Un éternel commencement, tome 1 , livre ebook

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RÉSUMÉ


Un secret de famille.


Une rencontre hors du commun.


Un voyage au-delà du temps.


Un soir d'hiver, hantée par l'inexplicable disparition de sa mère vingt années auparavant, Anna se réfugie sur une plage déserte. Oublier... faire taire cette douleur lancinante qui broie ses entrailles.


Tandis que l'obscurité avale peu à peu les vagues, la jeune femme n'aperçoit pas immédiatement la forme qui émerge des flots et se dirige vers elle. Pourtant, cette étrange rencontre va lui ouvrir la voie, l'aider à reconstituer un puzzle dont les pièces sont éparpillées à travers le temps et l'espace. Cette quête la mènera aux frontières de l'inimaginable...




EXTRAIT


La voiture s’était immobilisée depuis dix minutes. Face à l'océan, sous une légère brise, un soleil écarlate gorgé de vie et de promesses se levait paresseusement sur l'horizon délavé. Les deux passagers, silencieux depuis un moment, assistaient à ce merveilleux spectacle. La voix de Mikka résonna, calme et profonde :


— On dirait l'aube de l'humanité, tout semble neuf et lavé de toute impureté.


— C'est comme si l'océan avait purifié le monde de ses péchés.


Anna avait murmuré cette dernière phrase. Elle réalisa soudain qu'elle était probablement connectée à la beauté universelle, et les larmes lui montèrent aux yeux. Ces instants avaient quelque chose de magique et d’unique. La présence de Mikka à ses côtés accentuait ce sentiment. Dans quelques minutes, le charme serait rompu. La sensation de paix et de plénitude s'évanouirait, et il faudrait à nouveau entrer dans l'action, chercher, comprendre et interagir avec ce monde. Pourquoi était-elle venue jusqu'ici, et qu'allait-elle découvrir sur cette plage ? Y aurait-il encore des moments comme celui-ci, après ?


— Si seulement la vie était aussi simple qu'un lever de soleil sur l'océan... soupira-t-elle.


Un sourire effleura les lèvres de l’ange.


— La vie est un lever de soleil sur l'océan.


— J'ai peur.


— Je sais.


— Vous ne me rassurez pas ?


— Non.

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Date de parution

06 juin 2019

Nombre de lectures

8

EAN13

9791096622535

Langue

Français

DU MÊME AUTEUR I B TINÉRAIRES IS U N NOËL PAS COMME LES AU TRES LESECRETDELAFORÊT L A VALLÉE DES PAPILLONS D E ES LYS POU R VA LEMONDEDETIMMY
Marie H. Marathée
Un Éternel Commentement
Tome 1 EDITIONSPLUMESSOLIDAIRES
2019,EDITIONSPLUMESSOLIDAIRES EMAIL: contact@plumes-solidaires.com SITEINTERNET: www.editions-plumessolidaires.com
AUTEUR: Marie H. Marathée RÉALISATIONDECOUVERTURE: Marie H. Marathée
MISEENPAGEPAPIER: Iman Eyitayo CORRECTIONSETVÉRIFICATIONSDUBONÀTIRER: Audrey Moui ISBNPAPIER: 979-10-96622-52-8 ISBNNUMÉRIQUE: 979-10-96622-53-5 ©TOUSDROITSRÉSERVÉSPOURTOUSPAYS DÉPÔTLÉGAL: JUIN2019
À mes trois soleils,
Marie H. Marathée
RETROUVEZTOUTESNOSACTUALITÉSETDAUTRESOUVRAGESSIMILAIRESSUR: NOTREPAGEFACEBOOK: @PLUMES.SOLIDAIRES NOTRECOMPTEINSTAGRAM: @PLUMES.SOLIDAIRES NOTRESITE:WWW.EDITIONS-PLUMESSOLIDAIRES.COM
1. AU COMMENCEMENT
La nuit agonisait, se disloquant dans un grondement étourdissant. Le chant déchaîné de la mer et le tumulte des vagues avaient succédé aux cris de dése spoir et d’impuissance. Les eaux glacées dévoraient tout sur leur passage, tout ce qui avait contribué à la fierté de cette nation : les édifices qui se tendaient avec ironie vers le ciel, les architectures élancées que la civilisation avait mis des siècles à façonner, des lignes pures et droites, véritables cultes à la beauté que les hommes, dans leur volonté de se rapprocher de Dieu, avaient érigées sans humilité.
Le combat était vain, la métropole s’effondrait comme un château de cartes, l’onde destructrice s’engouffrait dans les ruelles pavées et polies par le passage incessant de tout un peuple. Une à une, elles cédaient, se faisant engloutir par les flots sombres. Démunie et impuissante devant leur rage et leur violence, l’humanité se trouvait totalement à la merci des éléments. Rien ne semblait pouvoir apaiser la colère des dieux, et des larmes d’écume venaient se déchirer contre les forteresses de pierres. Le rugissement était devenu tel que son écho se répercutait à l’infini. Le ciel, le vent et l’océan tout entiers en étaient emplis. Les quelques bateaux qui naviguaient à proximité s’abîmaient, balayés comme des fétus de paille, la plupart ne verraient jamais le rivage. Le soleil rouge se levait une dernière fois sur la cité bleue.
Au détour d’une allée, deux enfants couraient, fuyant la tempête sans parvenir à lui échapper. En désespoir de cause, ils se réfugièrent au sommet d’une colline qui surplombait la ville. La fillette portait une robe blanche, et une ceinture argentée aux étranges motifs enserrait sa taille fine. Ses cheveux dorés, coiffés en une très longue queue de cheval, flottaient de façon désordonnée autour de son visage diaphane. Sur son front pâle était posé un diadème au centre duquel brillait une pierre couleur de ciel. Ses immenses yeux fauves, agrandis par la terreur, se posèrent sur le spectacle apocalyptique qui s’étendait à leurs pieds. La cité bleue était perdue. Inexorablement, elle cédait du terrain ; les forces s’avéraient inégales, et toute résistance semblait inutile. Il était trop tard. La jeune fille se mit à hurler pour couvrir le tumulte : C’est la fin du monde ! Alors que l’aube se levait sur un ciel d’écume écarlate, le jeune garçon se tourna vers elle et lui prit la main. Il lui caressa doucement la joue dans un geste d’apaisement : Non, c’est la find’unmonde, corrigea-t-il. Son regard triste embrassa l’horizon quelques secon des avant de revenir vers sa compagne. Comme un rayon de soleil dans la tourmente, un sour ire doux illumina son visage l’espace d’un instant. Il se pencha alors vers elle : Elizor avait raison : là où il y a une fin, il y a un commencement…
2. ANNA
! Veulent-ils la vendr C’est quand même hallucinant e, leur satanée maison, ou juste se débarrasser de la statue dans l’entrée ? Anna Ling secoua la tête d’un air apitoyé. Elle fixa un instant la photo qu’elle était censée scanner et retoucher avant de l’inclure dans sa maquette. Même en y mettant la meilleure volonté du monde, impossible de rendre le cliché vendeur. Et pour cause, il ne représentait pas la maison à sept cent mille euros dont il était question dans l’annonce qu’elle venait de saisir. Non, au lieu de cela, l’i mage exposait avec insolence les courbes d’un Apollon grec de marbre blanc, rêveur et plutôt dénu dé. Soit il s’agissait d’une erreur, soit on pouvait mettre en doute les capacités du personnel de cette agence immobilière… Elle fronça les sourcils. La porte s’entrebâilla doucement, et une tête apparut dans l’encadrement. ? Tu n’as donc pas de vie, miss P C ? Encore en train de faire des heures sup’ Il faut vraiment réagir ! Si tu n’as pas d’amis, va à des réunions Tupperware ! Le visage jovial, Pascal lui adressa un clin d’œil. Anna se tourna vers lui malicieusement : Très drôle, monsieurj’ai fait l’école du rire! Tout d’abord, sache que je n’ai pas besoin d’amis, je me trouve très bien en ma propre compagnie et… Oh, je vois ! Le célèbre couplet féministe :je n’ai besoin de personne, etc. La jeune femme haussa les épaules et, imperturbable, elle poursuivit : Ensuite, et là j’ai bien conscience que ça va être un choc pour toi, il faut que tu saches que les réunions Tupperware n’existent plus depuis les années 90 ; je suis désolée de te l’apprendre si brutalement. Elle prit un air faussement navré et lui adressa un clin d’œil en retour. Elle aimait bien Pascal, avec sa tignasse indisciplinée, son air désinvolte et ses yeux noisette. C’était le seul de ses collègues qui lui avait spontanément témoigné de la sympathie à son arrivée dans l’entreprise. Il échangeait toujours volontiers quelques mots avec elle avant de regagner son domicile et, comme Anna traînait souvent tard au bureau, c’était devenu un sujet de plaisanterie entre eux. De plus, elle savait qu’il était marié, heureux en ménage et père de deux charmants bambins, ce qui la sécurisait. Ainsi, au moins, il n’y avait pas d’ambiguïté dans leur relation amicale. Pascal semblait exagérément choqué à présent : Tupperware de mon enfance auxquelles ma mèreNon ! Je ne peux pas le croire ! Les réunions assistait au moins une fois par semaine ! Aaaaaaaah ! Il se mit à rouler les yeux vers le ciel d’un air horrifié. Anna réprima le sourire qui lui montait aux lèvres : Eh oui, de nos jours, on achète les Tupperwares sur Internet, mon chou ! Le jeune homme porta théâtralement la main à son cœur : Mais enfin, que fait-on des rapports humains ? Un Cyber-Tupperware, ça n’a aucun sens ! Sa collègue lui sourit franchement cette fois avant de renchérir innocemment : Rassure-toi, il existe probablement des vidéoconférences Tupperware… Un genre de cyber
réunion où les protagonistes s’envoient des recettes de petits fours sur la toile. On échange volontiers ce genre de données à travers les groupes Facebook. Et puis, en ce qui concerne les rapports humains, les sites de rencontres ont pris le relais. Beaucou p de personnes font connaissance sur le Net, c’est même trèstendancede nos jours. Pascal releva un sourcil et grommela d’un air bougon : N’empêche que je trouve ça navrant. Les gens n’ont plus envie de faire des rencontres de façon naturelle. Je ne sais pas si tu te rappelles. Autre fois, on pratiquait des activités sportives, on s’impliquait dans des associations, on sortait danser ! À présent, les internautes se cachent derrière leur clavier, protégés par leur écran plat, indispensable paravent pixellisé derrière lequel la prise de risque est limitée. Du coup, n’importe qui peut raconter n’importe quoi, et on ne sait jamais à qui on a affaire. Sans même parler du maniaque du coin, chacun peut s’inventer entièrement une vie ! Tiens, si je le voulais, rien ne m’empêcherait d’être le président de la république de Tombouctou ! Songeuse, Anna médita quelques secondes avant de répondre : Non rien, mis à part peut-être le fait que Tombouctou est une région du Mali, et pas un pays. Tu pourrais être un gouverneur, à la limite… Pascal , gouverneur de Tombouctou, ça sonne plutôt bien, d’ailleurs. Le jeune homme lui lança un regard offensé : Très drôle, miss PC, vraiment très drôle. Anna lui sourit gentiment :  Il faut vivre avec son temps, c’est le progrès… Je crois que la plupart des gens souffrent simplement de solitude. Certains n’ont pas le loisir d’aller vers les autres, par manque de temps ou par timidité. Internet représente alors un simple o util de communication qui facilite les échanges, ce n’est pas forcément une machine démoniaque prête à dévorer nos âmes ! Pascal secoua la tête et afficha une moue dubitative.  Outil de communication… Tsss… On ne m’enlèvera pas de l’idée que ce sont des excuses. Nous sommes en plein dans une génération boulimique d’émotions qui se lance dans une frénésie de consommation. Prenons par exemplele Speed Dating,on choisit une poignée d’individus qui sont jugés en trente secondes ! À ton avis, ma chère, qu els sont les critères ? Le physique, évidemment ! Parce que trente secondes, c’est un peu court pour aborder le sens de la vie selon Sartre ! Ensuite, si ces personnes ne correspondent pas à une certaine i mage, on les jette sans autre forme de procès. C’est une logique de consommation, pas de relations humaines. Quoi que nous fassions, il faut savoir se vendre, sinon on court le risque d’être l aissés sur le carreau. Le train est en marche, ma belle, et il n’attend personne ! Anna soupira, légèrement amusée :  C’est vrai, je trouve aussi que tout s’est accéléré durant ces dernières décennies, et lorsqu’on regarde la génération suivante, on se sent déjà dépassé. Je crois qu’on devient de vieux croûtons avant l’âge… Le jeune homme se redressa dignement et releva le menton en signe de défi : Eh ! Croûtonne, toi-même ! Moi je suis dans la fleur de l’âge ! Son visage devint plus grave tandis qu’il poursuivait : nous sommes les gardiens des valeurs auxquelles nous croyons, à nous de les Sérieusement, transmettre à la génération qui monte. Je ne te savais pas si sage ! Cette idée me plaît ! Si un jour j’ai des enfants, j’essaierai de m’en rappeler ! Pascal acquiesça d’un air supérieur et répliqua fièrement :
s des guerriers, peut-être même uneC’est un combat de tous les jours, Anna. Nous somme espèce en voie de disparition ! Surtout moi… Un autre sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme : is, je persiste à croire que tout n’est pas à Je ! Toutefo n’ai absolument aucun doute là-dessus jeter dans les nouvelles technologies. Il y a d’un côté la science ou la technique à proprement parler, et de l’autre l’usage que nous en faisons. À nous d e faire en sorte que notre utilisation soit bénéfique… Pascal lui lança alors un regard pétillant : Science sans conscience n’est que ruine de l’âme,Au fait, en parlantpas ?  n’est-ce d’utilisation bénéfique, peut-être pourrais-tu essayer un site de rencontres… Ça, au moins, ce serait bénéfique ! Dépitée, Anna leva les yeux au ciel : Je te remercie pour tes conseils éclairés, cher ami. Lorsque j’aurai besoin d’un avis, je te ferai signe…Ruine de l’âme, hein… Tsss. Pascal aimait bien taquiner sa collaboratrice sur son côté un peu sauvage. Il est vrai qu’Anna ne courait pas après les rencontres. En société, elle était plutôt accessible et entamait facilement la conversation, cependant elle laissait peu de personnes s’introduire dans son cercle intime. Elle protégeait farouchement son univers, encore fragile, des déceptions et trahisons éventuelles. Elle savait qu’il lui faudrait du temps avant d’accorder à nouveau sa confiance. Elle acceptait cet état de fait et vivait sa solitude plus comme un soulagement que comme une punition ; elle avait besoin de se reconstruire tranquillement. La jeune femme tendit à son collègue la photo qu’elle tenait toujours à la main : Tiens, regarde plutôt ça ! Que veux-tu que j’en fasse ? Pascal éclata d’un rire franc à la vue de l’Apollon rêveur. Au moins, l’agence a de l’humour ! Ils nous ont peut-être confondus avec un magazine de déco gay… ça arrive parfois… et même plus souvent qu’on ne croit ! Il ne te reste plus qu’une solution : tu dois te reconvertir dans l’art. Il paraît que c’est un marché très porteur et en pleine expansion. D’ailleurs, à sept cent mille euros la statue, je veux bien me transformer en un fervent internaute et spéculer au marché noir, je peux même devenirtrader, s’il le faut. Anna lui mima une grimace et haussa les épaules : Vu ce que la spéculation a fait à notre économie, j’ai bien peur que les jours dorés desGolden Boysne soient derrière nous… Pourtant, je vais peut-être envisager une reconversion. J’avoue que je me pose des questions sur l’utilité de mon travail et sur ma place dans ce monde… Le jeune homme sembla surpris. Il se tourna vivement vers elle, les yeux exagérément arrondis : ? Désolé de mettre fin à cette envolée humaniste : ici, on gagne sa? Quelle utilité Une utilité vie, c’est tout ! Et encore, si on peut dire… Je fi le, Anna, tu devrais faire de même. Laisse tomber pour ce soir, et rentre chez toi. Il n’y a rien de plus triste qu’une jeune femme qui fait des heures supplémentaires non rémunérées. Va plutôt surfer un peu sur le net, et trouve-toi un cyber rendez-vous Tupperware. Par contre, prends des notes ! Je tiens absolument à avoir tous les détails, je suis curieux !  Rassure-toi, ! Bonne soirée et bonjour chezje ne vais pas m’attarder. Et je ne suis pas triste toi ! Pascal quitta la pièce, sa voix résonnant encore au loin dans les couloirs : Au fait, j’y crois pas une minute à ton histoire ! Je suis sûr que les réunions Tupperware existent toujours. C’est toi, la ringarde !
Anna observa d’un air amusé son collègue qui s’éloignait en chantonnant innocemment. Puis, elle dirigea à nouveau son attention vers la photo, plaç a celle-ci sur la vitre du scanner et lança le processus de numérisation en soupirant. Le bruit familier retentit dans la pièce, preuve que l’appareil magique accomplissait son œuvre. Une fois la numérisation achevée, elle se mit en devoir de rectifier les blancs et les noirs sur l’écran. Toutefois, au bout de quelques minutes, elle repoussa sa chaise avec lassitude. Décidément, cela ne servait à rien, elle perdait son temps. Exit l’Apollon grec à sept cent mille euros ! Elle jeta un coup d’œil à sa montre. Pascal avait raison, l’heure du départ avait sonné depuis longtemps. Elle passerait un coup de fil à l’agence le lendemain et tenterait d’obtenir un nouveau cliché par mail. Il n’y avait pas d’autre alternative.
Les couloirs semblaient déserts lorsqu’elle les traversa d’un pas rapide afin de rejoindre son véhicule. Tandis qu’elle se dirigeait vers la sortie, elle sentit soudain monter en elle une impressio n de malaise, quelque chose d’insaisissable et de fur tif. Elle se retourna, personne derrière… Elle travaillait depuis six mois en tant que maquettiste dans cette société qui éditait un catalogue d’offres immobilières. Ainsi, elle retouchait les images et organisait la mise en page des annonces. Néanmoins, il fallait bien admettre que la marge de créativité demeurait assez faible. Bien souvent, son job consistait à mettre du bleu dans le ciel d’une photo et à forcer sur le contraste afin de la faire claquer,comme le disait si bien sa directrice, madame Sorrille. Madame Sorrille était un personnage de taille moyenne d’une cinquantaine d’années aux cheveux châtains perpétuellement emprisonnés dans un chignon strict. Elle portait d’énormes lunettes qui lui mangeaient le visage, son naturel peu avenant la rendait peu sympathique et… peu humaine. Elle possédait cependant un talent qui l’avait conduite en haut de l’échelle hiérarchique : une gr ande rigueur professionnelle et beaucoup d’acharnement à réaliser ce qu’elle entreprenait. U nesacrée bosseusequi exigeait la même chose de tout son personnel. Par contraste, Anna, avec ses boucles auburn rebelles, son regard espiègle et sa spontanéité, apportait un peu de vie et de fraîcheu r dans l’univers immobile de ce temple dédié à l’image. Cependant, elle n’entretenait aucune illusion : une carrière au royaume de Sylvie Sorrille s’avérait impossible. Les employés allaient et venaient. Supportant quelque temps le dur labeur ainsi que les réflexions acerbes, ils finissaient immanqu ablement par prendre la porte vers d’autres cieux plus bleus… Enfin, si l’on peut dire, car il n’y avait pas plus bleus que les cieux de madame Sorrille. Celle-ci avait en effet un penchant naturel pour cette couleur calme, froide et reposante. C’est la raison pour laquelle les murs des couloirs de la so ciété étaient jonchés de clichés de mers et d’océans, censés être propices à la concentration et à l’organisation du travail. Toutefois, ce soir-là, tandis qu’elle déambulait le long des corridors vides, tou t ce bleu lui sembla vaguement menaçant. Anna préférait les nuances plus chaleureuses, les tonalités ocre et dorées qui mettaient des reflets de feu dans les paysages. Elle adorait l’automne pour ses dégradés chatoyants, ses arbres aux branches flamboyantes qui s’illuminaient sous les rayons obliques du soleil en fin de journée. Elle comprenait parfaitement pourquoi de nombreux peintres étaient venus s’enraciner ici, dans cette terre de Provence riche en senteurs et vibrante de couleurs. Parfois, lorsque l’émotion l’étreignait face à la beauté d’un tel spectacle, elle regrettait de ne pas savoir elle-même tenir un pinceau ou un fusain.
Elle atteignit enfin la sortie et se retrouva avec soulagement à l’extérieur de l’imposant bâtiment. Dehors, le vent froid lui fouetta le visage. En ce soir d’octobre, le ciel d’un gris uniforme paraissait particulièrement bas. Pas de couleurs chaudes sur cette scène glaciale, tout semblait pâle et délavé. Elle frissonna, boutonna son manteau et se dirigea vers le parking de la zone industrielle. Une fois installée au volant de sa Clio verte, elle s’empres sa d’allumer l’autoradio afin de chasser cette impression d’isolement, et appuya sa tête contre la vitre en soupirant. Une journée banale venait de s’écouler : des heures de dur labeur, les yeux rivés sur son écran. Le boulot n’était pas formidable, la paie non plus, comme l’avait souligné Pascal. Néanm oins, le simple fait de disposer d’un job la remplissait de joie en comparaison de la période de chômage qui avait précédé son embauche. Ce travail lui avait permis de se remettre sur pieds, de louer un appartement et de réorganiser sa vie dans cette région. À trente ans, Anna faisait table rase du passé et prenait un nouveau départ. Elle ne
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