Tué sur un coup de tête , livre ebook

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« C’est dans la famille que la nation trouve l’espoir, là où les ailes prennent leur rêve. » George W. Bush, LaCrosse, Wisconsin, 18 octobre 2000 Un puits au bout du terrain, voilà tout ce dont le vieux Mel avait besoin. Et pour s’y coller, il jeta son dévolu sur le fêlé, l’un des neveux de Da, celui avec un trou dans la tête. Les fossés d’irrigation creusés autrefois entre les rangées de palmiers à huile par la famille s’arrêtaient bien avant la clôture du fond, du coup les nouvelles frondaisons cramaient avant même de s’épanouir. Des mois qu’il n’était pas tombé une goutte de pluie et, après deux semaines à trimballer des bidons d’eau, Mel en avait plein le dos. Ses vieux os commençaient à cliqueter de partout, un peu à la façon des pions du mah-jong. Alors, un puits, une pompe de fabrication chinoise au rabais, une demi-douzaine d’arroseurs automatiques et un bouton pour faire fonctionner le tout, il n’en demandait pas plus. Les palmiers à huile ont ça de bien qu’ils se débrouillent tout seuls, à condition de les arroser souvent et de leur donner tous les trois mois leur ration de fumier. Le calcul était vite fait, vingt palmiers de gagné, les doigts dans le nez. À ce tarif-là, c’était cadeau. Voilà comment, samedi dernier, le vieux Mel se retrouva les fesses vissées à la clôture, à observer le brave garçon à la tâche.
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Date de parution

06 juin 2013

Nombre de lectures

0

EAN13

9782810403967

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

3 Mo

« C’est dans la famille que la nation trouve l’espoir, là où les ailes prennent leur rêve. »
George W. Bush,
LaCrosse, Wisconsin, 18 octobre 2000

Un puits au bout du terrain, voilà tout ce dont le vieux Mel avait besoin. Et pour s’y coller, il jeta son dévolu sur le fêlé, l’un des neveux de Da, celui avec un trou dans la tête. Les fossés d’irrigation creusés autrefois entre les rangées de palmiers à huile par la famille s’arrêtaient bien avant la clôture du fond, du coup les nouvelles frondaisons cramaient avant même de s’épanouir. Des mois qu’il n’était pas tombé une goutte de pluie et, après deux semaines à trimballer des bidons d’eau, Mel en avait plein le dos. Ses vieux os commençaient à cliqueter de partout, un peu à la façon des pions du mah-jong. Alors, un puits, une pompe de fabrication chinoise au rabais, une demi-douzaine d’arroseurs automatiques et un bouton pour faire fonctionner le tout, il n’en demandait pas plus. Les palmiers à huile ont ça de bien qu’ils se débrouillent tout seuls, à condition de les arroser souvent et de leur donner tous les trois mois leur ration de fumier. Le calcul était vite fait, vingt palmiers de gagné, les doigts dans le nez. À ce tarif-là, c’était cadeau.
Voilà comment, samedi dernier, le vieux Mel se retrouva les fesses vissées à la clôture, à observer le brave garçon à la tâche. Perdu dans ses réflexions quant à l’origine de l’alvéole dans le crâne du neveu en question, Mel en vint à soupçonner une boule de pétanque malintentionnée. Un cachet sur la fontanelle, en quelque sorte. Il s’abstint cependant de poser la question, sachant que toute réponse serait longue et laborieuse. Le neveu cesserait forcément de piocher pour s’expliquer, vu qu’il était incapable de faire deux choses à la fois. Aussi Mel se contenta-t-il de rester assis et de le regarder suer. Il aurait pu lui prêter main-forte, le travail en aurait été facilité, mais le vieux Mel était adepte du fameux dicton : « Pourquoi faire trimer une chèvre, si c’est pour bêler soi-même ? »
La méthode pour creuser un puits, dans le sud de la Thaïlande, est sans conteste une insulte à l’Occident où priment des notions telles que certification de la qualité et normes de sécurité. Prenons quatre différentes structures tubulaires en béton d’un mètre, sagement alignées sur le sol. Le neveu commencerait par creuser un trou suffisamment large et profond pour y insérer la première, puis il sauterait dans le trou et continuerait de creuser, dégageant la terre en dessous du gros tube qui, du coup, s’affaisserait, un peu comme le ferait un ascenseur au ralenti. Une fois la partie supérieure du tube au même niveau que la surface cultivable, le deuxième serait installé au-dessus, et ainsi de suite. La terre dans le champ de Mel consistait en un cocktail de poussière et de sable et, une fois passé les racines de pissenlits, creuser allait presque tout seul. Les problèmes survenaient, si on avait de la chance, au moment de positionner le troisième tube, lorsque l’eau commençait à monter, faisant rapidement ressembler le trou à un spa rempli de boue. Avant même que le quatrième tube ne soit au même niveau que le sol, l’infortuné jeune homme barboterait, à moitié immergé dans une eau immonde.
Or, ce samedi matin, il faisait un temps sec, et le puits manifesta une certaine mauvaise volonté à se laisser faire. La pioche du neveu, enfoncé dans le trou jusqu’à la taille, buta soudain contre un obstacle. L’écho, comme un coup de gong, fit s’envoler les drongos effarouchés perchés sur les branches voisines. Les lézards décampèrent, paniqués, de sous les rochers. Le neveu, lui, parut trouver le vacarme à son goût, car il cogna comme un sourd encore trois fois, avant que Mel ne mette le holà. Le vieil homme descendit de son observatoire et traîna ses sandales jusqu’au trou, puis il se pencha et découvrit entre les pieds du fêlé la cause du gong, un morceau de tôle rouillée.
– Ce ne doit pas être bien terrible, bougonna Mel. Sans doute le couvercle d’un bidon. Fais passer la pointe de ta pioche sous les bords pour trouver une prise et tu n’auras plus qu’à faire levier.
Facile à dire. Le neveu s’y attela donc, et que-je-creuse-et-que-je-cogne, mais à chaque coup, même son métallique en guise de réponse. Maudit couvercle, impossible d’en faire le tour ! À croire que le bidule s’étendait du golfe de Thaïlande jusqu’à la mer d’Andaman. Peut-être une plaque tectonique reliée à ses copines. Toujours est-il que cette plaque de métal contrecarrait les plans de Mel, comme un pied-de-nez à sa fichue arthrose. Mais il ne capitulerait pas sans combattre, dût-il pour cela faire basculer la planète sur son axe. Il alla récupérer une barre de métal près de la clôture, puis rebroussa chemin et tendit l’outil au neveu.
– Tiens, prends ça, dit-il. Fracasse-moi ce machin.
Le neveu de Da contempla l’outil avec perplexité. Tout juste si Mel ne vit pas les rouages de son cerveau se mettre en branle.
– Je suis payé pour creuser, lâcha enfin le garçon. Personne ne m’a parlé de fracasser quoi que ce soit. C’est un travail de spécialiste, ça, fracasser. Mon boulot à moi, c’est de creuser.
– Allons, mon petit. Regarde ce truc, protesta Mel, la barre métallique se faisant de plus en plus lourde dans sa main. C’est tout rouillé. Tu vas trouer ça comme un rien.
– Je ne sais pas, Mel. Je risque d’abîmer le matériel. Et ça va prendre plus de temps que prévu…
Mel fut forcé d’en convenir. Un trou dans la tête n’affecte pas nécessairement les capacités d’un jeune homme à négocier une petite rallonge.
– Entendu. Écoute, maintenant que tu as commencé ici, tu ne vas pas creuser ailleurs, alors voyons… 50 bahts de bonus ? Qu’en dis-tu ?
La discussion en resta là. Le neveu entreprit de défoncer la plaque de métal à coups de barre, avec une vigueur renouvelée. À la perspective de la prime de 50 bahts, le jeune homme déploya de fabuleux talents d’ouvre-boîte. Debout au centre du trou, il martela l’indésirable couvercle métallique tout autour de lui. Comme Mel, le fêlé s’attendait probablement à exhumer ce satané cercle de métal rouillé, à trouver une bonne vieille terre bien tassée dessous et, ensuite, il pourrait continuer de creuser son puits sans perdre plus de temps. En tout cas, même dans ses rêves les plus fous, le garçon ne se serait certainement pas attendu à entendre ce craquement, plutôt un grincement de dents, encore moins à voir le métal sur lequel il se tenait céder sous son poids, puis s’ouvrir comme la trappe traîtresse d’un magicien. L’espace d’un quart de seconde, le garçon resta comme suspendu dans les airs, avant d’être aspiré dans les ténèbres.
Dans le petit matin déjà caniculaire, le silence s’étira, aussi élastique que la pâte de farine de riz dont on faisait les nouilles. Criquets et oiseaux en tout genre retinrent leur souffle. Un nuage effilé vint se coller au-dessus de leur tête. Mel se pencha légèrement pour regarder, mais ne vit rien qu’un trou noir. Comme il avait oublié le nom du fêlé, il ne put l’appeler.
– Comment ça va, là-dessous ? demanda-t-il puis, réalisant que la brèche pouvait être profonde, il s’égosilla. OH, COMMENT ÇA VA ?
Pas de réponse.
Un certain nombre de pays dans le monde sont caractérisés par ce que les comportementalistes appellent des habitants au « tempérament méridional ». La Thaïlande fait partie du lot. Le vieux Mel aurait certainement dû courir chercher de l’aide. Il aurait dû aller tambouriner sur la vieille bassine qui pendait à son balcon, afin de rameuter le voisinage, ou encore rejoindre la cabine téléphonique la plus proche, à deux kilomètres de là. Mais Mel était un gars du Sud. Il arracha donc une tige d’herbe et commença à la mâchouiller, assis sur l’un des tuyaux, les yeux rivés sur les abysses. Une idée germa dans son esprit. Et si c’était un cadeau du ciel ? Les fondations d’un vieux puits oublié de tous. Quelle aubaine. Sauf… Sauf qu’il n’y avait eu aucun bruit de flotte quand le fêlé avait disparu. Le truc était donc à sec. Tant pis.
– Eh, mon garçon ! appela-t-il une nouvelle fois, sans conviction.
Toujours pas de réponse.
Mel réfléchit alors au laps de temps à laisser décemment s’écouler avant de céder à l’inquiétude. Il hésitait entre deux options. Filer à la cabane, choper une corde et revenir au galop la nouer à la clôture puis la faire descendre au fond du trou et… Et ses douleurs dans le dos ? Non, ça ne marcherait pas. Il ferait mieux d’appeler son voisin à la rescousse, Gai…
– Mel !
La voix résonna avec un drôle d’écho, comme qui dirait la voix d’une sardine esseulée dans sa boîte.
– Mel ? Vous êtes là ?
– Mais à quoi joues-tu, là en bas ? bougonna Mel. Tu es coincé ?
– Non, non. J’étais un peu K.-O., c’est tout, mais j’ai eu une sacrée chance. Je suis tombé sur… un lit.
– Oh… D’accord. Écoute, c’est rien, un traumatisme crânien, sans doute. Il te faut…
– Non. Je suis sur un lit. Vraiment.
– Et qu’est-ce qui te fait penser ça ?
– Je sens… les ressorts.
– Bah, des racines. Certainement pas des ressorts de matelas, voyons.
Mel haussa les épaules. Dans le cas du neveu, un traumatisme crânien de plus ou de moins ne ferait guère de différence.
– Bien, dit-il. Je vais aller chercher de l’aide.
– Je devrais pouvoir m’en sortir tout seul, Mel. Je ne suis pas loin du trou. Je le vois.
– Tu es blessé ?
– Non, mais ma chemise s’est prise dans l’un des ressorts. Vous devriez descendre jeter un œil. C’est bizarre, Mel. J’ai la sensation qu’il se passe quelque chose de pas normal, ici…
– Mais que vois-tu, mon garçon ?
– Des fenêtres.
Le vieux Mel ricana en douce.
– Récapitulons… Tu es sur un lit et il y a des fenêtres autour de toi. On dirait bien que tu t’es trouvé une chambre meublée. Après tout, cela n’a rien de bizarre…
Il tenta de se rappeler l’adresse de l’hôpital psychiatrique le plus proche. Et se demanda si la couverture santé universelle instaurée par le gouvernement couvrait ce genre de pépin, ou s’il en serait de sa poche puisque l’accident était survenu sur s

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