Où es-tu, maman ? , livre ebook

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Rien n'a pu arrêter Roberte Colonel dans sa quête d'identité. Enfant de l'Assistance publique de la Seine, abandonnée en 1944, à l'âge de trois ans, elle a pressenti très tôt que des événements lui manquaient, et que trop d'amour la liait à sa maman depuis toujours. Impossible de laisser dormir ce dossier d'abandon à l'Assistance publique et de souffrir sans savoir ? Des recherches douloureuses, longues et obstinées vont faire resurgir des souvenirs qui l'aideront à faire de son histoire une merveilleuse histoire d'amour.


Roberte Colonel est née à Paris en 1941, Où es-tu, Maman ? est son premier livre, un témoignage émouvant et une preuve que le sentiment inassouvi et la volonté d'aimer peuvent mener à la vérité.

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Date de parution

01 janvier 2003

Nombre de lectures

47

EAN13

9782876232105

Langue

Français

PRÉFACE par Hélène Daniel
Dans un style sobre et dépouillé, Roberte Colonel nous livre un témoignage bouleversant cette expérience traumati-sante qu’est l’abandon d’enfant. Roberte n’a donc pas connu ses parents. Dans la période mouvementée de la dernière guerre, elle a été confiée, par sa mère, dès son plus jeune âge et dans des circonstances inexpliquées, à l’Assistance publique qui l’a placée dans une famille d’accueil. Elle y a grandi sans jamais rien connaître de ses origines. Les quelques allusions lancées par sa mère nourricière, concernant les raisons de son abandon, ne pouvaient que la conforter dans l’idée que sa mère n’avait pas voulu d’elle, pré-férant réaliser sa vie de jeune femme. L’enfant, privée de l’amour de sa mère et aux prises avec une mère nourricière qui la rejette, a vécu l’incompréhension, le désespoir, la révolte, mais a cherché à faire face à son intolérable questionnement sur ses origines et les causes de son abandon.
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Roberte a toujours pensé à cette maman magnifiée, idéali-sée, qui lui manquait tant, qu’elle aimait de façon incom-mensurable, et qu’elle attendait. Ce rêve l’a portée pendant toute son enfance. Sans doute lui a-t-il donné la force d’aller de l’avant, mais il lui a surtout ouvert le vaste horizon de l’imaginaire qui permet d’échapper au poids du malheur et à la réalité désolante de la vie. Il lui a fait garder l’espoir d’un avenir meilleur et le courage de lutter. Roberte a construit et réussi sa vie. Elle s’est accomplie en tant que femme et mère. Elle s’est investie dans le militan-tisme et le monde associatif avec conviction, et a prodigué une grande générosité. Toute chose qui lui avait pourtant man-qué. Sa persévérance a enfin porté ses fruits et ses recherches ont abouti. Pour nous, elle prend ici le risque de se dévoiler en faisant le récit authentique et émouvant de sa vie depuis sa prime jeunesse. Chemin qui lui semblait infranchissable. De nombreuses zones d’ombres demeurent. Toutes les questions n’ont pas forcément trouvé de réponses. Roberte ne saura sans doute jamais pourquoi ses parents ne l’ont pas élevée. Est-ce en raison de la guerre ? Est-ce du fait de cir-constances dramatiques ? En l’absence de souvenirs com-muns, comment développer des liens durables avec une famille découverte récemment ? Et en a-t-elle vraiment le désir ? Roberte a plutôt tendance à penser qu’on ne guérit jamais d’avoir été abandonnée.
POURQUOI CE LIVRE?
Mon métier m’amène en permanence à être en contact avec des personnes à l’histoire mouvementée. J’ai la mienne aussi. Et il m’arrive de penser que la mienne ne peut ressem-bler à aucune autre. Un livre m’a beaucoup émue et amusée, celui de Hugo Lebrun :J’ai choisi ma famille. Bien que je n’aie jamais rencon-tré l’auteur, il m’a dédicacé son ouvrage : « À Roberte ma grande sœur, seul l’amour d’une mère est salvateur ». Lorsque je dis que mon histoire ne ressemble peut-être à aucune autre, c’est parce que chaque enfant assiste à sa dou-leur et chaque abandon est différent. Enfant du hasard, j’ai le besoin de savoir, de comprendre. Je suis persuadée que savoir et connaître, grâce à la commu-nication intégrale des pièces de mon dossier, seront les étapes indispensables à la résolution de mes interrogations et met-tront fin à ma détresse.
CHAPITRE PREMIER
MES TENDRES ANNÉES
Ce sont les hasards qui nous poussent à droite et à gauche, et dont nous faisons – car c’est nous qui les tressons comme tels – notre destin. Nous en faisons notre destin parce que nous parlons. Nous croyons que nous di-sons ce que nous voulons, mais c’est ce qu’ont voulu les autres, plus parti-culièrement notre famille. Nous sommes parlés et, à cause de ça, nous fai-sons des hasards qui nous poussent, quelque chose de tramé et, en effet, il y a une trame. Nous appelons ça notre destin. Jacques Lacan.
Lettre à Maman,
Maman, je te parle parfois, sais-tu que si tu l’avais voulu nous aurions pu être heureuses ? Tu n’as jamais calmé mes larmes, tu ne m’as jamais raconté d’histoires pour m’endormir. Tu n’as jamais bordé mon lit en m’embrassant, afin que mes rêves soient plus tendres. Tu n’as jamais guidé mes pas pour me permettre de grandir. Maman, moi je t’aimais. Maman, je t’attendais. Roberte.
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GRANDIR
« On s’est toujours émerveillé devant ces enfants qui ont su triom-pher d’épreuves immenses et se faire une vie d’homme malgré tout. Le malheur n’est jamais pur, pas plus que le bonheur ».
Parler à la première personne n’est jamais facile, n’ayant pas une si haute opinion de moi, direjeest prétentieux et dérangeant. L’histoire qui va suivre étant la mienne, leje s’imposait. Je n’ai pas eu d’enfance. L’enfance doit rester un mer-veilleux moment, une parenthèse avant la vie de l’adoles-cence et de la maturité. À quelques rares moments, des souvenirs agréables rejaillis-sent, j’étais dans un monde de grands ! J’étais seule. Pourquoi ces images liées au passé, aux bruits, me hantent-elles ? Est-ce dans mon imagination de petite fille d’alors ? La guerre frappe aux portes de Paris, les premiers Allemands arrivent. Il me semble entendre leurs pas, les avions et, sou-
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dain, dans tout mon corps je redeviens la petite fille de ma Maman, j’ai si mal… Le 6 mars 1941, Maman me donnait naissance à l’Hôpital Denfert-Rochereau à Paris. En cette période si difficile, beau-coup de jeunes mamans en difficulté ont dû venir dans cet hôpital pour y accoucher. C’est âgée de quelques mois seulement que Maman m’a accompagnée dans le Loir-et-Cher, dans une famille d’accueil, un couple qui avait deux grands enfants : André, de l’âge de ma mère, et Jacques. André sera très tôt mon préféré, celui qui me gâtait, parfois il comprenait que j’étais mal aimée. Sa sensibilité était exa-cerbée par le manque de tendresse de sa mère qui préférait son frère Jacques, et avec qui elle se comportait en mère poule. Il avait absolument tout ce qu’il désirait. La personna-lité de André, son instruction lui permettaient de prendre le dessus lors des querelles, ce qui provoquait des disputes et la mettait en colère. J’aimais vraiment André, je le considérais comme mon frère. Après avoir quitté Châtillon j’appris que mon départ l’avait affligé. Pour bien comprendre ce que je ressens : ceux qui m’ont donné le jour demeurent Papa et Maman, et ceux qui m’ont élevé sont mon père et ma mère. Toute ma jeunesse s’explique par ces termes complémentaires et opposés. Ma mère m’a souvent raconté que Maman venait me voir chaque semaine dans leur famille, me comblait de présents, m’apportait de beaux habits et que toute la journée elle res-tait auprès de moi. Bien plus tard, en âge de comprendre, j’apprenais que Maman avait fait le choix de venir travailler à quelques kilo-mètres d’une base d’aviation. Pour quelle raison ? Retrouver un aviateur allemand ?
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Un jour, Maman n’a fait que passer pour m’embrasser, dire à André, mon grand frère nourricier, qu’elle partait rejoindre l’homme qu’elle aimait, pensant que son amour pour celui-ci était plus fort que celui qu’elle éprouvait pour sa fille (ces mots m’ont été rapportés par cette famille). C’est André qui a reçu les confidences de ma Maman le jour de son départ. Mes Parents nourriciers étaient absents, je me trouvais en sa compagnie et sous sa garde, je n’avais que seize mois. Quel était cet homme qu’allait retrouver Maman ? Était-ce mon Père ? Ou bien cet aviateur allemand ? Combien de fois ai-je dû me poser la question ? J’entends encore ces mots tant de fois répétés, rabâchés par ma mère nourricière :« Ta mère, c’est une P…, elle fréquente un sale boche, un aviateur allemand ». Était-ce la vérité que j’entendais ? Maman tu n’es plus là, j’ai le mal de toi, tu m’as tant man-qué. J’ai ta photo sous mes yeux, tu es belle, je suis dans tes bras, souris, semble heureuse. Je ne sais pas encore qu’un jour prochain je ne te reverrais plus, pourtant je continue de te regarder délicatement. Je n’aurai sans doute jamais de ré-ponse à mon abandon. Maman l’a-t-elle choisi ? Quelques années plus tard, le 29 mars 1944, enfant de l’Assistance publique je suis devenue. Assistance publique :administration qui gère les Établisse-ments Hospitaliers et l’Aide Sociale. Cet organisme, placé sous l’autorité d’un Directeur général, avait à s’occuper, avant la guerre et après la guerre, d’enfants en grande difficulté, il les avait en charge jusqu’à leur majorité, à 21 ans. Tout est là, enfant abandonné de l’Assistance publique c’est écrit : pupille, j’étais le numéro matricule 260.290, fille du 256.546, Catégorie A, A comme Abandon ! Au Service des Enfants assistés, pupille, département de la Seine.
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Abandon: fait d’abandonner, état de la chose, de « l’Être abandonné », de délaissement. Abandonner: renoncer, se séparer volontairement de… manque, faire défaut… Abandonnique: qui souffre d’une profonde angoisse de se voir abandonner. Abandon, veut dire se séparer volontairement de quoi ? De qui ? De ton enfant, Maman ? Abandon, connotation qui explique peut-être ce besoin par l’écriture d’exprimer mon manque affectif. L’écriture va-t-elle m’aider à faire ce chemin de vie ? Je devais assumer cela, je ne suis pas orpheline mais aban-donnée, personne n’a voulu de moi ! Pourquoi ce choix ? Je ne le saurai jamais, ma Maman seule aurait pu me l’expliquer : est-ce que j’étais méchante ou tout simplement était-elle en difficulté ? Trop jeune, 17 ans, sans expérience ? Elle fut rejetée de son foyer, après la mort de sa jeune maman, par une belle-mère qui ne méritait pas de s’appeler « belle », ce sont mes parents nourriciers qui m’ont raconté cela, peut-être l’avaient-ils appris par Maman. Je n’ai jamais pu m’exprimer sur Maman avec mes parents nourriciers, ils ne voulaient pas m’écouter. Personne n’a pu savoir la douleur que je portais en moi. Entendre que j’étais la fille d’un « boche », d’un aviateur allemand, que son choix avait été cet homme plutôt que sa fille ! Je ne pouvais être qu’une misérable. Sans défense face à ma mère nourricière, trop jeune, je ne pouvais me faire une idée du bien ou du mal. Ce que ma Maman avait fait était mal, j’avais fini par l’accepter. Ma mère nourricière avait une forte personnalité, était-ce dû à son prénom Armance ? Elle portait les cheveux longs, gris, roulés au-dessus de la nuque en chignon. Je n’ai connu
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que cette coiffure qui lui donnait un air sévère et hautain, elle prenait l’attitude d’une grande dame. Ses vêtements toujours propres, son tablier de couleur gris foncé à petites fleurs vio-lettes, la protégeaient des salissures des travaux ménagers ; pour la traite des chèvres, pour les travaux de la ferme, elle chaussait des sabots noirs. Son visage n’exprimait pas ses sen-timents, elle semblait distante, comme obligée d’être là dans cette petite ferme. Elle m’avait compté que ses rêves l’avaient portée vers un autre destin, avant mon père, elle avait aimé un autre homme et devait l’épouser quand la guerre de 1914 le lui prit. Elle resta avec son chagrin de nombreuses années. Mon père fit sa rencontre et, à force d’insistance de sa part, ils finirent par se marier. Ma mère, de neuf années plus âgée que mon père, était dans le couple la dominante, il craignait les réactions de sa femme. Elle ne me montra aucune tendresse, lorsqu’elle s’adressait à moi ce n’était que pour me déstabili-ser, m’adresser des reproches et des privations de nourriture. Elle frappait là où les mots font mal. Je compris très vite qu’il fallait que j’apprenne à ne pas trop demander de tendresse et de baisers ; je ne crois pas me souvenir d’un seul baiser reçu de sa part. Elle vivait avec des maux comme malaise, mal à la tête. Petite fille, je tremblais de savoir ma mère malade, je ne vou-lais pas qu’elle me quitte, toujours cette peur de l’abandon. Ma mère nourricière avait eu d’autres pupilles placés en transit, j’étais la dernière arrivée, mais pas la mieux aimée. Elles étaient, disait-elle, toutes belles, bien plus belles que toi, plus mignonnes aussi, et puis tu sais, ta maman, elle aussi était très belle, bien plus belle que toi, tu ne lui ressembles pas, mais c’était une P… Mon père nourricier s’appelait Auguste, tout le monde le surnommait Gus. C’était un homme d’une grande gentillesse,
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très affectueux avec les enfants, serviable avec son entourage. Patient avec moi, il disait toujours : « Ma petite fille, si tu as besoin, demande-le moi ». Il m’accompagnait très souvent chez le médecin, chez le dentiste, car la ville la plus proche de notre village était à six kilomètres. Lorsque nous avions les vaccinations à l’école, il m’attendait pour me ramener à la maison, nous montions dans la carriole attelée au cheval. Souvent il se privait de tabac pour m’acheter quelques frian-dises chez l’épicier qui faisait sa tournée et livrait les mar-chandises les plus indispensables dont nous manquions à la ferme. Lorsque ma mère était malade et qu’il m’avait acheté des bonbons, il me disait – j’entends encore ces mots : « Ne le ré-pète pas à ta mère, elle sera en colère ». Mon père était bon et sensible, à la moindre occasion de plaisir ou de tristesse, ses yeux s’embuaient de larmes. Il n’aimait pas l’injustice, très croyant, honnête, il ne médisait sur personne. Sa vie était très simple, sa femme et ses enfants, ses terres, son cheval, ses peti-tes récoltes remplissaient sa vie, il n’avait pas d’autre ambition que cette vie-là. Il n’était pas très grand, un peu déformé par une infirmité, une grosseur sur l’omoplate et sur la poitrine, ce qui le rendait un peu bossu. Il portait toujours des panta-lons gris foncé en grosse toile, très souvent raccommodés avec de grosses pièces aux genoux, une chemise à col officier, un caraco noir, il n’oubliait jamais sa sainte casquette dont il se servait lorsque j’avais été polissonne. Le caraco et le pantalon n’étaient pas toujours très propres, parfois il partait au pays avec les mêmes habits, ma mère à son retour était furieuse, qu’allait-on pensait d’elle, que son mari n’avait pas de vête-ments propres ? Ca lui déplaisait, mon père riait en se moquant d’elle.
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