Le Général de pierre - Livre III - La Mer , livre ebook

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Auteur contemporain
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Publié par

Date de parution

30 août 2011

Nombre de lectures

536

EAN13

9782820608949

Langue

Français

Le G n ral de pierre - Livre III - La Mer
Genevi ve Grenon Van Walleghem
Collection « Les classiques YouScribe »
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ISBN 978-2-8206-0894-9
I – Entre des barreaux blancs

Dans le puits asséché, le sol se fendit, puis se craquela. Tout au fond des fissures, l’eau apparut, et monta lentement. Elle imprégna la terre, s’éleva encore, et recouvrit les lieux d’une mince pellicule claire. Pendant quelques instants, elle paressa, tranquille, et se balança au rythme du ressac. Puis le niveau grimpa de quelques mains. Une première grenouille émergea du liquide, et observa le ciel très lointain de ses grands yeux dorés. Elle entendit un bruit, et tourna la tête : c’était une autre grenouille, presque sa jumelle, qui avait émergé. Une troisième se montra, puis d’autres encore, jusqu’à ce que l’eau fût totalement couverte de leurs dos verts et luisants.
Elles levèrent la tête, et contemplèrent le puits, ses flancs bien trop lisses. Plus haut étaient les branches, là où la lumière venait caresser les feuilles. Une première grenouille plongea, posa ses pattes bien à plat sur le sol. La seconde vint s’installer sur son dos, puis une troisième. Elles continuèrent ainsi jusqu’à ce que celle qui se tenait au sommet de la pile contemplât ses pattes juste recouvertes d’eau. La suivante monta sur son dos sans peine, puis il fallut bondir de plus en plus haut pour s’élever encore. La grenouille sommitale cligna des yeux, une fois, deux fois, trois fois, et ses sœurs se figèrent absolument, tous leurs muscles tendus. La grenouille sauta, et atteignit la première branche.
Elle se dandina, mal à l’aise, car le sel irritait sa peau. Elle vit avec soulagement les moellons se couvrir d’humidité, puis des ruisselets surgir entre eux et couler le long des murs, des racines et des feuilles. Elle se rinça, chassant avec plaisir le sel de sa peau. Elle examina les plantes, et s’aventura lentement le long d’une branche, qui ploya sous son poids jusqu’à atteindre le fond. Une à une, les grenouilles grimpèrent, leurs petits doigts serrés autour de l’écorce ; et une à une, elles se rincèrent à leur tour, ravies de découvrir l’eau douce. Elles chassèrent de leurs bouches le goût de l’eau saumâtre, mais elles n’oublièrent pas que le reflet obscur, tout au fond du puits, était à éviter.
Elles regardèrent le ciel, et le trouvèrent plus proche. Dans l’extrême humidité qui avait envahi le puits, leur peau luisait, et leurs oreilles se ravissaient du murmure de l’eau qui ruisselait. Bientôt, la mousse verdirait les pierres, les fougères dérouleraient leurs crosses, et étendraient leurs feuilles finement découpées. Le long des branches luisantes d’humidité et sur des feuilles larges et robustes, les grenouilles grimpèrent, toujours plus près de la lumière. Elles atteignirent la margelle, découvrirent la mer verte de l’herbe, et le sol noir et tendre. Elles se regardèrent, et sourirent, béates, car la vie serait douce. Elles retournèrent dans le puits, et s’installèrent sur les branches, qui sous une feuille, qui les yeux fixés sur le ciel. Elles attendirent, bercées par le bruit du ressac. Elles ne l’entendaient pas, car il était trop faible pour envahir le puits, mais elles l’avaient en elles, dans leurs os de sel.
*
Taste-Cuisses était bien malheureux. La veille, il avait bu tout son argent en compagnie d’une danseuse qui n’avait ouvert les cuisses qu’une fois totalement ivre. La garce ! On n’avait pas idée de coûter si cher pour être consentante ! Il n’était pourtant pas laid… et pouvait donner son content de plaisir à une femme… mais elles voulaient toujours plus ! Elles ne savaient pas se contenter des bonheurs qui ne coûtaient rien, et se renouvelaient aisément. Elles étaient avides, et c’était répugnant.
Ce soir-là ne valait guère mieux : il avait fait le tour de ses amis sans réussir à en convaincre un seul de faire venir quelques danseuses. Et pourtant, la modestie de sa demande l’effarait : il ne souhaitait même pas un corps de ballet complet, juste une poignée de femmes ravissantes qui sussent bouger avec charme. Cent Vingt Dents, le gourmet, lui avait bien proposé de partager avec lui un modeste repas de vingt-deux plats, mais Taste-Cuisses n’était pas d’humeur à manger. Il voulait voir des ballerines danser, voilà ce qu’il voulait, ou à l’extrême rigueur, des bayadères. Il s’était rendu chez la grosse maquerelle qui tenait sa salle de spectacle préférée, mais elle lui avait refusé l’entrée. Quelle ingrate ! Il était un si bon client, et sous prétexte que, pour une fois, il ne pouvait payer, elle le laissait à la rue comme un chien puant.
Ah ! Il était bien malheureux. Et le lendemain serait encore pire, puisqu’il devrait se résoudre à travailler un peu. Il grimaça, car le mot était si vulgaire qu’il faisait frémir d’horreur son âme délicate. Mais il n’y couperait pas, il lui faudrait bien se rendre chez le notaire, et mendier encore un peu de son héritage. Quel imbécile avait été son père ! Le rationner, lui ! Comme s’il était du genre à dépenser sans songer au lendemain ! Il y songeait, au lendemain, aux prochaines douces cuisses contemplées, puis dégustées ! Il ne pensait même qu’à cela !
Ressassant son malheur, il erra dans les rues de Trois-Ponts. Maudite ville ! Si fière d’elle-même, et pourtant incapable d’organiser le moindre petit ballet gratuit en dehors des périodes de fêtes ! Il se retrouva dans un quartier qu’il ne connaissait pas, devant une petite porte de bois. Il faillit reprendre son chemin, maugréant toujours, mais il réalisa que les sculptures délicates qui ornaient la porte s’étaient mises en mouvement. Des roues de bois ajourées bougeaient avec une grâce extrême, les feuillages qui les décoraient semblaient les manches et les robes de danseuses radieuses. Il resta longtemps à les contempler, fasciné. La végétation finement gravée dessina un chemin, et la porte s’ouvrit. Il tapota les roues, mais elles s’étaient figées ; le spectacle était terminé, et il restait sur sa soif. Il étudia un instant la porte entrouverte, puis la poussa doucement, et entra. Si les portes même savaient danser en ce lieu, quelles merveilles n’y trouverait-il pas ! Il referma soigneusement le battant derrière lui, car s’il détestait quelque chose, c’était bien les importuns.
Il s’immobilisa, attentif. L’endroit sentait bon, et il renifla à plusieurs reprises, mais conclut à regret que c’étaient des parfums de fleurs, et non des arômes de femmes. Il sursauta quand une grenouille l’effleura, et regarda les yeux d’or et le corps svelte de l’animal, avant de s’étonner de le distinguer en pleine nuit. Il leva les yeux au ciel, et découvrit un disque d’argent qui baignait les lieux de lumière. Il chercha à distinguer la ficelle qui maintenait en l’air cette ravissante lampe, mais n’y parvint pas. De toute manière, peu lui importait l’argent dans les cieux, car il préférait l’or des yeux de la grenouille. Celle-ci s’éloigna d’un bond, et il la suivit. Elle s’arrêta souvent, et lui permit de l’admirer. Il songea que si Cent Vingt Dents avait été là, il aurait fait ses délices de l’animal, car ses cuisses étaient magnifiques.
Ils atteignirent une vaste esplanade, et Taste-Cuisses se sentit bien malheureux, car son sol lisse et blanc eût parfaitement convenu pour danser un ballet. Il se laissa tomber dans l’herbe avec un soupir, et chercha la grenouille du regard, mais elle avait disparu. Il passa les mains sur la pelouse, espérant sentir sous ses doigts un petit corps humide, mais ne trouva rien. Il entendit un froissement, releva la tête, et resta bouche bée : sur l’esplanade se tenaient des danseuses, leurs longues manches blanches ondoyant autour d’elles comme elles se mouvaient avec une grâce extrême.
Il s’assit, et bénit le soleil pâle flottant dans le ciel nocturne, pour la lumière d’argent qu’il faisait couler sur les danseuses. Elles étaient plus à son goût les unes que les autres, et il échoua à les compter, car elles bougeaient sans cesse, venant tour à tour sur le devant de la scène pour lui permettre de se rassasier de leurs poitrines parfaites, leurs cuisses finement galbées, leurs lèvres souriantes, et leurs toutes petites dents rangées comme autant de perles miroitantes. Leurs sourires 

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