Luna (Tome 2) - Lune du loup , livre ebook

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Sur la Lune, deux ans après les événements qui ont précipité la chute de la famille Corta, les Mackenzie se sont approprié les restes de leur entreprise. Il n’y a donc plus que quatre "Dragons", ces consortiums familiaux qui se partagent l’exploitation des ressources lunaires et, donc, le pouvoir. Pourtant, les Mackenzie se déchirent sur les cadavres encore frais de leurs ennemis de toujours. Les Sun continuent, discrètement, à élaborer des plans visant à affaiblir leurs adversaires. Les Vorontsov vendent toujours leurs indispensables services au plus offrant. Et les Asamoah tentent tant bien que mal de préserver leur neutralité de façade. Mais le statu quo, même sous gravité réduite, n'est jamais acquis. D’autant que les rares survivants de la famille Corta – blessés, en fuite ou sous la protection d’autres Dragons – n’ont pas dit leur dernier mot.
Avec le deuxième tome de sa trilogie, Ian McDonald continue, sans temps mort, l’exploration minutieuse de sa colonie lunaire, nouveau Far West où tous les coups (bas) sont permis.
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Publié par

Date de parution

01 janvier 2023

Nombre de lectures

2

EAN13

9782207135013

Langue

Français

Ian M c Donald
Luna
Tome II
Lune du loup
ROMAN TRADUIT DE L’ANGLAIS (IRLANDE DU NORD) PAR GILLES GOULLET
LA LUNE DU LOUP

L’Almanach du paysan utilise les mêmes noms de mois que ceux donnés par les Amérindiens de l’actuel nord-est des États-Unis.
La Lune du loup est celle de janvier, celle du froid et de l’obscurité maximum, celle où la faim et le manque font hurler les loups.
Après la chute
Bélier 2103

« Envoyez-moi sur Terre », dit Lucas Corta. Les équipières le dessanglèrent et le sortirent de la capsule de la boucle lunaire pour le traîner, en anoxie, hypothermie et déshydratation, à l’intérieur du sas.
« Vous êtes à bord du cycleur VTO Saints Pierre et Paul , senhor Corta, l’informa la responsable de sas en verrouillant hermétiquement les portes pressurisées.
— Asile », murmura Lucas Corta avant de vomir. Il avait tenu bon cinq heures pendant que sa capsule fuyait la destruction de Corta Hélio. Pendant que des frappes ciblées anéantissaient son empire industriel dans les mers de la Lune, que des logiciels d’attaque gelaient ses comptes bancaires, que des lames Mackenzie pillaient sa ville. Tandis que ses frères dégainaient leurs lames pour défendre la maison Corta, lui avait pris la fuite, d’abord sur la mer de la Fécondité, ensuite hors de la Lune.
Sauve l’entreprise , lui avait dit Carlinhos. Tu as un plan ?
J’ai toujours un plan.
Cinq heures à s’éloigner en tournoyant de la destruction de Corta Hélio, à la manière d’un débris d’explosion. Puis le réconfort de mains, la chaleur de voix, la solidité d’un vaisseau autour de lui — d’un vaisseau et non d’un bricolage d’aluminium et de plastique — détendirent ses faisceaux musculaires crispés et il vomit. Le personnel de quai VTO apporta des aspirateurs.
« Ce sera plus facile en vous tournant dans ce sens, senhor Corta », conseilla la responsable de sas. Elle enveloppa Lucas d’une couverture de survie le temps que ses subordonnées le relèvent et l’introduisent dans l’ascenseur. « Nous allons très vite vous faire retrouver une gravité lunaire. »
Lucas sentit la cabine se mettre en mouvement et la gravité artificielle du cycleur lui saisir les pieds. La Terre , voulut-il dire. Le sang étouffa ses mots. Des alvéoles éclatées lui crépitaient dans la poitrine. Il avait respiré le vide, en bas sur Mare Fecunditatis, quand Amanda Sun avait essayé de le tuer. Il était resté sept secondes sans protection à la surface de la Lune. Sans combinaison. Sans air. Expulse ton air. C’était la première règle des coureurs de Lune. Vide tes poumons. Il avait oublié, n’avait plus rien eu en tête sinon le sas de la station de la boucle lunaire devant lui. Ses poumons avaient été atteints. Lucas Corta était un coureur de Lune, à présent. Il devrait avoir l’insigne : Dona Luna, peau noire sur la moitié du visage, crâne blanc sur l’autre. Il se mit à rire. Un instant, il crut qu’il allait s’étouffer. Des glaires ensanglantées tombèrent sur le plancher de l’ascenseur. Il fallait qu’il s’exprime clairement. Il fallait que ces femmes Vorontsov comprennent.
« Emmenez-moi en pesanteur terrestre, exigea-t-il.
— Mais, senhor Corta…, commença la gestionnaire de sas.
— Je veux descendre sur Terre. J’ai besoin d’aller sur Terre. »
 
Il était allongé sur la couchette de diagnostic du centre médical, avec un short comme unique vêtement. Il avait toujours détesté les shorts. Ridicules et infantiles. Il avait refusé d’en porter, même quand c’était devenu la mode, ce qui n’avait pas manqué de se produire puisque, sur la Lune, elle suivait des cycles. Il aurait préféré être nu. La nudité ne l’aurait pas privé de sa dignité.
La femme se tenait au pied de la couchette, entourée telle une divinité de bras détecteurs et injecteurs. Blanche, d’âge mûr, fatiguée. Et totalement maîtresse de la situation.
« Galina Ivanovna Volikova, se présenta-t-elle. Je serai votre médecin personnel.
— Lucas Corta », répondit-il d’une voix rauque.
L’œil droit de la docteure Volikova palpita tandis qu’elle consultait l’interface médicale. « Collapsus d’un poumon. Microhémorragies cérébrales multifocales… vous étiez à dix minutes d’un hématome cérébral sans doute fatal. Des lésions cornéennes, un épanchement sanguin à l’intérieur des globes oculaires, des alvéoles éclatées. Plus un tympan perforé. Que je vous ai rebouché. »
Au sourire amusé qu’il la vit esquisser, Lucas comprit qu’il pourrait s’entendre avec elle.
« Combien de temps… », croassa-t-il. Crissement de verre brisé dans son poumon gauche.
« Au moins une orbite, avant que je vous laisse sortir. Et ne parlez pas. » Une orbite : vingt-huit jours. Dans son enfance, Lucas avait étudié la physique des cycleurs : les orbites intelligemment choisies pour consommer le moins d’énergie possible autour de la Lune, deux révolutions avant de repartir par fronde gravitationnelle en direction de la Terre. Le processus était appelé « orbite à retournement ». Lucas n’en comprenait pas les calculs mathématiques, mais comme Corta Hélio se servait de cycleurs, lui-même avait dû en apprendre les principes, à défaut des détails. Des boucles autour de la Terre et de la Lune, toutes deux tournant autour du soleil, lui-même lancé, accompagné de toutes ses planètes, dans sa danse d’un quart de milliard d’années autour du centre galactique. Tout était en mouvement. Tout participait à la grande danse.
Une nouvelle voix, une nouvelle personne au pied du lit, moins grande, plus athlétique que la docteure Volikova.
« Il m’entend ? » Une voix féminine, argentine et musicale.
« Absolument.
— Il parle, même », réussit à ajouter Lucas. La silhouette sortit de l’ombre. Les deux mondes connaissaient la capitaine Valentina Valeryovna Vorontsova, qui se présenta néanmoins dans les règles.
« Soyez le bienvenu à bord du Saints Pierre et Paul , senhor Corta. »
La capitaine Valentina était de constitution solide et carrée : des muscles terrestres, des pommettes russes, des yeux kazakhs. Les deux mondes savaient aussi que sa jumelle Yekaterina commandait le Notre-Dame de Kazan. C’étaient deux femmes de légende que les capitaines Vorontsova. Selon la première légende à leur sujet, on avait implanté leurs fœtus de vraies jumelles dans deux mères porteuses ne vivant pas dans la même pesanteur. L’une était née dans l’espace, l’autre sur Terre. Une deuxième légende, tenace, affirmait qu’il existait entre elles une télépathie innée, une identité intime qui allait au-delà de la communication, et ce quelle que soit leur distance physique. De la magie quantique. D’après la troisième légende, elles s’échangeaient régulièrement le commandement des deux cycleurs VTO. De toutes les histoires qui circulaient sur les capitaines jumelles, c’était la seule à laquelle Lucas croyait. Laisser ses ennemis dans l’incertitude.
« Sauf erreur de ma part, on ne vous a pas encore informé de la situation sur la Lune, dit la capitaine Valentina.
— Je suis prêt.
— Je ne crois pas, non. Lucas, j’ai la pire des nouvelles possibles pour vous : tout ce que vous connaissiez a disparu. Votre frère Carlinhos a été tué en défendant João de Deus. Boa Vista a été détruite. Rafael est mort dans la dépressurisation. »
Cinq heures, seul dans une orbite de transfert de la boucle lunaire les yeux fixés sur la paroi de la capsule : l’imagination de Lucas l’avait emmené dans les plus sombres des endroits. Il avait vu sa famille morte, sa ville anéantie, son empire en ruine. Il avait eu beau s’attendre à ce que venait de lui annoncer Valentina Vorontsova, le choc fut brutal et laissa un grand vide.
« Dépressurisation ?
— Évitez de parler, senhor Corta, intervint la femme médecin.
— Les lames de Mackenzie Metals ont fait sauter le sas de surface. Rafael avait envoyé tout le monde dans les refuges. Nous pensons qu’il était à la recherche des retardataires au moment où l’habitat a dépressurisé.
— M’étonnerait pas. Quand il y a un truc noble et idiot à faire… Luna ? Robson ?
— Les Asamoah ont secouru les survivants, qu’ils ont emmenés à Twé. Bryce Mackenzie a déjà déposé à la cour de Clavius une demande d’adoption officielle de Robson.
— Lucasinho ? » Il disposait à présent de la rigueur émotionnelle, du contrôle physique de son corps, pour prononcer le nom qu’il voulait crier en premier. Si Lucasinho était mort, il quitterait cette couchette pour sortir par le sas.
« Il est en sécurité à Twé.
— On a toujours pu se fier aux Asamoah. » Savoir son fils sain et sauf fut une joie aussi brûlante que le soleil : de l’hélium à température de fusion.
« La garde du corps d’Ariel l’a aidée à s’enfuir dans Bairro Alto. Elle se cache. Tout comme votre frère Wagner. La meute de Méridien le protège.
— Le loup et la handicapée, murmura Lucas. Et l’entreprise ?
— Robert Mackenzie a commencé à absorber les infrastructures de Corta Hélio. Il a proposé des contrats à vos anciens employés.
— Ils seraient idiots de refuser.
— Ils ne refusent pas. Il a annoncé une nouvelle filiale : Mackenzie Fusible. Dirigée par son petit-neveu Youri Mackenzie.
— Les Australiens, au bout de deux ou trois, je commence à les confondre. » Lucas gloussa de sa propre et triste blague, un gloussement plein de sang venu du fond de son corps. Plaisanter, c’est souffler de la poussière au visage de ce qui vous accable. « C’était les Sun, vous savez. Ils nous ont montés les uns contre les autres.
— Senhor Corta, prévint à nouveau la docteure Volikova.
— Ça leur a bien plu de nous faire nous entre-tuer. Ces gens-là prévoient leurs coups des dizaines d’années à l’avance.
— Taiyang exerce un grand nombre d’options sur des terrains qui longent l’équateur, indiqua la capitaine Valentina.
— Ils comptent transformer toute la ceinture équatoriale en centrale solaire », siffla Lucas. Des fragments se détachaient de son poumon. Il cracha encore du sang. Des bras robotiques s’activèrent pour éponger.
« Ça suffit, capitaine », intima la femme médecin.
Valentina Vorontsova serra les doigts en pince et inclina la tête, même si elle était une femme de

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