Le cahier, c'est le cahier ! , livre ebook

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Lycée Racine, Villon, Voltaire, les remplacements se succèdent pour l’auteure, professeure de lettres. Ici, à Paris, les noms des lycées se suffisent à eux-mêmes ; on parle d’Henry IV, de Chaptal ou de Fénelon, et l’on comprend immédiatement qu’il s’agit de ces lieux si prestigieux. Après, la réalité entre ces murs peut s’avérer plus compliquée, les échanges avec les élèves parfois tendus, rarement complices. L’auteure se débat dans ces expériences si différentes et nous conte également son parcours sentimental chaotique, les ruptures douloureuses, ses tentatives avec son psy. Elle raconte aussi son accident survenu des années plus tôt. Après quatre années de chômage entrecoupées de petits boulots, l’auteure reprend du service en banlieue, avec la vie qui défile au rythme des trajets en RER, visage collé contre la vitre et cœur hurlant. Plus que le récit d’un parcours professionnel d’enseignante, cet ouvrage est aussi un exercice d’écriture où l’auteure se livre sans artifice, presque violemment, mais toujours avec une émouvante sincérité.

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Date de parution

27 novembre 2018

Nombre de lectures

0

EAN13

9782414287192

Langue

Français

Couverture
Copyright













Cet ouvrage a été composér Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-414-28720-8

© Edilivre, 2018
Le cahier, c'est le cahier !
 
 
Ce que je souhaiterai écrire, bâtir c’est une forme de journal qui va de chapitres en dates au cours de plusieurs années d’enseignement. En quoi cette expérience de prof est-elle intéressante ? Elle est d’abord pesante, criante souriante et saillante à plus d’un titre. Elle montre que le parcours d’un contractuel est semé d’embuches. Je ne suis pas fière d’enseigner je ne suis pas mécontente je suis dans un emploi du temps et dans un parcours de RER et de métro, de bus et autre. Dans ces lignes à direction multiple j’ai tissé une toile d’araignée qui parfois oppresse. Que faire d’autre ?
Je me souviens très bien l’été dernier avoir observé une toile d’araignée immense qui courait d’un bout à l’autre du chemin. Sentiments contradictoires : la casser la jeter la détruire ? Détruire disait Duras. A cette profession j’ajoute ma vie privée celle qui court de la jeune femme à la femme ménopausée. Tant pis si certains déjà n’y voit aucun intérêt, un manque de glamour. Dans mon for intérieur il est utile de ramasser les bouts d’écrits parsemés dans les cahiers à spirale qu’il faut touiller afin de percer leur secret de ce que j’ai alors dit ou écrit. Parfois je me pose dans le moment j’y suis j’y porte le lecteur parfois je suis un jour, un jour d’après et je regarde. De mes multiples tentatives d’avoir le Capes de Lettres j’ai gardé des termes ou méthodes : de la focalisation à la litote etc… Ces divers essais qui me conduisaient jusqu’à l’oral m’ont « coupé les pattes ».
C’est aussi pour cela que j’écris. De plus mes séparations amoureuses mes stupeurs et tremblements ajoutent au tableau blanc. Mais quand vais-je finir ? se demandait-elle parfois en se levant le matin, pleine de rancune de peur et d’ennui.
Comment enseigner, moi qui détestais l’école, « toi qui pleurais dans la cour de récréation » répète ma mère me collant une image de petite pleureuse ; moi qui confondais la douzaine et six, « toi qui as commencé à aller à l’école dès l’âge de deux ans et qui était la plus petite de ta classe ». Moi qui tremblais derrière la porte du cours d’allemand ?
Je n’avais pas le choix, tout enfant est un futur collégien etc…
Et contrairement à ce que toujours ma mère a dit je jouais à la corde à sauter dans la cour de l’école jusqu’au début juillet, je préparais mes exposés, je n’étais pas toujours attentive mais j’avançais doucement. Ce qui n’allait pas, c’est que je ne comprenais pas ce que mes parents décidaient pour moi, avec moi, sans moi. Leur éducation laissait tellement à désirer. Ils n’étaient pas aussi bien que ceux de mes camarades, j’avais un peu honte de ma mère poule, qui ne gardait presque aucun souvenir de l’école tant elle avait oublié d’y aller, toujours excusée par sa mère qui était institutrice. Je ne voulais pas porter la même moustache que mon père. Et pourtant.
Ce récit à la première personne relate plusieurs histoires d’une vie que certains disent une vie de prof ; Cela n’est pas un roman, d’ailleurs qu’est-ce qu’un roman ? Cela serait plutôt un journal intime écrit au fur et à mesure d’une période qui va de dates en dates, cela passe. C’est aussi un document fait d’ajouts et d’insertions à partir d’un canevas de dates. Pénélope tisse sa toile et ne s’en défait pas tant qu’Ulysse le valeureux et courageux voyageur n’est pas revenu.
Il a pour intention d’abord cachée d’écrire afin d’être lu ensuite de dévoiler les magmas de la conscience embarrassée et les difficultés du métier.
C’est encore, le récit d’un long repli sur soi, d’une solitude et d’un abandon. C’est un début de vie professionnelle en tant que prof remplaçante emmêlée à une vie de femme contrariée.
Premiers remplacements
Au début être remplaçante contractuelle à Paris était vécu comme un voyage itinérant à travers la capitale et mon père applaudissait à mes nominations dans des établissements prestigieux. J’ai commencé au lycée Racine, rue de Naples, en arrivant en retard au premier cours tant il m’apparaissait aberrant de faire cours à 13 heures. Les élèves ne m’en voulaient pas et souriaient déjà en me croisant dans la rue. Six mois à Racine, car on dit Racine comme Villon, sans égard ni pour l’auteur ni pour le lycée. 6 mois de rêve à dialoguer, transmettre, bosser des cours, écrire des feuilles de cours de la seconde à la terminale, avec ou sans plan. L’histoire contemporaine était mon domaine. Mme V me montrait comment faire un cours à partir d’un ou deux manuels. C’était tout.
Je reprenais à l’automne au lycée Voltaire, boulevard Voltaire, dans le XI ème juste à côté de chez ma cousine ; Voltaire : grand homme, vaste lycée qui suit l’actualité de près en manifestant souvent, je ne peux que dire mes pleurs, mes désillusions. Je n’avais plus la confiance des élèves. Je n’étais plus « belle et parle nous ». Je devais fournir une matière neuronale, construire des cours qui fournissaient matière à réflexion sans le vouloir. Ce que j’avançais fier, ou au contraire pâle était immédiatement sujet à caution. Les élèves de terminale démolissaient mes cours à coup de remarques intempestives et pas innocentes.
« Ça fait trois quarts d’heures que vous êtes en train de soutenir le régime de Vichy » me dit l’un d’entre eux ; j’avalais, je protestais. Mais je ne voyais pas la provocation, j’entendais la remarque bien fondée pensais-je. J’ai toujours pris comptant ce que me disent les élèves, quitte à m’en prendre plein la figure. Le soir je tombais sur ma table la tête dans mes bras. Je ne voulais pas défendre le régime de Vichy. Cette phrase est restée inscrite dans ma mémoire. Depuis je me méfie de ce que j’avance. Je vais souvent au mémorial de la Shoah, je fais les universités d’été, d’hiver à Berlin, ici ou ailleurs. Bref certains diront que cet élève m’avait provoqué, déstabilisé et cherché à me faire tomber. Et il se tut. Je quittais le lycée Voltaire après mes trois semaines de remplacement sans aucun remords. Je commençais à comprendre qu’enseigner était difficile, aléatoire suivant le lieu. Que le bien-être de travailler n’existait pas. Pourquoi m’accrocher à ce job ? La réponse était une évidence, il était nécessaire de faire quelque chose de montrer que j’étais en vie, d’apporter un peu d’argent à la vie de couple. Payer le loyer.
Les lieux sont les premières choses visibles et immédiates des écoles. A Paris, sur le plan de métro, de vieux lycées occupent des espaces aussi grands que des hôpitaux et sont considérés comme du patrimoine historique, exemple le Lycée Henri IV, le lycée Chaptal, ou Fénelon au cœur du VI ème  arrondissement de Paris. C’est ce que je visais, enseigner dans ces grands établissements, être dans le « tape à l’œil ». Mais aussi, je m’en aperçois aujourd’hui montrer à mon père que je réussissais quelque chose. Exemple, j’enseignais en 1988 au Lycée Fénelon dans le VI ème  arrondissement trois heures le samedi matin. Petite cour aux marronniers, on y devisait, on s’y câlinait, on réfléchissait et personne pour jouer au basket. Ici, se trouve des enfants de l’élite. Classe de terminale C, la prof a craqué en plein mois de mars, j’arrivai avec ma trousse d’urgence. J’avais déjà travaillé avec des classes de terminales ces dernières années j’avais amassé des cours et je pouvais tranquillement faire mon cours le samedi matin à un auditoire calme et dispos (comme un samedi !)
J’ai pris la classe en charge avec amour. C’était un beau challenge qui m’épuisait nerveusement. Alors je me rappelle la femme très mince presque maigre qui mangeait peu. C’est à six heures que l’angoisse arrivait ; elle venait de quelque part pour s’abattre sans nom sur mon corps. Il y a la dose d’homéopathie prévue à cet effet qui fait un effet, mais lequel ? (Placebo ou pas je me suis prise pour un cobaye de la science depuis mon accident de voiture de 1982.)
Je suis une fine mouche,
Qui vaut son pesant de moutarde,
J’ai des jupes courtes et des petits talons
A la fin de l’année, je suis remerciée par les parents et les élèves m’offrent une plante, très moche qui m’accompagne de Paris à la Défense et reste ainsi sur la moquette en hommage, en souvenir. Les amis l’admirent et en rient plus elle devient vieille et laide.
Quand l’élève me l’avait donné au nom de tous les autres, je voulais crier, crier contre eux et contre tout, crier justement pour entrer dans la classe et marquer mon territoire, mais c’était trop tôt ou trop tard. C’était étrange cette colère inattendue, juste à ce moment-là. Le fils du député a-t-il eu son bac ? Sûrement. Les jumeaux si dissemblables, Antoine et Alexandre entraient en maths sup. J’ai rencontré l’un des deux un soir près du Panthéon. Je ne me souviens pas d’eux, à part cet incident et ces heures de cours à préparer.
Est-ce un souvenir inutile ou une image d’été qui arrive, la fin d’une époque parisienne ? Comme la guerre froide et la détente.
En 1989 le monde changeait, nous regardions les actualités le nez collé à l’écran télé, enfoncées dans le nouveau canapé futon offert par la mère de Damase, mon amie. Elle se demandait si je ne devais pas filer très vite sur le champ de l’action, ramener un bout du mur, un pavé lancé. Mais la peur me retenait et mille autres fourmillements. Les nouvelles se succédaient, le monde à l’Est s’écroulait dans l’ambiance fin de siècle, grandeur et décadence, la République de Weimar avait peuplée une année de maitrise d’histoire de l’art qui me semblait lointaine déjà.
Ma Psychanalyse avait commencé en 1987, je retrouvais confiance et dépendance. J’avais pris mon canapé divan en plein milieu du boulevard St Michel. Je commençais trois

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