Trilogie d'une nuit d'hiver (Tome 3) - L'Hiver de la Sorcière , livre ebook

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251

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Français

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Un incendie vient de ravager la ville de Moscou. Le grand prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Tous cherchent un bouc émissaire et Vassia, dotée d'étranges pouvoirs, fait une coupable idéale. Le père Konstantin aiguillonne la vindicte populaire pendant que Vassia cherche à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques.
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Publié par

Date de parution

01 janvier 2023

Nombre de lectures

2

EAN13

9782207144060

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

2 Mo

Katherine   Arden
L’Hiver de la sorcière
Roman traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Collin
La vague est belle, dans la tempête,
Le ciel prodigieux, privé de ses bleus ;
Mais sachez-le, sur son rocher, la fille
Éclipse l’onde, la tourmente et les cieux.
Alexandre P OUCHKINE
À mes frères, par la naissance et l’adoption, Sterling, R.J., Garrett, Je vous aime.
Une note sur les noms russes

Les conventions russes en matière de nom et d’adresse, si elles ne sont pas aussi compliquées que l’apparence pourrait le suggérer, méritent néanmoins une explication. Le nom russe moderne est constitué de trois parties : le prénom, le patronyme, et le nom de famille. Dans la Rus’ médiévale, les gens n’avaient généralement qu’un prénom ou, dans l’aristocratie, un prénom et un patronyme.

Les prénoms et surnoms
Le russe est extrêmement riche en diminutifs. Chaque prénom russe peut se décliner en un grand nombre de surnoms. Le prénom Iekaterina, par exemple, peut être abrégé en Katerina, Katia, Katioucha, ou Katenka, entre autres. Selon le degré de familiarité du locuteur avec la personne et l’humeur du moment, on passe d’une variation à l’autre.
Aleksandr : Sacha
Dimitri : Mitia
Vassilissa : Vassia, Vassochka
Rodion : Rodia
Iekaterina : Katia, Katioucha

Le patronyme
Le patronyme russe est toujours issu du prénom de son père. Il varie selon le sexe. Par exemple, le père de Vassilissa s’appelle Piotr. Son patronyme, dérivé du prénom de son père, est Petrovna. Son frère Alekseï, lui, emploie la forme masculine, Pétrovitch.
Pour marquer le respect, on n’emploie pas « monsieur » ou « madame ». On s’adresse à quelqu’un en accolant son prénom et son patronyme. Ainsi, un étranger qui rencontrerait Vassilissa pour la première fois l’appellerait Vassilissa Petrovna. Travestie en garçon, elle se présente sous le nom Vassili Pétrovitch.
Dans la Rus’ médiévale, lorsqu’une femme de la noblesse se mariait, elle changeait son patronyme pour un autre, dérivé du prénom de son époux. Ainsi, Olga, de naissance Olga Petrovna, est devenue Olga Vladimirova (alors que la fille d’Olga et de Vladimir est appelée Maria Vladimirovna.)
PREMIÈRE PARTIE
1
Maria Morevna

Un crépuscule de fin d’hiver, et deux hommes qui traversaient la cour d’un palais dévasté par le feu. Celle-ci n’était plus qu’une friche de terre foulée et de neige fondue ; ils s’y enfonçaient jusqu’aux chevilles. Mais leur discussion était animée, leurs têtes proches, et ils n’avaient cure de la boue. Derrière eux se dressait un palais aux meubles fracassés, noirci par les fumées ; partout, les écrans de protection des escaliers extérieurs s’étaient effondrés. Devant eux, les restes calcinés des écuries.
« T’cheli-Bey a profité de la confusion pour disparaître, énonça amèrement le premier des deux hommes. Nous étions trop occupés à sauver nos propres vies. » Une tache de suie noircissait sa joue, des traînées de sang coagulé parsemaient sa barbe. De grandes traces bleues semblaient creuser les chairs sous ses yeux gris. Il était jeune, avec un torse puissant et l’énergie d’un homme qui, pour être allé au-delà de l’épuisement, y avait trouvé une forme d’éveil irréel et tenace. Tous les regards dans la cour étaient tournés vers lui. Il était grand-prince de Moscou.
« À sauver nos vies et un peu plus », répliqua le second, un moine, avec une pointe d’ironie grinçante. Car, contre toute attente, la ville était en grande partie intacte, et demeurait en leurs mains. Durant la nuit, le grand-prince avait manqué être renversé et assassiné, même si rares étaient ceux qui le savaient. Sa ville avait failli être réduite en cendres ; seule une tempête de neige aussi miraculeuse qu’inopinée l’avait préservée. Personne ne l’ignorait. Une balafre noire entaillait maintenant le cœur de la cité, comme si, durant la nuit, la main de Dieu avait écorché Moscou de ses ongles incandescents.
« Cela ne suffit pas, dit le grand-prince. Nous avons peut-être survécu, mais sans châtier les félons. » Toute cette rude journée, le prince avait eu des paroles rassurantes pour chaque homme, des ordres précis pour ceux qui rassemblaient ses chevaux encore en vie ou dégageaient les poutres calcinées de l’écurie. Mais le moine, qui le connaissait bien, voyait l’épuisement et la fureur affleurer. « Je pars demain avec autant d’hommes que faire se pourra, reprit le prince. Nous trouverons les Tatars et nous les tuerons.
— Quitter la ville en un tel instant, Dimitri Ivanovitch ? » demanda le moine avec quelque inquiétude dans la voix.
Une nuit et une journée sans dormir n’avaient pas mis Dimitri de bonne humeur. « Aurais-tu l’intention de me le déconseiller, frère Aleksandr ? » rétorqua-t-il d’un ton qui fit tressaillir son entourage.
« Moscou ne peut se passer de vous. Nous avons des morts à veiller. Des réserves de grains, des troupeaux et des entrepôts ont été mis à mal. La vengeance ne nourrit pas les enfants, Dimitri Ivanovitch. » Le moine n’avait pas plus dormi que le grand-prince ; il avait du mal à masquer la tension dans sa voix. Son bras gauche était bandé : une flèche l’avait frappé dans le muscle sous l’épaule, avant d’être extraite, arrachée à travers les chairs.
« Les Tatars m’ont attaqué dans mon propre palais, après que je les y ai accueillis de bonne foi, répliqua Dimitri sans chercher à dissimuler sa fureur. Ils ont conspiré avec un usurpateur, incendié ma ville. Tout cela doit-il rester impuni, frère ? »
En fait, les Tatars n’avaient pas embrasé la cité. Mais frère Aleksandr n’en dit rien. Mieux valait ne pas revenir sur cette… erreur : elle ne pouvait plus être corrigée.
Implacablement, le grand-prince poursuivit : « Ta propre sœur n’a-t-elle pas donné naissance à un enfant mort-né au milieu de ce chaos ? Un enfant royal mort, un pan de la ville en cendres… la population va hurler si justice n’est pas faite.
— Verser le sang ne lui rendra pas son enfant », dit Sacha, plus sèchement qu’il ne l’eût voulu. Il avait toujours à l’esprit la désolation drapée de dignité de sa sœur, une chose pire que toutes les larmes.
Dimitri avait la main sur le pommeau de son épée. « Vas-tu me sermonner, maintenant, prêtre ? »
Sacha perçut dans la voix du prince la fracture entre eux deux, pansée, mais pas guérie. « Certainement pas. »
Dimitri se fit violence pour lâcher la poignée aux serpents entrelacés.
« Comment comptez-vous trouver les Tatars de T’cheli-Bey ? reprit Sacha, s’efforçant de le raisonner. Nous les avons déjà poursuivis une fois, et nous avons chevauché une demi-lune sans découvrir le moindre indice, alors que nous étions au plus profond de l’hiver, quand la neige garde longtemps les traces.
— Mais nous les avons trouvés. » Les yeux gris de Dimitri se plissèrent. « Ta sœur cadette a-t-elle survécu à cette nuit ?
— Oui, répondit prudemment Sacha. Des brûlures au visage et une côte cassée, selon Olga. Mais elle est en vie. »
Dimitri parut troublé. Derrière lui, l’un des hommes qui dégageaient les décombres laissa échapper le bout d’une poutre brisée et jura. « Je ne serais pas arrivé au palais à temps, sans elle », dit Sacha en direction du profil austère de son cousin. « Son sang a sauvé votre trône.
— Le sang de beaucoup d’hommes a sauvé mon trône, coupa Dimitri sans le regarder. C’est une menteuse, et elle t’a fait mentir, toi, le plus droit des hommes. »
Sacha ne dit rien.
« Demande-lui, poursuivit Dimitri en tournant la tête. Demande-lui comment elle a trouvé les Tatars. Il ne pouvait pas uniquement s’agir de son sens de l’observation : j’ai des dizaines d’hommes aux yeux perçants. Demande-lui comment elle s’y est prise, et je la ferai récompenser. Je ne crois pas qu’il y ait à Moscou un seul homme qui l’épouserait, mais un boyard de province pourrait se laisser persuader. Ou l’on soudoiera un couvent, qui acceptera de l’accueillir. » Dimitri, mal à l’aise, parlait de plus en plus vite, les mots se déversant de sa bouche. « Ou elle pourrait vivre en sécurité dans son village, ou rester au terem avec sa sœur. Je m’assurerai qu’elle aura assez d’or pour vivre confortablement. Demande-lui comment elle a fait, et ses problèmes seront résolus. »
Sacha l’avait regardé parler avec à l’esprit tout ce qu’il ne pouvait pas dire. Rien qu’hier, elle vous a sauvé la vie, a tué un magicien dévoyé, et a embrasé la ville avant de la sauver ; tout cela en une seule nuit. Croyez-vous qu’elle consentira à disparaître contre une dot, ou à n’importe quel prix ? Connaissez-vous ma sœur ?
Évidemment, ce n’était pas le cas : Dimitri ne connaissait que Vassili Pétrovitch, le garçon qu’elle avait prétendu être. Néanmoins, elle et lui n’étaient qu’une seule et même personne. Et derrière ses hésitations, Dimitri devait l’avoir compris : son malaise le trahissait.
Un cri venu des hommes qui s’affairaient autour de l’écurie épargna à Sacha de devoir répondre. Dimitri tourna la tête d’un air soulagé. « Par là », dit-il en s’éloignant à grandes enjambées. Sacha le suivit, le visage fermé. Un groupe s’était formé autour de l’endroit où se croisaient deux poutres effondrées, à demi calcinées. « Écartez-vous ! Mère de Dieu, seriez-vous des moutons devant les premières herbes du printemps ? Qu’y a-t-il ? » Les hommes reculèrent, glacés par le ton de Dimitri. « Eh bien ? »
L’un des hommes retrouva sa langue. « Là, gosoudar », dit-il en indiquant du doigt une cavité entre deux piliers brisés, dans laquelle quelqu’un lança une torche. Un scintillement apparut : un objet brillant reflétait la lumière de la flamme. Le grand-prince et son cousin le considérèrent, interloqués.
« De l’or ? s’interrogea Dimitri. Ici ?
— Certainement pas, répondit Sacha. Il aurait fondu. »
Trois hommes écartaient déjà les madriers qui maintenaient l’objet hors de portée. Un quatrième réussit à s’en saisir et le tendit au grand-prince.
C’était bien de l’or : de l’or fin, et qui n’avait pas fondu. Il avait été façonné en lourds maillons et barres droites, étrangement articulées. Le métal avait un lustre hui

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