Parler à mon père… , livre ebook

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À l’heure du bilan, serait-ce une illusion ou un festival de magnétisme totalement subjectif ? La possibilité de communiquer avec son père décédé en 1979 entraîne Fran dans un riche dialogue émaillé d’anecdotes familiales et d’échanges sur des sujets variés, par le truchement de la planche Oui-Ja. Un beau jour, tout bascule, une arthrose insidieuse et invalidante conduit Fran à l’hôpital Saint-Léon de Bayonne...

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Date de parution

20 septembre 2019

Nombre de lectures

0

EAN13

9782414386888

Langue

Français

Couverture
Copyright
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Cet ouvrage a été composé par Edilivre
194 avenue du Président Wilson – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com
 
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
 
ISBN numérique : 978-2-414-38713-7
 
© Edilivre, 2019
Dédicace
 
« A mes filles et à mes cinq petits fils
Au personnel soignant du service de chirurgie orthopédique de l’Hôpital St Léon à Bayonne… un grand merci. »
Parler à mon père...
 
Le soleil disparaissait dans un festival de nuances de rose et de rayons orangés derrière le Jaizkibel et la pénombre envahissait progressivement les coins les plus reculés de la baie vitrée pour noyer le salon tout entier. Le bois verni de la planche oui-ja luisait doucement comme s’il réfléchissait l’aura de la séance précédente. Une petite liasse d’anciennes enveloppes bleues serrées dans un ruban depuis si longtemps s’apprêtait à lever le voile sur la période mystérieuse qui avait précédé la naissance de Fran. 1947-1948-1949… années magiques… dont le parfum de fleurs séchées s’échappait des feuillets jaunis dépliés par les doigts fébriles de « la Puce », comme l’appelaient ses parents. L’écriture toujours familière du Roure s’étalait en pattes de mouche pressées sous les yeux de Fran. Elle demandait pardon à son père d’entrer ainsi dans sa vie… Elle l’invoquait, elle voulait lui parler mais elle savait que rien ne le ferait revenir et que désormais la haute stature du Roure sous le porche de leur maison de Lons-le-Saunier, sa blouse grise et son béret ne pourraient que vivre, indélébiles, aux confins de sa mémoire. Le Roure, c’était le nom d’un ours dans une histoire de son enfance, c’était aussi le chêne en provençal, tout un symbole.
Doudouce, sa mère, n’avait conservé de ce temps-là que ces lettres dans l’ombre du tiroir de son chevet, toutes ces années… et ce n’était pas un hasard si jamais elle n’avait songé à les détruire. A la mi-journée du 1 décembre 2009, elle était retournée à la Source, abandonnant cette tranche de vie serrée dans un ruban défraîchi, autant de moments précieux, encore tangibles, tel un bouquet de fleurs séchées.
La séance
Puis il y a eu la séance. Terrée dans son nid d’aigle, Fran avait sorti la planche oui-ja de son lit de carton. Elle craignait cette tablette depuis les années 80 où, après le décès du Roure, elle s’était lancée à corps perdu dans des conversations à bâtons rompus avec l’au-delà au risque d’en perdre la raison. Cauchemars, sueurs froides, appels inconscients ne faisaient pas bon ménage avec le réel de sa vie de femme active et de mère de famille. Elle avait donc décidé de couper court à ces échanges, jusqu’à ce que sa sœur lui confie la petite liasse de lettres.
L’onglet de la planche s’était déplacé sur trois nombres : 47-48-49. Fran avait oublié la prière préliminaire. Elle congédia l’intrus, se protégea et recommença l’opération.
– 47, 48, 49.
Il était de retour et il s’incrustait.
– 47, 48, 49
– Es-tu bienveillant ? Je vais être obligée de partir. Quel est ton nom ?
– R.O.U.R.E
– Je le savais, c’est toujours toi qui me parle. 49, c’est mon année de naissance, mais pourquoi 47 et 48 ?
– T.O.T.O.T.T.E.B.L.E.U.E traça la goutte à toute allure
– Oui, je me souviens, c’est le surnom que tu donnais à Doudouce, c’est celui que tu utilises dans tes lettres.
– J.A.I.M.E.T.O.T.O.T.T.E.B.L.E.U.E. M.A.N.O.U. MA.N.O.U.
– Je sais, j’ai lu, je te demande pardon. Je ne savais pas que tu appelais maman Manou. Je pense toujours à vous, avec tendresse, vous me manquez tellement. Elle est avec toi ?
– O.U.I.O.U.I.O.U.I répétait la goutte comme si elle voulait être sûre d’être comprise, comme si elle diffusait un bonheur indicible de pouvoir communiquer.
Fran interprétait toujours avec difficulté les messages que lui transmettait sa planche oui-ja car elle ne l’utilisait pratiquement plus. Elle se rapprochait de l’éternité et de la Source et le contact avec les entités d’outre-tombe la perturbait. Le seul esprit avec qui elle se sentait à l’aise était celui de son père qui se présentait souvent au portail oui-ja, devançant tous les autres.
« La vie n’était pas facile. Avant de rencontrer Manou, Tototte Bleue, Doudouce, c’est la même personne, je vivais chez Tante Jeanne, la Rone comme vous l’appeliez – Déjà elle avait Bon Papa à charge, mon père. Nous vivions chez La Taupe – sa propriétaire cinglée – 9 rue Edmond Chapuis. Tu te souviens de la maison de Tante Jeanne, avec le petit pavillon qu’avait occupé la mère de Paul Emile Victor, l’explorateur.
L’onglet de bois précieux voletait de lettre en lettre et il était difficile de le suivre. Parfois, il y avait une pause, lourde de magnétisme, puis il reprenait d’un coup sa course échevelée. Il valait mieux ne pas l’interrompre. Michelle, l’amie de Fran, sceptique mais impressionnée notait les trouvailles au fur et à mesure. Parfois il y avait des ratés, des hésitations sur certains mots, comme si le Roure lui-même écrivait l’histoire enfouie depuis si longtemps et la faisait remonter du tréfonds de sa mémoire répandue dans les abysses de l’univers.
Pendant ce temps, les pensées de Fran s’élançaient grande vitesse, comme propulsées par une fibre optique, besoin de communiquer, de parler à celui qui les avait quittés depuis si longtemps.
– Papa, je voudrais parler des sentiments avec toi, maintenant que tu es de l’autre côté. L’amour, pour toi, contre lequel tu m’avais mise en garde à l’adolescence, qu’est-ce que c’est ? Il est clair que ce qui est matérialisé par le verbe « baiser » m’insupporte autant que la nudité-crudité. Je hais le voyeurisme. Les pratiques savantes d’excitation mécaniques… nique… pour atteindre l’orgasme comme but final, sordides ! Ces oh ! Et ces ah ! Ces râles immondes censés exprimer le plaisir, le sperme gluant, dégoulinant… vomir, juste vomir et me rincer le visage pour oublier l’immonde. Ce n’est pas ça l’amour. Pour moi, il a un visage aux traits réguliers de dieu tutélaire à jamais gravé au fond de moi, transmis par les traits de mon dernier petit-fils. C’est l’éclat mordoré d’un regard. C’est un sourire étincelant au soleil de l’Afrique, une calebasse de vin de palme et deux pieds chaussés de sandales de cuir campés sur un rocher, là-bas à Aburi, à jamais fixés dans l’espace et le temps éternels. L’amour, c’est un duo de parfums, une odeur de talc et de propreté dans les plis d’un pagne, la furtive douceur d’une mèche de cheveux qui s’attarde sur un visage endormi. L’amour, c’est la perception de l’autre et l’harmonie fusionnelle qui en découlent. Notre oxygène nous suffit et le monde extérieur se fait aléa. L’essentiel est de se lever ensemble et de vivre chaque jour jusqu’au crépuscule où l’on se retrouve. Dormir et rêver sous le même toit, surtout ne pas se perdre et si ou quand il nous arrive d’être séparés… ne pas l’être. Oui, c’est possible. Ed fait partie de moi. Il ne se passe pas une minute sans que je prenne une décision éclairée par sa façon si particulière d’envisager les choses. Je prie pour lui, je le veux heureux, même si l’éloignement est une souffrance, émoussée par le temps mais bien présente.
La goutte de la planche oui-ja, pétrifiée par le discours de Fran, était agitée de quelques tremblements qui lui transmettaient les états d’âme du Roure au fil de son récit. Puis elle reprit sa course cahotante de lettre en lettre.
– Je n’ai aimé qu’une seule personne dans ma vie : ta mère
C’était à l’identique la réponse de Ed à sa fille qui lui avait demandé pourquoi il n’avait pas refait sa vie après le départ de Fran pour la côte basque.
L’onglet fit trois allers et retours de droite à gauche, de gauche à droite, éloquents points de suspension. Puis, il vola de lettre en lettre.
– Mon amour pour ta mère est absolu et pur, comme le tien pour Ed.
Une pause. Il reprit plus lentement.
– Je n’ai pas aimé tes maris. D’abord parce qu’ils étaient noirs et je considérais ces mariages comme des mésalliances. Tu te condamnais, toi et tes descendants à la condition de citoyenne de troisième classe et ça, je ne pouvais pas le supporter. Heureusement l’arrivée de Densua m’a convaincu que j’étais en partie dans l’erreur. Elle m’est apparue si belle, ma petite fille, qu’aucun préjugé n’aurait pu se mettre en travers de notre premier contact.
Le curseur fit une pause et Fran en profita pour reprendre la parole.
– C’est grâce à Doudouce que tu as accepté de nous revoir. C’était pour le bien de tous. Elle œuvrait toujours pour le bien de tous.
– Juste, traça l’onglet.
– Depuis la quatrième dimension où tu es désormais, tu dois savoir combien ton changement d’attitude m’a réconfortée. C’était comme si ces cinq années de brouille douloureuse et inutile s’étaient effacées. Que de temps perdu ! Maintenant nos discussions me manquent. J’ai tant à partager sur des problèmes existentiels et d’actualité. J’ai encore des questions à te poser sur notre famille, des histoires que tu n’as jamais eu le temps de me confier. J’ai besoin de connaître ton opinion. Je t’imagine omniscient. Tu as une vue panoramique de l’univers dans l’espace et dans le temps et toute rancune, toute colère est oubliée. Tu es dans la clairvoyance et l’amour universels.
– C’est juste, répéta la goutte.
Après un temps d’hésitation, elle reprit sa course sur le bois verni.
– Je peux te parler de notre famille. Tu devrais écrire cette saga pour nos descendants.
– Je vais le faire, avec toi. Par où allons-nous commencer ?
– Par mon histoire.
– Je te reconnais bien là ! »
Joséphine
Depuis ce jour, Fran éprouvait de temps en temps le désir de reprendre la oui-ja. Elle pensait que le Roure l’appelait pour lui confier l’histoire de leur famille, faire remonter des confins de sa mémoire, les souvenirs de son enfance lorsque, assise sur les monticules de chutes de coton qui parsemaient son magasin, ou, installée comme un ch

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