Souffleur de mondes , livre ebook

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L'artiste mutant gonflé d'orgueil nous fera-t-il partager sa mort ? Le créateur nourri de haine ouvrira-t-il à ses enfants les portes de l'Enfer ?


D'une planète à l'autre, l'âpreté humaine s'exporte au même titre que le courage. Notre planète elle-même, souvent porteuse d'idéal, peut semer la terreur.


Reste l'espoir... Lorsque l'espèce a perdu pied, l'individu tenace, accroché à son sourire, vise encore un bonheur à sa mesure pour une illusion du futur, un pressentiment, une vertu passagère.


Soulevez le voile à treize reprises ! Explorez les songes de la Terre ! Soyez l'auteur entrevu, rien qu'un instant. Rêveur d'étoiles.



Souffleur de mondes.

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Nombre de lectures

13

EAN13

9791090931305

Langue

Français

Raymond MILÉSI
SOUFFLEUR DE MONDES
(extrait)
Éditions ARMADA www.editions-armada.com
Si l'on excepte la nouvelle-titreSouffleur de mondes,inédite, les textes de ce recueil ont bénéficié d'une première parution, pour certains il y a bien longtemps… Ils ont tous ici été repris – sous le contrôle bien veillant mais ferme de Pinkie – et souvent remaniés. L'édition d'origine est indi quée à la fin de chaque nouvelle.
Pinkie à son poste (Photo Anne)
Cinquante cinquante
Anton Podborsky considéra d'un œil peu amène la vie ille femme à la peau fripée qu'il s'obstinait à regarder comme son assoc iée. Au demeurant, elle l'était. Sur le plan légal, s'entend. Exactement à cinquante pour cent, aux termes du contrat passé entre eux voici une bonne dizaine d'a nnées. Ce qui ne l'empêchait pas de se prélasser depuis neuf ans et onze mois et demi derrière le même bureau d'aspect directorial, et de le traiter à peu près, pensait-il, comme le balayeur d'étage. Il s'arracha à son siège et vint se planter devant la fausse fenêtre où un holo représentait avec obstination un e vue figée de Paris-Sud. De profil, il ressemblait à un catcheur ayant momen tanément abandonné son short et son maillot à une épaulette pour revêtir u n costume emprunté à un ami. De face aussi. C'était peu probable en fait parce q u'Anton Podborsky n'avait pas d'ami. Il se détourna du paysage sempiternel en se tenant le ventre à deux mains. — Tu as encore grossi Porky ! grinça Sandra Gorius. Un peu d'exercice te ferait du bien de temps en temps. Elle portait une stricte robe grise à col fermé d'o ù dépassaient à peine deux mains grises et un visage gris. Ses cheveux tiraien t sur le gris. — Merci du conseil, Mémé. Je ne vous dirai pas que vous vous êtes encore ratatinée : vous mettriez ça sur le compte de ma vu e… — Ta vue est bonne. Le problème, c'est que tu ne sa is pas t'en servir. Maintenant que ton développement physique semble ac hevé, tu devrais penser à entamer ton développement intellectuel ! Pourquoi ne tiens-tu pas en place ? Derrière elle, ainsi que sur le mur de gauche avaie nt été collées sans ordre particulier des dizaines d'affiches de taille varia ble, vantant les mérites de leur société. Le tout enveloppait le local d'une harmoni e criarde, haute en couleurs, traversée de fusées brillantes et ponctuée de souri res béats. « Mars et ses mystérieux canaux ! » « Visitez les grottes de Jupiter ! » « Des astéroïdes par milliers ! » « Les mondes merveilleux de Titan ! » « Hécate, pour votre plaisir ! » Ils siégeaient dans ce bureau depuis cinq ans. Au m ême étage, on en dénombrait douze autres, appartenant à des sociétés concurrentes ou leurs sous-groupes, et presque autant à chacun des quatre autres étages. Le gros homme déplaça sa masse avec une relative agilité et saisit une feuille de papier à en-tête ESPACE-TOUR qui traînait à sa portée. L'a yant parcourue, il reposa la lettre dans la corbeille du courrier « Arrivée ». — « Décommandé, pas assez de monde ! » grommela-t-i l. Toujours la même chanson. Bon Dieu ! Je ne vois vraiment plus quoi i nventer pour les… — Assieds-toi ! Tu m'énerves. Tout l'immeuble a les mêmes problèmes, si ça peut te consoler. — Ça ne me console pas, dit-il en se rasseyant. Sandra Gorius puisa dans son tiroir un volumineux d ossier qu'elle se mit à feuilleter avec une lenteur désespérante.
— Vous voulez l'apprendre par cœur ? — Je cherche, Porky. C'est ce que tu devrais faire au lieu de te lamenter ! Il s'emporta, pour la première fois depuis une minu te trente. — Chercher ?! Je n'arrête pas de chercher pendant q ue vos pieds pourrissent sous le bureau ! Est-ce ma faute si le système sola ire se résume à un tas de cailloux ? Ils ont déjà tout visité cent fois ! Tou t ce qu'on peut faire, c'est baisser les prix, et encore : ils nous rient au nez ! Mars est un caillou avec deux trois ravins que tout le monde connaît par cœur, Jupiter est un gros caillou sans atmosphère avec plein de petits cailloux un peu par tout, Titan est un caillou un peu cagneux avec rien du tout dessus, quant à la ce inture, parlons-en : cailloux, cailloux et cailloux ! — C'est comme ta tête Porky. Si tu te taisais une m inute pour me laisser réfléchir ? — Bien sûr, Mémé, réfléchissez. Et pendant ce temps -là, la TRANS-UNIVERS et CLUB-SOLEIL vont fusionner pour se payer un « grand gabarit » capable de se promener jusqu'à Saturne ou Neptune ! — Tu as de l'argent pour participer à la curée ? No n ? Alors ferme-la un peu, tu veux ? C'était l'ennui avec Podborsky : il suffisait de lu i dire de se taire pour qu'il reparte de plus belle. — Heureusement que j'ai eu l'idée de prendre un bai l prolongé sur Hécate ! Cet astéroïde peinard nous aura permis de relancer la machine et de tenir deux ans de plus avec le Parc Attractif. Mais là comme a illeurs les touristes se lassent. Non, ce qu'il faudrait, c'est trouver quel que chose, une nouvelle attraction, un truc pour attirer les gens, une bonn e grosse bête par exemple, je ne sais pas moi… Elle releva la tête, intriguée. — Tu veux dire un robot animaloïde ? Ne fais pas l' andouille, c'est hors de prix et ça n'amuse plus personne. Et passe-moi une tranche de Synthécarne à goût de poulet. Il lui tendit une barquette d'aliment synthétique e t en déchira une autre pour lui avec les dents. — Je pensais à une bête, reprit-il la bouche pleine … Unevraie bête, quoi, comme avant. À part les élevages d'insectes pour le s « compacts », les gens n'en ont plus vu une seule depuis un bon demi-siècl e : ça les ferait sûrement courir… — Sûrement. Mais du moment qu'il n'y en a plus, la question me paraît réglée ! — … Pas évident, fit-il en crachant un morceau trop gras. Puis il entreprit de mastiquer, tête baissée. Elle rangea son dossier et posa ses deux mains bien à plat sur le bureau. — Porky, qu'est-ce que tu as dans la tête ? Ne joue pas au plus fin avec moi ! Qu'est-ce que tu manigances dans mon dos ? — Calmez-vous Mémé ! Je ne manigance rien du tout. J'essaie tout au plus de faire fructifiermescinquante pour cent, et donc les vôtres aussi… Elle le coupa d'une voix glaciale. — Porky, tu sais que je n'aime pas quand tu me parl es sur ce ton !… Tu vas me dire tout de suite à quoi tu penses, ou tu auras affaire à moi ! Il s'essuya les doigts, l'air d'un enfant pris en faute.
— Je pensais à lagénétique, Mémé. «Professeur Adalbert Gluckenstein, spécialiste en gé nétique appliquée » proclamait la carte, en rouge vif sur fond noir. — Prenez place Monsieur… je veux dire « Professeur » Gluckenstein. Vous connaissez mon associé, Anton Podborsky. Le petit homme aux trois quarts chauve lorgna brièv ement les murs surchargés d'affiches, la fenêtre holo, s'assit et, ayant réajusté des lunettes archaïques, s'absorba dans la contemplation de ses souliers vernis. Durant tout l'entretien, il promena son regard inquiet au nivea u du sol. Sandra Gorius se passa une main sèche sur le menton et lança la conversation avec autorité. — Monsieur Podborsky m'a touché quelques mots de vo s hum ! expériences. Est-il exact que vous pourriez, disons,recréerun animal, unvraianimal, à partir de gènes conservés depuis plusieurs décennies ? L'interlocuteur suivit des yeux l'arête droite du b ureau et murmura d'une voix à peine audible : — Exact. Animal, tigre, éléphant, girafe. Facile. — J'en ai vu chez lui, intervint Podborsky : des ra ts, un chat, une poule, un… — Ferme-l… Plus tard, cher ami ! Euh, professeur, d ans ce cas, pourquoi ne pas avoir annoncé officiellement votre découverte ? Je suis bien certaine que la Terre entière vous élèverait une statue… si ça marc he. — Prématuré. Conditions de vie sur Terre. Impossibl e. Pollution. Pas d'air. Durée d'existence… — Je comprends, je comprends (elle comprenait de mo ins en moins)… mais les autorités ne manqueraient pas de mettre à votre disposition un laboratoire pourvu d'une atmosphère assainie, peut-être même un astéroïde avec une bulle, et le tour serait joué ! La moquette semblait à présent l'intéresser prodigi eusement. — Petits ennuis… Travaux délicats. Demandé trop tôt… Quelques échecs… — Je vois. Vous avez déjà été subventionné mais vos expériences se sont soldées par des ratages de première classe et on vo us a fermé les cordons de la bourse, hein ? II acquiesça, fasciné par l'angle d'une plinthe. — Trop tôt. Parfait aujourd'hui. Gouvernement… pfft ! Méfiance. Imbéciles… — Je vous dis que j'en ai vu ! souligna Podborsky. En réalité, le Professeur a connu quelques petites difficultés avec hum ! l'adm inistration. C'est pourquoi il lui faut maintenant se tourner vers… le « privé » p our mener à bien ses… remarquables travaux ! — Ouais… fit « Mémé » Gorius. Vous voulez dire que, sous la bulle d'Hécate par exemple, vous seriez en mesure de fabriquer un… un tigre vivant ? Il vérifia un pli de son pantalon. Au genou gauche. — Facile. — Un… boa ? — Facile. — Une mygale ? — Facile. — Un crocodile ? — Facile.
— Et un mélange de tout ça, vous pourriez ? — Facile. — Un mélange grand format ? Une espèce de monstre g éant ? — Facile. — Ça ne marchera jamais ! Du Parc d'Attraction, coincé sous une bulle protect rice, qui avait en son temps fait courir des milliers de touristes et qui ne faisait plus courir grand monde, ne subsistait plus rien qu'une cage. Une éno rme cage elle-même entourée et recouverte d'un dôme translucide. Gluckenstein avait regagné la Terre, ayant achevé p our ce qui le concernait son travail « remarquable », Sandra Gorius l'avait accompagné jusqu'à la navette postale, perdue dans les replis d'un encomb rant scaphandre, en lui répétant pour la centième fois : — Ça ne marchera jamais ! Anton Podborsky, par exception, était resté à l'app artement, dans l'enclave pressurisée, pour préparer du café. — Ça ne marchera jamais ! avait lancé son associée à cinquante cinquante depuis le seuil, le casque du scaphandre encore dan s les mains. — Prenez un café, lui avait-il conseillé, le bras p récédé d'une tasse fumante… et ça marche déjà ! Elle se débarrassa complètement de son vêtement vol umineux et Podborsky détourna les yeux, un peu mal à l'aise, afin de ne pas éclater de rire à la vue du corps décharné, osseux et aussi affriolant qu'une p oussée d'eczéma de sa patronne. Non, bon Dieu ! sonassociée! Sans la moindre gêne, elle enfila posément un panta lon et un pull et se dirigea vers la console de visionnage, délaissant l e breuvage tendu. — Aide-moi à préciser l'image : je veuxlevoir encore ! Dans la sphère holo apparut alors une tache disgrac ieuse, tout en courbes dissymétriques et hérissée de piquants. La tache ét ait de couleur rosâtre, les piquants blancs et grêlés de brun. C'était absolume nt écœurant. — Mémé, c'est vraiment ce que j'ai vu de plus dégue ulasse depuis que je suis né. — Allons, Porky, ce n'est qu'un bébé. Il faut encor e lui donner le biberon. Tu seras très bien dans ce rôle de nounou. — Des clous ! On se servira des distributeurs autom atiques.Ilest au chaud,il bouffera son Synthécarne et tout ira très bien. Tan t pis s'il doit se passer d'environnement affectif : je m'en suis bien passé, moi ! — Certes, Porky. Mais regarde le résultat ! — Vous pouvez vous marrer Mémé. N'empêche que ce bé bé est déjà grand comme dix hommes et qu'il atteindra facilement le q uart de la bulle une fois adulte… dans une quinzaine de mois. — Il faudra tenir jusque-là. Toutes nos économies o u presque y ont passé, ne l'oublie pas Porky ! De plus, ce petit monstre est exclusivement carnivore et son appétit va embellir lui aussi ! Il nous ruinera en Synthécarne ! — Vous l'avez déjà dit assez pour me rendre sourd ! Ce sera juste mais suffisant, vous le savez comme moi. Il suffit de re ster ici et de se taper tout le travail. Ce ne sera pas drôle, d'accord, mais nous avons vu pire. — Une vraie lune de miel, hein Porky !
— Mon rêve. Mémé, si vous saviez comme je vous aime ! Elle glapit. — Ne me touche pas ! — C'était pour voir si vous alliez tomber en morcea ux, rigola Podborsky en s'éloignant. ESPACE-TOUR refusait du monde ! C'était à n'y pas croire, mais depuis l'inauguratio n, ESPACE-TOUR refusait du monde ! — Nom de Dieu ! jubila Anton Podborsky en se frotta nt les mains, qu'est-ce que ça marche ! Sa partenaire approuva du bout des lèvres. — Porky, je dois reconnaître que c'était une bonne idée. Ta première bonne idée depuis le début de notre association. Il se rengorgea comme un paon sous le compliment. — Oui, je ne suis pas mécontent de moi. Regarde ce monde ! Tu te rends compte, Mémé ? — Je me rends compte. Mais ce n'est pas une raison pour me tutoyer. Il réprima son envie de l'étrangler et entreprit de comptabiliser le bénéfice réalisé en une seule journée. La bulle ne désemplissait pas. Ils n'avaient même p as été obligés de lancer une coûteuse campagne de publicité sur Terre : les premiers touristes à visiter Hécate rénovée et mis en présence du Monstre s'étai ent aussitôt mués en agents voués à leur cause, répandant sur la planète leur murmure flatteur. — Ilfautvoir cela, ma chère ! Il est horrible v éritablement absolument horribleUne montagne d'horreur ambulante. Et ça vit, ça grouille, ça rugit, ça ! dévore à belles dents ! Oh, j'en suis encore toute retournée ! Elle y était retournée, d'ailleurs. Et beaucoup d'a utres avec elle. Une armée de touristes frémissant d'avance s'engouffrait cinq ou six fois par jour standard dans l'étroit passage conduisant à la bête. Cette v isite constituait le « clou » du voyage car, bien entendu, ESPACE-TOUR en avait prof ité pour rentabiliser en outre ses autres points d'attache dans le système s olaire et pour mettre au point des excursions à tarif bloqué. Mars, Jupiter, Titan , quelques astéroïdes (les cailloux, selon Porky) et, pour finir en beauté, Hé cate et son Monstre géant, le seul grand carnivore existant dans tout l'univers c onnu ! On se battait littéralement pour décrocher une place. Les transpo rts étaient à présent assurés de marcher « à plein » durant plusieurs mois, plusi eurs années bientôt. Les crédits coulaient à flots. — Il était moins une, releva Sandra Gorius. À quelq ues semaines près, c'était le dépôt de bilan. Heureusement qu'on a obtenu ce c ontrat longue durée avec le complexe de la Synthécarne ! — Vous parlez ! Ils en ont fait des spots publicita ires qui leur rapportent bien plus que nos achats. Le public est content d'avaler la même nourriture que le Monstre d'Hécate. Moi, ça me donnerait plutôt envie de vomir. Enfin, à chacun ses goûts, pas vrai Mémé ? — Oui. À chacun ses goûts, admit-elle, les narines pincées. J'aimerais bien prendre quelques jours de vacances. — Attendez encore un peu. D'ici deux ou trois mois, nous mettrons en place une équipe de remplacement, que nous surveillerons à tour de rôle. Je préfère
rester encore un moment : le bébé m'a l'air un peu pâle ces derniers temps. — Tu veux lui passer une laisse et l'emmener faire un tour ? Donne-moi une tablette gluco-vitaminée, j'en ai marre de la viand e compacte ! — D'accord avec vous Mémé. C'est bon pour les monstres. — Le facteur atterrira dans une douzaine d'heures. On verra bien ce qu'en disent les journaux. Les spots-télé étaient un peu brefs… — Tant mieux. Pour une fois Porky, j'aimerais bien qu'on parle de nous le moins possible. Le moins possible. Anton Podborsky avait repris sa manie de marcher de long en large en parlant. Et Sandra Gorius avait repris sa place, de rrière le bureau grand luxe. Le bureau d'Hécate. Elle n'envisageait plus de prendre des vacances sur Terre. Il termina de se ronger les ongles lorsqu'il s'aperçut qu'il attaquait le doigt. — Merde, merde et merde ! C'était trop beau. Et si onlelaissait crever, hein ? On a ramassé suffisamment de fric. Il suffirait de contacter Gluckenstein et de lui demander de nous en fabriquer un autre. On pourrait même en choisir un plus grand, un plus horrible encore, bien gluant, bien b avant, hein ? Hein ? Il s'échauffait en discourant. — Pour la millième fois, assieds-toi Porky ! Et arr ête de te ronger les ongles, c'est mauvais pour le foie. Il s'assit, obéissant machinalement. — Porky tu as eu une idée intéressante voici deux a ns, de la même manière que la grâce visite parfois les simples d'esprit, m ais ne te crois pas devenu pour autant un génie des affaires ! Ce que tu viens de d écouvrir par un trait d'illumination soudaine, j'y ai bien entendu déjà p ensé, le jour même où le monstre est tombé malade. Et j'ai aussitôt contacté Gluckenstein ! Il bondit. — Sans rien me dire ! — Exactement Porky. Sans rien te dire. Et reste ass is. — Des clous, espèce de vieille peau ! Et qu'a dit G luckenstein, hein ? Qu'est-ce qu'il a dit ? Il est d'accord ? — Assieds-toi, pauvre andouille. S'il avait été d'a ccord, j'aurais laissé crever la bête sur-le-champ et nous aurions appliqué ta br illante suggestion. Il ne m'a rien dit du tout, Porky, il ne m'a simplement pas répondu. — Et pourquoi donc ? — Parce qu'il est mort depuis plusieurs mois, voilà pourquoi ! Il paraît qu'il aurait été piqué ou mordu par un serpent, vipère, c rotale, je ne sais pas au juste, enfin une de ces saloperies qu'il avait lui-même créée auparavant. — Quel con ! gémit Podborsky, pour toute oraison fu nèbre. — C'est aussi ce que je me suis dit. Trois semaines avant toi. Tu comprendras ainsi dans ton demi-cerveau qu'il nous est impossible d'avoir recours à ce… procédé de nouveau. La seule solution , c'est dele conserver, Porky, de le soigner du mieux que nous pourrons grâ ce aux, hum ! aux éléments mis à notre… disposition. Il avait pâli et ne songeait plus à arpenter le loc al fastueux de ses lourdes enjambées. — Tu sais bien que ce n'est que temporaire Mémé !Ilavait repris de bonnes joues roses après… après… — De bonnes jouesrouges, corrigea-t-elle.
— Oui, oui, rouges… mais je viens d'aller le voir.Ilil se tient couché dans un coin comme avant; il ne bouge presque pas. Jeluiai fait glisser une tonne de Synthécarne :il en a avalé quelques bouchées et puisillaissé tout le reste. a Je… C'est un « carnivore » Mémé, pas un « Synthécar nivore » ! On n'en sortira pas… Elle tapota nerveusement le sous-main en synthécuir étalé devant elle. — Je sais Porky. Et toi et moi connaissons le remèd e. Maintenant, j'aimerais que tu me laisses en paix un petit moment, si ça ne te fait rien : la contemplation du mur blanc m'est d'un grand réconfort après avoir supporté ta vue. LA NAVETTE BC 32 PERDUE CORPS ET BIENS «Dans notre précédente édition, nous nous faisions l 'écho de l'inquiétude grandissante qui gagnait les stations de contrôle a insi que les parents et amis des passagers, devant le silence persistant de la n avette BC 32 en provenance d'Hécate. Certains envisageaient le pire. Les événe ments leur ont malheureusement donné raison. En effet, un certain nombre de débris du vaisseau ont été repérés par la Patrouille vers 0 h 30 GMT et identifiés sans le moindre doute. On se perd actuellement en conjectur es sur les raisons de cet accident (sans doute une explosion soudaine, mais d 'origine indéterminée) qui n'a bien entendu laissé aucun survivant. On trouver a ci-après la liste nominative des 47 passagers et des 7 membres d'équipage. C'est la deuxième navette affrétée par la société ESPACE-TOUR qui fait naufra ge dans des conditions similaires en quelques semaines. Le Directeur-Adjoi nt d'ESPACE-TOUR, M. Anton Podborsky, que nous avons pu joindre aux a urores, s'est déclaré atterré à l'annonce de cette tragédie et s'est refu sé à toute déclaration. Cette catastrophe est d'autant plus navrante que les pass agers, de retour d'un périple touristique qui les avait conduits notamment à admi rer le fameux “Monstre d'Hécate” étaient tous des nécessiteux de série D a uxquels la société en question avait offert un voyage d'agrément gratis, dans le cadre de ses campagnes promotionnelles. La plupart d'entre eux n 'avaient jamais quitté notre planète. Les installations de la navette BC 32 avai ent été scrupuleusement vérifiées avant l'envol, ainsi qu'il est d'usage, e t ne présentaient aucune défectuosité…» — Le reste n'est que du verbiage, conclut Sandra Go rius. Peut-être avions-nous tort de nous inquiéter. — Où ont-ils pris que j'étais « Directeur-Adjoint » ? fulmina Podborsky ? Nous sommes associés àcinquante cinquanteOù voient-ils un « Adjoint » là- ! dedans ? — Je n'y peux rien, Porky, si tu as une tête de Directeur-Adjoint. N'aie aucune crainte quant à moi : je sais très bien compter. Tu as droit à cinquante pour cent des investissements, cinquante pour cent des bénéfi ces et cinquante pour cent des emmerdements ! Je suis pour l'équité ! Il soutint son regard de glace pendant quelques sec ondes, puis détourna les yeux, mal à l'aise. Iln'est pas bien, grommela-t-il, afin de changer de conversation. — Je sais. Et une nouvelle cargaison de touristes v ient d'arriver. Des pauvres, Porky ! De bons pauvres bien triés dont la famille pleure beaucoup la disparition, mais ne dispose pas de l'argent nécess aire pour faire entreprendre de ruineuses recherches à titre privé… Tu vas faire ton boulot à présent, n'est-
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