Les Aburingues , livre ebook

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Les Aburingues


Ce sont les épreuves de la vie, les cailloux du chemin, qui nous fortifient ou nous découragent, nous obligent à reconnaître nos erreurs, nos failles, nos limites.


Une rupture inattendue, douloureuse, brise sa vie. Pourquoi ?


Elle veut comprendre, elle consulte, se documente, elle témoigne, admet que seul le lâcher prise sera salvateur.


Face à la solitude, elle a dû réinventer sa vie, accepter l'abandon des siens dont tant de personnes âgées souffrent en ce nouveau siècle.


Heureusement, dans son désert elle a trouvé des oasis : elle s'écoute enfin, rêve, voyage, écrit.


Elle attend aussi...

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Date de parution

09 août 2018

Nombre de lectures

0

EAN13

9782414194957

Langue

Français

Couverture
Copyright













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-414-19493-3

© Edilivre, 2018
L’enfance
En ce mois de mai 2014, Clémentine est venue en visite sur la tombe de sa mère ; elle aurait cent ans aujourd’hui.
Elle vient souvent ici dans ce petit cimetière campagnard situé en haut de la côte et, de là elle surplombe leur village natal ; moment de calme de recueillement de « cœur à cœur » avec sa mère.
Ici, elle se ressource. De ce perchoir, l’on devine le cours de la rivière ponctué par les arbres qui le jalonnent, elle y revoit l’emplacement des lavoirs aux sources si claires. Juste sous elle, le clocher du village, son horloge qui y martèle toujours les heures, elle sait que tout près, les halles anciennes y tiennent encore marchés.
Pour venir converser avec sa mère, Clémentine a emprunté leur route familière, étroite. Elle a ralenti, s’est même arrêtée dans la « Bleurie », rue de sa petite enfance. Elle a revu leur petite maison ; la maison des grands-parents paternels, libre parce qu’endeuillée par le décès prématuré de sa grand-mère et que la famille a occupée aussitôt sa naissance.
Dans la petite cour devant la maison, elle a tout de suite remarqué l’absence du rosier grimpant dont s’enorgueillissaient ses parents ; miraculeux rosier, le premier fleuri du quartier.
– Souviens-toi maman de ses petites roses blanc crémeux où s’égarait un mince cheveu rouge sang. Elles éclosaient précisément pour ton anniversaire et avec les œillets de bordure roses très parfumés que papa récupérait à la gare, tu avais toujours ton rituel bouquet. Vois-tu Maman, aujourd’hui encore je n’ai pas oublié.
Clémentine en partant a, comme à l’accoutumée, comme autrefois avec sa mère ou sa grand-mère, accompli son tour du cimetière, accordé une pensée aux disparus connus, amicaux.
Les concessions maintenant se côtoient, s’entrecroisent depuis déjà quelques générations. Personne ne s’en offusque plus. On peut accéder au cimetière par n’importe quel portail. Le village est apaisé, il n’y a plus aucune distinction de zone, entre l’une ou l’autre religion protestante ou catholique car beaucoup de mariages mixtes se sont naturellement conclus et ont aboli les frontières qui scindaient autrefois le cimetière.
Très attachée à son village natal, son ancrage, Clémentine a longtemps cru qu’il avait inspiré la poésie « Connais-tu mon beau village qui se mire au clair ruisseau » . Ses fontaines, ses lavoirs dont un qu’elle fréquentait avec sa grand-mère, brouettes lourdement chargées, la ravissent chaque fois qu’elle les visite, que fièrement elle les fait connaître.
Curiosité au village, lorsque de fortes pluies surviennent, les terres du coteau de Belet s’égouttent et forment un ruisseau boueux, limoneux, éphémère, bref oued chaotique, « Le Meurzrat » . Il rejoint les sources abondamment gonflées. Même la source dite de La Mariée en cette occasion se manifeste, elle sourd de sa grotte. Source cachée, mystérieuse, très fréquentée autrefois, où les mariées encore demoiselles mouillaient de quelques perles d’eau leurs souliers, gages de bonheur. Toutes ces eaux mêlées, ces sources chantantes sont une des origines de notre rivière départementale.
Ce village, paisible bourgade, riche d’un très ancien marché couvert, d’une des plus anciennes églises romanes de la région, au nom évocateur de vigne la rajeunit chaque fois qu’elle s’y rend. Tel un chien fidèle, elle y retrouve les traces de son enfance.
Clémentine naquit par une froide nuit de novembre, dans la chambre haute à peine réchauffée par un petit poêle « Salamandre » vernissé, plus décoratif qu’efficace.
Le haut lit à baldaquin, d’où retombaient de grands rideaux en toile de Jouy semés de farandoles d’oiseaux l’accueillit et, c’est là qu’aidée par le médecin, elle délivra sa mère. Témoin de sa venue, une armoire paysanne l’entendit crier, brailler et, cette armoire maintenant dans son séjour, entend ses pas.
Son enfance, du plus loin qu’elle se souvienne, fut dès le début attristée, polluée ; elle n’était pas une enfant désirée et sa mère, dès sa conception avait eu à subir des remontrances. Un deuxième enfant, une fille, après un héritier mâle ; elle était celle en trop.
Dans les années 1930, pour de petits paysans, morceler la propriété était inconcevable, sa mère fille unique n’aurait dû concevoir qu’un enfant unique. Clémentine a tout de suite ressenti ce rejet d’autant que ses parents habitaient alors chez ses grands-parents maternels.
Le frère aîné de Clémentine adulé, cajolé, pouvait tout se permettre, mais elle, elle a dû braver, lutter pour se faire une place, pour exister.
Clémentine a très tôt fréquenté l’école de son village, elle a pendant toute sa vie scolaire prit beaucoup de plaisir en classe. Sa première institutrice en maternelle a su la subjuguer, son nom était si joli, un prénom dérivé du nom de la reine des fleurs, et son nom celui d’un oiseau enchanteur ; cet oiseau que l’on aperçoit peu, plumage discret mais qui le soir venu vous laisse interdit avec ses trilles, son crescendo flûté.
Sa mère a rappelé à Clémentine un certain retour de classe.
Très curieuse, Clémentine lui avait posé une drôle de question, embarrassante, saugrenue sans doute pour sa mère : – « Maman, où est la ville Cadémie ? »
En effet, sa classe avait reçu la visite de l’inspecteur d’académie, mais peu experte en son jeune âge – trois ans – des arcanes des administrations, elle s’était figurée tout autre chose. On disait bien le menuisier d’Avon, du village tout proche – Alors ?
Et Clémentine toute sa vie, dotée d’une insatiable curiosité, opiniâtre, pugnace, a inlassablement posé des questions, tel le petit Enfant d’Eléphant de Ruydard Kipling. Son modèle, ce bébé éléphant, poursuivant sa quête, jusqu’au-boutiste que rien ne rebutait, se mettant en danger, casse-cou, naïf, imprudent, mais combien fier des conquêtes engendrées par sa vélocité, sa constance, ses efforts, sa soif de connaissance.
Clémentine se revoit encore, ayant emprunté les venelles, ruelles souvent boueuses, itinéraire rapide qui reliait le bourg au village. Ces venelles sinueuses contournaient les jardins, les vergers, quelques rangs de vignes, corbeilles de fruits étalés, bombance pour oiseaux et autres prédateurs bipèdes… Les enfants assuraient souvent le service de colportage entre les parents, les amis. Les rencontres y étaient joyeuses, quelquefois féroces, les garçons bagarreurs y réglaient leurs comptes et y échangeaient des gnons. Mais à la sortie de la venelle ce jour-là, la fermant presque, un énorme engin. Clémentine voyait son premier char allemand, un char à sa toilette, chenilles tellement aspergées, dégoulinantes, que la route en fut inondée.
L’occupation commençait. Au village, les avions volaient au ras des toitures au-dessus de la grande maison à étages des sœurs religieuses infirmières où leur classe enfantine s’était réfugiée puisque leur école communale était réquisitionnée par les troupes allemandes. Ces avions en patrouilles incessantes les effrayaient et lorsqu’ils accéléraient, rendaient leurs oreilles douloureuses, sourdes.
Image terrible : seule avec sa mère tenue en joue par un allemand agressif réclamant du vin et, tremblante Clémentine ouvrait un à un les robinets des fûts du cellier, vides.
– Non ! non ! Nous n’avons pas de vin, seulement de vieux fûts inutiles, oubliés.
Les signaux de la ligne de chemin de fer qui traversait le village furent bombardés et par là même, la maisonnette de la garde barrière soufflée, nuages de poussière, odeur âcre, les éclats des bombes ont décimé un troupeau de vaches.
Clémentine se demande encore qui a bien pu l’emmener, entraînée par qui, comment s’est-elle retrouvée là, dans ce champ où ces pauvres bêtes agonisaient. Une bombe intacte juste posée au milieu d’elles, des groupes de gens, des meuglements de bêtes affolées, secouées par d’ultimes soubresauts : elle avait là sous les yeux, un spectacle hallucinant.
La guerre, l’occupation, période indélébile pour la petite fille qu’elle était. La peur de manquer sévissait ; non pas de nourriture dans notre campagne, mais les réfugiés cruellement mis sur les routes affluaient dans notre région, et le manque de vêtements, de chaussures était criant. Elle entend encore sur les chemins de terre battue et gelée, le bruit de ses galoches ferrées et que dire des accoutrements des petites filles : des sortes de corsets à bretelles où elles attachaient leurs chausses, sortes de bas tricotés, leurs culottes œuvres maternelles en gros coton, et que dire de l’intervalle entre le haut des chausses et la culotte : le Spitzberg. Il aura fallu, plus tard les Garçonnes pour leur apporter le confort : pantalons et cheveux courts.
Avec les réfugiés ardennais, tous les enfants ont participé en récupérant du suif de bœuf chez le boucher à l’élaboration d’une cuvée de savon. Faire du savon avec du gras qui tache : mystère de la chimie et de « l’alchimie » pour Clémentine à cette époque. Sur un fourneau à bois, dans un appentis près des cabinets, dans le fond là-bas…, remplaçant la lessiveuse habituelle, dans un chaudron fondait une mixture suif, soude caustique que les enfants ne devaient pas toucher, sous peine de bouts de doigts promis à la pelade. Cette mixture qui ne devait surtout pas cramer, objet de toutes les attentions, cuisait, bouillonnait, savamment brassée, méticuleusement surveillée, d’une couleur indistincte, d’une odeur redoutable, qui une fois refroidie était convertie en cubes, trapèzes, zébrés, odeur et couleur caca.
L’art culinaire en ces jours maigres était à base de pommes de terre et la « galette au peter » des ardennais, un « étouffe chrétien » mais elle leur « calait le jabot »

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