La geste des Exilés, 1 , livre ebook

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Je suis flic, et à part une petite bizarrerie et un sérieux manque de sex-appeal dont je me passerais bien, ma vie est plutôt sympa. Mais un soir tout vole en éclat. Traquée par des types bizarres, je me retrouve baby-sittée par mon nouveau boss, un type beau à tomber aux instincts meurtriers peu rassurants, qui semble éprouver à mon égard une allergie aussi violente qu’inexplicable. Alors, telle Alice, je plonge dans le terrier du lapin blanc ; sauf que, dans mon cas, la curiosité n’y est pour rien : mon imbuvable garde du corps m’y a poussée. Bien décidée à retrouver ma vie et les miens, je rue dans les brancards, mais les échos d’une prophétie plus vieille que le monde pourraient bien finir par me rattraper et m’en empêcher. Je vais tout faire pour me sortir de ce guêpier, même si, je dois bien l’admettre, il y a quelques compensations : des beaux mecs comme s’il en pleuvait. Et dire que je me plaignais que mon carnet de bal était vide...



Pièce maîtresse d’une lutte de pouvoir immémoriale, entraînée au cœur d’un tourbillon de violence et de sang, Jana découvre peu à peu que tout ce qu’elle croyait savoir n’est qu’un leurre, et que la frontière entre les bons et les méchants n’est peut-être pas aussi tranchée que ce qu’en disent les traditions millénaires.


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Publié par

Date de parution

01 août 2014

Nombre de lectures

69

EAN13

9791090627505

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

2 Mo

Bettina Nordet

PACTE OBSCUR

La geste des Exilés
I


Editions du Chat Noir
À mon prince,
À ma princesse,
La Belle au Bois Dormant s’est réveillée, et le restera…
Prologue

"There is a crack in everything, that’s how the light gets in."
Leonard Cohen – Anthem

Juste avant de disparaître, durant ce bref instant en équilibre sur le fil aiguisé qui sépare ce qui fut de ce qui sera, dans cette fraction d’espace aussi longue que l’éternité, au moment où mon cœur se déchire et où mon âme se fragmente, je revois défiler ma vie, tous les évènements qui m’ont amenée à cet instant entre tous.
À l’époque, il m’était impossible d’imaginer les bouleversements à venir ; les signes avant-coureurs étaient si insignifiants… Si j’avais pu sentir, deviner, comprendre vers quels chemins furieux j’allais être entraînée, si j’avais su ce qui m’attendait, j’aurais peut-être sauté sous la rame de métro la plus proche.
Peut-être.
Je ne le saurai jamais.
À présent, l’amour et le renoncement, la compassion et le sacrifice, ronces inextricablement mêlées, m’enserrent telle une vierge de fer, me dépouillant de tout ce que je suis.
Et pourtant, je n’éprouve aucune révolte.
J’ai accepté ma destinée.
Je l’ai choisie.
1.
Marseille, France, 15 avril

Cette fois, elle s’était bien cachée.
La petite fille gloussa, ravie du tour qu’elle jouait à sa mère ; c’était si drôle de la voir courir dans les rayons en criant son prénom. L’enfant s’enfonça un peu plus entre les deux rangées de pantalons suspendus ; elle adorait jouer à cache-cache.
Les appels s’éloignèrent progressivement, et elle émergea à regret de son nid improvisé. Il était temps de mettre fin au jeu. Toute souriante, elle se précipita dans l’allée centrale, certaine d’y retrouver sa mère, mais fut profondément déçue. Après quelques pas hésitants, elle balaya du regard l’espace autour d’elle. Les adultes passaient sans lui prêter la moindre attention, poussant devant eux des chariots pleins de victuailles, monstres de fer qui risquaient à tout moment de la heurter.
Affolée, la fillette battit en retraite. Elle retourna dans le rayon qu’elle venait de quitter, les larmes aux yeux.
Maman… pleurnicha-t-elle, son petit menton tremblant.
Soudain, deux chaussures blanches surmontées de jambes de pantalon en velours côtelé marron pénétrèrent dans son champ de vision.
Bonjour, petite. Tu es toute seule ?
En reniflant, l’enfant leva la tête vers l’homme. Il avait les cheveux gris et portait des lunettes, comme son grand-père. Il devait être aussi vieux.
J’ai perdu ma maman…
Et ton papa ?
Il est au travail.
L’homme lui sourit.
À l’entrée, j’ai croisé une dame qui cherchait sa fille. Je vais t’aider à retrouver ta maman, viens.
Il lui tendit la main et elle y nicha sa petite patte. Elle n’aima pas la sensation de moiteur autour de ses doigts. Pourtant, il était gentil ce monsieur, il la ramenait à sa mère.
L’homme avançait vite, mais elle trottinait vaillamment à ses côtés, toute guillerette. Le vigile de l’entrée les regarda franchir le seuil du magasin avec l’air indifférent de celui qui préférerait être ailleurs. À l’extérieur, l’enfant chercha sa mère des yeux, mais ne la vit nulle part.
Elle est où ma maman ? geignit-elle.
L’homme se frappa le front.
Ah, mais que je suis bête ! Elle m’a dit qu’elle t’attendrait plus loin.
Où ça ?
La main tiède se resserra sur la sienne.
Je vais t’y conduire. Viens !
Rassérénée, la petite fille se laissa entraîner. Ils marchèrent longtemps. Peu à peu, alors qu’ils quittaient les abords immédiats du centre, les passants se raréfièrent. De temps en temps, l’homme lui disait combien elle était jolie et combien elle avait l’air douce. Sa voix était bizarre, tremblante, et sa main de plus en plus moite.
Enfin, il entra dans un immeuble.
Elle m’attend là, ma maman ?
Oui… oui, marmonna-t-il, fébrile. Viens. Vite !
Il sortit un trousseau de clefs d’une poche de son pantalon, et ouvrit une des deux portes qui se faisaient face au rez-de-chaussée. Il tira la petite fille à l’intérieur, avant de refermer très vite le battant derrière eux. Le verrou cliqueta tout de suite après. L’homme s’adossa lourdement contre le panneau et un soupir s’échappa de ses lèvres.
Et Maman ?
Derrière ses lunettes, l’homme la fixait d’un regard trouble.
Elle… elle n’est pas encore arrivée. Elle a dit qu’il fallait l’attendre. Viens ! la pressa-t-il en la poussant dans le salon, vers un canapé à haut dossier.
Mais quand elle arrive ? demanda-t-elle après s’être assise à côté de lui.
Il se passa la main dans les cheveux, fébrile.
Bientôt… Bientôt. Quel âge as-tu ?
Quatre ans.
Il eut comme un frisson et se passa la langue sur les lèvres.
Tu sais… on peut jouer à un jeu…
Un jeu ?
Un super jeu, qui nous donnera beaucoup de plaisir à tous les deux…
La main de l’homme se posa sur les doux cheveux, caressante, et descendit jusqu’aux petites épaules, qu’il malaxa. La respiration accélérée, il poursuivit :
Tu choisis un endroit de ton corps, et j’y fais un bisou. Ensuite, c’est moi qui ferai pareil pour toi…
Après le jeu, Maman arrive ?
Oui, oui. Elle doit faire d’abord quelque chose, et puis elle vient, ne t’inquiète pas. C’est elle qui m’a dit de jouer avec toi en attendant. Et après ce jeu-là, on pourra en faire d’autres encore plus intéressants.
L’enfant ne savait pas pourquoi, mais le ton de cet homme ne lui plaisait pas. Elle se dandina, mal à l’aise.
Tu commences ? souffla-t-il.
D’un doigt hésitant, la petite fille désigna sa joue. L’homme se pencha et y déposa un baiser humide.
Là, tu vois… c’était bien, non ?
Oui… mais je veux que ma maman vienne…
Elle arrive, elle arrive… À toi, maintenant, murmura-t-il, impatient, en désignant un endroit tout gonflé de son pantalon, juste sous son ventre.
Subitement, l’air se mit à vibrer derrière l’homme, attirant l’attention de l’enfant. Cela ressemblait aux ondoiements de la surface de l’eau dans la petite piscine que son père installait sur la terrasse, l’été.
L’instant d’après, le monsieur aux lunettes se retrouva debout, ou plutôt, soulevé de terre. Fascinée, l’enfant regarda ses chaussures blanches battre l’espace. Un individu gigantesque le tenait par la gorge. Si grand, qu’elle arrivait à peine à lever les yeux assez haut pour voir son visage.
L’homme du magasin émit un gargouillis inintelligible avant de devenir aussi mou et inerte qu’une poupée de chiffon. Le géant le laissa tomber derrière le canapé, hors de vue, et se pencha au-dessus de lui. La petite fille ne vit plus que sa chevelure sombre dépasser derrière le haut dossier, et une odeur bizarre vint lui chatouiller les narines. Ça sentait un peu comme lorsque sa mère faisait griller du poulet ou des côtelettes.
Après quelques instants, le colosse se redressa et se tourna vers elle. L’enfant perçut sa colère. Il émanait de lui comme un rayonnement, une chaleur comparable à celle émise par un radiateur à pleine puissance.
Il poussa un soupir excédé avant de s’approcher, les sourcils froncés.
Je te ramène chez toi, annonça-t-il sèchement.
Sa voix était un grondement, profond et terrifiant. Pourtant, quand il l’enleva dans ses bras, elle se nicha sans hésiter contre sa large poitrine. Autant elle s’était sentie mal à l’aise au contact de la main moite du monsieur à lunettes, autant elle était en confiance avec ce géant, comme une pièce de puzzle ayant enfin trouvé sa place.
Mais avant ça, étant donné que je n’ai pas du tout envie d’avoir à intervenir de nouveau…
Il posa une paume brûlante sur son petit front d’enfant, et marmonna quelque chose qu’elle ne comprit pas. La sensation fut semblable à celle de l’eau chaude de la douche que ses parents lui donnaient le soir. Sauf qu’au lieu de seulement glisser sur son crâne, cette dernière semblait également entrer à l’intérieur de son corps, jusqu’à ses pieds – étrange, mais pas désagréable. Cela ne dura qu’un bref instant. Il fit descendre ensuite sa grande main jusqu’à ses yeux et, immédiatement, elle sombra dans un sommeil profond et tranquille, comme lorsqu’elle se trouvait au creux de son petit lit, juste après le baiser aimant de sa mère…

* *

Journal « La Provence », Marseille, 18 avril :

Hier, le corps sans vie de monsieur Georges Mariel, 57 ans, a été découvert à son domicile, dans le quartier Noailles. D’après les dires de ses voisins, cet homme sans histoire et plutôt discret vivait seul. Bien qu’aucune indication d’effraction ou de lutte n’ait été relevée, les services de police privilégient la piste du règlement de compte. En effet, le corps de la victime était totalement calciné, alors que son appartement ne présentait aucune trace d’un quelconque incendie. Les enquêteurs pensent donc que le meurtre a eu lieu ailleurs. Le corps aurait ensuite été transporté dans l’appartement et, bizarrerie de l’affaire, aurait été habillé – la victime portait des vêtements totalement intacts (chaussettes et chaussures comprises) quand elle a été découverte. Se trouve-t-on en présence d’un meurtrier excessivement soigneux, ou bien face à un cas de combustion spontanée { 1 } ? Espérons que l’enquête en cours nous en apprendra plus très bientôt.
2.
Marseille, France, 12 juin, de nos jours

C’est toujours pareil. Quand vous êtes limite question horaire, votre voiture vous laisse en plan. Mon frère avait raison, j’aurais dû amener cette satanée guimbarde chez le garagiste dès que ce bruit bizarre dans le moteur s’était mis à pousser la chansonnette.
Je lançai un regard assassin au type assis en face de moi qui lorgnait mon décolleté sans vergogne, et m’enfonçai un peu plus dans mon siège de métro. Qu’est-ce qu’ils avaient tous, ces derniers temps ? D’habitude les mecs ne se retournaient pas sur mon passage ; je passais plutôt inaperçue. Mais depuis quelques semaines, ils semblaient me remarquer. J’avais toujours souffert du manque d’intérêt que je suscitais, alors ce soudain changement d’attitude me faisait tout bizarre. Quan

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