REBELLES , livre ebook

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Dans une France en crise, des politiciens ambitieux et influents tentent de réduire un chef d’État atypique et son gouvernement à l’inaction, et de retourner une opinion publique marquée par les désillusions et des années de guerre.


Mais d’autres souhaitent profiter de cette brèche populiste, en brisant le silence par la violence ou en restant tapis dans l’ombre. Les services judiciaires et l’antiterrorisme ont bien conscience de la situation, car certaines personnalités médiatiques et d’autres plus ambiguës sont sous surveillance.


Jusqu’à ce que deux meurtres attirent le regard sur une société étrangère. Mais qu’est-ce qui rend cette entreprise clandestine si particulière ? Est-elle criminelle, belligérante ou terroriste ? Et n’aurait-elle pas ses propres dissidents ?

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Date de parution

07 février 2023

Nombre de lectures

2

EAN13

9782956492641

Langue

Français

Dominique Convard de Prolles
 
 
REBELLES
1 re partie

« Qui suis-je ?
Je suis “Lambda”, une personne parmi d’autres dont l’esprit suit furtivement ce qui se passe dans mon pays et dans le monde. J’ai assez de temps pour connaître les faits, mais pas assez pour rechercher la cause et la conséquence. Bref, ma vie et ma capacité de réflexion, en termes de temps et d’énergie, m’obligent à me conforter du peu d’informations que me fournissent les médias, alors que je suis, je pense et j’agis pour moi, pour ma famille, mon entourage, ma communauté, mes institutions et mon pays. Et aujourd’hui, pour le monde. Le moindre de mes gestes d’intérêt social, civique ou humain est lié à ce que je sais et à ce que je connais.
Mais si je suis informé, que je dois agir, alors que je ne connais pas, voire ne comprends pas, mon action sera-t-elle appropriée ? »
 
 
PHOTOGRAPHIES
 
 
Vierge du poids des ans et immaculée de tout labeur, une main maigre saisit la souris informatique polie par l’usage. La lumière blafarde émise par l’écran plat composait une symbiose entre la machine et l’animal, le familier et son maître. L’individu normalisé de ce XXIe siècle abreuvait son cerveau multimédia avec une drogue médiatique, tandis que son visage pâlissait davantage, comme si son énergie vitale était pompée par la mécanique. L’homme ne semblait plus pouvoir se détacher de cet outil de haute technologie qui lui fournissait une soupe clinquante, spectaculaire et fracassante, alors que l’ordinateur ne pouvait vibrer, souffler et s’exprimer sans la volonté de l’entité intelligente. Naturellement, prestement, le doigt s’affaissa sur un bouton de l’instrument électronique pour faire défiler les photographies mises en mémoire, et l’humain s’administra sa dose d’images, son rappel de connaissances, partant plus profondément dans les ténèbres de l’humanité.
La première photographie s’afficha, intitulée 12-05-ForumdesHalles. Résiduelle et altérable à volonté, l’image perdait sa valeur, son aura, son immortalité. Des temps anciens où la scène était relayée vocalement par les doyens de la communauté, en passant par les actes du photographe, à la fois metteur en scène et chimiste, jusqu’aux manipulations sur le fragile appareil familial, les instants figés réapparaissaient avec nostalgie, révélant des histoires communes et des émotions individuelles, se transmettant de génération en génération. Avec le progrès, la prise de vue devint plus facile, plus rapide et plus perfectionnée, transformant l’acte mémoriel en instantané souvent futile, froidement parfait, et dramatiquement volatil. Emprisonnés par des assemblages de plastiques, stockés sur des supports au trépas radical, les souvenirs d’aujourd’hui dépendaient davantage des modes technologiques et des compétences techniques de l’archiviste, que des errements psychologiques de son auteur.
Les couleurs effacées laissaient deviner que la scène se déroulait à Paris, sous un ciel nuageux. Les feuilles verdoyantes des arbres du parc, pas encore souillées par la pollution, permettaient de dater cette prise de vue au milieu du printemps. Au loin, se distinguait nettement la Colonne astrologique, une colonne creuse édifiée en pierre de taille, dernier vestige de l’Hôtel de la Reine Catherine de Médicis. Derrière montaient les premiers étages de la Bourse du Commerce, où les bureaux étaient visibles derrière des vitres teintées qui remplissaient les arches de cette ancienne halle au blé du XVIIIe siècle. Face à ces monuments historiques, un accès descendait dans le Forum des Halles, un centre commercial souterrain construit sur les vestiges du Ventre de Paris. Entourée d’un mur en béton et d’une barrière métallique verte, cette Porte du Louvre était divisée par une végétation dense, développée sur une cascade de jardinières cimentées, et séparait un escalier traditionnel de deux autres plus mécaniques. Un balcon incongru offrait un promontoire sur cette entrée vers une mine consumériste.
L’accès semblait être la dernière échappatoire pour une foule de jeunes gens, vite stoppée par une cohorte de policiers antiémeutes. Ainsi un brassage ethnique et social de jeunes adultes, à peine sevrés du cocon familial ou refusant encore d’en lâcher le cordon ombilical, peut-être étudiants, par chance jeunes travailleurs, au pire déjà jeunes chômeurs, fiers d’être là ou encapuchonnés par crainte de représailles, s’entassait sur les marches des escaliers et la cascade de végétaux. Cette masse populaire abondante et débordante dégorgeait abondamment du couloir souterrain. Les plus courageux se tenaient au sommet des marches et tentaient de retenir la foule frustrée, parsemée de fous voulant en découdre. Cette première ligne maintenait difficilement quelques mètres de distance entre eux et un mur compact et stable de boucliers transparents, qui protégeaient des hommes en armure moderne bleu marine, ordonnés, entraînés et prêts à exécuter tout ordre que donnerait la hiérarchie. D’autres compagnons républicains de sécurité dominaient les manifestants depuis l’iconoclaste balcon. Tout autour, le sol disparaissait sous les centaines de rangers noires des autres gardes républicains qui servaient d’appui.
Au vu des forces en présence, le photographe avait eu énormément de courage et de chance d’être si proche de l’action, et semblait être l’unique source médiatique présente.
L’index de la main appuya sur le bouton de la souris et ordonna le passage à l’image suivante.
La photographie cadrait les balcons du troisième étage de la Bourse du Commerce. Une douzaine de policiers, des supérieurs en tenue civile et arborant un brassard orange vif « POLICE », profitaient de la vue d’ensemble que leur offrait cette position surélevée. Ils étaient dispersés sur trois balcons et s’appuyaient sur les rambardes de pierre pour crier leurs ordres dans les radios portatives, pour filmer la scène et pour photographier les agitateurs. Leurs appareils numériques semblaient coûteux, performants et variés. Quelques-uns portaient des zooms imposants.
Troisième photographie où la scène était identique à la première, avec un point de vue différent. Le photographe s’était décalé sur la gauche et avait pris un peu de hauteur. D’une image à l’autre, la vague de protestataires avait ondulé, sans pour autant s’approcher du cordon de policiers, tronqués à l’image par le feuillage bas.
Quatrième. Cette fois, le photographe était revenu à sa première place, capturant ainsi l’ensemble, du petit balcon à gauche jusqu’à la Colonne astrologique à droite. Du balcon, une tête fixait le cordon de la Compagnie Républicaine de Sécurité et une main se levait.
La photographie suivante fut un gros plan. Un jeune homme s’était avancé, son visage caché derrière un foulard rouge. Les bras dressés et le torse bombé, il défiait les policiers. Alors qu’il regardait sur sa droite, huit gardes républicains perçaient la rangée de boucliers face à lui, prêts à se jeter sur un individu isolé et incitant à la violence. Derrière, la foule tentait de reculer face à ces soudaines initiatives.
Une série de photographies défila rapidement et s’enchaîna comme si tout s’était déroulé en quelques secondes. Comme à l’entraînement, deux gardes saisissaient le jeune homme par les aisselles et le renversaient, quand deux autres passaient leurs bras sous les genoux, tous protégés derrière les boucliers de collègues. Ainsi soulevé du sol, le manifestant était emmené à l’arrière du peloton de CRS. Alors que la foule se faisait plus dense sur les marches de l’escalier, une seule personne montrait sa colère aux policiers, tentant vainement de défendre son camarade kidnappé, affichant inconsciemment une défiance aux soldats civils. Son empressement la désignait comme une nouvelle menace et, les policiers ne tardant pas à réagir, apparaissait un début d’ouverture au centre du mur de boucliers.
La flèche de la souris se déplaça sur l’écran et sélectionna la loupe grossissante. Après une répétition de clics, le zoom avant créa un médaillon au cœur de la foule. Seules les têtes des manifestants et le bas du balcon étaient visibles. Une large zone grisâtre de béton couvrait le reste de la sélection. Le détail qui interpella le visionneur se trouvait au centre de cet espace vierge. Un petit objet noir était visible, tel un artefact photographique. Il s’agissait d’une sphère de quelques centimètres de diamètre, couverte de façon régulière par des formes géométriques parfaitement identiques. Une grenade !
Le cliché suivant reconquit entièrement l’écran. Aucun manifestant ne portait d’attention à ce petit objet et n’imaginait la suite des événements. Au contraire, le premier rang de jeunes gens avançait en voyant une étrange panique envahir les policiers. Certains reculaient, deux boucliers étaient abandonnés, un autre s’élevait comme si la protection qu’il offrait suffirait à éliminer l’effet dévastateur de ce minuscule point noir.
Sur la suivante, l’imaginé se produisait. Une boule blanchâtre s’immisçait au milieu des hommes en carapaces, avec de nombreux pics cotonneux laissant suggérer le déploiement de multiples découpes géométriques et métalliques.
D’après l’angle du cliché suivant, le photographe s’était aplati au sol en entendant la déflagration. Ainsi, la prise de vue ne montrait plus que le sommet des escaliers, le cordon de policiers et le petit balcon, tout cela à travers les barreaux verts qui cerclaient l’accès au centre commercial. Certains observateurs scrutaient la foule de contestataires, cherchant le criminel. Mais la plupart des regards se portaient sur le peloton de policiers atteints par l’instrument de guerre. Les agents des premières lignes ne tenaient plus les rangs. Beaucoup s’écartaient. Quelques-uns se jetaient sur les blessés. Parmi les victimes, les yeux étaient hagards, les oreilles saignantes, les visages crispés de douleur. Tous les esprits des policiers antiémeutes, si mécaniquement froids d’après l’opinion publique, se rem

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