont ni les premiers ni les seuls à avoir acquis des connaissances, à les avoir recherchées pour elles-mêmes et à les avoir systématisées et transmises de génération en génération, d’un pays à l’autre, voire d’une époque à une autre et jusqu’à nos jours. Au vu de leurs grandioses réalisations, nul ne doutera que les anciens Égyptiens avaient eux-mêmes des connaissances très précieuses et efficaces, que les Grecs, du reste, ont faites leurs par la suite. Il n’y a pas de raison valable non plus pour ne pas considérer la phytothérapie traditionnelle des non-occidentaux comme un savoir authentique. Nul ne doute plus aujour­d’hui que les civilisations archaïques (les cultures des peuples qualifiés de «mentalités prélogiques» par Lévy-Bruhl) aient elles aussi produit des «savoirs indigènes». Cela étant dit, qu’est-ce donc qui distingue radicalement de cette sorte de connaissance l’épistémè des philosophes grecs qui ont jeté les bases de cette longue pérégrination occidentale à travers la science? Un trait entre tous les caractérise distinctivement: le savoir grec est réflexif , ce qui signifie qu’il ne se contente pas d’être un simple savoir, mais qu’il cherche également et fondamentalement à être un savoir du savoir lui-même . Le projet philosophique semble donc porteur d’un désir de métasavoir . En effet, dès Platon et Aristote, on s’interroge sur ce que «connaître» veut dire, sur ce que l’acte cognitif suppose comme capacité intellectuelle et ce qu’il exige comme fonctionnement logique. Cette question ne nous a jamais quittés par la suite. Elle a connu une histoire qui, à tous égards, se confond avec l’histoire de la philosophie elle-même. Et cette histoire, loin d’être achevée, dure toujours. Ce qu’est la connaissance est donc une question aussi actuelle pour nous qu’elle le fut à l’époque des Grecs.
En voici pour preuve un ouvrage rassemblant dix-neuf études d’histoire de la philosophie de la connaissance. À vrai dire, plusieurs philosophes ont, à chaque époque, déployé à des degrés divers une réflexion de cet ordre. Il est notable cependant qu’au tournant des XIX e et XX e siècles, à la faveur entre autres choses du développement accéléré de la physique et de ce qui a été appelé «la crise des fondements» en mathématique, à la faveur également de l’émergence de la «nouvelle logique» (Frege, Russell & Whitehead) mais aussi de l’apparition sur le devant de la scène scientifique de nouvelles disciplines (psychologie expérimentale, économie mathématique, sociologie, linguistique structurale, psychanalyse), un intérêt accru pour l’ensemble des questions épistémologiques relatives à la connaissance, et tout particulièrement à la connaissance scientifique, s’est fait jour. Tout au long du XX e siècle, l’attention portée à ce que l’on pourrait appeler «le problème de la connaissance» est devenue prédominante en philosophie et, à la faveur de nouveaux développements scientifiques croisant en quelque sorte les préoccupations d’ordre épistémologique (on pense en particulier à la sémantique formelle, la cybernétique, la théorie de l’intelligence artificielle, les sciences cognitives et les sciences neuronales, voire la biologie évolutionniste), l’intérêt pour ce problème n’a fait que s’accentuer dans la seconde moitié du vingtième et ne s’est pas relâché au tournant du XIX e siècle. Il ne fait plus aucun doute, du reste, que, depuis la fin du XIX e siècle, l’épistémologie (nous revenons plus loin sur le sens de ce terme) ait joué un rôle important dans le développement des sciences, en particulier pour la physique relativiste et la physique quantique, pour la biologie évolutionniste et pour les sciences cognitives.
Ainsi, de Platon et Aristote jusqu’au paradigme cognitiviste contemporain, dont le noyau dur est formé par les neurosciences mais inclut également la philosophie de l’esprit et la philosophie de la psychologie, se tisse la trame d’une réflexion continue sur la nature de l’acte de connaître et du résultat qu’il permet d’atteindre, le savoir. Reconstituer cette trame à partir des Grecs, comme nous nous proposons de le faire ici de façon collective, exige entre autres choses de s’intéresser à la doctrine aristotélicienne de l’âme, de passer par le débat médiéval sur les universaux, d’examiner la doctrine cartésienne du Cogito de même que la conception lockienne des idées innées et de l’esprit comme tabula rasa , d’étudier l’analyse humienne du jugement de causalité, de poser la question kantienne de la possibilité des jugements synthétiques a priori , de considérer la justesse de la distinction russellienne entre ‘connaissance par contact direct’ et ‘connaissance par description’, de mettre en perspective enfin les analyses logiques de Husserl. Mais cela demande également de prendre la mesure des conceptions néo-positivistes ayant vu le jour dans le cadre du Cercle de Vienne et ayant en quelque sorte dominé la scène philosophique jusqu’au début des années 1960, d’expliquer comment il se fait que la doctrine de l’empirisme logique a pu perdre de son lustre au profit d’une analyse de la connaissance scientifique davantage historiciste, et enfin de mettre en lumière les problématiques plus récentes que sont la nouvelle sociologie de la connaissance scientifique (le « Strong Program » de l’École d’Édimbourg), la logique épistémique, et, avatar récent de la philosophie analytique de la connaissance, l’épistémologie dite «con­tex­tualiste». S’il y a manifestement ici un fil d’Ariane à suivre sur une très longue durée, c’est que, tout au long de cette histoire intellectuelle de la théorie de la connaissance, une même problématique se constitue, se déploie, se ramifie et se complexifie. Du reste, pour ce qui est de la période contemporaine – disons depuis le début du XX e siècle –, la philosophie de la connaissance ne s’est développée qu’en restant en liaison avec diverses disciplines scientifiques (psychologie, linguistique, biologie), voire en fonction des développements qui se sont fait jour en logique formelle et en philosophie de la logique, en philosophie du langage, en philosophie des mathématiques et en philosophie de l’esprit.
L’expression même de «théorie de la connaissance» exige, cependant, quelques précautions oratoires si ce n’est quelques clarifications élémentaires. Faut-il y voir un simple synonyme du mot «épistémologie»? Et, pour aller un peu plus loin dans ce questionnement terminologique, comment la «théorie de la connaissance» se distingue-t-elle de la «philosophie des sciences»? Disons-le d’emblée, la distinction intra-disciplinaire entre la théorie de la connaissance et la philosophie des sciences est un acquis récent. Pour que cette distinction advienne, il fallut d’abord que la science telle qu’on la connaît aujourd’hui (la science dite «moderne») voie le jour, ce qui n’eut lieu qu’au début du xvii e siècle, et qu’elle prenne une forme institutionnelle avec la création des premières sociétés savantes sur le modèle de la Société Royale de Londres fondée en 1660 et de l’Académie Royale des Sciences de Paris fondée en 16

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