Meurtres sur échiquier , livre ebook

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2015

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Yann-Hervé Martin Meurtres sur échiquier Policier     Éditions Les Nouveaux Auteurs 16, rue d’Orchampt 75018 Paris www.lesnouveauxauteurs.com     ÉDITIONS PRISMA 13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com     Copyright © 2011 Editions Les Nouveaux Auteurs - Prisma Presse Tous droits réservés ISBN : 978-2-8195-01749 À Isa, Gaby et Jean-Claude, premiers lecteurs bienveillants et généreux.   À Nicolas dont les remarques et propositions ont contribué à améliorer ce texte.   À Céline, joueuse d’échecs émérite qui m’a éclairé au début de cette aventure.   À Christelle qui illumine chacune de mes journées. OUVERTURE Médiocrement installé sur un fauteuil en velours dont il sent les ressorts usés, il essaie de se redresser pour étendre ses jambes trop longtemps immobiles. Il mesure chacun de ses gestes, comme s’il s’agissait de maintenir la subtile harmonie dont il est à la fois le centre et le destinataire privilégié. Il vient de fermer les yeux. Le dialogue des violons qui murmurent dans l’obscurité le fameux aria de la troisième suite de Bach lui laisse oublier ses membres endoloris. La musique a libéré son esprit, discipliné son corps et affiné ses sens. Les notes se sont mêlées aux effluves d’un parfum qu’il reconnaît sans peine. Un grand parfum, classique lui aussi. Un concentré de charme et de séduction, une manière de prolonger le corps au-delà de la peau. De le célébrer.
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Date de parution

29 octobre 2015

Nombre de lectures

4

EAN13

9782819501749

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

Yann-Hervé Martin
Meurtres sur échiquier
Policier
 

 
Éditions Les Nouveaux Auteurs
16, rue d’Orchampt 75018 Paris
www.lesnouveauxauteurs.com
 
 
ÉDITIONS PRISMA
13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex
www.editions-prisma.com
 
 
Copyright © 2011 Editions Les Nouveaux Auteurs - Prisma Presse
Tous droits réservés
ISBN : 978-2-8195-01749
À Isa, Gaby et Jean-Claude, premiers lecteurs bienveillants et généreux.
 
À Nicolas dont les remarques et propositions ont contribué à améliorer ce texte.
 
À Céline, joueuse d’échecs émérite qui m’a éclairé au début de cette aventure.
 
À Christelle qui illumine chacune de mes journées.
OUVERTURE

Médiocrement installé sur un fauteuil en velours dont il sent les ressorts usés, il essaie de se redresser pour étendre ses jambes trop longtemps immobiles. Il mesure chacun de ses gestes, comme s’il s’agissait de maintenir la subtile harmonie dont il est à la fois le centre et le destinataire privilégié. Il vient de fermer les yeux. Le dialogue des violons qui murmurent dans l’obscurité le fameux aria de la troisième suite de Bach lui laisse oublier ses membres endoloris. La musique a libéré son esprit, discipliné son corps et affiné ses sens. Les notes se sont mêlées aux effluves d’un parfum qu’il reconnaît sans peine. Un grand parfum, classique lui aussi. Un concentré de charme et de séduction, une manière de prolonger le corps au-delà de la peau. De le célébrer. Son imagination le distrait un instant du plaisir immédiat auquel il s’était abandonné. Il pense à sa voisine, à ce qu’il peut deviner de la douceur de ses jambes et de la docilité de sa chair. Il éprouve le désir de la toucher, de poser sa main sur sa cuisse, de sentir à travers le bas le muscle souple de sa jambe. Mais il se retient. Ce n’est pas de la timidité. Plutôt un mode de gestion du plaisir. Il sait qu’il découvrira dès cette nuit ce que cachent et révèlent les vêtements élégants qu’elle porte pour lui. Mais il préfère ce que ses sens lui offrent aux promesses de son imagination. Il respire profondément pour reprendre contrôle de lui-même. Hélas, le parfum est comme un sortilège. C’est vrai qu’elle est belle et désirable. C’est vrai qu’elle attend de cette nuit la même chose que lui, qu’elle le sait, et qu’elle sait très bien qu’il le sait aussi. Mais les jeux d’adultes seraient insipides sans le contrôle des passions par l’intelligence du désir. Il se retient, se concentre, s’oblige à suivre la ligne mélodique d’un air qu’il connaît par cœur et qu’il redécouvre chaque fois. Il est sur le point d’y arriver quand une vibration légère secoue sa poitrine.
Il sort son téléphone de la poche intérieure de sa veste et en consulte discrètement l’écran. Une icône stylisée lui apprend qu’il vient de recevoir un message. Vaguement agacé par cette irruption indélicate de la vie profane dans l’espace sacré de son balcon d’opéra, il pousse un léger soupir qu’il dissipe aussitôt. Il murmure un mot d’excuse à l’oreille de sa voisine, se lève pour gagner le couloir, puis les toilettes. Personne. Il active le menu de son appareil et comprend vite que le message est codé. C’est Lui. Une urgence manifestement. Il lit le texte en lui appliquant directement le code convenu, esquisse un sourire et rejoint le balcon au moment où l’orchestre achève la seconde gavotte. Il dispose de quelques secondes pour prendre congé de la femme qui s’est retournée vers lui, manifestement intriguée.
— Je vous prie de m’excuser, une urgence. Soyez certaine que j’en suis désolé. J’espère que vous n’en serez pas fâchée, et que vous saurez me laisser une chance de rachat.
Sans lui laisser le temps de répondre, il disparaît au moment où retentit la gavotte dont il fredonne les premières notes.
Il lui faut faire vite. Il saute dans un tram presque vide qui le dépose à quelques pas de chez lui. Il a encore en tête les volutes de l’aria et le parfum voluptueux de celle qu’il a dû abandonner. Dommage, ce ne sera pas pour cette nuit. L’ascenseur le conduit au dernier étage de l’immeuble cossu où il vit depuis son affectation à Strasbourg. Il ouvre la porte de son appartement et se précipite vers la grande terrasse d’où il peut contempler tout le centre-ville. La cathédrale illuminée dresse son unique clocher tel un phare dans un monde sans Dieu. Il n’a pas le temps de méditer sur la grâce de ces pierres jetées vers le ciel par la foi des hommes. Il saisit son téléphone et relit le message. Il est 21 h 38. Il dispose de moins d’une heure. Les consignes sont claires. Le point de ralliement aussi. Il ne devrait pas y avoir de problème. Il retourne dans le salon, se dirige vers un tableau, un ange de lumière peint et offert par une artiste locale. Il sourit au souvenir de la nuit qu’ils ont passée ensemble, ôte le tableau du mur et laisse apparaître un petit coffre qu’il ouvre pour en sortir une arme de poing et un silencieux qu’il y adapte avec application. Il vérifie le chargeur, ferme le coffre, remet le tableau en place.
Avant de quitter l’appartement, il prend le temps de s’arrêter devant un miroir qui lui renvoie l’image d’un bel homme qui a su garder une carrure d’athlète malgré l’approche de la cinquantaine. Depuis l’adolescence, il n’a jamais cessé de prendre soin de son corps, de le durcir, de l’assouplir. Ses cheveux qui tirent sur le roux attirent l’œil sur un visage où brille un regard moqueur. Il ôte le nœud papillon dont la couleur soutenue tranche avec la blancheur immaculée de sa chemise. Trop voyant. Il en profite pour échanger son costume contre des vêtements plus sobres, endosse une veste grise qu’il ajuste sur ses épaules, y glisse le pistolet et quitte son appartement avec un soupçon d’excitation. Décidément se dit-il, la vie vaut la peine d’être vécue.
Il a laissé sa voiture au garage. Inutile de se faire remarquer. Il a préféré reprendre le tram, se laisser conduire dans le wagon presque vide où une bande d’adolescents converse sans se soucier de lui. Il espère qu’ils ne descendront pas à la même station que lui mais doit déchanter quand il se rend compte qu’ils se préparent à quitter la rame dans un joyeux brouhaha. Tant pis, il descendra à la station suivante et marchera un peu. Il n’est que 22 h 14, ce qui lui laisse seize minutes. Dans le ciel nocturne brille une lune presque pleine dont l’éclat semble gommer les étoiles. Le temps s’est rafraîchi. Il remonte le col de sa veste et presse le pas. Il ne tarde pas à laisser le grand axe encore encombré d’automobilistes pour s’engouffrer dans une petite rue mal éclairée. À cette heure, personne ne se risque dans ce quartier d’entrepôts et de commerces douteux. Dans quelques minutes, il sera à son rendez-vous. Il regarde l’heure encore une fois et se rend compte qu’il est en avance. Il ralentit le pas, prenant le rythme d’un noctambule qui aurait toute la nuit devant lui, puis s’arrête sous un porche d’où il peut voir sans être vu l’espace sombre qui s’étend devant lui. Une silhouette apparaît sur le macadam, une ombre aux contours indéfinissables où brille un clair baiser de feu. Le tison d’une cigarette. Elle approche d’un pas régulier. Elle est seule. Il peut sortir de son poste d’observation.
Il faut encore quelques pas à l’obscure silhouette pour prendre forme humaine, celle d’un homme entre deux âges à l’allure fatiguée. Du visage raviné s’élève une voix étrangement douce :
— C’est vous, Jacques ? Je ne m’attendais pas à vous trouver là.
— Moi non plus, Henri. Comment allez-vous ?
— Ça va. je croyais avoir passé l’âge de ces promenades nocturnes et je préférerais pantoufler chez moi devant un bon film. Mais j’ai reçu un appel ministériel sur une ligne protégée, avec ordre de me rendre ici, seul. Et vous ?
Jacques Delestraint ne s’attendait pas à se trouver face au commissaire Jouve, un vieux de la vieille au bord de la retraite dispensé de terrain depuis bien longtemps déjà. L’homme, affable, ne demande qu’à causer, et lui, il veut s’amuser à l’écouter, jouir de la musique absurde de ses dernières paroles. C’est cela qu’il aime. Entretenir quelques instants une conversation anodine avec un condamné à mort qui s’ignore en sursis. Jouir du pouvoir d’être tout puissant et de posséder un savoir que nul ne peut lui disputer. Car en cet instant, Henri Jouve, qui vient d’écraser sa cigarette, ne sait pas qu’il ne lui reste que trois petites minutes à vivre. Trois minutes insignifiantes et dérisoires en point d’orgue d’une vie morose.
— Moi aussi j’ai reçu cet appel. Ils ont parfois des idées bizarres au ministère. À l’heure qu’il est, je devrais être à l’opéra à entendre les suites de Bach. Mais enfin, le travail avant tout.
— Quel travail ? Vous savez ce que nous devons faire ? Nous aurions très bien pu nous voir demain à la préfecture. À mon âge, il n’y a plus rien d’urgent. Et envoyer le secrétaire général en personne dans ce quartier mal famé, ça manque quand même de courtoisie. Vous avez un document à me remettre ?
— Non, pas du tout. Simplement une mission à accomplir.
— Quoi donc ?
— Bizarrement, rien de très important. La routine.
— Bon, alors faisons vite. Tous les deux, on a autre chose à faire.
Le secrétaire général de la préfecture acquiesce avec un sourire malicieux qui intrigue le commissaire.
— Il va falloir vous retourner et regarder le container, là-bas, derrière vous. Vous le voyez ?
— M’ouais. Et puis ? Je ne comprends rien. Qu’est-ce que je devrais voir ?
— Rien en fait. Il n’y a plus rien à voir.
Étonné, Henri Jouve se retourne pour apercevoir en une fraction de seconde un silencieux braqué sur son front et une lueur qui le précipite dans les ténèbres. Il s’écroule comme une masse que plus rien ne retient sous le regard bleuté de son assassin qui range son arme et ôte de sa poche un petit bristol qu’il épingle sur la veste de sa victime.
Première partie :
Le Kibitzer
1.

Occupée à faire l’inventaire des cartons qui encombrent encore la salle de séjour, Zora Pavlovsky n’a pas conscience du regard posé sur el

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