L'affaire Dumollard , livre ebook

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"C’est le mercredi 29 janvier 1862, que les époux Dumollard comparurent devant la Cour d’assises de l’Ain à Bourg.


Dès cinq heures du matin, une foule considérable se répand autour du palais. Elle grossit de moment en moment.


Dix heures sonnent. La salle est comble.


À ce moment des cris : « le voilà ! le voilà ! » retentissent à la porte de la prison. C’est Dumollard. Il agite son chapeau, s’écriant : « oui, me voilà! » Ces clameurs se répercutent au sein de l’auditoire et redoublent l’anxiété.


Dumollard apparaît au milieu de quatre gendarmes. Sa femme le suit à quelques secondes. Ils sont placés l’un à côté de l’autre, sur le même banc, à un mètre et demi de distance.


Martin Dumollard est âgé de 52 ans. Sa taille est au-dessus de la moyenne (1 mètre 63 centimètres). Son tempérament est bilieux très prononcé ; à première vue on dirait voir un de ces bons campagnards de la Bresse, venant à nos marchés de Lyon, son teint est foncé. Ses cheveux sont épais, plats et unis, sa barbe idem. Ses yeux sont bleus. Sa constitution est osseuse et sèche, son air commun, bonasse, pour nous servir d’une expression vulgaire ; sa figure est maigre, son nez quelque peu aquilin, les pommettes et les arcades sourcilières sont saillantes, ses yeux sont ronds et enfoncés, son regard surprend par sa fixité, son calme, et sa débonnaireté."


Martin Dumollard est accusé d'avoir agressé des jeunes femmes cherchant à se placer. Son procès, qui débute le 29 janvier 1862, porte sur 12 agressions dont 3 avec assassinat. Son épouse est accusée de complicité...

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Publié par

Date de parution

18 mai 2023

Nombre de lectures

0

EAN13

9782384422296

Langue

Français

Cour d'assises de l'Ain


L’affaire Dumollard
Le tueur de bonnes


Mai 2023
Stéphane le Mat
La Gibecière à Mots
ISBN : 978-2-38442-229-6
Couverture : pastel de STEPH'
lagibeciereamots@sfr.fr
N° 1227
Martin Dumollard
En 1814, à la rentrée dans ses foyers de l’armée d’occupation autrichienne, qui avait envahi pendant de si longs mois Lyon et ses environs, deux régiments hongrois vinrent tenir garnison à Padoue. À peine y étaient-ils installés qu’un homme était amené devant toutes les troupes rassemblées, et subissait l’horrible supplice de l’écartèlement (1) .
Quel était ce supplicié ? Il se nommait Jean-Pierre Dumollard (ce nom n’appartient pas à la langue slave ; mais le long de la mer Adriatique, celui de Demola est fréquent, – On suppose que, passant dans la langue française, il a été dénaturé : de là le nom de Dumollard), natif de Pesth en Hongrie. – Depuis très longtemps, à la suite d’un crime dont la nature serait ignorée, il avait fui sa patrie, et était venu se réfugier dans la commune de Salins, arrondissement de Moutiers (Savoie), alors département du Mont-Blanc.
Plus tard, il fit la connaissance de Marie-Josephte Rey, fille de l’endroit, avec laquelle il vécut en concubinage. Mais sans doute assiégé de frayeurs mortelles et incessantes, tremblant d’être reconnu et ramené en Hongrie, il s’était fixé plus au cœur de la France, à Tramoyes, canton et arrondissement de Trévoux.
Le 21 avril 1810, un enfant naquit de leur cohabitation : c’était Martin Dumollard, dont les épouvantables entreprises devaient, cinquante-un ans plus tard, inquiéter l’opinion et la conscience de tous comme une sanglante énigme.
Les registres de la commune de Tramoyes formulent en ces termes son acte de naissance :
 
« L’an dix-huit cent dix, le vingt-deux avril, par devant nous maire, remplaçant l’officier de l’état civil de la commune de Tramoyes, canton de Trévoux, département de l’Ain, sont comparus : Pierre Dumollard, natif de l’Ongrie (textuel), demeurant audit Tramoyes, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né le vingt-un avril, à six heures du soir, de lui déclarant et de Marie-Josephte Rey, son épouse, auquel il a déclaré vouloir donner le nom Martin Dumollard ; ladite déclaration et représentation faite en présence de Pierre Montant, âgé de vingt-sept ans, et de Claude Rot, âgé de vingt-un ans, tous journaliers, demeurant à Tramoyes.
« Le père, ni ledit Pierre Montant, ni ledit Claude Rot n’ont signé le présent acte de naissance, après que lecture en a été faite, ils ont tous déclaré ne savoir signer.
 « Signé : M ARTIN A NDRÉ , maire. »
 
Il n’existait pas encore de paroisse à Tramoyes, Martin Dumollard fut baptisé à celle de Mionnay, l’une des plus voisines.
Jamais existence, sans sortir des limites de la vérité, ne s’écoula plus tristement obscure et misérable que celles des époux Dumollard, et cette nouvelle charge de famille aggrava encore leur gêne et leur dénuement ; car si ce n’eût été la charité de M. Martin André, maire de Tramoyes, parrain de leur nouveau-né, qui utilisait les services du mari en le préposant à la garde de ses troupeaux, et en occupant la femme à des travaux de ménage, ils auraient peut-être ressenti les horreurs de la faim. – Deux fois leur mobilier saisi allait être vendu, et deux fois sa générosité intervint pour le racheter.
En 1813, un deuxième enfant vint au monde. On le nommait Raymond. – Il mourut jeune.
Martin Dumollard achevait sa quatrième année, quand le bruit de l’invasion des puissances coalisées se répandit partout en France. – Son père pressentit ce qu’il avait à en redouter. Tout espoir de sécurité s’évanouissait désormais pour lui. – Rester, c’était se livrer pieds et mains liés aux dépositaires des lois de son pays qu’il avait violées, c’était aller au-devant du supplice le plus cruel. Aussi, à l’approche de l’ennemi, et sans perdre de temps, entraînant avec lui sa femme et son enfant, il courait éperdu aux frontières, espérant trouver quelque port, en Italie, un lieu où il pût abriter sa tête, sans péril ; mais ses calculs furent déjoués. – Surpris, reconnu par les troupes autrichiennes, à leur départ de France, on ignore, grâce à quelles circonstances, il était fait prisonnier, placé sur les derrières de l’armée et conduit à Padoue. – On sait maintenant quel sort l’attendait.
À plusieurs jours de son supplice, Josephte Rey, sa concubine, enceinte de nouveau, regagnait péniblement et à pied, sans ressources, sans pain, mendiant pour vivre, la commune de Tramoyes. – Elle alla se recommander, elle et son fils, à l’humanité de l’homme de bien qui les avaient secourus avant leur fuite précipitée. – Sa protection les couvrit encore quelque temps, puis elle se lassa et se retira d’eux complètement. – On les vit dès lors, abandonnés à eux-mêmes, quitter Tramoyes pour aller habiter Dagneux.
Josephte Rey, avec son gros embonpoint, sa démarche chancelante, sa voix suppliante, était bien la personnification de la mendicité dans sa hideuse laideur. Elle parcourait les grands chemins, la quenouille sous le bras, ayant une apparence de métier, mais en réalité sa main était toujours tendue aux passants. Elle inoculait ainsi à son fils, dont elle ne se séparait point, le germe de cette vie nomade et aventurière, qui devait être la première école préparatoire aux exploits épouvantables par lesquels il s’illustrerait si tristement un jour.
Suivant la notoriété la plus accréditée, à l’âge de huit à dix ans, Dumollard (Martin) fut accepté en condition comme berger. –  Depuis lors , a-t-il souvent répété, je me suis suffi . Son dernier maître fut M. Guichard, possesseur de belles bergeries, et propriétaire du château de Sure, à Saint-André-de-Corcy.
C’est chez lui que Martin Dumollard s’éprit de Mariane Martinet qui servait aussi en qualité de domestique dans le domaine. – Tous deux en sortirent, d’un même accord, le même jour, et vinrent habiter le Montillier, canton de Meximieux, où ils se marièrent le 29 juin 1840. – Marianne Martinet appartenait à une famille peu aisée, de Cordieux, commune du canton de Trévoux. – Dans l’acte de mariage, Dumollard dissimula la fin tragique de son père. Il y est dit : « fils majeur de Jean-Pierre Mollard, absent depuis l’espace de vingt-six ans, demeurant avant son absence à Tramoyes. » – Aussi le mariage ne put se célébrer qu’en observant les prescriptions de l’avis du Conseil d’Etat, du 4 thermidor an XIII (23 juillet 1805) : quatre témoins affirmèrent sous serment, devant l’officier de l’état civil, cette absence qui se prolongeait depuis vingt-six ans. – Les mariés Dumollard n’eurent jamais d’enfant.
C’est à cette date environ que se place le premier vol reproché à Dumollard. Pour échapper aux conséquences du châtiment, il vint se cacher à Lyon et se mêler à l’armée des terrassiers qui travaillaient aux forts des Charpennes, des Brotteaux et de Montessuy.
Pendant cette absence forcée, sa mère décédait à Dagneux, le 15 avril 1842. Dans l’acte de décès, elle est indiquée comme veuve de Pierre Dumollard. – Depuis la mort de Jean-Pierre Dumollard, elle n’avait dû son pain qu’à la mendicité. On la connaissait sous le nom de Raymone la mendiante .
Quelques temps après, Dumollard se rebutant du dur labeur de la pelle et de la pioche et pris peut-être aussi du mal du pays revenait dans la commune de Dagneux habiter avec sa femme, une petite maison de très chétive apparence, se trouvant à l’extrémité d’un petit hameau qui, par une singulière coïncidence, s’appelle le hameau du Mollard.
C’est dans cette maison que, quelques années plus tard, Dumollard, le « Tueur de bonnes », conçut tous ses crimes, c’est de là que de 1855 à 1861, il partait pour les commettre. Que de choses monstrueuses se passèrent dans les bois solitaires de Montmain, de Tramoyes, de St-André-de-Corcy, Pizay, Civrieux, Ste-Croix, etc., que les débats n’ont même pas complètement élucidées.
Dumollard se rendait à Lyon, à époques périodiques et rapprochées, dans le but unique de raccoler quelque nouvelle fille domestique en quête d’une place. – Jamais il ne se lassait à cete horrible besogne. – Rarement de halte dans le sang !
Et chose non moins bizarre, jamais il ne se travestissait ou mimait ses traits. Le dos voûté, un regard baissé ou levé à volonté, doux suivant l’occurence, mais farouche et terrible lorsque quelque passion y allumait des éclairs ; un chapeau flambard à haute forme, une blouse bleue ; il avait un cachet particulier qui l’aurait fait reconnaître entre mille. Sans doute il se reposait sur un effroyable aplomb pour imposer et pourvoir à toutes les éventualités.
Autour de son habitation, si la confiance n’était pas aveugle, les soupçons sur ses allures mystérieuses n’étaient point éveillés. Aux yeux des plus clairvoyants, on pouvait bien l’envisager comme un de ces maraudeurs vétérans qui pullulent dans les campagnes, mais, par la force de l’habitude, on finissait par le considérer comme inoffensif.
Et cet inoffensif fut un des plus grands criminels du siècle.
Le procès
C’est le mercredi 29 janvier 1862, que les époux Dumollard comparurent devant la Cour d’assises de l’Ain à Bourg.
Dès cinq heures du matin, une foule considérable se répand autour du palais. Elle grossit de moment en moment.
Dix heures sonnent. La salle est comble.
À ce moment des cris : « le voilà ! le voilà ! » retentissent à la porte de la prison. C’est Dumollard. Il agite son chapeau, s’écriant : « oui, me voilà! » Ces clameurs se répercutent au sein de l’auditoire et redoublent l’anxiété.
Dumollard apparaît au milieu de quatre gendarmes. Sa femme le suit à quelques secondes. Ils sont placés l’un à côté de l’autre, sur le même banc, à un mètre et demi de distance.
Martin Dumollard est âgé de 52 ans. Sa taille est au-dessus de la moyenne (1 mètre 63 centimètres). Son tempérament est bilieux très prononcé ; à première vue on dirait voir un de ces bons campagnards de la Bresse, venant à nos marchés de Lyon, son teint est foncé. Ses cheveux sont épais, plats

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