Braises de guerre (Tome 2) - L'armada de Marbre , livre ebook

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208

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Entre la guerre et la paix, un seul rempart : le Chien à Problèmes.
Un an s’est écoulé depuis les événements de la Galerie et la réapparition de l’armada de Marbre, dont les vaisseaux sont restés en sommeil pendant cinq mille ans à l’intérieur d’un univers de poche. Grâce à elle, la paix entre les Extérieurs et le Conglomérat semble définitivement acquise.
Pourtant, un vaisseau, le Fantôme de Lucy, aurait été la cible de mystérieuses créatures jaillies de l’hypervide. Le Chien à Problèmes et son équipage n’hésitent pas à répondre à son appel et à lui porter secours. Mais, malgré leur neutralité, ce qu’ils vont découvrir pourrait bien annoncer une nouvelle guerre entre les deux factions ennemies. Sans que l’on sache quelle sera alors la réaction de l’armada de Marbre.
Les personnages hauts en couleur qui faisaient la force de Braises de guerre sont de retour pour de nouvelles aventures riches en rebondissements et en batailles spatiales enlevées.
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Publié par

Date de parution

01 janvier 2023

Nombre de lectures

10

EAN13

9782207143667

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

2 Mo

Gareth L. Powell
L’armada de Marbre
roman
Traduit de l’anglais par Mathieu Prioux
Pour Edith et Winter
« Il n’y aurait nullement danse, alors qu’il n’y a rien que danse. »
T. S. E LIOT
(traduction de Pierre Leyris)
PROLOGUE
Sal Konstanz

« Je suis presque au sommet. »
Je grimpais depuis l’aube. Le vent du désert surélevé tirait sur ma cape de ses doigts minces. J’avais enroulé une écharpe autour de ma bouche et de mon nez pour me protéger des tourbillons de sable et de cendre, et des lunettes fumées abritaient mes yeux de la vive lumière.
« Je sais. » La voix du Chien à Problèmes surgit dans mon oreillette. « Je surveille votre position et vos constantes vitales. » La nef était impatiente, mais je manquais de souffle pour lui répondre. Les Temples du Haut-Pays s’élevaient sur une imposante mesa surplombant le désert ; le seul moyen d’y accéder était de gravir l’escalier taillé dans la paroi de la falaise couleur de rouille.
« Je continue de penser que ç’aurait été plus rapide de vous déposer en haut, dit le Chien .
— Tu sais bien que c’est interdit. » Au fil des millénaires, l’action combinée du vent, du sable et d’innombrables pieds – humains et autres – avait rendu les marches lisses et brillantes. L’ascension me brûlait les poumons et les cuisses. Je réussis à dire entre deux inspirations douloureuses : « Et puis ce serait passer à côté de l’essentiel. Grimper fait partie de l’expérience. »
En tout, cela m’avait pris trois heures. J’avais campé au pied de la falaise et m’étais mise en route aux froides lueurs de l’aurore, déterminée à atteindre le sommet avant que la chaleur du zénith ne complique encore plus mes efforts.
« Si vous le dites. »
Les Temples du Haut-Pays étaient l’une des plus anciennes ruines extraterrestres connues de l’humanité. Le trésor spirituel et archéologique qu’ils représentaient était inestimable – mais je n’étais pas venue ici pour admirer des murs de grès délabrés. Je fis passer mon sac par-dessus mon épaule et le posai par terre. À côté de ces vestiges antédiluviens, mes ennuis me paraissaient mineurs et éphémères, mes doutes insignifiants et futiles. Je m’accroupis devant mon paquetage et sortis d’une poche latérale une rose noire à la longue tige. Ses pétales soyeux s’agitaient dans le vent.
« Deux pas sur votre gauche », dit la nef. Elle avait beau se morfondre en m’attendant du haut de son orbite de stationnement, quarante mille kilomètres au-dessus du désert, ses capteurs étaient capables de distinguer les éléments au sol avec une précision d’un micromètre.
Je corrigeai ma position. « Ici ? » Je regardai entre mes pieds. Quinze ans plus tôt, au début de la guerre de l’Archipel, la sergente d’artillerie Greta Nowak avait perdu la vie en défendant le haut du gigantesque escalier de pierre. « Tu es sûre ? » Les ordinateurs tactiques qui observaient la bataille avaient déterminé l’endroit exact de sa mort ; quinze ans après, plus rien ne l’indiquait, pas même une tache sur la roche érodée.
« Bien entendu.
— Très bien. »
Je sortis de ma poche un vieux cadre en argent contenant une photo de George Walker, l’ancien médecin de bord du Chien à Problèmes . Il avait été tué tandis que nous essayions de secourir l’équipage d’un éclaireur perdu en mer. J’avais omis d’ordonner une évaluation des risques dus à la faune locale, et il l’avait payé de sa vie.
Je frottai le verre avec ma manche, nettoyant la poussière et les traces de doigts. Avec un peu de chance, le cadre d’argent massif serait trop lourd pour être renversé par le vent du plateau. La photo avait été prise dans l’infirmerie du Chien à Problèmes au cours de la guerre, avant que la nef ne donne sa démission et ne jure allégeance à la Maison de la Récupération. George portait la combinaison orange des médecins de la marine. Il avait l’air plus jeune que dans mon souvenir. Ses cheveux n’étaient pas complètement gris, son visage pas aussi ridé. Pourtant, son sourire ne laissait pas le moindre doute. Je mis un genou à terre et appuyai le cadre contre la pierre rouge et poudreuse du mur le plus proche, l’orientant de sorte que, chaque matin, les premiers rayons du soleil illuminent les traits de George. Je fis courir un doigt sur le verre, traçant la courbe de sa joue. Un vent sec tirait sur l’ourlet de ma cape. À l’ouest, trois des cinq lunes de la planète étaient encore visibles, s’attardant tels de pâles badauds.
« Je suis désolée, George. » Ce fut tout ce que je trouvai à dire. Je levai la rose à mes lèvres couvertes et la déposai devant le cadre, retenant la tige à l’aide d’un caillou de la taille d’un poing. Je n’avais pas de mots pour Greta Nowak. Je ne l’avais pas connue. Elle était tombée au champ d’honneur, et sa dépouille, retrouvée mais jamais réclamée, avait fourni organes et cellules souches. Si son cœur et ses poumons étaient truffés d’éclats de grenade, ses reins, son foie et sa rate avaient sauvé la vie de trois de ses camarades blessés. Pendant ce temps, ses cellules souches avaient été confiées à une base militaire située à une dizaine d’années-lumière d’ici et, un an plus tard, elles avaient servi à cultiver les processeurs organiques – les cerveaux – d’une meute de six nefs de guerre de classe Carnivore : le Chien à Problèmes et ses vaisseaux jumeaux.
Le Chien rendait hommage à Nowak grâce à cette rose, tout comme la photo était mon adieu à George.
*
Peu avant midi, je m’allongeai à l’ombre d’un mur, ma tête reposant sur un bras. Le vent du désert avait emporté le sable, ne laissant que la roche dure et coupante. Incapable de trouver une position confortable, j’observai l’air scintiller sous la chaleur des pierres au bord du plateau.
« Bon, et maintenant ? demanda le Chien d’une voix lasse. Vous allez refaire tout le chemin en sens inverse ?
— D’abord, je dois attendre qu’il fasse moins chaud.
— Il y en a pour longtemps ?
— Deux ou trois heures.
— Vous êtes sûre de ne pas vouloir que je vous récupère ? »
Je souris sous mon écharpe. « Certaine, merci. » Nous savions toutes deux que les ruines se trouvaient au milieu d’une zone d’exclusion aérienne. Et puis, à dire vrai, j’appréciais la solitude. Après ce que nous avions traversé dans la Galerie, nous avions bien mérité une petite permission.
C’était même tout le but de ce vol d’essai.
Après la bataille, nous fûmes tous placés en quarantaine jusqu’à ce que les médecins fussent convaincus que nous ne transportions aucun pathogène extraterrestre à notre insu. La nef elle aussi passa ce qu’elle appelait son « contrôle techno-psychologique ». Une fois assurés que nous ne posions aucun risque pour la santé, les Aînés de la Maison nous soumirent à un interrogatoire poussé. Ils étudièrent nos témoignages ainsi que les enregistrements du Chien dans le moindre détail, du signal de détresse envoyé par le Geest van Amsterdam à l’assassinat contraint d’un amiral du Conglomérat sur la passerelle de son astronef, en passant par l’émergence d’une armada de Marbre forte d’un million de vaisseaux.
Historiquement, la Maison de la Récupération avait été une organisation apolitique, vouée uniquement à la préservation de la vie et au sauvetage des astronautes échoués. Aussi, le manque d’enthousiasme des Aînés lorsqu’ils se retrouvèrent au milieu du plus gros chamboulement militaire et diplomatique depuis la guerre de l’Archipel ne fut guère surprenant.
Durant des semaines, on nous fit passser tous les tests, examens et contre-interrogatoires imaginables. Il faut dire que le Chien à Problèmes était ressorti de ce mausolée perdu à la tête d’une armada extraterrestre capable de surpasser en nombre les forces combinées de toute la Généralité et quelqu’un exerçait beaucoup de pression sur les Aînés pour qu’ils mesurent l’influence du Chien et de son équipage sur les vaisseaux blancs.
Nous répondîmes à leurs questions de notre mieux. Et quand, finalement, la nef déclara tout net qu’elle en avait assez, ils eurent au moins le bon sens de ne pas discuter.
Les Carnivore sont des créatures obstinées, et celle-ci avait récemment été trahie par une de ses sœurs, qu’elle avait dû exécuter.
Il était parfois facile d’oublier qu’un esprit humain se tapissait au cœur du vaisseau. Avec ses cent soixante-douze mètres de long et un déplacement de dix mille tonnes, la nef était une redoutable bête de combat. Mais sous les tourelles lance-missiles, les tubes lance-torpilles et les radômes, elle se découvrait peu à peu capable d’éprouver des émotions sincères. Même si les trois quarts de ses pensées naissaient dans des processeurs artificiels, le silicium ne pouvait pas réduire au silence la tempête de chagrin et de culpabilité qui hurlait dans son cortex cloné.
Elle avait tué sa sœur. Pour se défendre, certes, mais cela ne rendait en rien les choses plus faciles.
Moi ?
J’avais ordonné la mort d’un être humain. Même si c’était dans le but de protéger son équipage d’un combat perdu d’avance, je me faisais quand même l’effet d’une meurtrière.
Nous avions toutes deux besoin de temps pour assumer nos actes et dire au revoir à nos camarades décédés.
De mauvaise grâce, les Aînés nous avaient accordé un congé sabbatique. Et, franchement, nous l’avions mérité.
Allongée à l’ombre du mur en ruine, je fixai le ciel et pensai à George, à la guerre et à ceux qui nous avaient quittés. À la façon dont la vie nous accable de souffrances, comme les pluies glacées de poussière interplanétaire érodent et grêlent les astéroïdes.
*
Qu’est-ce que l’honneur ?
À l’époque où je commandais une frégate médicale, pendant la guerre, j’eus l’occasion de parler avec plusieurs soldates et soldats blessés – certains mortellement. Aveugles, les mâchoires crispées sous la douleur, ils serraient ma main et me demandaient s’ils s’en étaient tirés avec honneur. C’était comme s’ils assimilaient ce dernier au courage : avoir été estropiés après un combat honorable signifiait qu’ils avaient affronté l’ennemi sans peur, qu’ils étaient plus que de la chair à canon mutilée – que leurs familles, sac

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